Le fonds Boiron témoigne de l'histoire de l'homéopathie à Lyon
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| Jean et Henri Boiron, 1985 © Boiron |
Début 2001, les
Laboratoires Boiron ont fait don à la Bibliothèque municipale
de Lyon d'un fonds de 3 000 livres et revues, publiés du XIXe
au XXe siècle, et consacrés essentiellement à l'homéopathie.
En complément, Christian Boiron proposa d'y ajouter les collections
anciennes du Laboratoire, afin d'assurer la préservation, la mise à
disposition du public et la mise en valeur de ces ouvrages. La Ville de Lyon
a soutenu ce projet devant l'intérêt de ce fonds qui témoigne
de la place singulière et souvent méconnue de l'homéopathie
dans l'histoire et l'économie de la cité, et qui vient alimenter
la richesse du patrimoine public lyonnais.
Cette donation est en fait composée de quatre collections : le fonds
Jean Boiron, le fonds Nebel, le fonds Jarricot et le fonds LHF (Laboratoires
homéopathiques de France). Chacune d'elles est le fruit de la patiente
collecte de médecins homéopathes passionnés par cette
thérapeutique. On y trouve la plupart des grands écrits français
et étrangers concernant l'homéopathie depuis ses débuts
au XIXe siècle jusqu'aux années 1960. Plusieurs éditions
successives de l'Organon, livre-phare de Samuel Hahnemann, véritable
fondateur de cette thérapeutique, sont présentes, mais aussi
de très nombreuses petites brochures totalement introuvables aujourd'hui
qui restituent bien l'état d'esprit passionné qui régnait
parmi les partisans de cette nouvelle méthode de soins. Comme d'ailleurs
parmi les opposants... Citons par exemple ce titre évocateur paru en
1841 chez Baillière : L'Homéopathie exposée aux gens
du monde défendue et vengée, par le docteur Achille Hoffmann.
Un autre titre : De quel côté se trouve la Vérité
en médecine ? La thérapeutique surannée dite " allopathique
" mise en parallèle avec la thérapeutique réformée
dite " homéopathique ", traduit également les débats
passionnés qui se tenaient à l'époque.
L'une des pièces majeures du fonds Boiron est toutefois la collection
complète de la revue Le Propagateur de l'homéopathie, éditée
à Lyon par le docteur Jules Gallavardin dès 1905 en vue de diffuser
plus largement l'homéopathie. En 1932, la revue devient L'Homéopathie
moderne et évolue vers un rôle plus informatif. Il faut noter
la présence importante d'ouvrages en langue allemande témoignant
du rôle majeur des médecins allemands dans le développement
de l'homéopathie.
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| Fiole du Laboratoire homéopathique scientifique Schmidt-Nagel à Genève (coll.art.). |
Lettre aux médecins français
C'est en 1796 que Samuel
Hahnemann (1755-1843) publie le résultat de ses travaux dans l'article
" Essai sur un nouveau principe ", paru dans la revue Journal de
pharmacologie pratique et de chirurgie, où le médecin allemand
décrit les fondements de la méthode homéopathique.
En 1810, il publie son principal ouvrage, l'Organon ou l'art rationnel
de guérir,
où il généralise la méthode et décrit
les principes de fabrication des médicaments homéopathiques.
Si les travaux homéopathiques se multiplient Outre-Rhin, si plus
de 25 ouvrages d'importance y paraissent
ainsi qu'une abondante littérature
anti-homéopathique, on trouve peu d'échos de ces travaux dans
la littérature médicale française. En revanche, et
le fonds Boiron le montre à l'envi, des rapports historiques vont
rapidement s'établir entre Lyon et l'homéopathie : la première
société
française d'homéopathie - la Société gallicane
homéopathique - est fondée dans la cité en 1833, sous
l'impulsion d'un " curieux personnage " (Henri Jarricot) : Sébastien
Des Guidi.
Né à Naples et exilé politique en France, le comte Des
Guidi se fixe à Lyon où il commence une carrière universitaire
sous la protection de Vingtrinier, riche marchand de la ville. Il est naturalisé
français le II thermidor de l'an VI et enseigne alors les mathématiques
au collège de Privas. Deux ans plus tard, il revient à Lyon
et enseigne au collège royal ou lycée impérial (actuel
lycée Ampère). Il poursuit également ses études,
occupe divers postes à Marseille, à Grenoble, à Metz,
et obtient en 1820 les diplômes de docteur ès sciences et de
docteur en médecine. Il a 51 ans.
Lors d'un séjour à Naples, où il retourne pour récupérer
des biens confisqués en 1799 lors de son exil, Des Guidi découvre
l'homéopathie. Sa femme, atteinte depuis de longues années d'une
maladie grave, avait épuisé tous les recours de la médecine.
