A propos de la Bibliothèque municipale de Lyon

Les bibliothèques municipales de la Ville de Lyon sont un service public ayant pour but de contribuer aux loisirs, à l’information, à l’éducation et à la culture de tous.

Le projet d’établissement

À l’heure d’un grand nombre d’interrogations pesant sur l’avenir des bibliothèques, conséquences d’un grand nombre d’interrogations pesant sur leurs environnements politiques, administratifs, culturels, techniques, etc, la Bibliothèque municipale de Lyon, principale bibliothèque municipale du pays, s’est interrogée elle aussi sur son avenir, analysant son présent et s’appuyant sur son passé.

Gilles Éboli, novembre 2012

Cette interrogation n’est pas nouvelle : commencée il y a plusieurs mois voire plusieurs années, elle se voit proposer aujourd’hui un premier ensemble de réponses, liée pour partie aux problématiques générales des bibliothèques en 2012, liées aussi bien évidemment au contexte lyonnais.

On pourrait, pour résumer ces réponses, les ranger sous une bannière résolument offensive : « la bibliothèque plus que jamais ». Ceci d’abord pour anticiper un certain nombre de questions sur la fin présumée du livre, de l’écrit, des bibliothèques, de la pensée,... Ces millénarismes récurrents peuvent faire sourire, agacer, ils peuvent être ignorés, combattus : disons simplement ici d’entrée de jeu notre conviction, forte, sur la présence plus que jamais nécessaire de la bibliothèque dans la Cité. Fabrique de citoyenneté, hub social et culturel, facteur d’harmonie, lieu du lien et du vivre ensemble tout comme plate-forme de diffusion et de partage des savoirs, la bibliothèque est d’abord républicaine : liberté de se construire, égalité d’accès, fraternité d’échange et de partage des opinions, des émotions ; elle est ensuite citoyenne, partageant avec son patrimoine des mémoires et des identités communes, donnant avec ses équipes, ses collections, ses espaces, ses rencontres à écrire, à lire, comprendre et discuter le monde que nous créons et vivons, permettant enfin aux membres de la communauté de se projeter, ensemble, vers des avenirs possibles.

Elle participe en dernier lieu de ce mouvement qui va de la collection vers le public, les publics, les plaçant au cœur de ses dispositifs et non pas comme variable d’ajustement, les accueillant en acteurs, en créateurs aussi, voire en producteurs de contenus et non plus seulement en usagers passifs. Le modèle opérationnel du « living lab » peut être ici convoqué : des environnements et des services innovants, orientés publics et issus d’une conception et d’un développement participatifs.

Orienté publics

Trois axes de travail ont été retenus pour répondre à ce cahier des charges, ces axes pouvant être impacté par des thématiques transversales qui ne seront ici qu’évoquées (développement durable, genre, etc.) : tout d’abord et bien logiquement l’axe « orienté publics ». Cet axe du projet veut résolument mettre l’accent sur l’orientation « publics » prise par l’établissement et s’articule autour de trois pro- grammes : l’accessibilité, l’offre documentaire et l’élargissement des publics.

Être « orienté publics », c’est bien sûr dans un premier temps être accessible. Cette accessibilité est travaillée du point de vue des horaires, de la tarification et de l’accueil. Pour les horaires, deux volontés : à amplitude égale tout d’abord, proposer un affichage, quotidien et annuel, simple et cohérent et ce en instituant trois typologies de sites répondant à la fois à l’attente des usagers, aux réalités de terrain comme à l’organisation de réseau. Pour la tarification, encore une volonté de simplification et d’ouverture en résumant l’offre, aujourd’hui parfois complexe à appréhender à un seul abonne- ment tous documents. L’accueil enfin, envisagé de façon active et replaçant les bibliothécaires au sens générique du terme dans leur posture et leur ambition essentielles d’accompagnement et de médiation ; cette notion d’accueil, recentrée donc, est par ailleurs revisitée par le projet dans un environnement « post-automates » et une gestion globale et intégrée de la relation à l’usager. Être « orienté publics », c’est ensuite élaborer une offre documentaire répondant aux attentes de ces publics, tout d’abord en écrivant une politique documentaire de l’établissement qui tout à la fois préserve l’ambition de constitution d’un corpus des savoirs et de réponse à la demande et soit en mesure de marier les impératifs de conservation aux conséquences de la diffusion tout en équilibrant apports matériels et apports immatériels.

