Natilus in the sky - Micha Laury & Philippe Cognée - Exposition du 27 mars au 9 juin 2007
Philippe Cognée - A propos de ...


Philippe Cognée est né en 1957, il vit à Nantes. Ses peintures sont construites à partir de photographies qu'il prend souvent lui même. Il peint avec constance des vues urbaines, mais aborde également d'autres sujets, toujours traités en séries. Il est très présent sur la scène internationale, et est représenté par la galerie Daniel Templon.

Philippe Cognée / Urbanographies - Philippe Cognée, à perte de vue - Texte de Philippe Piguet (extraits)

“La ville pour celui qui y passe sans y entrer est une chose, dit Italo Calvino, et une autre chose pour celui qui s'y trouve pris et n'en sort pas ; une chose est la ville où l'on arrive pour la première fois, une autre celle qu'on quitte pour n'y pas retourner ; chacune mérite un nom différent."
Si le rapport de Cognée à la ville est encore d'une autre trempe, c'est qu'il procède d'abord et avant tout d'un besoin de changement d'espace et qu'il se justifie ensuite dans le développement de son travail à l'aune de la potentialité d'un tel motif à nourrir ses préoccupations esthétiques.
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Prendre les rues de la ville, prendre la ville même, c'est exactement ce qu'a fait Philippe Cognée au début des années 1990. Il l'a prise, il se l'est appropriée, il en a fait "son" sujet.
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Pour ce faire, pour saisir la ville et l'embrasser tous azimuts, le peintre - qui est avide d'images et qui aspire à tout enregistrer de ce qu'il découvre au fil de ses déplacements - a tout d'abord recouru à l'appareil photo, puis au caméscope, afin de se composer un réservoir iconographique le plus documenté possible. Grandes barres d'immeubles de banlieue, vues d'arrivées de gare, paysages autoroutiers à l'approche des villes composèrent alors ses premières peintures urbaines.
Autant d'espaces triviaux, de géographies intermédiaires, de mondes hybrides, qui caractérisent la ville à l'ordre d'un anonymat et d'une vision générique, enfin - et surtout ! - qui ne sont pas esthétiques. La relation fascinée qu'entretient l'artiste à la ville ne relève d'aucune considération sociologique particulière et il n'en développe aucune idéologie ; elle repose en revanche sur ce que la ville en tant qu'objet formel est à même de lui proposer de motifs qui puissent "tenir la peinture", comme il dit. Question de composition, voire de grille, et d'inscription de l'espace.
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Dès lors, ses tableaux se sont offerts à voir en de monumentales "surfaces plans" - pour reprendre une expression chère à Malevitch - déclinant toutes sortes de structures faites de la répétition de modules géométriques dans un principe d'expansion volontiers saturée. Si la ville s'est imposée au peintre comme un motif idéal, propre à la résolution sinon à l'explicitation de problèmes plastiques inhérents à la question même du tableau, c'est qu'il lui permet de concevoir des compositions qui, tout en s'appuyant sur le réel, peuvent aussi y échapper. Parfois même pour aller jusqu'à la limite de l'abstraction. Le jeu complexe de lignes, d'espaces et de taches colorées que sous-tend la ville appréhendée comme une ... / ... entité abstraite instruit l'image que le peintre en déduit d'une dimension quasi organique qui n'est pas sans rappeler certaines manières de Dubuffet dans son cycle de l'Hourloupe. A l'instar de ce dernier, mais à sa manière, Philippe Cognée vise dans ses peintures à mettre en oeuvre comme une sorte de topos, un lieu qui soit tout à la fois unique et universel, familier et inédit, et permette de "rechiffrer le monde" pour en fonder une vision nouvelle. En cela, il y va chez lui d'un type d'images que l'on pourrait qualifier d'urbanographies et d'une esthétique que l'on pourrait dire "à perte de vue" en ce sens que tout y est mis en oeuvre pour plonger le regard au coeur même de la matière picturale et l'y perdre dans un labyrinthe de formes en décomposition.


d'une méthode de travail
... La fabrication d'un tableau nécessite la mise en oeuvre de tout un lot de procédures très précises qui se déroulent par étapes successives. La première est le choix du motif, soit que je puise dans mon réservoir d'images photographiques ou filmées, soit que je capte une image en direct par Internet. Le motif retenu, je le projette sur la toile pour en reporter plus ou moins grossièrement le dessin au fusain. Par la suite, je procède à la mise en peinture de ce motif dessiné en recouvrant la totalité de la surface du tableau à l'aide de peinture à la cire. Enfin, je place un film rhodoïd sur la surface peinte et je la repasse au fer pour faire éclater l'image peinte et la porter à sa résolution finale... Je travaille toujours sur une toile marouflée sur bois, ce qui donne au tableau la nature d'un objet.
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Je conçois le tableau comme un territoire, un territoire à occuper avec le corps. J'aime marcher sur le tableau, le piétiner, pour l'accaparer, le sentir en moi. Je pense que la peinture permet encore cette matérialité, un peu comme la sculpture...

de la découverte de Google Earth ...
La nouvelle série d'images que j'ai réalisées depuis quelques mois provient d'un moteur de recherche sur Internet qui s'appelle Google Earth. Celle-ci s'inscrit dans la suite logique du travail que je mène depuis plusieurs années sur le thème de la ville.
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Par rapport à ce thème, j'ai commencé à travailler avec un appareil photo, puis j'ai utilisé un caméscope, enfin tout récemment je me suis intéressé à l'ordinateur. Quand j'ai découvert Google Earth, j'ai été aussitôt fasciné par le type d'images que je pouvais capter. Comme j'ai énormément voyagé ces temps derniers en quête de motifs sans cesse renouvelés, l'idée de pouvoir voyager sans quitter l'atelier m'a totalement excité. Les images de villes que montre Google Earth sont inimaginables puisque ce sont des vues prises par satellite ; on peut jouer à en saisir des plans très rapprochés vraiment impressionnants qui frisent l'abstraction... J'éprouve une véritable fascination pour les villes et plus encore pour les mégalopoles, c'est-à-dire pour tout ce qui constitue notre monde d'aujourd'hui. Google Earth nous en offre une vision passionnante parce que cela nous place dans un rapport qui est presque de voyeurisme, voire pornographique dès lors qu'on opère en grossissements de plus en plus importants, et que la qualité des images est digne de la plus incroyable science-fiction.
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