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III. Sacré tourment

La vive religiosité de Michel-Ange est touchée à plusieurs reprises par les idées de l’évangélisme, un courant proche de la réforme protestante qui met en avant la supériorité de la foi sur l’action humaine et l’obtention du salut par le sacrifice de Jésus-Christ. Dans ce sens, la familiarité avec la poétesse Vittoria Colonna inspire à l’artiste des sujets sensibles de méditation spirituelle, des dessins qui vont encore une fois échapper au cadre intime d’une relation personnelle pour être immortalisés en estampes et donc largement diffusés.
C’est le cas du Christ et la Samaritaine au puits, gravure éditée jusqu’au 19e siècle d’après un dessin perdu de Michel-Ange, où l’accent est mis sur la nature humaine de Jésus. Œuvre également destinée à Vittoria Colonna, la Crucifixion, peu conventionnelle, avec un Christ vivant souligne la volonté de s’identifier à ses souffrances ; ce dessin donne vie soit à des transpositions graphiques assez fidèles, soit à des variantes plus traditionnelles du Christ mort entouré par la Vierge et saint Jean, au milieu d’un paysage (la Crucifixion de Philippe Soye).
Au même titre d’images de dévotion, autour d’une importante production pour un public ciblé, il est possible d’inclure les estampes tirées des dessins de Michel-Ange préparatoires aux tableaux d’amis et de collaborateurs. La Pietà du graveur vénitien Giulio Sanuto reproduit un dessin pour le peintre Sebastiano del Piombo et semble en outre amender une « erreur » de jeunesse de Michel-Ange : la trop jeune Vierge de la sculpture du Vatican est ici remplacée par une vieille femme, mieux conforme aux règles de représentation.
Les fresques de la chapelle Pauline, réalisées par le maître entre 1542 et 1549, constituent un exemple remarquable de cette divulgation de son œuvre via la gravure. Nicolas Béatrizet et Giovanni Battista Cavalieri restituent aux traits de burin des peintures pratiquement inaccessibles, car situées dans une chapelle privée du Vatican, utilisée lors de l’élection du pape (le conclave). Ce sont des estampes qui témoignent du regard novateur et des inquiétudes de Michel-Ange, homme en quête d’une foi sincère et populaire, tout en gardant l’état original des figures avant les censures dictées par la Contre-Réforme.

Giulio Sanuto, Pietà, vers 1550, burin.

Giulio Sanuto, Pietà, vers 1550, burin.

Nicolas Béatrizet, La Conversion de saint Paul, vers 1545-1558, burin.

Nicolas Béatrizet, La Conversion de saint Paul, vers 1545-1558, burin.


Anonyme d'après Giovanni Battista Franco, Crucifixion, vers 1550, burin et eau forte.


Philippe Soye, Crucifixion avec la Vierge et saint Jean, détail, vers 1568, burin.

Giovanni Battista Cavalieri, La Crucifixion de saint Pierre, vers 1567, burin.

Giovanni Battista Cavalieri, La Crucifixion de saint Pierre, vers 1567, burin.





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