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Bible hébraïque. Hamishah Humshe Torah. Venise : Daniel Bomberg, 1525-(1528). (Cote : 327636). Porte l’ex-libris des Dominicains de Lyon et de nombreuses annotations de plusieurs mains. |
Avec l’humanisme et le retour aux textes de l’Antiquité, la Renaissance a mis en avant l’étude des langues anciennes notamment le latin, le grec et l’hébreu. La connaissance de l’hébreu était en effet indispensable aux humanistes pour remonter aux sources des Ecritures ou pour accéder aux mystères de la Kabbale. Alors que plusieurs collèges « des trois langues » fleurissaient en Europe, dont le Collège royal à Paris, le consulat créait à Lyon le Collège de la Trinité où l’hébreu allait être enseigné à partir de 1540. De nombreux livres hébreux étaient alors imprimés à travers l’Europe pour satisfaire les besoins des communautés juives, en particulier en Italie, mais aussi pour permettre aux humanistes chrétiens en quête de « vérité hébraïque » d’apprendre la langue sainte. De même, l’araméen, la langue parlée par les contemporains du Christ a fait l’objet d’études et de publications.
Les éditions contenant de l’hébreu imprimées à Lyon au seizième siècle ont récemment été inventoriées. Au même moment, à partir des marques diverses contenues dans les centaines de volumes en hébreu de ses collections anciennes, la bibliothèque reconstituait deux bibliothèques d’hébraisants apportées ou assemblées à Lyon à la Renaissance : celle du dominicain toscan Sante Pagnini (Lucques 1470- Lyon 1536) et du juriste lyonnais Pierre Bullioud (Lyon 1548- Paris 1597).Comme la personnalité respective de ces deux savants, leur bibliothèque de travail reflète deux époques de l’humanisme lyonnais :
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Sante Pagnini entouré de ses élèves in : Sante Pagnini. Hebraicas institutiones. Lyon : Antoine du Ry, 1526 (Cote : Rés 104639) |
Le dominicain Sante Pagnini (ou Antonio Pagnini) a étudié les langues orientales au couvent de San Marco à Florence où il était un disciple du moine Savonarole. Devenu prieur, il a ensuite enseigné le grec et l’hébreu à Rome. Là, il a cotoyé les grands artistes du temps, dont Michel-Ange, ainsi que des savants et érudits, chrétiens ou juifs comme le grammairien Elie Lévita, qui allait influencer par ses travaux l’étude de l’hébreu au seizième siècle. A la mort du Pape Léon X, mécène et protecteur, Sante Pagnini s’est installé à Avignon puis à Lyon en 1526. Prêcheur éloquent, auteur d’une importante traduction de la Bible publiée à Lyon en 1528, il a contribué activement à la fondation de l’Hôpital de la Charité et Aumône générale de Lyon en 1534. Pédagogue, précurseur des études hébraïques à Lyon, il souhaitait y voir se développer l’étude des langues orientales.
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Johannes Reuchlin. De rudimentis Hebraicis. Pforzheim : Thomas Anshelm, 1506. (Cote : Rés 105462) avec les annotations de Sante Pagnini en hébreu, araméen et latin. |
Sa bibliothèque de travail en hébreu et en grec a été reconstituée à partir de ses annotations, identifiées cinquante ans après sa mort par le juriste hébraïsant lyonnais Pierre Bullioud (1548-1597). La plupart des livres de Pagnini sont demeurés au couvent des dominicains jusqu'à la Révolution. Une autre partie de sa bibliothèque a appartenu à Pierre Bullioud après des échanges avec les dominicains, puis a été donnée par François Bullioud au Collège de la Trinité en 1608-1610 avec les dizaines d'autres ouvrages en hébreu, en grec et en latin qui constituaient la bibliothèque de son père. Tous les volumes annotés par Sante Pagnini se sont trouvés ensuite réunis par les confiscations révolutionnaires dans la bibliothèque de la Ville. Avec la vingtaine de volumes de sa bibliothèque de travail, un manuscrit de la Concordance de la Bible hébraïque corrigé par Elie Lévita, et l’exemplaire du De rudimentis Hebraicis de l’humaniste Johannes Reuchlin, entièrement annotés par Pagnini, permettent de reconstruire la genèse de ses propres travaux.
