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La 6ème édition du Festival Arts vivants (du 12 au 26 février 2010), consacrée au thème du costume, vous convie le samedi 20 Février à un défilé spectacle organisé par l’Université de la mode de Lyon . Il sera l’occasion de découvrir les créations présentées dans la boutique Le Tube à essai à Lyon.

Un « défilé-spectacle » ? Oui, vous avez bien lu ! Car voir un défilé de mode, c’est aujourd’hui assister à un vrai spectacle, un spectacle complet, qui au-delà d’une nécessité promotionnelle donne du rêve, de l’émotion à un public venu expressément pour cela…

Un peu d’histoire ...

L’ouvrage de référence ShowTime : le défilé de mode relate l’histoire du défilé de la mode de la fin du XIXe siècle à nos jours à travers des analyses, des récits et des témoignages abondamment illustrés. Ainsi, c’est à la fin du XIXe siècle que la pratique du défilé de mode se développe pour devenir ce que nous connaissons aujourd’hui, une véritable mise en scène d’un univers de créateur, voire parfois, une performance artistique.

Est-ce une coïncidence ? Mais inspiré par le théâtre, il prend véritablement son essor avec l’avènement du cinéma.
Le mannequin n’est plus inanimé, c’est un « personnage ». Le défilé de mode met en scène un « jeu » d’acteur : le mannequin apprend à déambuler, avoir un beau maintien, à prendre des poses hautaines, dramatiques, comme au théâtre puis au cinéma.

Charles frederick WORTH (1829-1895) est considéré comme le père de la haute couture. Il est le premier à présenter ses collections de modèles sur des mannequins vivants dans les salons luxueux de sa maison de couture.
Toutefois, c’est à la couturière londonienne Lucy (Lucy Duff-Gordon : 1863-1935) que revient l’invention véritable du défilé de mode dès 1905.
La représentation quitte les podiums des maisons de couture ou des grands magasins pour s’installer dans des salles plus spacieuses qui s’apparentent à des salles de spectacle, la déambulation des mannequins est plus recherchée, plus théâtralisée, le tout sur fond musical.

Mais à ce stade, le défilé de mode reste encore malgré tout très confidentiel. Son objectif, essentiellement commercial, consiste à séduire les quelques rares clientes de haute couture. Il faut attendre les années 1960 pour que le défilé de mode devienne véritablement spectacle.

En effet l’avènement du prêt-à-porter change la donne.
La haute couture n’est plus rentable. Le défilé de mode sert uniquement de vitrine pour diffuser l’image de marque des maisons,… ce qui leur permet de commercialiser du prêt à porter vers une clientèle plus large.

En 1958, Jacques HEIM (1899-1967), alors président de la chambre syndicale de haute couture, lance le « prêt à porter création » afin de vendre des modèles spécifiquement conçus pour la vente en série. Cette impulsion sera suivie par les jeunes couturiers qui lanceront le « prêt-à-porter des couturiers » et des jeunes créateurs.

Peu à peu, parallèlement aux prestigieux défilés de haute couture apparaissent les défilés de prêt-à-porter de couturier qui seront présentés à Paris, Milan, New York, notamment lors de la semaine de la mode.
Ces derniers deviennent de véritables spectacles : il faut attirer, faire rêver le plus grand nombre et pour cela aussi capter l’attention des média.

D’un point de vue esthétique et idéologique, la nouvelle génération de jeunes couturiers (André Courrège, Paco Rabane,…) veut faire table rase du passé.
Leurs créations se veulent innovantes, sans référence avec le passé. Et Ils expérimentent tout naturellement une nouvelle manière de mettre en scène leurs collections.

