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VI. Fragments d'un Jugement



Robert Le Voyer, Jugement dernier, 1570, huile sur toile.

Robert Le Voyer, Jugement dernier, 1570, huile sur toile.

En décembre 1541, au lendemain de l’exécution du Jugement dernier, la fresque de Michel-Ange pour le mur de l’autel de chapelle Sixtine, le cardinal Ercole Gonzaga s’empresse d’en commander une réduction au peintre Marcello Venusti. C’est le début officiel d’une vaste campagne de reproductions : en 1553, le biographe Condivi ne s’attarde pas sur la description de l’œuvre, « tant on en a fait de copies et tellement variées, envoyées partout ». Si le tableau de Robert Le Voyer de 1570 s’aligne sur une copie de Venusti, les graveurs répondent à la complexité et à la densité de la scène avec une version en plusieurs pièces. À la même époque et suite à l’étude sur place de la Sixtine, Giorgio Ghisi propose un découpage en dix morceaux, chacune des planches gravées identifiée par une lettre afin de faciliter le montage du « puzzle ».
Mais la première estampe représentant le Jugement en entier, éditée vers 1546 en une seule planche avec le privilège du pape, revient au Bolonais Giulio Bonasone, auteur d’un dessin préparatoire à la pierre noire dérivé directement de la fresque. Cette pièce, ainsi que la gravure encore plus réduite de Martino Rota, seront les modèles de nombreuses copies lancées sur le marché.
Peintures et gravures auront le mérite de faire surtout connaître la version originale de Michel-Ange, sans la censure des nus voulue par l’Église en 1564 (les fameux drapés rajoutés par le peintre Daniele da Volterra). Néanmoins, certaines estampes seront marquées par la modification d’éléments qui avaient attiré de fortes critiques à l’artiste : à part l’habillage des nus, un Christ plus conventionnel avec la barbe, l’intégration de symboles de la Passion (seules quatre symboles figurent dans les lunettes du Jugement)…
Dans son questionnement sur le salut de l’âme, Michel-Ange déploie un univers centré autour des innombrables attitudes et expressions du corps humain ; Domenico del Barbiere (vers 1506-1570) en extrait de très belles figures aux muscles accentués, dont le saint Barthélemy tenant sa peau qui sera étonnamment repris dans l’illustration du traité d’anatomie de Juan de Valverde (1556).
En 1829, les fragments du Jugement dernier sont à nouveau l’objet d’une édition en dix planches dans les lithographies de Guillemot (1786-1831), alors que l’illustrateur lyonnais Dubouchet (1833-1909) ravive avec La barque de Charon  (gravure de 1866) le penchant de Michel-Ange pour La Divine Comédie de Dante.


Giulio Bonasone,  Jugement dernier, vers 1546, burin.

Giulio Bonasone, Jugement dernier, vers 1546, burin.

Domenico Del Barbiere, Groupe de saints (détail du Jugement dernier), vers 1545, burin.

Domenico Del Barbiere, Groupe de saints (détail du Jugement dernier), vers 1545, burin.

Nicolas Béatrizet, d'après Gaspar Beccerra, Planche anatomique, dans: Juan Valverde, Anatomia del corpo humano..., Rome 1560, burin.

Nicolas Béatrizet, d'après Gaspar Beccerra, Planche anatomique, dans : Juan Valverde, Anatomia del corpo humano..., Rome 1560, burin.





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