Voilà, c’est fini, la 19ème édition des Journées de Lyon des auteurs de théâtre aura encore été l’occasion de découvrir de nouveaux auteurs, de nouveaux metteurs en scène, de nouveaux comédiens, bref de nouveaux talents.

Retour sur cette manifestation...

Petit rappel : ce sont les six textes primés, parmi les 618 manuscrits envoyés, qui ont été mis en espace pour la première fois durant ces trois journées passées à la médiathèque de Vaise.

Jeudi 4 décembre...

- Mode d’emploi / Alexandra Badea

Madalina Constantin et Corentin Kosnas dans Mode d'emploi d'Alexandra Badea. Photo : Emile Zeizig DR.

Dans une mise en espace d’Alexandra Badea, l’auteure du texte, et la Compagnie Europ’artès.

Ce texte réunit d’abord une série de modes d’emplois et autres "règles pour nous faciliter la vie et qui nous la rendent pourtant impossible". Le personnage principal est plongé dans un labyrinthe de règles imposées par la société, par l’éducation, par la famille et par elle-même. Mais le texte dépasse cette simple collection de modes d’emploi, pour parvenir à un éclatement du récit. Un texte qui rend compte finalement de la difficulté à être authentique et libre. Un texte vigoureux.

Les trois comédiens sont très bons. Madalina Constantin tient le rôle, central, d’une jeune femme roumaine souhaitant quitter un pays pour un autre, "un système de valeur pour accéder à un autre". Un personnage intelligent et révolté joué avec une sensibilité troublante. Corentin Kosnas joue alternativement l’autorité, le psychanaliste, le raciste et bien d’autres personnages souvent malsains ; Carine Piazzi intervient elle à travers plusieurs figures, à l’esprit aussi subtil que retors.

Le texte édité sera disponible en septembre 2009 aux prestigieuses éditions L’Arche.

- Crash test / Marie Dilasser

Mélanie Bestel et Pierre-Jean Etienne dans Crash test de Marie Dilasser. Photo : Emile Zeizig DR.

Mise en espace de Nicolas Ramond et la Compagnie Les Transformateurs.

Crash test est un travail de collaboration entre Nicolas Ramond et la Compagnie Les Transformateurs, et un auteur, Marie Dilasser, qui a accepté de se lancer dans un travail d’écriture interactif.

En effet, à partir des improvisations de Mélanie Bestel et Pierre-Jean Etienne se sont dessinés deux personnages : Brit’Butum, l’ouvrière, et Arsène Droch, le manager. Crash Test est l’histoire de leur rencontre accidentelle, au sens tragique du terme, et de leur plongée dans le coma. Nous découvrons alors progressivement au fil de la pièce que les deux personnages se connaissent et qu’ils ont des comptes à régler...

La question de l’identité apparaît comme le fil rouge du parcours des Transformateurs. Et en ouvrant un cycle de travail sur la mémoire à travers le thème du coma, la compagnie poursuit cette réflexion.

Le travail collaboratif explique sans doute que les deux acteurs, très bons complices, Mélanie Bestel et Pierre-Jean Etienne, soient déjà pleinement imprégnés par ce texte drôle, cocasse et étonnant. Il nous font ainsi sentir tout le plaisir d’écrire de Marie Dilasser dans un texte aux limites de l’absurde et du surréalisme.

La création de Crash Test aura lieu les 27 et 28 février 2009 au Théâtre de Vénissieux.

...Vendredi 5 décembre...

- Les Eoliennes / Anne-Frédérique Rochat

© Emile Zeizig Mascarille

Dans une mise en espace de Yves Charreton, metteur en scène de la Compagnie Fenil Hirsute.

Qui a lu et apprécié comme nous le texte Les éoliennes (voir notre coup de coeur) comprendra la difficuté à rendre compte de l’univers de cette famille azimutée, refermée sur ses souffrances. Le passage à la scène était loin d’être évident... La magie opère grâce au talent des cinq comédiens. Poésie, tragique et comique se mélangent harmonieusement.... L’émotion est au rendez-vous. Le pari est gagné Monsieur Charreton !

Texte édité par les Journées de Lyon des auteurs de théâtre aux éditions L’Act’mem.

- Eté / Carole Thibault

© Emile Zeizig Mascarille

Dans une mise en espace de l’auteure.

