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Le 03 juin l’Auditorium de Lyon proposait « Jazz & Râgas », spectacle qui réunit Raghunath Manet et Archie Shepp. Une soirée inoubliable... Et j’y étais !!! Youhouuu !!!

Ah ! Archie Sheep ! Saxophoniste, compositeur, pianiste, chanteur, poète engagé, dramaturge, Archie Shepp est une légende vivante. Et il est toujours là où on ne l’attend pas. Il partageait cette fois-ci la scène avec Raghunath Manet, figure emblématique de la danse et musique indienne.

Saxophone et vînâ (luth ancien, le plus ancien instrument de l’Inde du Sud !) s’unissent sur scène, portés tantôt par les percussions indiennes, tantôt par la batterie de Ravi le magnifique, passant avec aisance des râgas au blues et au jazz, de la danse à la musique et à la poésie. Ce mélange d’instruments inattendus provoque de belles découvertes sonores.
Raghunath pose les notes des râgâs au son délicat du jazz d’Archie soutenu par Wayne Dockery, contrebassiste de jazz américain et Tom McClung au piano.
Des moments de pure beauté et de générosité...
Raghunath Manet est un musicien indien confirmé, qui a déja collaboré avec des pointures de la musique en France, comme Didier Lockwood ou Michel Portal.

La danse est également à l’honneur, puisque Ragunath Manet abandonne sa veena pour quelque minutes, le temps de nous faire découvrir certaines danses indiennes. Il danse comme une marionnette, comme s’il était manipulé par des fils. Les clochettes qu’il porte aux pieds et qui rythment ses mouvements, m’ont fait penser aux danseurs de claquettes. Il a des mimiques incroyables et beaucoup d’humour, quand il danse.
Se dégage de sa danse de la spiritualité, beaucoup de sensualité, de grâce et de poésie.
La danse est précise, les mouvements codifiés jusqu’aux plissement des yeux. Les doigts, les pas, le regard, les oscillations de la tête tout est signifiant ...

Quand on le voit sur scène, chanter, danser, jouer de la vînâ, on ne peut s’empêcher de se dire, mais il sait tout faire cet homme là ! Et en plus il est beau et il a un corps de rêve... Petite question, mais est-il marié ?

Pour en savoir plus sur Raghunath Manet

Raghunath Manet est un chorégraphe, danseur de bharata natyam, musicien et chanteur indien. Il compose et joue avec Dr Balamuralikrishna, le plus grand chanteur de l’Inde.
Il est l’un des plus grands danseurs de bharata natyam, danse héritier de la tradition des maîtres et danseurs de temple. Raghunath Manet est né en Inde, il a très tôt appris et réactualisé le bharata natyam en étudiant avec les plus grands (notamment Ram Gopal), mais aussi en étudiant les sculptures et les dessins des temples indiens.
Héritier de la tradition de Shiva, il arrive en France en 1985, et contribue fortement au développement du bharata.
Il va ainsi très rapidement former toute une nouvelle génération de danseurs de bharata natyam, qui seront pour partie à l’origine du boom du Bollywood.
Raghunath Manet se produit sur des plateaux internationaux (Opéra–Bastille, Shakespeare Globe de Londres, Théâtre Olympico de Rome).
Il a adapté le bharata natyam à la morphologie masculine. Danse représentée traditionnellement par des femmes, Raghunath Manet est être à l’origine de la renaissance de la version masculine de cette danse.

Bibliographie pour comprendre la danse indienne

- La musique carnatique : guide d’écoute de la musique classique de l’Inde du Sud, préface de Didier Lockwood / Daniel Bertrand
Ce que dit Portal de lui dans la préface de ce livre : "Ma rencontre avec Raghunath Manet, est un des points forts de ma vie musicale, artistique et humaine. Danseur et musicien indien de tout premier plan, Raghunath Manet, avec beaucoup de talent et d’intelligence permet à son art ancestral d’évoluer et de se fondre dans la culture occidentale sans pour autant perdre son identité.
Cet ouvrage est véritablement la référence indispensable pour tous ceux qui désirent s’imprégner des racines historiques et techniques de cet art si exigeant. "

- Les bayadères, danseuses sacrèes du temple de Villnour / Raghunath Manet, 1996
Cet ouvrage relate l’histoire des bayadères, ces femmes indiennes qui dansaient dans les temples (la plus connue d’entre elles étant Indra Rajan, qui s’est produite avec Raghunath Manet lors d’un spectacle à Paris en 2003.)