Hebraica de Sante Pagnini :
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Reliure aux armes de Pierre Bullioud : "Tranché d'argent et d'azur, à trois tourteaux et trois besants de l'un dans l'autre" à la devise "Deo et Caesari » |
Le procureur du roi Pierre Bullioud appartenait à l’une des grandes familles de la bourgeoisie lyonnaise. Humaniste et philologue, versé en langues orientales, il a assemblé les éditions en hébreu, grec ou latin données au Collège de la Trinité par son fils François en 1608-1610. Les inscriptions de sa main sur deux de ces ouvrages identifiant leur premier possesseur et annotateur comme Sante Pagnini, ont permis de reconstituer la bibliothèque de travail du dominicain ainsi que sa propre collection dans les fonds anciens de la Bibliothèque.
* ou les Bibles imprimés à Venise par Daniel Bomberg, livres de Kabbale et ouvrages d’apprentissage de la langue hébraïque (grammaires, dictionnaires, etc.) Il a publié un commentaire sur les Evangiles à Lyon en 1596 et on sait par le manuscrit de son fils Pierre qu'il travaillait à une traduction des "100 bénédictions du Talmud". Devenu consul en 1596, il est mort à Paris l’année suivante, à 49 ans, au cours d'un voyage qu'il effectuait comme député de la Ville de Lyon auprès d'Henri IV.>>> Hebraica de Pierre Bullioud
Le livre hébreu censuré : les collections des couvents lyonnais
Une troisième collection remarquable de livres hébreux se reconstitue peu à peu à travers les fonds des grands couvents lyonnais entrés par les confiscations révolutionnaires dans la bibliothèque de la Ville. Parallèlement aux volumes encore utilisés pour l’enseignement de l’hébreu à Lyon au dix-septième siècle, quelques livres portent les marques de la censure papale qui a frappé les livres juifs à partir de 1550 dans plusieurs grandes villes italiennes : Venise, Rome, Mantoue, etc. avec notamment la crémation du Talmud. Bien que ces ouvrages portent de rares ex-libris ils ont appartenu à des familles juives de la péninsule tenues d’apporter leurs livres soupçonnés d’hérésie aux censeurs de l’inquisition afin d’en faire examiner et expurger le contenu. Plusieurs de ces ouvrages sont ainsi parvenus à Lyon des mains des censeurs du Saint-Siège dans les couvents lyonnais comme celui des Grands Augustins ou des Capucins de Saint-André.
Ces campagnes de censure ont eu lieu à répétition comme le montrent les dates et signatures des censeurs successifs. Les censeurs étaient pour la plupart des juifs convertis qui connaissaient bien l’hébreu. Ils étaient rémunérés pour ce travail par les communautés juives elles-mêmes.
Certains d’entre eux sont bien connus pour leur zèle, comme Domenico Gerosolimitano, avant sa conversion rabbin Samuel Vivas de Jerusalem :
Isaac Abravanel. Perush ha-Torah = Commentaire sur la Torah. Venise : Giovanni Di Gara, 1579. (Cote : 100094). Censuré par Domenico Gerosolimitano en 1612, puis par Petrus de Trevio en 1623.
Un autre censeur, Giovanni Domenico Vistorini, a « revu » en 1609 ce commentaire sur la liturgie d'Abudarham qui, comme beaucoup d’autres a fait l’objet de censure et d’expurgations.
Abudarham. Commentaire sur la liturgie. Venise : Marco Antonio Giustiniani, 1546. (Cote : SJ E 669/213). Bibliothèque jésuite des Fontaines.
Au-dessus de la signature d’un premier censeur Hippolitus Ferrariensis « Fr. Hippolitus purgavit, 1601 » inscription de Giovanni Domenico Vistorini « Revisto per mi Gio. Domenico Vistorini 1609 »
La même année il a laissé sa signature sur la célèbre Haggada de Sarajevo, un manuscrit illustré en Espagne au 14e siecle, décrivant le rituel de la Pâque, qui après avoir survécu à beaucoup d’autres vicissitudes, est devenu pour beaucoup un symbole de tolérance multiculturelle.
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Comparaison des signatures de Giovanni Domenico Vistorini sur l’exemplaire d’Abudarham de la BM de Lyon et la Haggadah de Sarajevo. |
>>> Base de données : Marques de Provenance des Livres anciens de la Bibliothèque municipale de Lyon
>>> une Heure de la Découverte "à la carte" de ces collections, est proposée aux groupes.
* un Talmud babylonien constitué des mêmes éditions de Daniel Bomberg, l’imprimeur chrétien d’hébreu à Venise, est conservé à la Bibliothèque municipale du Mans.