Le texte de Carole Thibault est beau, sobre, épuré. Il raconte l’histoire d’un couple, tout jeunes parents. Ce sont les premières vacances qu’ils passent avec leur bébé. Ils devraient être heureux. Ils sont en fait la proie d’un grand trouble. Peu à peu, leur relation se vide de tout sens, le malaise croît entre eux… Pour incarner les personnages de la pièce, un trio de comédiens tous formidablement justes. Chacun bien campé dans son rôle : l’homme aimant mais peinant à trouver sa place dans le couple, la femme angoissée et soucieuse de bien-faire, la photographe solitaire incarnant un horizon à la fois inquiétant et attirant. Ils dressent un portrait sans concession du couple aujourd’hui.

Texte édité par les éditons Lansman.

...Samedi 6 décembre

- Sainte dans l’incendie / Laurent Fréchuret

© Emile Zeizig Mascarille

Dans une mise en espace de Laurent Fréchuret, directeur du Théâtre de Sartrouville.

Ce texte n’est pas à proprement parler une pièce de théâtre mais plutôt un poème dramatique construit autour de la figure de la Pucelle d’Orléans. Un portrait libre, subjectif, original écrit dans une langue très littéraire.

Il fallait donc une actrice de taille pour donner voix à cette oeuvre. Prix supérieur d’art dramatique et premier prix de déclamation au conservatoire Royal de Bruxelles, Laurence Vielle, a su relever avec brio ce défi de taille. Elle a subjugué le public et a porté ce monologue en faisant preuve d’une grande fraîcheur et luminosité, de beaucoup de poésie et d’humour. Un grand moment de théâtre !

Texte édité par les Journées de Lyon des auteurs de théâtre aux éditions L’Act’mem.

- Verticale de fureur / Stéphanie Marchais

Dans une mise en espace de Gislaine Drahy (Théâtre Narration) et Michel Pruner

© Emile Zeizig Mascarille

Christian Taponard est le brillant interprète de ce monologue-confession terrible. Un tortionnaire nazi s’épanche sur la tombe d’une de ses victimes... Comment est-t-il devenu ce monstre ? Impossible d’échapper au dégoût que le personnage nous inspire. Et pourtant, la force du texte et de la mise en scène est de nous rapprocher de cet homme et de nous le rendre un peu plus humain... Une mise en espace qui marquera fortement cette 19ème édition des Journées de Lyon des auteurs de théâtre.

- Débat : Théâtres : masculin / féminin, la partition singulière

Les Journées de Lyon des auteurs de théâtre proposent aussi chaque année d’assister et participer à un débat. Le thème de cette année s’est presque imposé de lui-même par le fait que 5 des 6 lauréats du concours 2008 étaient des femmes. Si tout le monde s’est accordé à dire que la question ne devrait même plus se poser et qu’il serait préférable qu’un tel débat n’ait plus lieu, il faut cependant bien constater que des poches de résistance à un meilleur équilibre entre les sexes persistent aussi dans le domaine du théâtre.

Le débat fut animé par Reine Prat, stimulante et pleine d’autodérision (!), chargée par le Ministère de la culture d’enquêter sur la présence des femmes dans le domaine de la culture.

Les discussions avec les lauréats présents ont d’abord tourné autour du "sexe de l’écriture". La majorité des lauréats, question de génération peut-être - aux abords des 30 et 40 ans, ont prôné un féminisme diffus et inconscient dans leur écriture, écartant de leur discours tout militantisme frontal. Carole Thibault se distinguant avec un discours peut-être plus revendicatif, témoignant également en tant que metteuse en scène, de rapports parfois encore machistes avec les professionnels du spectacle.

Sylvie Mongin-Algan, metteuse en scène et responsable du Nouveau théâtre du 8ème, a lu un extrait de Chambre à soi de Virginia Woolf, mettant en avant la nécessité d’avoir un espace à soi pour écrire ainsi que des soutiens financiers.

Anne-Frédérique Rochat a pu témoigner personnellement et concrètement de cette nécessité d’avoir une chambre à soi pour écrire, faisant ensuite le lien vers la question de "la création et la maternité".

Quelques voix masculines se sont alors fait entendre pour souligner que la peur de délaisser l’un au profit de l’autre était chez eux également bien présente, mais que le désir de création pouvait être assez fort pour y consacrer encore suffisamment d’énergie.

Voilà, cette fois, les JLAT 2008, c’est vraiment fini. Vivement l’année prochaine, vivement la 20ème !