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Femme non rééducable, mémorandum théâtral sur Anna Politkovskaïa
A l’occasion des Journées de Lyon des Auteurs de Théâtre 2011. Texte de Stefano Massini (L’Arche éditeur). Mise en jeu : Mikaël Serre. Avec : Anne-Claude Goustiaux et Nathalie Richard. Crédit Photo : Emile Zeizig (mascarille.com).

Alors que se déroule à Lyon en ce moment même une nouvelle édition de Face à Face, Paroles d’Italie pour les scènes de France, projet de promotion des dramaturgies italiennes contemporaines initié en France depuis 2009, et que la médiathèque de Vaise accueille samedi 3 décembre une table-ronde sur Les nouvelles dramaturgies italiennes, nous vous proposons plusieurs pistes de lecture menant vers 6 auteurs italiens, particulièrement bien vivants et qui peuvent faire entendre leur parole de ce côté-ci des Alpes grâce à quelques éditeurs bien inspirés.

Fausto Paravidino
Né en 1976. Acteur sur les planches et à l’écran, metteur en scène, traducteur de Shakespeare et de Pinter, scénariste, il est aussi et avant tout auteur de pièces qui expérimentent une nouvelle forme dramatique. Il écrit la première, Trinciapollo fratelli, en 1996. Suivra une dizaine d’autres, non toutes publiées en français, mais couronnées de succès en particulier Gênes 01.
- Nature morte dans un fossé (2002)
Boy, à l’occasion d’un accident de voiture, découvre dans un fossé le cadavre de la jeune Elisa. L’enquête menée par un vieux policier en crise dévoilera les travers des différents protagonistes.
- Deux frères (2002)
Boris et Lev, deux frères unis par une relation exclusive, habitent ensemble dans un appartement où ils hébergent Erica. La liaison de la jeune femme avec Lev et sa négligence des règles de vie commune fragilisent l’équilibre déjà précaire du trio. Et quand Boris tombe amoureux d’Erica, les deux frères n’ont plus d’autre choix que de tout tenter pour écarter l’intruse de leur vie...
- Peanuts ; (suivi de) Gênes 01 (2003)
Ces deux pièces parlent, sur deux modes différents, de la répression qui s’est abattue sur les manifestants lors du sommet du G8 qui s’est tenu à Gênes en 2001. Peanuts expose les problèmes soulevés par ces événements et les facteurs qui les ont permis et met en scène des copains avant et après le sommet. Gênes 01 est une chronique personnelle de la tragédie gênoise.
- La maladie de la famille M. (2009)
La famille M. est atteinte d’une étrange maladie depuis la mort de la mère quelques années auparavant. Il faudra une autre mort et l’intervention de deux amoureux pour que Marta, l’aînée des enfants, parvienne à être pour elle-même.

Stefano Massini
Né en 1975. Stefano Massini est auteur de nombreuses pièces de théâtre mais est également metteur en scène. Il a ainsi adapté pour le théâtre des romans et des récits. Il a aussi traduit en italien des pièces de William Shakespeare.
- Femme non-rééducable : mémorandum théâtral sur Anna Politkovskaïa (2011)
Primée aux Journées de Lyon des Auteurs de Théâtre 2011. Cette pièce retrace la fin tragique de la journaliste russe Anna Politkovskaïa, morte assassinée. Elle était connue pour son opposition à la politique du président Vladimir Poutine, sa couverture du conflit tchétchène et ses critiques virulentes envers les autorités actuelles de la république caucasienne.

Ascanio Celestini
Né en 1972, Ascanio Celestini suit des études en littérature et en anthropologie à Rome. Il aborde le théâtre par le biais de la commedia dell’arte. Il s’est imposé avec Radio clandestina et Fabbrica comme le chef de file de la jeune génération du théâtre-récit. Il met en scène et interprète ses propres pièces. Il est également acteur de cinéma, chanteur et a réalisé un documentaire sur la précarité du travail.
- Radio clandestine : mémoire des fosses ardéatines (2000)
Une pièce du théâtre-récit italien qui raconte le massacre à Rome, le 24 mars 1944, de résistants, juifs et simples passants en représailles d’un attentat perpétré la veille contre l’occupant allemand.
- Fabbrica (2002)
Les grandes étapes de l’usine témoignent de la réalité industrielle et politique de l’Italie du XXe siècle à travers l’histoire de Fausto, chef manoeuvre qui a perdu une jambe, son père et son grand-père.
- Pour en savoir plus sur Ascanio Celestini et le théâtre-récit (ou théâtre-narration), consulter la revue Frictions (n° 15, automne 2009, p. 115-138).

