©Rémy Saglier-Doubleray La revue électronique Les Cahiers de ViaEuropea.eu, publiée par Lieux Publics (Centre national de création des arts de la rue à Marseille), est fort intéressante pour qui s’intéresse à la création artistique dans l’espace public.

Chaque numéro des Cahiers convie une dizaine d’auteurs européens – artistes ou universitaires, élus ou journalistes, spectateurs ou organisateurs – à réfléchir sur un thème.

Le premier numéro traitait des territoires et posait la question de savoir comment les artistes négocient avec le territoire urbain. Le deuxième numéro intitulé Traces aborde le thème de la mémoire dans l’espace public. En effet, "les artistes qui travaillent dans la ville se nourrissent de sa mémoire, puis produisent des actes qui eux-mêmes laissent des traces". (Jacques Lauresture)

Quelques résumés subjectifs de ces différentes interventions :

- Bill Mitchell, auteur, metteur en scène et directeur de la Compagnie Wildworks a fait de la mémoire le coeur de son travail. Dans sa nouvelle création The beautiful journey qui explore pourtant le futur, la mémoire y tient toujours une importance cruciale. En effet, "comment imaginer le futur, à court terme, à long terme, sans se rappeler les expériences qu’on veut vivre à nouveau et celles que l’on veut éviter" ?

- Marine Richard, journaliste, dresse le portrait de l’ensemble instrumentiste de la Banda Europa créé par le compositeur Jim Sutherland. Où comment des instruments et des musiciens de toutes origines et cultures explorent et font vivre les musiques traditionnelles dans une logique de transmission orale. Ecoutez comme cela fait du bien !

- La Compagnie de cirque contemporain Baro d’Evel Cirk Cie, à travers leur spectacle « Ï », revient sur un événement de la guerre d’Espagne. Il s’agit d’un épisode peu connu de notre génération : la fin de l’hiver 1938-39 où les réfugiés républicains se sont exilés en France et ont été accueillis dans des camps d’internement de misère. Comment parler de ce que l’on a pas vécu ? "L’artiste ne peut aller chercher cette trace qu’en lui-même, mais ce sont les traces de chacun qu’il fait parler." Dans ce spectacle, danse, acrobaties, clown, musique, couleur se mélangent pour créer une langue subjective où nous découvrons en filigrane la trace de cette tragédie.

- Johan Lorbeer, performeur-artiste est l’auteur de "super-slow performances" dans lesquelles, il semble défier pendant de longues heures les lois de la gravité. Ses oeuvres sont par essence éphémères et uniques. Rejouées dans d’autres lieux, elles se révèlent toujours différentes. Et la seule trace qu’il en reste, c’est une expérience extraordinaire pour lui et pour le public. Un petit extrait d’une de ses performances s’impose.

A découvrir aussi d’autres interventions tout aussi passionnantes de :

- Enrique Gavilán, historien
- Yannick Besnier, spectateur engagé dans le Festival des arts de la rue de Morlaix (FAR)
- Werner Fenz, historien d’art
- Mark Waugh, artiste, auteur et commissaire d’exposition

Et si vous souhaitez compléter votre réflexion par d’autres pistes bibliographiques, nous vous renvoyons vers un précédent article consacré à la mémoire du spectacle vivant !