Bibliothque municipale de Lyon

Jean Genet

Jean Genet

Portrait de Jean Genet enfant.

Une mère d’origine lyonnaise

Contrairement à ce que Genet déclare au sujet de sa mère, dans le "Journal du Voleur" (1) : "Je ne sais rien d’elle, qui m’a abandonné au berceau", son existence est parfaitement connue. Il s’agit de Camille Gabrielle Genet qui nait à Lyon, à 6 heures du soir, le 18 Juillet 1888, au domicile de ses parents au 42 de la rue Ney, dans le 6e arrondissement. C’est son père, François Genet, âgé de 56 ans, employé, qui se rend à la mairie d’arrondissement, le 20 Juillet, pour déclarer la naissance de sa fille, en présence de Victor Martignat, employé, et de Lucien Sage, épicier, demeurant tous deux au 59 de l’avenue de Noailles. Dans l’acte d’état-civil, on trouve des renseignements relatifs à la mère de Camille Gabrielle, prénommée  Claudine - dite Clotilde - âgée de 42 ans, sans profession connue. Sur l’acte, figure également la signature de François Genet, sans doute l’unique trace écrite laissée par l’un des ascendants de Jean Genet (2).

Genet abandonné par sa mère

Comme le précise Edmund White dans la biographie de l’écrivain : "En 1891, la famille de François Genet avait disparu, en tout cas de Lyon (…). Il vagabonde sans doute, manœuvre sans terres, ni métier, ni attaches particulières à Lyon (3). Plus tard à Paris, le 19 Décembre 1910, Camille Gabrielle Genet, alors âgée de 22 ans, célibataire, exerçant la profession de gouvernante, donne naissance, à 19 heures 45, à la clinique d’accouchement Tarnier, (89 rue d’Assas), d’un garçon de sexe masculin prénommé Jean. L’ouverture du dossier de Jean Genet à l’Assistance Publique a permis de révéler l’identité du père indiquée par Camille Genet sous le sceau du secret, à savoir Frédéric Blanc. Camille abandonne rapidement son fils à l’âge de 7 mois et 9 jours - le 28 Juillet 1911 - à l’hospice des enfants assistés, rue Denfert-Rochereau, à Paris. C’est cet abandon qui va nourrir toute l’œuvre de Jean Genet comme l’indiquent Albert Dichy et Pascal Fouché : "Figure secrète de l’œuvre de Genet, la mère en est aussi l’une des figures centrales. Si elle n’est qu’une fois nommée et rarement évoquée, il n’est sans doute pas un seul livre, de "Notre-Dame des Fleurs" à "Un captif amoureux", qui ne soit traversé par son ombre, dominé par son absence" (4).

Genet et Barbezat, deux hommes que tout sépare

Bien que la mère de Jean Genet ait été d’origine lyonnaise, l’écrivain ne vint jamais dans cette ville pendant de très nombreuses années. Il faut faudra attendre 1943 et la visite, à la prison de la Santé à Paris où il est incarcéré, de Marc Barbezat - alors jeune directeur de la revue "L’Arbalète" à Lyon, au 8 de la rue Godefroy - pour que des relations suivies s’établissent entre les deux hommes que tout sépare. Aujourd’hui encore, on à peine à envisager comment Marc Barbezat, à la fois pharmacien, industriel richissime, protestant, d’origine suisse, ait pu, à Lyon, pendant autant de temps - y compris sous l’Occupation - fréquenter et éditer Jean Genet ? A cet égard, la correspondance de ce dernier avec Olga et Marc Barbezat, nous apporte quelques précieuses informations (5). On y voit entre autres un Genet très préoccupé par ses problèmes financiers : "Je vous écris donc pour vous demander de voir ma production, l’examiner d’une façon sérieuse, afin de vous décider. Mais avant tout, je veux vous prévenir qu’une seule chose m’intéresse, c’est d’avoir de l’argent. On peut fort bien publier mon livre dans cent ans, je m’en fous, mais j’ai besoin de fric " (6). Malgré ce comportement plus qu’intéressé et souvent colérique, Barbezat, dans la grande tradition séculaire de l’édition lyonnaise, fera la part des choses et n’hésitera pas à publier la presque totalité de l’œuvre de Genet - d’abord dans sa revue "L’Arbalète" - puis en éditions typographiées en Bodoni, et imprimées avec grand soin. Aujourd’hui, cette production est très recherchée par les bibliophiles, et les prix pour acquérir ces ouvrages ne cessent de progresser.

Le début de la reconnaissance

Lyon n’a jamais été très à l’aise avec Jean Genet et l’exposition de la Bibliothèque Municipale est sans doute le début de la reconnaissance de son œuvre publiée dans cette ville. La liste des rendez-vous manqués est impressionnante et à part quelques manifestations - plus ou moins discrètes - comme celle organisée au Musée de l’Imprimerie en Mai 1988 en l’honneur de Marc Barbezat, que de rendez-vous manqués ! Le plus cruel d’entre eux est sans doute lorsque ce dernier mis en vente à l’Hôtel Drouot à Paris, le 5 Mars 1999 (7), ses propres collections de livres et de manuscrits (dont ceux de Genet). Dans la plus grande précipitation, j’alertai les autorités afin qu’elles puissent acquérir plusieurs pièces significatives comme la correspondance de Genet avec son éditeur, la collection de "L’Arbalète" ou la photo de Genet, attablé à une terrasse à la gare de Perrache, prise par Édouard Boubat en 1956. Grâce à ces acquisitions, Lyon s’est dans doute un peu plus rapproché de cet écrivain que Jean-Paul Sartre statufia en "Saint Genet, comédien et martyr" (8).

MICHEL CHOMARAT,
Commissaire de l’exposition "Genet ni père ni mère".

 

NOTES

[1] Jean Genet, "Journal du Voleur", Gallimard, 1949. L’exemplaire de la bibliothèque de Lyon - coté 469340 - a figuré longtemps dans l’Enfer constitué après la seconde Guerre Mondiale, et ensuite réintégré dans le fonds général en 1992.
[2] Archives Municipales de Lyon : registres paroissiaux et d’état-civil, Lyon, 6e arrondissement (Naissances du 2 Janvier au 31 Décembre 1988) : 2 E 1334.
[3] Edmund Withe, "Jean Genet", Gallimard, 1993, pages 15-16.
[4] Albert Dichy et Pascal Fouché, "Jean Genet, essai de chronologie : 1910-1944", 1988.
[5] Jean Genet, “Lettres à Olga et Marc Barbezat”, L’Arbalète, 1988.
[6] Jean Genet, “Lettres à Olga et Marc Barbezat”, page 7 : lettre du 8 Novembre 1943. BM Lyon : MS 6904.
[7] "Collection Marc Barbezat. Jean Genet. Manuscrits, lettres autographes, documents, édition originales. Paris, Drouot Richelieu, Vendredi 5 Mars 1999 à 14 h 30". BM Lyon : Chomarat 14352.
[8] Jean-Paul Sartre, "Œuvres complètes de Jean Genet. Tome 1 : Saint Genet comédien et martyr", Gallimard, 1967. L’exemplaire de la bibliothèque de Lyon - coté 471558 - a figuré longtemps dans l’Enfer constitué après la seconde Guerre Mondiale, et ensuite réintégré dans le fonds général en 1992




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