Fonds Bonafous
Olivier de Serres, père de l’agronomie française
C’est en 1824 que le botaniste Jean-Baptiste Balbis, alors directeur
du Jardin des plantes à Lyon, offrit à Matthieu Bonafous un
exemplaire de l’imposant Théâtre d’agriculture
et Mesnage des champs d’Olivier de Serres. Quelques lignes signées
Matthieu Bonafous, tracées sur la page de titre de l’édition
conservée à la bibliothèque, permettent de l’affirmer.
Ce célèbre ouvrage, publié en l’an 1600, peut être
considéré comme le premier cours d’agriculture scientifique
écrit en France. Olivier de Serres y rassemble tout ce qu’une
longue pratique agronomique et une vaste érudition humaniste ont pu
lui apprendre. Dans la préface, il commence par combattre les préjugés
de son temps et légitimer son entreprise en répondant à
ceux qui prétendent que les livres d’agriculture sont inutiles
et que seule la pratique empirique des paysans a valeur d’enseignement
:
« Il y en a qui se mocquent de tous les livres d’agriculture,
et nous renvoyent aux paysans sans lettres, lesquels ils disent estre les
seuls juges compétans de ceste matière, comme fondés
sur l'expérience, seule et seule règle de cultiver les champs.
[…]
Or,
qui se fie à une générale expérience, au seul
rapport des laboureurs, sans savoir pourquoi, il est en danger de faire des
fautes mal réparables, et s’esgarer souvent à travers
champs sous le crédit de ses incertaines expériences. »
Divisé en huit parties appelées lieux, l’ouvrage analyse tous les aspects de l’économie rurale, depuis l’organisation du domaine jusqu’aux dépenses du propriétaire. On y trouve la description de nombreuses espèces, des conseils de culture et d’entretien ainsi que des plans d’aménagement. Pour répondre à l’impatience d’Henri IV, soucieux de propager rapidement l’industrie de la soie, l’un des chapitres de l’ouvrage a été détaché et publié dès 1599 sous le titre : La Cueillette de la soie par la nourriture des vers qui la font. C’est effectivement à Olivier de Serres, souvent présenté comme le père de l’agronomie française, que l’on doit l’introduction des plantations de mûriers et le développement de l’industrie séricicole en France, sous l’impulsion du roi Henri IV. Il introduisit également la culture de la garance, du houblon et du maïs et fut le premier à extraire du sucre à partir de la betterave, sans parvenir à un processus rentable. Prônant une agriculture rationalisée, il a révolutionné nombre de techniques agricoles.