C’est aussi aller vers les publics en « portant » les documents. Il faut en effet rappeler que la politique documentaire entendue par le projet d’établissement ne se limite pas à un circuit qui partirait de la suggestion d’achat et s’arrêterait net à la mise en rayon. Bien au contraire, cette politique se poursuit à partir de cette mise en rayon à travers accueil actif, accompagnement bibliothéconomique, action culturelle voire production de contenus éditorialisant la production documentaire. Capter une capacité d’attention réduite en profilant les publics, créer de la rareté là où la profusion physique ou numérique tue l’appétit par la mise en avant des conte- nus, de fiction ou de documentation, c’est bien donner à écrire et lire le monde, à s’approprier sa mémoire, à rêver son devenir. Être « orienté publics », c’est enfin avoir une volonté consubstantielle d’élargissement des publics par la médiation, le « hors-les-murs », en définissant des publics cibles et une offre de services et de collections adaptée à ces publics qu’ils soient actifs, demandeurs d’emploi, empêchés, âgés en maison de retraite ou jeunes en rupture scolaire. Un point particulier a été fait sur la tranche des 15-35 ans, tout simple- ment parce que c’est cette tranche de public qui connaît le plus fort recul, à Lyon comme ailleurs, en terme d’inscription voire de fréquentation, que cette population par ailleurs, qu’on a pu qualifier de « nouvelle génération », par ses usages culturels nouveaux, ne laisse pas de nous interroger sur notre propre offre et notre capacité d’adaptation à une demande visiblement renouvelée, notamment en termes nomades et plus largement numériques.

Lieu de vie et forum dans la cité

Le deuxième axe de travail est consacré à la bibliothèque « lieu de vie » et « forum » dans la cité. On a pu parler aussi de la bibliothèque comme « troisième lieu », pourquoi pas : l’essentiel est de bien prendre acte du fait que la bibliothèque ne doit plus être vue ou vécue comme un stock de documents à emprunter sur des rayonnages mais aussi et de plus en plus comme un lieu de vie (« common living and work room »).

Pourquoi en effet se déplacer encore à la bibliothèque si tous les livres (en anticipant...) ont été numérisés et sont donc disponibles chez soi ? Parce qu’aujourd’hui et encore plus qu’hier le besoin se fait sentir, pour lutter contre l’aliénation informative, de pouvoir bénéficier sur place d’un accompagnement professionnel pour ne pas se noyer dans la surabondance des propositions. Parce qu’aussi, à l’heure de l’apothéose chaque jour nouvelle du numérique, les humains persistent à vouloir rencontrer de « vrais gens » dans de « vrais lieux » pour faire autre chose ou la même chose mais autrement qu’à la maison et au travail, pour... vivre ensemble et faire société.

L’offre doit donc s’étendre au-delà du produit final (le document) à des espaces et des outils pour apprendre, construire, s’exprimer et participer à la vie de la cité (services en ligne, studios, espaces de présentation, de rencontre, de travail en groupe). La bibliothèque se fait forum de rencontres, d’apprentissages et d’expérimentations où l’information est acquise, échangée, produite, hub social et culturel favorisant le peer-to-peer du savoir et de la création. Cette question du lieu de vie doit d’abord prendre en considération le territoire lui-même et sa couverture en équipements : les nouvelles bibliothèques à programmer, le maillage des services et leur complémentarité comme la mobilité de collections flot- tantes ou tournantes, en relevant le défi de la logistique, trop souvent négligé, sont les aspects ici étudiés, avec les réponses à apporter à l’évolution d’anciennes formes (la bibliothèque mobile) comme à l’émergence de formes nouvelles (la bibliothèque éphémère).

L’espace lui- des espaces et des outils pour apprendre, construire, s’exprimer et participer à la vie de la cité même de la bibliothèque est ensuite interrogé : si la bibliothèque n’est plus seulement conçue pour les seuls emprunteurs mais aussi pour les « séjourneurs », le concept de « living and work room library » évoqué plus haut peut alors se déployer autour des quelques pivots : qualité de l’accueil, montée en confort, convivialité et diversification des espaces, diversification encouragée aussi des postures et des attitudes. C’est tout le cahier des charges du projet « Loft » ; pas un espace dédié mais un esprit génération Y à décliner en offre de service, collection, mobilier, programmation, etc. Le thème du lieu de vie pose évidemment la question de la Part-Dieu dont on a fêté en 2012 le quarantième anniversaire. Cette question a été traitée en deux temps : d’une part les objectifs fixés à court et moyen termes (d’ici la fin du présent mandat) présentés dans le corps du texte et prenant déjà en compte les orientations générales du projet et d’autre part, en annexe, une première réflexion pour alimenter à plus long terme (prochain mandat) un schéma directeur de requalification et se placer dans les perspectives ouvertes pour le quartier par la Mission Part-Dieu. La question du silo est ici aussi abordée. Travailler la bibliothèque comme lieu de vie et forum dans la cité, c’est aussi asseoir l’ambition d’un établissement favorisant la rencontre avec la création et le débat, donc poser la question de la programmation. Une programmation ici encore traitée non pas comme une variable d’ajustement, un supplément d’âme ou une cerise sur le gâteau mais comme une composante essentielle du projet de l’établissement, un moment indispensable de sa bibliothéconomie, de son approche des publics, de sa gestion des collections.

