Prix d'excellence, cartonnages romantiques, l'âge d'or du livre d'enfant, exposition du 3 avril au 5 juillet 2008

Présentation de l'exposition

l Jeux d'enfants à la maison l Les ancêtres l Les ex-premios l La lithographie l La reliure industrielle l
l La table de fabrication l Fers à gaufrer et à dorer l Les percalines l Les livres reliés en peau l
l Les cartonnges en papier l Les cartonnages rouges après 1870 l

1. Jeux d'enfants et éducation à la maison

Sous le Second Empire, l'instruction se répand dans les milieux populaires, mais elle n'est encore ni gratuite, ni obligatoire. Tous les enfants ne bénéficient donc pas d'une instruction élémentaire. Au sein de la bourgeoisie et des familles aisées, on préfère confier les enfants à un précepteur. Très souvent aussi, c'est la mère de famille qui joue ce rôle d'éducateur, faisant apprendre les premières lettres, surtout aux petites filles, dans des manuels réalisés à cet effet. Les représentations de ces scènes ont donné lieu à une iconographie largement répandue.
Pour se détendre, l'enfant se dépense en promenades, dans les parcs des villes ou les jardins à la campagne, jouant au volant, au cerceau, au diabolo, à la corde à sauter ou faisant glisser un bateau sur l'eau d'un bassin. A la maison, les petites filles jouent à la poupée et à la dînette, écoutent leur boîte à musique, laissant aux petits garçons les soldats de plomb et autre polichinelle ou cheval à traîner. Les jeux de société sont aussi appréciés, comme le jeu de l'oie.

2. Les "ancêtres"

a. Almanachs destinés aux dames et demoiselles
Sous le Premier Empire apparaît la mode des cartonnages destinés aux femmes et aux enfants. Ce sont des Almanachs, Etrennes, Carnets de bal, Calendriers, etc. qui étaient déjà en vogue dans la seconde moitié du XVIIIe siècle sous une forme différente, c'est-à-dire dans de précieuses reliures de cuir parfois incrustées de scènes peintes ou dans de délicates reliures brodées.
Ces cartonnages en papier de couleur pastel  étaient achetés pour la reliure, le texte importait peu. Si l'habillage de ces livres-objets était soigné, l'intérieur était tout aussi luxueux. La mode en dura de 1812 jusqu'après 1830.

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3. Les ex-praemios

Une part importante de la production de cartonnages était consacrée aux livres de prix et aux livres de présent.
La distribution des prix était un événement important de la vie scolaire où l'enfant était récompensé devant une assemblée de professeurs, d'élèves et de parents. Elle avait lieu tardivement à la fin du mois de juillet ou au mois d'août. Le livre comportait alors un ex-praemio, inscription manuscrite ou étiquette pré-imprimée, collée à l'intérieur du livre, comportant l'identité de l'élève, la matière pour laquelle il était récompensé, le nom de l'institution, etc. Si certaines étiquettes étaient simples, d'autres étaient ornées de gravures décoratives. Parmi les prix attribués, on trouve les disciplines classiques, mais aussi des prix moins courants : assiduité, politesse, "succès", doctrine…
L'ex-praemio portant le nom de l'institution pouvait orner la couverture du livre avec ou sans le nom de l'élève. Il ornait souvent des reliures de toile (percaline) ou de cuir (basane).

 

 

Ex-dono
Le livre de présent était offert aux enfants ou aux adultes à l'occasion d'étrennes, de première communion, de mariage ou simplement comme cadeau. Il était avant tout destiné à être montré, et sa couverture est souvent "passée" avec le temps. On le distingue aussi par la dédicace manuscrite portée sur le verso de la couverture ou la feuille de garde blanche. C'est l'ex-dono manuscrit qui unit le donateur à celui qui reçoit le livre.

4. La lithographie

La lithographie, mise au point par Senefelder en 1799, a été largement utilisée pour les décors en couleurs des cartonnages et pour l'illustration des médaillons, sous sa forme la plus connue, la chromolithographie. C'est un moyen de reproduction utilisant la pierre comme support. Le tirage couleur est obtenu par un tirage sur plusieurs pierres, avec une pierre par couleur. De grands ateliers, parisiens, peuvent produire quantité de ces couvertures et de ces vignettes rapidement et à moindre coût.

