Pierre Combet-Descombes
Sa vie
Pierre Combet-Descombes est né à Lyon le 24 mars 1885 de
Rose Combet, couturière, et de Pierre Métayer-Descombes, professeur à Albertville
qui le reconnaîtra en 1900. Bien qu'il fût un homme public qualifié de "bavard" par
ses proches, de nombreux pans d'obscurité entourent sa vie privée.
Nous savons qu'il fut élève à l'Ecole des Beaux-arts
de Lyon en section architecture de 1900 et 1905. A partir de 1908, il présenta
ses oeuvres dans les Salons de la Société lyonnaise des Beaux-arts
ainsi qu'au Salon d'Automne de Lyon jusqu'en 1926 et de manière épisodique à celui
de Paris. Il fréquenta dans les années 1912-1914, le Théâtre
de la Gaieté du Père Coquillat à la Croix-Rousse. Durant
la Grande Guerre, réformé, il s'engagea comme infirmier volontaire
chez les Soeurs Auxiliatrices puis il se vit dirigé en janvier 1916
vers les services sanitaires d'Orient dans la ville de Salonique où il
trouva une abondante source d'inspiration puisqu'il en ramena maints croquis
et notes. En 1917, il réalisa une importante exposition de
peintures et de monotypes chez Maire-Pourceaux, quai des Brotteaux à Lyon.
Il enchaîna ensuite par des expositions dans la galerie Marius Audin,
puis à Strasbourg en 1920. Il reçut une commande de la mairie
du 7e arrondissement de Lyon pour la décoration de la Salle des Mariages
qui s'échelonna sur plusieurs années en raison de la guerre.
Dès 1918, Pierre Combet-Descombes rédigea de nombreux articles
en tant que chroniqueur culturel dans diverses revues : Les Lectures, L'effort
libre, Notre Carnet... Il participa à l'Université des
Heures fondée par Mme Grignon-Faintrenie où il enseigna
le dessin et les arts plastiques et s'attacha à la confection des
décors des représentations théâtrales ainsi qu'à la
réalisation des programmes illustrés. En 1921, il entama une
collaboration avec la Compagnie des Spectacles d'Art Libre de Suzette
Guillaud qui perdura jusqu'en 1956 où il s'employa à la création
des décors, des costumes et des programmes. En 1920, le Salon d'Automne
réserva une salle à Bas, Bouquet, Combet-Descombes, Gimond,
Leriche, Ponchon et Tresch auxquels se joignèrent Dalbanne, Didier,
Laplace, Morillon, Roblin, et plus tard Chevalier, Curnier et le sculpteur
Salendre. Ils s'appelèrent "Ziniar" et se manifestèrent
comme groupe dès 1921. C'est de ce mouvement que naquit en 1925 le
Salon Sud-Est dont le président-fondateur fut Charles Sénard
auquel succéda Combet-Descombes de 1938 à 1953. Ce groupe
réunissait des artistes novateurs très critiques à l'égard
de l'académisme, qui s'attachaient à produire des travaux de
déstructuration de la forme. L'exposition Sanzisme réalisée à la
Chapelle du Lycée Ampère en 1948 remporta un grand succès.
En 1925, Combet-Descombes se vit confier la décoration d'un stand à l'exposition des Arts décoratifs à Paris. Ses proches organisèrent en 1934 en son nom à l'intérieur des ateliers de F. Chaleyssin une rétrospective retraçant vingt années de création de 1913 à 1933 où furent exposés ses projets et panneaux de décoration muraux, ses monotypes, ses dessins, ses pastels, ses illustrations de livres, ses affiches, ses programmes de spectacle. En 1937, il participa à la décoration du pavillon lyonnais de l'Exposition Universelle de Paris parmi un groupe de peintres lyonnais comprenant E. Brouillard, Chartres, J. Couty, J. Laplace, E. Morillon, H. Vieilly. Il semble que Combet-Descombes traversa la seconde Guerre mondiale en pestant contre cette "époque imbécile". En 1945, il entra à la Commission consultative des Musées et reçut la même année la Légion d'Honneur. En 1952, il devint membre de l'Académie de Lyon. Son atelier situé au 22 rue Thomassin fut ravagé le 9 décembre 1955 par un incendie dans lequel il perdit beaucoup d'œuvres, selon lui 70 tableaux et des centaines de dessins. L'année suivante fut marquée par la disparition de sa compagne Henriette Morel dont le décès le bouleversa profondément. Combet-Descombes décida alors de s'installer dans l'atelier inutilisé de la défunte.
