Le spectacle Transfer ! de Jan Klata a été programmé dans le cadre du Festival Sens interdits organisé par le Théâtre des Célestins du 17 au 26 septembre. Ce festival s’intéresse aux problématiques des mémoires, des identités et des résistances.

Dans Transfer ! Jan Klata touche à la question des frontières, un point sensible et douloureux de l’histoire de la Pologne. Bien avant la seconde guerre mondiale, tout au long du XIXe siècle, la Pologne est écartelée et partagée entre la Russie, la Prusse puis l’Allemagne et l’Autriche. C’est son invasion en 1939 par l’Allemagne et par l’Union Soviétique qui déclenche la seconde guerre mondiale.
À la fin du conflit, en 1945, à la suite de la Conférence de Yalta, des millions d’allemands sont alors expulsés pendant que des millions de polonais arrivent sur leurs terres. La ville de Wroclaw, en Pologne, subit alors un remplacement entier de ses habitants. Jan Klata choisit de parler de cet instant, et, des conséquences que ces décisions ont eu sur la vie de milliers d’hommes.

Transfer ! est un spectacle dur et bouleversant. Il a été écrit à partir de témoignages d’allemands et de polonais.
Par ailleurs, des témoins qui étaient enfants, adolescents, ou soldats ayant vécu ces événements tragiques, jouent dans ce spectacle. Seule la scène des négociations entre Churchill, Roosevelt et Staline à la Conférence de Yalta est interprétée par des comédiens professionnels.
Chacun à tour de rôle, dans leurs vêtements de tous les jours, dans une grande simplicité, nous parlent de leurs souvenirs. Leurs visages, leurs regards, leurs paroles, le timbre de leur voix nous secouent et nous marquent à jamais.
La vieille dame polonaise qui se souvient de tous les noms des habitants de son village. L’ancien soldat, amputé des deux jambes, et son plaidoyer contre la guerre. La sexagénaire adepte du yoga, dont l’oncle soldat s’est révolté contre le nazisme.
Des images restent, obsédantes : les wagons à bestiaux, les viols collectifs...

Transfer ! nous parle de la seconde guerre mondiale, en se plaçant dans un double point de vue assez rare : celui des allemands et celui des polonais. Et dépasse l’habituelle dualité victime-bourreau.

Staline, Churchill et Roosevelt interprètent, des chansons du groupe Joy Division.
D’après Jan Klata, la plupart des conversations qu’il a adaptées pour la scène sont réellement issues des archives de Yalta. Ces passages amusent, mais ils font surtout froid dans le dos.
Ce spectacle nous laisse sans voix. Il est sans voyeurisme, sans pitié, il est vraiment très fort et nous habite longtemps.

Jan Klata

Jeune metteur en scène de 36 ans, Jan Klata est né en 1973, à Varsovie.
A 12 ans, il signe sa première pièce, L’éléphant vert, qui lui vaut une invitation dans un festival en Australie.
En 2001, il écrit sa deuxième pièce, Le sourire du pamplemousse qui met en scène deux journalistes attendant la mort du pape, au Vatican. Cette même année 2001, il signe son premier contrat professionnel dans un théâtre. Il choisit de transposer Le Revizor, de Gogol.
Depuis, il a signé de nombreux spectacles toujours en lien avec la problématique de l’histoire.

Jan Klata crée un nouveau théâtre polonais. Il s’inscrit dans la lignée de la déconstruction, apprise auprès de son maître, Jerzy Grzegorzewski .
Il fait partie de la même génération que Grzegorg Jarzyna et Krzysztof Warlikowski.
Comme eux, il est marqué par l’enseignement du grand maître polonais Krystian Lupa, dont il fut l’élève et l’assistant, et Tadeusz Kantor, que sa mère vénérait.
Jan Klata se démarque quand même de Krystian Lupa, notamment par l’engagement avec lequel il étudie la réalité polonaise contemporaine.

« Transfer ! », confirme l’extraordinaire vitalité des théâtres d’Europe de l’Est, où histoire, politique, intimité, témoignage et décalage nous font réfléchir à notre perception du passé et à la question de l’identité.