 

 

5. La reliure industrielle

C'est pour répondre à une demande croissante de livres due aux progrès de l'instruction, à l'arrivée d'une nouvelle classe sociale, la bourgeoisie, au rôle encore influent de l'Eglise et au changement de liturgie (passage du rite gallican au rite romain nécessitant un changement de missel) qu'est née la reliure industrielle. Grâce à de nouvelles inventions techniques, la reliure se mécanise et permet une production en grande quantité. A Paris, Jean Engel crée le premier atelier de reliure industrielle et perfectionne de nombreuses machines. En province, de grands ateliers sont fondés à partir de maisons d'édition déjà existantes. La plus connue est la maison Mame à Tours dont la taille est exceptionnelle. La conception moderne de ses ateliers, la bonne organisation du travail, sa politique sociale avancée, en font une entreprise "modèle". Elle emploie en 1855 près de 1 500 ouvriers et relie entre 10 000 et 15 000 volumes par jour. D'autres maisons, comme Ardant et Barbou à Limoges, Mégard à Rouen, Lefort à Lille, ont une production moins abondante. La commercialisation des ouvrages, appelés reliures d'édition, se fait par des catalogues qui regroupent les titres par thèmes, par collections, et comportent toujours l'approbation d'une autorité religieuse garante de la moralité.

 

 

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6. La Table de fabrication

La fabrication des cartonnages se faisait en série. Par le système de l'emboîtage, on gagnait du temps. Le "bloc livre" n'est pas rattaché aux cartons des couvertures par les ficelles de couture, comme pour la reliure traditionnelle, mais il est glissé à l'intérieur de la couverture et ne tient que par le collage des gardes. L' autre particularité est la couture dite "à cahier sauté", qui se fait sur trois cahiers et non sur deux comme dans la couture artisanale et permet d'économiser du temps.
L'emboîtage rend la reliure très fragile, ce qui explique en partie le nombre peu important d'ouvrages qui nous sont parvenus entiers. D'autre part la mécanisation, qui laisse encore une grande part au travail manuel, n'est pas encore tout à fait maîtrisée, ce qui entraîne de nombreuses malfaçons : montage du livre à l'envers, papier mal centré ou posé de travers, remplis mal faits, etc.

 

 

7. Fers à gaufrer et à dorer

Les plaques à gaufrer étaient utilisées pour donner du relief au papier. Les couleurs du décor étaient déposées par le procédé lithographique, puis le papier était placé dans une presse entre la plaque à gaufrer et une contrepartie souvent en carton. La difficulté résidait dans le fait de faire coïncider les couleurs du décor lithographié avec le même décor creusé dans la plaque à gaufrer. Les plaques à dorer, moins profondes, étaient utilisées sur les reliures en cuir et en percaline. Certaines de ces plaques étaient l'œuvre de spécialistes tels Souze, Haarhaus ou Liebherre.

 

 

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8. Les percalines

Les couvertures en percaline apparaissent vers 1838. La percaline est une toile de coton lustrée d'origine anglaise, qui existe en plusieurs couleurs. Elle est d'abord noire ou bleu nuit, puis rouge vers 1860. Travaillée au cylindre, elle peut prendre l'aspect du chagrin ou du maroquin, être ornée de rayures ou de chevrons. Les décors se font à la plaque à gaufrer et à dorer. Après 1870, les décors sont exécutés par procédé lithographique. Plus luxueux, les livres couverts de percaline étaient davantage destinés aux livres de prix ou aux livres de présent.

 

 

9. Les livres reliés en peau

Au XIXe siècle, les peaux précieuses (maroquin, chagrin, veau) sont réservées aux ouvrages de collection, tandis que la basane, peau de mouton bon marché, recouvre les livres de prix et les livres de piété. C'est un matériau lisse et souple que l'on peut travailler en lui donnant  un aspect "raciné" (à l'imitation de racines ou d'arbres). Fauve, à l'état naturel, il peut être teinté de couleurs sombres et gaufré "à froid" (sans or) ou avec un simple filet doré. La couverture reçoit une couronne de laurier avec le nom de l'institution et le prix décerné.

 

 

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10. Les cartonnages en papier

La reliure en papier existait depuis le XVIIe siècle, mais elle va s'imposer, pour des raisons économiques, pour des almanachs et d'autres petits ouvrages destinés aux femmes et aux enfants après le Premier Empire. A partir de 1840, les cartonnages seront fabriqués en série. Ils portent, peut-être à tort, le nom de "cartonnages romantiques" puisqu'ils sont fabriqués de 1845 à 1870. On distingue trois catégories de cartonnages : lithographiés, gaufrés, à médaillon.

a. Les cartonnages lithographiés
De 1840 à 1855, la mode est aux cartonnages en papier lithographié, souvent en couleurs, d'où parfois leur nom de cartonnages chromolithographiés. Ils reviendront à la mode sous la Troisième République. Ils sont souvent à fond clair, crème, ou au contraire à fond très foncé, noir ou marine, avec un décor multicolore.
On trouve peu de cartonnages lithographiés en bon état, surtout pour les grands formats en raison de la qualité médiocre du papier utilisé.