C'est alors qu'il entend parler de l'homéopathie pratiquée avec
succès par le docteur Romani qu'il appelle auprès de son épouse.
Après la guérison de celle-ci, il est complètement convaincu
de la portée de cette méthode nouvelle. Il raconte les circonstances
qui l'engagèrent à étudier cette méthode thérapeutique
dans sa Lettre aux médecins français : " Il me fallut bien
avouer qu'un fait nouveau, incroyable pour moi, n'en était pas moins
un fait et que la mesure de mes idées était un peu courte
Je fis des expériences sur moi, sur d'autres et ma conviction fut bientôt
inébranlable. Je m'attachai deux ans de suite au cour de clinique ouvert
à Naples, sur ces entrefaites, par les docteurs Romani et Horatiis
auprès desquels j'étudiais de toutes mes forces et aussi avec
quelque fruit ".
A son retour en France en 1829 après un pélerinage à
Köthen, près de Dresde, où réside Hahnemann, Des
Guidi commence à appliquer la thérapeutique homéopathique
à Crest puis à Lyon où l'appelle à nouveau la
Monarchie de Juillet qui lui confie un poste d'inspecteur d'académie.
A 60 ans, il met talent et fortune au service de l'homéopathie et entreprend
une croisade appuyée sur ses succès. Il écrit dans sa
lettre : " Les succès de l'homéopathie furent comme à
Crest, les mêmes à Lyon que la plus juste reconnaissance me faisait
un devoir de choisir pour y allumer le premier foyer de l'homéopathie
en France, et, où des cures multipliées et souvent chez les
personnes les plus distinguées par leurs lumières et leur position
sociale, n'ont pas tardé à déposer d'une manière
éclatante en faveur des doctrines homéopathiques. " L'intérêt
grandit parmi les médecins et Des Guidi est appelé pour traiter
par correspondance des maladies graves en France, voire à l'étranger.
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| Etiquette du legs Des Guidi figurant au second plat du Nouveau manuel de medecine homéopathique [...], par Gottlieb Jahr, Paris, Baillière, 1840, vol.1 (BM Lyon, 380744). |
Vives discussions
En fait, il ne se limite
pas aux soins de ses malades, il soutient également l'homéopathie
contre l'intolérance de l'école officielle et sa demeure devient
le centre d'une réunion de médecins désireux de se former
à la nouvelle thérapeutique. La Société homéopathique
lyonnaise est ainsi fondée. Son succès et son influence grandissent
et elle donne naissance en 1833 à la Société gallicane
homéopathique, qu'il préside. Elle compte déjà
60 sociétaires tant nationaux qu'étrangers.
Dès 1835, les malades guéris par Des Guidi ont fait réaliser
par le graveur Pillart une médaille à l'effigie de leur bienfaiteur.
Elle porte au revers l'inscription suivante : " L'an 1830, l'homéopathie
a été introduite à Lyon et propagée en France
par le Dr Comte Des Guidi ". Celui-ci meurt en 1863, dans sa 94e année.
A la fin du XIXe siècle, marquée par les débuts de l'ère
pastorienne et l'explosion des connaissances médicales, l'homéopathie
va perdre du terrain. A Lyon comme ailleurs, elle se retrouve marginalisée
et le nombre des médecins homéopathes décline : ils ne
sont plus qu'une centaine en France. Cependant, en 1905, le docteur lyonnais
Jules Gallavardin, fils de Jean-Pierre Gallavardin, lui-même élève
de Sébastien Des Guidi et fondateur de l'hôpital homéopathique
Saint Luc, décide de créer un journal mensuel, Le Propagateur
de l'Homéopathie. Dès 1910, la rédaction se félicite
des bons résultats obtenus depuis cinq ans : la revue n'est plus seulement
un vecteur de propagation mais un lieu de débat entre les différentes
écoles de pensée sur la pratique homéopathique. Les discussions
sont vives au sujet de l'efficacité des hautes dilutions, entre l'école
strictement hahnemanienne et l'école éclectique du docteur Jousset
de Paris. La création de la Société régionale
d'Homéopathie du Sud-Est de la France et de la Suisse romande, sous
l'impulsion des docteurs Gallavardin, Nebel et Duprat, vient concrétiser
cette nécessité de confronter les expériences. C'est
tout naturellement à Lyon, berceau de la Société homéopathique
gallicane, que se tient la première réunion.
D'une collection à l'autre
Nous ne pouvons pas parler
de cette collection sans évoquer la personnalité et le rôle
fondamental de Jean Boiron dans la mise au point et le développement
de la fabrication du médicament homéopathique.