Cette affirmation implique tout d’abord l’écriture d’une politique culturelle de la bibliothèque tout comme doit exister l’écriture d’une politique documentaire ; cette écriture pourra prendre la forme d’une charte de l’action culturelle positionnant la bibliothèque comme lieu de débat, de savoir et de découverte, structurant et coordonnant aussi cette action culturelle. Les partenariats sont dans ce domaine à définir et développer dans cette volonté municipale de maillage et de mise en synergie de tous les acteurs lyonnais de la culture, de même que les voies et moyens de l’action pédagogique et de la médiation, avec une attention donnée au jeune public.

Un modèle lyonnais

Le dernier volet du projet est intitulé « un modèle lyonnais » en toute humilité et en toute ambition. En toute humilité (« un »), parce bien évidemment d’autres modèles sont pos- sibles, que celui qui est avancé ici est lié à un instant donné, un environ ne ment donné, une équipe donnée. Mais en toute ambition aussi, parce que cette ambition est légitime pour la plus grande bibliothèque municipale de France, qu’elle prend en compte à la fois un passé très ancien et un aujourd’hui très contemporain, et que dans ces conditions la BmL, écrivant son projet, se doit d’apporter non pas la réponse mais sa réponse à la question du modèle d’avenir de la bibliothèque.

Il est donc proposer d’établir les fondations de ce modèle tout d’abord sur l’innovation numérique : cette orientation (après le Guichet du Savoir, les Points d’actu, Google...) n’étonnera pas. Sur la voie de la bibliothèque hybride, 2.0, voire hyperliée (hyperlink library), collections, accès et services numériques sont à développer. Objectifs à rappeler : réduire la fracture numérique, prévenir l’aliénation informative, répondre enfin au challenge que les usages culturels des digital natives imposent aux modes opérationnels traditionnels des bibliothèques.

Une priorité à Lyon : la collection avec pour la première fois en Europe la quasi-totalité d’une bibliothèque patrimoniale numérisée. L’enjeu ? Comme dans l’univers matériel, porter une collection qu’il ne suffit pas de ranger sur des rayonnages même virtuels auprès du plus large public pour un véritable partage des savoirs. Comment ? Par une médiation numérique faite de contextualisation, de propositions de parcours découvertes avec des Heures de la découverte numériques etc. Collections numériques (au pluriel : patrimoniales, périodiques, e-books, musique...), services numériques...et nomades, public numérique enfin avec l’entrée en jeu de la communauté 2.0, usagère et actrice : la bibliothèque hybride se déploie sur tous les plans, affirme son identité comme elle instaure ce « bain numérique » désormais attendu depuis l’automatisation des transactions à la mise à disposition de tablettes en passant par l’affichage dynamique intérieur et extérieur ou la mise à disposition de « bureaux en ville » (« urban offices »). Deuxième orientation dans un domaine attendu mais revisité : la valorisation patrimoniale. Sur des thématiques fortes liées à l’histoire de la Cité comme à son présent et son avenir (Renaissance, religion, mémoires ouvrières, innovation...), en lien avec la programmation comme avec la numérisation, l’objectif sera de multiplier les propositions plaçant le public en position d’acteur, de diversifier les angles de lecture et d’appropriation par un métissage des formes de la monstration et de la restitution.

Dernier territoire enfin revendiqué par « un modèle lyonnais » : la question du territoire justement, de Lyon mais aussi des autres territoires. Travailler le territoire lyonnais lui-même donc, notamment dans ses partenariats avec l’université et/ou les acteurs de la chaîne du livre, mais aussi aborder des rives proches, celles du Grand Lyon ou moins proches mais tout aussi évidentes en relevant les enjeux métropolitains et régionaux. La réflexion territoriale est bien évidemment étendue au niveau national avec les collaborations BnF, BPI, Enssib, les présences actives dans les organisations professionnelles nationales... et internationales.

Ce dernier volet ouvre encore plus la BmL sur le monde avec l’accueil en 2014 de l’IFLA, la valorisation sur les outils internationaux de notre collection numérique et matérielle (fonds chinois) et le projet de création d’une association, d’une fédération, d’un réseau de villes et métropoles d’Europe comme on voudra, bref d’un lieu de rencontre, d’échanges et d’innovation qui réunisse les grandes bibliothèques de métropoles régionales européennes. Les BMVM : Bibliothèques Municipales à Vocation de Métropole n’existent pas, la BmL en propose finalement, à travers le présent projet, un modèle.

Gilles Éboli
Directeur Bibliothèque municipale de Lyon

  • Le projet d'établissement de la Bml
    Le projet d’établissement de la Bml