 

 

b. Les cartonnages gaufrés
Les cartonnages gaufrés sont fabriqués en série entre 1840 et 1860. Le décor en est assez luxueux surtout dans les premières années. Vers 1845, on voit apparaître au centre de la couverture un médaillon gaufré, très fin, qui met en scène des personnages, des animaux, des fleurs, des paysages. Le papier est généralement de qualité, car il doit supporter les manipulations liées au premier passage pour le dessin, puis au gaufrage et à la reliure. Il peut parfois imiter l'étoffe et ressembler à du velours grâce à un procédé utilisant un résidu de poudre d'étoffes généralement de couleur sombre (bleu, bordeaux, vert). Les décors sont ici or et argent et les traits des dessins plus épais.

 

 

c. Les cartonnages gaufrés à médaillon
Les cartonnages gaufrés à médaillon sont les plus nombreux. Ils apparaissent vers 1840 et perdurent encore en 1880. Ils remplacent progressivement les cartonnages gaufrés. Au centre de la couverture est pratiquée une ouverture ovale, rectangulaire ou fantaisie, qui laisse apparaître une image lithographiée et coloriée. La vignette est mise en couleurs soit à la main, soit par un procédé lithographique. Elle peut avoir un rapport avec le contenu du livre ou être complètement passe-partout. Parfois certaines images n'ont aucun rapport avec le contenu du livre et semblent être des utilisations de surplus. On note une évolution dans les décors avec un allègement progressif de la masse d'or au profit de la couleur. Les tranches dorées, rares, et surtout dans les premières années, indiquent une reliure plus soignée.
Pastiches et décors
Le décor de la couverture en papier suit le mouvement des arts du XIXe siècle. La mode romantique amène une réhabilitation du Moyen Age. Le goût se porte sur le passé, s'en inspire et le pastiche. La reliure n'échappe pas à ce courant, les bibliophiles l'imposent. Les relieurs, tel Thouvenin, Simier ou Trautz-Bauzonnet, utilisent tout le vocabulaire décoratif des siècles précédents. Le décor du papier des cartonnages subit aussi cette influence. On y trouve, et parfois mêlé, le décor floral du Moyen Age, les décors à arabesques ou écoinçons de la Renaissance, les décors à compartiments et à semis des premiers Bourbons, les motifs rocaille ou répétés du XVIIIe siècle, sans oublier les palmettes égyptiennes du Consulat. Seul le décor "à la cathédrale" appartient au XIXe siècle.

 

 

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11. Les cartonnages rouges après 1870

A la fin des années 1860, les couvertures en percaline changent de teintes et se diversifient. Le rouge jusque-là absent devient prédominant. Il recouvre d'abord la récente "Bibliothèque rose", puis les cartonnages du "Tour du Monde". Mais on trouve également de la percaline bleue, verte, violette, havane ou brune.
Au lendemain de la guerre franco-allemande, les relieurs parviennent à joindre le noir par un passage lithographique. Les décors d'abord uniformes, avec un décor doré ou argenté, se recouvrent d'une polychromie qui triomphe dans la dernière décennie du XIXe siècle pour livrer les "Voyages extraordinaires" d'Hetzel, les belles plaques de Mame et de Charavay, celles plus racoleuses de Dentu, et enfin les livrées bariolées des "Voyages excentriques" de Paul d'Ivoi. Les créateurs de décors, notamment Souze, font preuve d'une fécondité inépuisable. Certaines plaques sont passe-partout, d'autres personnalisées (Cartonnages Jules Verne). Cet âge opulent finira avec la guerre de 1914.
Le contenu diffère de la période précédente. L'aspect religieux est remplacé par une morale laïque conforme à l'esprit de la Troisième République. Les thèmes moins conventionnels font place à l'éducation (histoire, patriotisme, conquêtes coloniales, science) et à la récréation (aventures, voyages, découvertes).

 

 

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Crédits photographiques :
Bibliothèque de l’INRP, Lyon
Bibliothèque de l’INRP-Musée de l’Education, Rouen
Bibliothèque de l’Heure joyeuse, Paris
Bibliothèque municipale de Tours
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