Pablo Picasso (1881 - 1973)

Picasso est de loin le plus prolixe en matière de gravure : il aura produit en tout près de 2000 estampes, toutes techniques confondues. Dans l'exposition, les eaux-fortes au trait net traduisent sa familiarité et son goût pour la plaque de cuivre. (années 1920 - 1930).
Ses lithographies aux effets graphiques des années 1940 précèdent les compositions robustes de ses linogravures de 1959, travaillées en aplats de couleurs.
Pendant plus de six décennies, sans interruption, Picasso poursuivra cette activité de graveur, mettant à profit semble-t-il la complexité et les contraintes de ce métier pour mener cette oeuvre différenciée de sa peinture, qui conserve des accents classiques.

Henri Matisse (1869 - 1954)

Matisse a réalisé un peu plus de 800 estampes. Cette technique, qu'il pratique par périodes, semble lui fournir d'autres solutions que le dessin et la peinture : il laisse jaillir sa spontanéité sur le cuivre, et travaille le trait avec une radicalité inédite dans ses linogravures. Sans repentir ni retouche, la gravure pour Matisse permet de saisir l'essentiel, le trait. La lithographie, qu'il pratique avec assiduité notamment dans toute la décennie 1920, ajoute une certaine douceur à son oeuvre gravé.
Dans l'exposition, les figures endormies et les portraits (années 1920 à 1940) côtoient la série des Danseuses acrobates (1931-1932). Lithographies, eaux-fortes, linogravures montrent des stratégies de geste et de construction sans cesse renouvelées. La sobriété typique du dessin de Matisse s'y exprime magnifiquement.

Joan Miró (1893 - 1983)

Miró découvre la lithographie dans les années 1930, notamment pour illustrer l'Arbre des voyageurs de Tristan Tzara. La lithographie en couleurs lui sera révélée à l'atelier Mourlot à Paris en 1947.
Il effectue des recherches avec Stanley Hayter à la même époque, à New York, pour obtenir des reliefs en découpant la plaque de cuivre.
L'estampe sous toutes ses formes est une manière supplémentaire pour Miró de laisser advenir une expression spontanée et ouverte à l'irrationnel, son héritage du surréalisme. Dans l'exposition, ses lithographies, mais aussi ses eaux-fortes et aquatintes (entre 1950 et 1960) laissent exploser son célèbre vocabulaire de boules étoilées, spires, lignes brisées, qui au fil du temps deviendront plus légères, comme de pures inscriptions dans l'espace.

Victor Brauner (1903 - 1966)

Membre du groupe surréaliste jusqu'en 1948, cet artiste d'origine roumaine est influencé par l'univers de la magie et de la Kabbale. Il est fortement attiré par les arts primitifs, comme Matisse et Picasso avant lui.
Sa peinture, aux styles extrêmement diversifiés, utilise tantôt l'hybridation, la juxtaposition de figures hétéroclites, tantôt l'expérience sur les matières et les gestes : l'oeuvre est traversée par la recherche d'une synthèse entre univers réel et symbolique.
Le titre de la série exposée affirme cette volonté de profusion et de mélange : Codex d'un visage (1961) propose un ordonnancement de signes sur la page, signes-visages transfigurés par une décision plastique à chaque fois différente. L'estampe apparaît dans ses caractéristiques premières : un art de la répétition et de la modification.

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