Marcelle Vallet, photographe et enseignante
La marchande d'épreuves
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Marcelle
Vallet est une des rares femmes photographes et reporters à Lyon
dans les années cinquante. Elle est certainement l'une des personnalités
lyonnaises qui a le mieux approché la diversité de ceux qui
ont habité Lyon et sa banlieue au cours des années 1950 et 1960.
Son oeuvre photographique personnelle, qui s'inscrit dans la lignée
de l'école humaniste de Willy Ronis ou Robert Doisneau se développe
jusqu'en 1970 autour d'axes différents.
Témoignage d'une vie et d'une époque, ses photographies font partie des collections de la Bibliothèque municipale de Lyon : un ensemble de quelques 5000 pièces, dont plus de 1700 clichés négatifs, que Marcelle Vallet a donné à la Ville de Lyon en juin 1994.
La marchande d'épreuves
Fille du Nord née à Beauvais, Marcelle Vallet est devenue enseignante par vocation. Entre 1929 et 1940, elle enseigne les lettres à Arras, puis à Lens en pays minier, tout en poursuivant ses études à la Faculté de Lille.
Marcelle Vallet est venue
à la photographie avec son mari, un peu par hasard, un peu par nécessité,
pour «gagner sa croûte». Ensemble ils arpentent marchés
forains, bals, fêtes de famille, noces et banquets… Submergés
par les commandes, «les marchands d'épreuves» comme on
les appelle alors, finissent par ouvrir un magasin cours Vitton dans le 6e
arrondissement de Lyon. La photo est à cette époque un métier
d'homme mais l'arrivée du flash électronique «L'Eclatron»
dans les années cinquante va permettre à Marcelle Vallet de
démarrer sa carrière de photographe reporter. Epouse et mère
de famille, la jeune femme, équipée de son appareil de 3 kilos
et demi, se rend tard le soir sur son vélo au Palais d'Hiver «Le
plus grand dancing d'Europe». Elle photographie les artistes en concert
ou au bal. Puis elle travaille toute la nuit pour tirer les clichés
avant de les présenter aux intéressés et, finalement,
se faire payer sur le coup des 6 heures du matin.
Photographe des
célébrités…
Photographe dès 1940, pour toute manifestation publique ou privée
ainsi que l’indique sa carte de visite et équipée d’un
Tube Citroën aménagé pour la prise de vue et le développement,
Marcelle Vallet se fait connaître dans les années 50, pour ses
photographies de l’actualité littéraire et politique lyonnaise.
C’est ainsi que passent aux travers de son objectif Edouard Herriot
et Louis Pradel, Jacques Soustelle et Charles Béraudier.
Fidèle témoin
du lancement de la revue littéraire lyonnaise Résonances,
elle fixe sur la pellicule les dîners au restaurant Morateur auxquels
la revue invite chaque semaine les artistes et célébrités
locales ou de passage à Lyon : plus de 450 photos, conservées
à la Bibliothèque Municipale de Lyon, saisies de 1955 à
1957, dans l’instant d’un discours, d’une conversation,
d’une dégustation ou d’une remise de prix. Elle s’attache
à retenir le caractère le moins officiel possible, toujours
à l’affût de clins d’œil. Elle réalise
également des portraits des peintres lyonnais Pierre Combet-Descombes,
Jacques Truphémus, des écrivains Jacques Réverzy, Louis
Calaferte, Gabriel Chevalier, Annie Salager, Jacques Seghers, des critiques
littéraires Régis Neyret, Jean-Jacques Lerrant et bien d’autres...
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De 1956 à 1960, Marcelle Vallet est également photographe de plateau le samedi, à la télévision de Lyon, pour l’émission Merci d’être venu de Maurice Montans. Elle capte le reflet de l’actualité d’une époque caractérisée à Lyon par le passage des vedettes : Yves Montant, Ingrid Bergman, Denise Grey, Bernard Blier, Françoise Sagan…qu’elle immortalise en créant l'agence France Reportages.