Sur les conseils de Jean Baudry, pharmacien spécialisé en homéopathie
et fondateur du Laboratoire central homéopathique lyonnais, situé
38 rue Thomassin, Jean Boiron (1906-1996) et son frère jumeau Henri,
tous deux diplômés de pharmacie et docteurs ès sciences,
fondent en 1932, à Paris, un laboratoire homéopathique : le
Laboratoire Central homéopathique. Après un an de fonctionnement,
Henri Boiron et René Baudry assurent le développement parisien
de ce qui devient les Laboratoires homéopathiques modernes (LHM) alors
que Jean Boiron assure le développement de l'entité lyonnaise
qui devient la Pharmacie homéopathique rhodanienne (PHR). Dès
1933, Jean Boiron devient un membre actif de la Société Rhodanienne
d'Homéopathie et effectue de nombreuses recherches, en particulier
sur la mise au point de procédés de fabrication encore utilisés
aujourd'hui.
Après avoir fonctionné de manière indépendante
jusqu'en 1967, les Laboratoires homéopathiques Jean Boiron fusionnent
avec les Laboratoires homéopathiques Henri Boiron et les Laboratoires
homéopathiques modernes, en vue de donner naissance aux Laboratoires
Boiron. Pour Jean Boiron l'enjeu était d'organiser et de structurer
la production du médicament homéopathique qui était développée
dans chaque officine selon les bases pharmaceutiques.
Le fonds Jean Boiron est maintenant complètement inventorié
et informatisé. Il compose de 394 livres et 11 revues ; 172 de ces
livres et 5 revues datent du XIXe siècle, à l'époque
des débuts de l'homéopathie. On y trouve bien sûr les
textes fondateurs comme les uvres de Samuel Hahnemann, mais également
des traités pharmaceutiques, botaniques et de sciences naturelles.
Le docteur Antoine Nebel (1870-1954) était un médecin homéopathe
suisse, membre actif de la Société rhodanienne d'homéopathie
(SRH) et co-fondateur de la revue Le Propagateur de l'Homéopathie.
Sa bibliothèque comporte une partie des livres de son ami Henri Duprat,
médecin homéopathe genevois, acteur comme Nebel du développement
de l'homéopathie. Elle comprend de nombreux ouvrages sur des sujets
spécifiquement homéopathiques, et contient également
de nombreuses revues homéopathiques françaises et allemandes.
Antoine Nebel fils a poursuivi, à Genève, le travail de son
père et hérité de cette collection.
Les docteurs Jean (décédé en 1962) et Henri Jarricot
(1903-1989), tous deux Lyonnais, ont essentiellement mené des recherches
en biologie. Ancien chef de laboratoire à la Faculté de Médecine
de Lyon, Jean Jarricot fut un défenseur efficace de l'homéopathie
sans jamais être un homéopathe exclusif. Le traitement de ce
fonds est presque terminé, actuellement 383 livres, dont 212 du XIXe
siècle, et 25 périodiques ont été catalogués
et inventoriés.
Les Laboratoires homéopathiques de France ont été créés
par le docteur Léon Vannier (1880-1963) dans le souci de garantir la
fiabilité de la préparation des médicaments. Après
son installation à Paris en 1905, comme médecin homéopathe,
Léon Vannier a créé en 1912 la revue L'Homéopathie
française, devenue aujourd'hui L'Homéopathie européenne.
C'est en 1926 qu'il a suscité la création des Laboratoires Homéopathiques
de France, rachetés en 1988 par les laboratoires Boiron.
Le fonds LHF se compose de 285 livres, dont 34 datent du XIXe siècle,
et de 4 périodiques.
Mise en ligne
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| Portrait photographique du comte Sébastien Des Guidi, s.d. (bù Lyon, Estampes, Des Guidi). |
Le fonds Boiron est désormais
rattaché au département du fonds ancien puisqu'une partie importante
des documents datent des débuts de l'homéopathie au XIXe siècle.
Il constitue un ensemble particulièrement homogène.
A son arrivée, la première tâche fut d'inventorier et
de cataloguer ces collections, afin qu'elles apparaissent dans le catalogue
en ligne de la Bibliothèque accessible via internet , facilitant par
là leur accessibilité au public et aux chercheurs. Il nous a
semblé par ailleurs fondamental de pouvoir lister à la fois
l'ensemble des titres du fonds Boiron mais aussi de pouvoir sélectionner
les titres de chaque sous-ensemble. Pour chaque titre, nous avons donc mentionné
la double appartenance par le biais de deux notes différentes : l'une,
générale, qui rattache chaque livre à l'ensemble du fonds
Boiron (Fonds Boiron) et l'autre qui relie chaque document à la collection
particulière dont il fait partie (Fonds Jean Boiron, Fonds Nebel, Fonds
Jarricot, Fonds LHF).
L'ensemble
des ouvrages est référencé dans le catalogue de la Bibliothèque municpale de Lyon
Bibliothèque
municipale de Lyon
Fonds de Photographies
30, boulevard Vivier-Merle 69431
Lyon cedex 03
pour plus de renseignements contact : Anne-Marie
Rouge