Le « défilé-spectacle » connaît un véritable essor dans les années 1980.
Les défilés de mode des années 1960, bien que novateurs, utilisent finalement peu de moyens. La musique et la danse sont certes constitutifs des défilés, mais la mise en scène est par contre peu présente ou rarement élaborée.
Les années 1980 poussent plus loin la recherche scénographique pour aller vers l’étrange, l’irréel, le « décalé ». Jean-Paul Gaultier est précurseur dans le domaine lorsqu’il inaugure la célèbre jupe pour homme dans son défilé « Et Dieu créa l’homme » ou dans sa mise en scène provocatrice de la collection « Les nonnes ».
Thierry Mugler aussi est un des premiers créateurs à assumer pleinement le statut de spectacle. En 1984, le défilé qui marque les 10 ans d’existence de sa maison a lieu au Zénith, et les spectateurs on préalablement acheté leur billet à la FNAC comme pour n’importe quel spectacle
Tout d’abord, la recherche du lieu de représentation doit être surprenante : il peut s’agir d’usines désaffectées ou d’autres bâtiments industriels, garages, quai de métro ; ou à l’opposé, comme pour un retour au « raffinement » du passé, d’hôtels particuliers, de salons, de musées
Les collections Prêt à Porter de l’hiver 1984 1985 sont présentées dans la cour carrée du LOUVRE.

En 1998, un défilé de mode est présenté le 12 juillet au Stade de France lors de la finale de la coupe du monde de football

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D’une manière générale, beaucoup d’accessoires insolites sont utilisés

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Le maquillage aussi participe à la mise en scène.
On s’attache en fait à tout ce qui peut donner du relief au défilé, tout ce qui peut le rendre encore plus visible : on fait appel à la sophistication de la scénographie, de la chorégraphie, on utilise de vrais décors magnifiés par des jeux de lumières et sons. En poussant cette logique à l’extrême, le le défilé de mode peut être même conçu comme une véritable performance artistique. Plus que tout autre créateur, on pense d’abord au belge Martin Margiela qui assume totalement le lien entre défilé et performance. Lors de son premier défilé, il fit marcher ses mannequins dans de la peinture rouge pour laisser des traces tout au long du podium…. On pense aussi aux défilés-performances des artistes Alexander McQueen, Chalayan ou encore Majida Khattari qui donnent à leurs défilés une finalité conceptuelle. Il s’agit de se servir du défilé pour transmettre une idée, un message : par exemple dénoncer le statut de la femme

Bref, le défilé devient de plus en plus un spectacle éphémère qui doit transcrire l’univers du créateur par tous les moyens. Son rôle n’est plus seulement de mettre en valeur les créations du styliste mais aussi d’immerger le public dans son univers créatif. Il s’éloigne ainsi de la simple présentation pour rejoindre le domaine des arts vivants.

La fabuleuse série documentaire Le "jour d’avant" de Loïc Prigent diffusée sur Arte en janvier livrait les dessous des défilés de mode. Elle plongeait le spectateur dans les derniers jours précédant les défilés de Fendi, Jean-Paul Gaultier, Proenza Schouler et Sonia Rykiel. Si vous l’avez raté, vous pouvez encore consulter le dernier épisode consacré au duo de créateurs Proenza Schouler sur ArteTV.

Enfin, pour ceux qui rêverait de faire carrière dans ce milieu, le livre La mode par ceux qui la font de Anne-Céline Jaeger. semble incontournable. Il est le moyen pour vous d’en savoir plus sur grâce à l’expérience de Vingt-cinq personnalités - Dries Van Noten, Jean Touitou, Margareth Van den Bosch (madame H&M), Alexandre de Betak, Alexandra Shulman (directrice de la Central Saint Martins à Londres) qui y livrent leur avis sur des questions telles que : faut-il faire une école de mode pour devenir créateur ? Quels rôles jouent le marketing et la presse ? Quels sont les bons et mauvais côtés de la profession ? Instructif...

Si par ailleurs, vous avez raté la fabuleuse série documentaire de Loïc Prigent : Le Jour d’avant qui explore les coulisses de quatre grandes maisons de la mode à quelques heures du défilé ? Vous pouvez encore consulter sur ArteTV l’épisode consacrée au duo de créateurs Proenza Schouler, révélation de la mode américaine !