©Brigitte Pougeoise

La Maison Jean Vilar, à Avignon, propose du 5 mai au 29 juillet 2009 une exposition sur le metteur en scène et théoricien anglais Edward Gordon Graig. Elle explore plus particulièrement le rôle qu’a joué la marionnette dans la pensée de cet homme de théâtre, l’un des grands refondateurs de l’art théâtral au début du XXe siècle.

La Maison Jean Vilar, qui existe depuis 1979, est rattachée au département des Arts du spectacle de la Bibliothèque nationale de France. La Bibliothèque nationale de France conserve depuis 1957 l’essentiel des archives d’Edward Gorgon Craig : des notes et des archives personnelles, sa correspondance et sa propre bibliothèque théâtrale, des manuscrits de pièces avec notes de mise en scène, des gravures, des dessins anciens concernant le théâtre et des maquettes. Enfin, elle comporte une collection de marionnettes et de poupées pour le théâtre d’ombres, notamment 120 marionnettes javanaises de Wayang Kulit, une dizaine de marionnettes birmanes, une vingtaine de masques japonais, javanais et africain . Pour plus d’infos sur ce fonds, consultez l’ inventaire en ligne des archives de la BNF.

L’exposition Craig et la marionnette est constituée d’une sélection de soixante-dix pièces issues des archives de la BNF. Elle propose un aperçu des conceptions de Craig autour du jeu de l’acteur, de l’histoire et de l’esthétique de la marionnette. Car, Craig s’intéressa très tôt au monde de la marionnette. Dans son école de théâtre, ouverte à Florence en 1913, elle occupait une place de choix dans les programmes. Les élèves devaient non seulement apprendre à en fabriquer mais aussi à les manipuler. Grand collectionneur, il les étudia puis s’en inspira pour imaginer un renouveau du théâtre d’acteurs. Ainsi, il est connu pour être l’auteur d’un concept aussi important que mystérieux, car jamais concrétisé sur scène, à savoir "la sur-marionnette".. Qu’est-ce à dire ? Parmi les nombreuses hypothèses énoncées par les spécialistes de son oeuvre, en voici une : Craig en tant que partisan d’un théâtre de l’ombre, du mouvement et de la suggestion, jugeait l’acteur humain avec son ego et ses caprices incapable de porter dans sa chair le matériau d’une œuvre d’art, contrairement à la marionnette. La sur-marionnette serait donc une synthèse de l’acteur et de la marionnette ...

Pour en savoir plus sur ce grand théoricien, voici à présent quelques pistes bibliographiques :

Sur Edward Gordon Craig

- Gordon Graig et le renouvellement du théatre : catalogue d’exposition
Organisée en 1962 par la BNF, cette exposition explorait dans une première partie la jeunesse de Craig dans son milieu familial, sa carrière d’acteur et ses premières mises en scène. La deuxième partie était consacrée aux années de lutte et de recherche. Elle montrait l’intérêt que Craig portait à la documentation, et évoquait les artistes et auteurs qui ont inspiré son œuvre, notamment les architectes et les scénographes italiens. La troisième partie de l’exposition dressait un panorama de l’influence exercée par Craig sur les metteurs en scène et les décorateurs du monde entier. Enfin, dans une quatrième partie, on découvrait l’œuvre de Craig graveur et illustrateur, représentée par un certain nombre de bois et d’eaux-fortes.

- Edward Gordon Craig de Denis Bablet
Théoricien et grand précurseur de l’étude des esthétiques étrangères, Denis Bablet s’intéresse ici aux travaux de Craig.

- "Le génial paradoxe de Craig" in E pur si muove !, N° 2, avril 2003
Cet article présente un ouvrage de Hana Ribi intitulé : "Edward Gordon Craig, Figur und abstraction". Défini comme étant le premier document scientifique sérieux écrit sur la relation de Craig à la marionnette, il explore notamment la théorie de la sur-marionnette et propose de très belles et significatives illustrations.

- Craig et la marionnette in Manip, n°18, avril-juin 2009
Un dossier synthétique sur la genèse de l’exposition à la Maison Jean Vilar, les liens étroits entre Craig et la marionnette et enfin les points forts de son esthétique théâtrale : réévaluation des traditions, rejet du réalisme, acteur marionnettisé, exploration de l’espace par le mouvement, jeu avec la langue, transmission.

Ouvrages d’Edward Gordon Craig

- De l’art du théâtre
Dans ce livre devenu mythique et fondateur, Craig repense le théâtre comme un art moderne et autonome. On y retrouve aussi sa théorie de "la sur-marionnette".

- Le théâtre en marche
Il s’agit du plus important recueil d’essais de Craig. Les textes qu’il contient concernent la psychologie du comédien, les spectacles de plein air, la coneption d’une école de théâtre, la tradition ou la recherche artistique, la danse, la pantomime, les marionnettes, le masque, l’improvisation...

Pour finir, je ne résiste pas à mon envie de vous livrer un passage du chapitre "l’acteur et la sur-marionnette" extrait de l’art du théâtre d’Edward Gordon Craig :

"De nos jours, la marionnette traverse une ère de disgrâce, - bien des gens la considèrent comme une sorte de pantin d’un ordre supérieur, dérivé de la poupée. Mais ils font erreur. La marionnette est la descendante des antiques idoles de pierre des temples, elle est l’image dégénérée d’un Dieu. Amie de l’enfance, elle sait encore choisir ses disciples. Que l’un de vous dessine une marionnette, il fera d’elle une figurine figée et grotesque. C’est qu’il prend pour une placidité imbécile et une anguleuse difformité ce qui est la gravité du masque et l’immobilité du corps. Car même nos marionnettes modernes sont des êtres extraordinaires. Les applaudissements éclatent en tonnerre ou se perdent isolés, la marionnette ne s’en émeut point ; ses gestes ne se précipitent et ne se confondent pas ; qu’on la couvre de fleurs et de louanges, l’héroïne conserve un visage impassible. Il y a plus qu’un trait de génie dans la personnalité qui se déploie : elle est pour moi le dernier vestige de l’Art noble et beau d’une civilisation passée."