© Catherine Mettetal

Des bruits sans importance de Christiane Schapira est le face à face entre un père malade et sa fille. C’est le cri de haine d’une fille à l’égard de son père. Dès les premières phrases de ce monologue, elle s’adresse directement au public, nous prend à témoin. Nous sommes dans la confidence.
L’heure des règlements de compte semble sonner et elle va enfin se libérer et parler des coups et les insultes reçues dans son enfance par ce père. Pour la première fois, elle semble avoir le dessus sur lui. Et elle ressent une immense force au moment où sa vie va basculer. La jeune femme sait que sa vie ne pourra commencer que lorsque son père mourra.
Ce monologue terrible et d’une grande force m’a bouleversée. Les mots les plus durs de la jeune femme sont ceux qui décrivent l’aspect physique de son père et de sa déchéance.

Christiane Schapira est auteur de romans et de pièces de théatre. Avec cette pièce, elle a été en 2003 lauréate des Journées de lyon des auteurs de théâtre.

Un petit extrait :
« … Il dormait quand je suis entrée dans la chambre.
J’ai fermé la porte sans bruit derrière moi et je me suis accroupie.
Je m’étais déchaussée par précaution et j’ai avancé comme ça à quatre pattes jusqu’au lit.
Quand je suis arrivée tout près, j’ai levé la tête pour m’assurer qu’il dormait bien.
Ses yeux étaient fermés, sa bouche entre’ouverte.
Il respirait fort et son haleine empestait à cause de tous les médicaments qu’il avale.
Et du vin aussi.
Je suis restée un moment immobile à l’observer. Il avait encore maigri. Ses joues étaient creusées. Ma mère n’avait pas eu le temps de le raser avant de partir et ses joues noircies lui donnaient un air sale dans tout ce blanc.
Ses paupières ne cillaient pas.
Il s’est soudain mis à ronfler.
J’ai avancé doucement la main sous le lit en surveillant le ronflement. Il avait pris un rythme régulier.
Mes mains touchaient des moutons, de la poussière, mais pas le portefeuille. Il avait dû le déplacer… »