Michelle Loi (1926-2002)


Sinologue, spécialiste de la littérature chinoise moderne, et plus particulièrement du grand écrivain Lu Xun (1881-1936), Michelle Loi est diplômée (1947) à l'Ecole Normale Supérieure de Jeunes Filles puis devient Professeur agrégé de Lettres classiques. C'est à la fin des années cinquante qu'elle approche la littérature chinoise, en préparant une thèse à la Sorbonne avec le grand comparatiste Etiemble (1909-2002) sur les relations entre la poésie occidentale et la nouvelle poésie chinoise, et tout en fréquentant les cours de langue chinoise à l'Ecole des Langues Orientales, sans pour autant quitter l'enseignement. Elle soutient sa thèse en 1970, ayant pu obtenir entre 1967 et 1969 un détachement au CNRS en tant que chargée de recherche en langues et civilisations orientales et, toujours en 1969, un poste d'assistante de chinois à l'Université Paris VIII - Vincennes. Ses recherches de 3° cycle donneront lieu à deux publications principales qui restent parmi les œuvres fondamentales en la matière (cf. la bibliographie), bien que complétées par d'autres études successives. A la même époque remonte son engagement actif, avec, entre autres, son mari et avec leur ami Louis Althusser (1918-1990), au sein des mouvements d'inspiration maoïste qui ont trouvé en France un terrain fertile. Elle ne reniera jamais son engagement en faveur d'une Chine communiste, à la différence de tant d'autres militants qui, avec elle et au moins jusqu'à la prise de conscience des dégâts causés par le Grand Bond en avant ou la Révolution Culturelle, ont partagé les mêmes idéaux. A partir des années soixante-dix elle effectuera donc plusieurs séjours en Chine, et les documents qu'elle a pu réunir lors de ces voyages et qu'elle a conservés au sein de sa bibliothèque constituent aujourd'hui l'un des fleurons du fonds chinois de la BML.

Sa carrière universitaire - de maître de conférences à professeur de chinois -, se déroulera donc à Paris VIII, où elle fonde le Groupe Luxun fédérant étudiants et jeunes chercheurs français et étrangers autour d'un projet ayant comme but l'étude de l'écrivain chinois et la traduction de ses œuvres.

Elle-même traductrice de plusieurs essais de Lu Xun, son engagement auprès de plusieurs éditeurs français pour que cet écrivain chinois puisse trouver ample diffusion en France, y compris en dehors des milieux sinologiques, a été fondamental. C'est dans ce domaine des études sur Lu Xun, et plus en général sur la littérature chinoise issue du Mouvement du 4 mai 1919, que sa bibliothèque privée offre une riche documentation. Une partie de ses archives de recherche et de traductrice sont également conservées au sein du Fonds chinois de la BML, tandis que les dossiers qui recouvrent ses activités politiques sont conservés au sein de l'IMEC.

Madame Loi a fait don de sa bibliothèque privé au Fonds Chinois de la BML par transferts successifs de ses collections. Ce fonds, estimé à 4000 documents, comporte monographies, périodiques, affiches, disques sonores, cartes postales, etc. qui reflètent bien les domaines privilégiés de sa recherche scientifique, tout comme son militantisme actif et son engagement politique. Riche en monographies de/sur la littérature chinoise du 20ème siècle, les ouvrages en langue chinoise côtoient souvent les traductions en langues occidentales. D'une haute valeur documentaire, les matériaux de propagande politique - en particulier celle qui a sévi en Chine lors de la Grande Révolution Culturelle Prolétarienne lancée par Mao Zedong en 1966, complètent le fonds documentaire - couvrant la même période - légué par le Général Jacques Guillermaz.

Michelle Loi a consacré les dernières années de sa vie à l'histoire locale de sa ville natale (Wassy) ainsi qu'à des travaux de recherche généalogiques.

Eléments bibliographiques
- Roseaux sur le mur : les poètes occidentalistes chinois, 1919-1949, Paris : Gallimard, 1971, 613 p.

- Poètes chinois d'écoles françaises, Paris : A. Maisonneuve, 1980, 159 p.

- Guo Moruo (1892-1978), Poèmes, Paris : Gallimard, 1970, 151 p.

- Poètes du peuple chinois, Paris : Hallier : P.J. Oswald, 1976, 176 p.

Parmi les traductions des textes de Lu Xun (réalisées notamment en collaboration avec le Groupe "Luxun" de l'Université Paris-VIII Saint-Denis) :

- Histoire d'A Q, véridique bibliographie, Paris : Librairie Générale Française, 1989, 125 p.

- Pamphlets et libelles, Paris : F. Maspéro, 1977, 255 p.

- Sur la langue et l'écriture chinoises, Paris : Aubier-Montaigne, 1979, 131 p.

- La Vie et la mort injustes des femmes : anthologie, Paris : Mercure de France, 1985, 315 p.

- La Littérature en dentelles, Paris : Acropole : Unesco, 1987, 213 p.

- Quelques pages pour Luxun ; 1, Saint-Denis : Centre de Recherches de Paris VIII-Vincennes, 1981, 112 p.

- Quelques pages pour Luxun ; 2, Saint-Denis : Centre de Recherches de Paris VIII-Vincennes, 1981, 86 p.