Laura Forti
Née en 1966. Laura Forti est auteur, comédienne et metteur en scène depuis 1992, traductrice de théâtre israélien. Elle codirige avec le compositeur Teo Paoli la compagnie Centrale dell’Arte qu’ils ont fondée en 1993. Elle dirige des cours d’expression corporelle à Prato et des performances. Laura Forti est chargée en 2003 de la commémoration de la Shoah en Italie, avec l’un de ses textes, Dis-moi, une histoire jamais écrite.
- Nema problema ; (suivi de) Pessah-Passage (2002 ; 2006)
Un monologue sur des airs de jazz, suivi d’un repas de famille tournant au jeu de massacre à l’humour ravageur autour de la signification du rite des Pâques juives. Ces deux pièces se rejoignent dans le questionnement de l’identité : celui du retour impossible à la normalité après avoir vécu la guerre (serbo-croate) et celui du fondement des racines (juives).
- Les nuages retournent à la maison (2003)
La rencontre de Nadia, une prostituée albanaise, et de Cristina, une femme de chambre, va faire naître une amitié de petits gestes et d’attentions. Mais la révélation cruelle de ce qui est arrivé à la soeur de Nadia interrompt brutalement cette histoire. Cette pièce a été écrite avec la communauté albanaise d’Italie.
- Mère/fille (2009)
Lucie, la mère, a peur d’avoir vieilli. Camille, la fille, joue les grandes. Fragiles, elles perdent leur intégrité pour paraître plus fortes. Piétinant collègues ou camarades, elles parviennent au succés au prix de ne plus se reconnaître...

Spiro Scimone
Né à Messine en 1964, comme son complice Francesco Sframeli, lui aussi acteur, avec lequel il crée en 1990 la compagnie Scimone-Sframeli, Spiro Scimone commence à écrire en dialecte de Messine avec Nunzio (1994) puis en italien avec La Fête (1997). Le théâtre de Spiro Scimone est indissociable de sa Sicile natale. Mais ce théâtre de la menace et de la glaciation prodigue aussi, sous couvert de la fable, une leçon de démocratie dans une Europe que le libéralisme est en passe de vider de son sens. (source : Jean-Louis Perrier / Les éditions du mouvement)
- Nunzio (suivi de) Bar (suivi de) La fête (2000)
Nunzio raconte la cohabitation de deux Siciliens dans le no man’s land industriel de l’Italie d’aujourd’hui. Bar évoque quatre jours de la vie de deux ratés blottis dans un bar où ils ont échoué. La fête relate celle des trente ans de mariage des parents mettant à jour les tensions et les jalousies d’une famille italienne. La captation de Nunzio est disponible en DVD.
- Il cortile (2004)
Deux clochards, Peppe et Tano, vivent dans leur cour de déchets, y ont leurs habitudes et leur volonté d’exister. S. Scimone explore ici les rapports humains et leur nature.

Antonio Tarantino
Né en 1938. Fait des études de design et participe à de nombreuses expositions de graphisme et installations dans les années 60, tout en étant engagé dans un groupe de "correspondants politiques qui se réclame des principes originels du communisme". Dans les années 70, il exerce la profession libérale de peintre dans un atelier de Turin. En 1992, il entame sa carrière d’écrivain et voit sa pièce La Passion selon Jean créée à Asti au Théâtre Politeama en 1994. C’est le premier des textes d’une tétralogie dont le dernier, Lustrini, n’est pas encore publié en France.
- Passion selon Jean : acte profane II (1994)
Cette pièce met en scène Moi-Lui, un homme interné dans un hôpital psychiatrique, et Jean, infirmier, normalement croyant et exerçant son travail avec zèle. Les deux premières pièces de l’auteur, "Stabat Mater" et "Passione Secondo Giovanni", font partie d’une tétralogie qui donne voix au monde obscur des exclus de la société.
- Stabat mater : acte profane I (1998)
« Et il me monte un pressentiment si noir
que je dois m’attaquer à ma bouteille
parce que sans martel dans le moteur
tu peux aller dresser des bananes au cirque
sans martel dans le moteur
tu n’y arrives pas toute seule à passer ton épreuve »
- Vêpres de la Vierge bienheureuse : acte profane III (2007)
Un père attend que l’autopsie de son fils suicidé soit pratiquée. Il se remémore un soir où à force de discussion, il avait réussi à l’empêcher de commettre ce geste.

Si cette sélection ne vous suffit et vous a donné d’en lire encore plus, vous pouvez encore piocher dans ces quelques titres : En attendant les cocos de Leonardo Sciascia et Antonio Di Grado (édition bilingue), Trilogie de la différence d’Antonio Negri, Les gamins de Via della Scala d’Ugo Chiti (édition bilingue), Novecento : pianiste : un monologue d’Alessandro Baricco (édition bilingue), Mer de Tino Caspanello, L’Ange de l’information d’Alberto Moravia, le Théâtre de Carmelo Bene, Le silence des communistes de Vittorio Foa, Miriam Mafai et Alfredo Reichlin, La femme sur le lit de Franco Brusati, Mariage (en) blanc de Roberto Cavosi (en DVD), ou Ferdinando d’Annibale Ruccello.

Et si ce n’est toujours pas assez, alors il ne vous reste plus qu’une seule solution : relire les classiques !! Et là, je pense que vous devriez en avoir pour la nuit... Une longue, longue nuit.... Vous n’oublierez donc pas de lire, et dans l’ordre chronologique de préférence (!), les oeuvres dramatiques complètes de Goldoni, Italo Svevo, Pirandello, Eduardo de Filippo, Pasolini, et bien sûr Dario Fo. J’espère que vous me raconterez...