Dans le cadre du Festival Arts vivants sur le thème du costume (programme complet au format PDF) , la médiathèque de Vaise présente le spectacle Oripeaux, de Charlotte Pareja (voir agenda - ATTENTION SPECTACLE COMPLET !)

Charlotte Pareja a créé en 2005, l’atelier Bonnetaille, premier atelier itinérant de création de costumes et d’accessoires. Oripeaux est le premier projet de création de cette jeune costumière, diplômée de l’ENSATT en 2000. Affichant un parcours professionnel original, Charlotte Pareja a eu envie d’imaginer une écriture scénique à partir de sa passion : la matière et le costume. "Depuis toujours la matière nous entoure, nous cache, nous transforme. Depuis toujours nous modifions notre corps avec les parures et les vêtements. Comme un insecte qui mue, nous changeons de carapaces, revêtons de nouvelles peaux. Comment fait-on pour s’approprier le vêtement, l’intégrer à notre histoire, le faire devenir soi ? " Oripeaux allie différents arts : la danse, la musique, la création de costumes, la magie et la manipulation d’objets. Un spectacle poétique sans parole, visuel et sensoriel, à découvrir !

Nous reproduisons ci-dessous l’entretien qu’elle nous a accordé et qui a été publié dans Topo, le magazine des bibliothèques de Lyon (janvier-février 2010).

Adeline Dattrino : Comment est née votre collaboration avec Sébastien Cormier (chorégraphe) ?
Charlotte Pareja : Elle existe depuis 2001, grâce à une rencontre dans le cadre professionnel et des échanges autour de la passion de la danse et de la couture. Au fil des années une envie de partager ma passion du costume s’est liée aux questions et à la réflexion de Sébastien sur le rapport entre le corps et la matière. Un imaginaire commun s’est construit entre nous, il s’est réalisé au gré de différentes expériences et travaux (créations de costume pour la danse, laboratoires de recherche artistiques, stages de danse…).

AD : Le rapport au corps, et notamment à celui du danseur, est omniprésent dans le spectacle. Comment avez-vous guidé le danseur ?
CP : Le parti pris était de travailler d’abord avec la matière, faire en sorte que la danse et le mouvement soient « au service » du costume, plutôt que ce qui se fait plus habituellement : un costume au service de la danse. Sébastien ne s’est pas basé sur du mouvement à écrire, à chorégraphier tout de suite mais à travailler en s’imprégnant d’abord de la matière. Des supports vidéo ou photos ont été les outils les plus à même de répondre à une esthétique que je cherchais. Durant l’écriture du spectacle, des temps d’observations et d’improvisations m’ont permis d’imaginer une succession d’images, de séquences, de métamorphoses avec des éléments de costumes choisis. Il y a eu l’envie que Sébastien explore d’abord un état animal pour aller vers de l’humain, qu’il créée une palette de mouvements allant du mécanique à des mouvements plus caractérisés et habités par les traits d’un personnage.

AD : Comment Fabrice Bouillon-Laforest (assistant à la mise en scène) vous a t-il aidé à accentuer la transformation du corps du personnage ?
CP : Il est évident qu’en tant qu’interprète moi-même sur scène j’avais besoin d’un œil extérieur. Fabrice m’a aidé à rendre lisible l’écriture du spectacle et à peaufiner la logique de son déroulement. Le concept de la transformation du corps du personnage était posé dès le départ.

AD : Le travail d’Yvan Vallat (musique, décor et régie générale) vient mettre en lumière toute la sensualité de la danse. Comment a-t-il travaillé ? L’avez vous invité dans votre atelier pour qu’il s’imprègne de votre univers ou a t-il improvisé lors des répétitions ?
CP : Mon souhait était que la musique soit un support à la relation danse et costume, qu’elle vienne accompagner les séquences et les images créées. Que la musique vienne « habiller ». De plus, Yvan étant sur scène, il devient complice du danseur. Yvan a préféré improviser et écrire sa musique lors des répétitions.

AD : Tous nos sens sont en éveil quand on regarde le spectacle, et notamment celui du toucher, bien que le spectateur n’ait qu’un rapport visuel avec les artistes. Comment avez-vous travaillé ce rendu ?
CP : Depuis le début j’ai souhaité transmettre le plaisir de toucher le tissu. Le public étant très proche de la scène, il peut voir beaucoup de manipulations de tissus et de contacts forts avec les mains et le corps du danseur. Il n’y a pas de texte ou très peu dans Oripeaux, cela crée un autre langage par la danse et la manipulation qui laisse plus de place à un imaginaire visuel et « tactile ».

AD : Quel est votre définition personnelle d’un oripeau ?
CP : Pour moi c’est un beau vêtement ancien qui a gardé en lui toute son histoire. Il est usé, façonné, travaillé par le temps et le corps qui l’a porté. J’y vois aussi des couleurs pourpres, écrues, de l’or ou de l’argent. Ce qui me séduit dans ce que raconte la définition du dictionnaire, c’est cet alliage de métal et de tissus qui m’apporte l’image extraordinaire d’un costume.

AD : Pour vous, est-ce que le corps du danseur est une matière, un matériau comme un autre, que l’on peut modeler, tordre, étirer comme un vêtement ?
CP : L’important c’est que l’on puisse donner une âme à la matière, le corps est une matière… Un costume, une matière ne peut pas exister s’il n’y a pas une vie à l’intérieur, un corps pour l’animer. Le corps est une sculpture habillée ou non d’une deuxième sculpture qui est le vêtement. La différence avec un vêtement, c’est que le corps est rempli de vie, il a son autonomie et son identité propre.