En 1957, il participa à l'exposition Un siècle de peinture lyonnaise, organisée à Paris au Musée d'Art moderne par le groupe Paris-Lyon. Courant juin 1960, il prit part à l’exposition Les Lyonnais regardent Lyon à la galerie Saint Georges. Il mourut dramatiquement le 4 décembre 1966 au 10 rue Ruplinger, vraisemblablement terrassé par un malaise, il s'affaissa sur son lit dont la couverture chauffante fonctionnait. Les pompiers alertés sortirent du brasier le corps inanimé de l'artiste qui décéda peu de temps après, dans l'ambulance. Pierre Combet-Descombes fut enterré au cimetière de Caluire. Comme il n’avait pas d'héritier, les scellés furent disposés aux portes de son appartement. Le service des Domaines demanda alors au Musée des beaux arts et à la Bibliothèque municipale de Lyon de prendre en charge les œuvres et les documents sauvés des flammes.
En
1975, la Maison de Lyon organisa une rétrospective de son œuvre.
Puis en 1981, c'est le service culturel de Vénissieux qui réalisa à son
tour une importante exposition en l'honneur du peintre, suivi du Musée
des Beaux-Arts de Lyon en 1985. Deux décennies après c'est
le Musée Paul Dini qui lui rendit hommage à travers l’exposition Pierre
Combet-Descombes, 1885-1966, la réalité sublimée.
Ces consécrations successives témoignent de l'influence forte
que Pierre Combet-Descombes eut au sein de la vie artistique et culturelle
lyonnaise. Il fut un artiste non carriériste, plutôt dépourvu
de moyens financiers, mais dont l'œuvre se singularisa par son extrême
richesse et sa diversité. En effet, Pierre Combet-Descombes déjà apprécié en
tant que peintre-paysagiste et auteur de nombreux nus féminins, emprunta
des techniques artistiques variées : mine de plomb, encre de chine,
huile, pastel, aquarelle, héliographie. Il s'essaya à la gravure
et devint maître dans la technique du monotype qu'il affectionnait
particulièrement en raison de la part d'instantané et de hasard
liée à la nature même de l'estampe. Il se prêta également à l'illustration
de bilboquets, d'affiches, de programmes musicaux, de pièces de théâtre,
de conférences ou de causeries, ainsi que de nombreux livres, se plaisant à accompagner
les textes et les poésies des auteurs symbolistes et avant-gardistes
(Baudelaire, Poe, Falgairolle), via l'apport de petits bandeaux et de vignettes
jusqu'aux grandes compositions hors-texte. Il compléta cette activité par
la réalisation des décors de théâtre, par la confection
de costumes, mais également par un travail sur les mises en scène
avec ses composantes atmosphériques et musicales, notamment pour les Spectacles
d'Art Libre de Suzette Guillaud. Il s'attacha d'autre part à la
création de peintures murales telle que celle réalisée à l'intérieur
de la Mairie du 7e arrondissement lyonnais. Sa curiosité polymorphe
s'étendait à toutes les innovations artistiques de l'époque :
cinéma, radio, danse moderne, jazz, et l'on peut apprécier
les nombreuses contributions qu'il fit en tant que chroniqueur culturel dans
diverses revues (dont Résonances).

Pierre Combet-Descombes fut un artiste aux multiples facettes réalisant
un travail plutôt expressionniste, toujours nourri de l'observation
de la réalité. Homme autodidacte, indépendant et authentique,
son caractère fort transparaît vivement dans son vaste œuvre,
reflétant un anticonformisme certain.
Les richesses du fonds
Le fonds Pierre Combet-Descombes s'avère extrêmement riche
en œuvres et en documents de la main de l'artiste. Il contient notamment
de nombreuses créations inédites telles que des monotypes,
des aquarelles, des pastels, des dessins à l'encre de chine ou à la
mine de plomb, des huiles sur carton. Il s'y trouve plusieurs exemplaires
d'ouvrages illustrés, maints programmes et documents éphémères.
A cela s'ajoute une abondante documentation constituée de notes manuscrites,
désignant souvent des petits bouts de papiers sur lesquels Combet-Descombes
griffonnait ses remarques, ses observations, ses croquis, dénommés à juste
titre "idées", qu'il conservait dans son atelier et
parfois regroupait dans des chemises en vue de projets futurs ou de travaux
en cours de réalisation. Les plaquettes, les catalogues d'exposition,
les coupures de presse, les affiches précieusement conservés
par l'artiste-peintre témoignent de ses intérêts propres,
et fournissent d'autre part, autant d'indices sur la vie culturelle à Lyon,
que complète une correspondance entretenue avec des personnalités
de l'époque (M. Audin, E. Trillat, G.-A. Tresch, A. Falgairolle, A.
Kohn, L. Emery, V. Curnier entre autres). Parmi ses papiers personnels, figurent
des lettres échangées avec sa compagne Henriette Morel, quelques
photographies, ses carnets de compte et autres papiers administratifs,
permettant au chercheur de se glisser de manière plus intime dans
la vie de l'artiste.
Consulter l'inventaire du Fonds Combet-Descombes