- Du temple à la scène / Raghunath Manet, 2007 (avec une préface de Carolyn Carlson)
C’est un ouvrage qui relate le travail d’interprétation et de transcription mené par Raghunath Manet pour redonner vie au Bharata natyam, (recherches menées sur les sculptures et dessins des différents temples de l’Inde du Sud).

- Bharata-Natyam : danses sacrées de l’Inde du sud interprétées par Svarnamoukhi / Tara Michael, 1979

- L’Inde danse : une saison de musique / Georges Amar, 2005

- Manuel traditionnel du bharata-nâtyam : le danseur cosmographe / Katia Legeret, 1999

- Enregistrements sonores de Raghunath Manet disponibles dans les bibliothèques municipales de Lyon

- Enregistrements vidéos de Raghunath Manet dans les bibliothèques municipales de Lyon

Pour mieux le connaître, je vous encourage à lire cet interview écrit ou à aller sur le site officiel de Raghunath Manet, dans lequel vous pourrez voir 2 vidéos d’extraits du spectacle « Jazz & Râgas » et une vidéo où Archie Sheep parle de sa collaboration avec Raghunath Manet.

Archie Shepp

Il commence à se produire dans les fin des années 1950 à Paris. À ses débuts en 1960, il est, avec Cecil Taylor, l’un des fondateurs du free jazz, avec des disques révoltés tels que "Fire Music" ou "Mama Too Tight". Il collabore ensuite avec John Coltrane, notamment sur "A Love Supreme" en 1965, et surtout "Ascension", album qui sort complètement des conventions. Très vite, l’engagement identitaire aux côtés des luttes pour les droits civiques des Afro-Américains s’inscrit dans sa musique.

Il dirige ensuite l’Attica Blues, big band au début des années 1970, empreint de Soul et de Blues, styles qui influenceront ensuite toute son œuvre jusqu’à aujourd’hui. Très engagé, le disque "Attica Blues" dénonce en 1972 le massacre de 43 prisonniers révoltés lors des émeutes du pénitencier d’Attica.

Que ce soit au ténor ou au soprano, son style se caractérise par son tranchant, avec des dénivelés de notes impressionnants et une puissance expressive hors du commun.
Des années 1970 au début des années 2000, Archie Shepp a été professeur au département d’études afro-américaines de l’Université d’Amherst, dans le Massachusetts. Il y enseigna la musique et l’histoire de la musique afro-américaine.
Depuis quelques années, Archie Shepp donne de nombreux concerts dans le monde entier avec son quartet composé de Wayne Dockery à la basse, Tom McClung au piano et Steve McCraven à la batterie.
En 2006, Archie Shepp fait de belles apparitions sur deux morceaux de "Identité en crescendo", l’album de Rocé, chanteur de rap français amoureux du free jazz. Une autre collaboration avec le chanteur de rap Napoleon Maddox, le prince des poètes noirs, avec l’album "Phat Jam in Milano".

Le riche parcours musical d’Archie Shepp se traduit aujourd’hui au sein de son quartet, qui tourne dans le monde entier.

Avant-gardiste et novateur, Archie Shepp a donné au jazz de nouvelles voies et en est une grande figure. Pour moi, il est l’image du musicien libre.
C’est toujours un bonheur de retrouver ce révolutionnaire politique et musical sur scène, là où son sens du théâtre s’épanouit à merveille.
Il mène aujourd’hui une carrière que l’on pourrait qualifier de dilettante, dans la mesure où il ne fait que ce qui lui plaît (comme par exemple jouer pour les détenus de la prison de Fleury). Il propose des shows toujours surprenants, passant d’une improvisation au saxophone à un chant blues déchirant. Oui, vraiment, il est difficile d’ignorer un tel monstre sâcré !

Dans les bibliothèques municipales de Lyon :

Tous les CD d’Archie Sheep

Tous les vidéos sur Archie Sheep


Assez parlé, un peu d’images : une vidéo

dans laquelle on le voit jouer et chanter "Mama Rose" (une chanson dédiée à sa grand-mère), et n’hésitez pas à cliquer sur son site officiel.

S’inscrire dans la tradition tout en n’en étant pas prisonnier, c’est le permanent défi que relève Archie Shepp depuis toujours. Et c’est également ce qui le rapproche sans conteste de Raghunath Manet et qui fait de ce spectacle « Jazz & Râgas », un vrai bonheur visuel et sonore. Ah ! J’en suis encore toute émue...