…et des marginaux
Durant cette période
Marcelle Vallet s’intéresse également à ceux qui
sont derrière les plateaux de l’actualité : régisseurs,
machinistes, puis à tous ceux, anonymes, qui sont à côté
ou en marge de la vie commune. Elle nous laisse ainsi des images témoins
sur les clochards, les gitans, les gens du cirque et les bidonvilles de la
banlieue lyonnaise des années 1960. Son regard se tourne naturellement
vers les visages, les clichés sur les sans-abri, comme on nomme aujourd’hui
ceux qui n’ont plus de domicile ou de vie fixée, en sont une
illustration. A travers l’œil d’une photographe, derrière
les situations difficiles, les états d’abandon et d’oubli,
il nous est donné de voir, d’approcher des regards et des personnalités,
le temps d’une photographie.
Elle saisit également les chineurs et les brocanteurs, de tout genre et de toute espèce, déambulant « dans ce curieux carrefour des objets perdus et retrouvés » exposés au ras du sol du marché aux puces de la place Rivière, au Tonkin. Attachée à ce haut lieu des puces lyonnaises, ce microcosme pittoresque et misérable, Marcelle Vallet a réalisé pendant 20 ans des centaines d’images prises sur le vif.
Pionnière
de l'éducation de la photographie à l’école
Parallèlement à son activité de photographe, Marcelle
Vallet crée, en 1956, la section lyonnaise du Ciné Photo Club
de l'Education nationale. Elle organise dans le cadre des activités
de l'UFOLEA (Union française des oeuvres laïques d'éducation
artistique) des concours de photographie dans les établissements secondaires
du Rhône. Le jury est alors présidé par Albert Précy,
fondateur de Gens d'images et rédacteur de la revue Point de vue et
images du monde.
Loin de la ville, Marcelle Vallet s'est installée à Villeurbanne puis à Bron, toujours près du boulevard de ceinture, la campagne à cette époque. Elle y met en pratique et développe l'enseignement de la photographie à l'école. Elle fait, notamment, équiper d'appareils photographiques les deux classes dont elle a la charge. La hiérarchie est réticente mais la jeune institutrice cherche à faire découvrir aux enfants la richesse de la nature qui les entoure, à leur apprendre à regarder.
Les enfants deviennent
l'un des sujets de prédilection de la photographe. Elle les saisit
dans leur réalité quotidienne, spontanés, sans artifices
et les yeux grands ouverts sur le monde qu'ils découvrent, parfois
douloureusement. Marcelle Vallet photographie ainsi ses jeunes élèves
en classe ou en ballade, les gosses gitans, les gamins du bidonville du Chaâba,
les gones qui jouent dans les rues, ceux qui «s'affairent», place
Rivière, au coeur de la faune du marché aux puces. La photographe
enseignante illustrera à plusieurs reprises les Congrès thématiques
de l'éducation préscolaire. 400 négatifs dont 374 en
noir et blanc, 200 tirages dont une trentaine en couleurs et une quarantaine
de diapositives sur le thème de l'enfance sont archivés dans
le fonds Marcelle Vallet. Des expositions et des publications viendront récompenser
le dynamisme et le talent d'un personnage hors du commun, en avance sur son
époque, qui continua d'enseigner jusqu'en 1967, au cours complémentaire
Jean Zay à Villeurbanne.
Richesse du fonds
D'autres séries thématiques, "Gens du cirque", "Scènes de la rue", "Hommes au travail", "Facteur cheval", "Mains", "Humour", "Bords de l'eau" … comptent également parmi la collection de photographies que Marcelle Vallet a déposée à la Bibliothèque;que municipale de Lyon. Elle a notamment photographié la restauration du Vieux Lyon dans les années 60. Ces clichés ont fait l'objet d'une exposition itinérante européenne Restauration et animation des quartiers anciens en 1966.
Marcelle Vallet est décédée en 2000 à l'âge de 93 ans.
Consulter l’inventaire du Fonds Marcelle Vallet
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