Rousseau en Rhône-Alpes
Bibliothque municipale de Lyon

Parcours dans l'exposition

I. Premières années : un Genevois devenu savoyard

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« Carte de la Savoie », Theatrum statuum regiae celsitudinis Sabaudiae ducis..., Amsterdam, héritiers de J. Blaeu, 1682, T. 2. Collection Bibliothèque municipale de Lyon, cote 5222.

« Ma naissance fut le premier de mes malheurs ». Suzanne Rousseau, née Bernard, meurt à Genève en 1712 après avoir mis au monde son second fils, Jean-Jacques. Elle est d’une famille de pasteurs : Rousseau naît dans une belle maison de la ville haute, mais il grandira auprès de son père horloger de l’autre côté du Rhône et se proclame, légitimement, « enfant de Saint-Gervais », quartier populaire. Une autre Suzanne, sa tante paternelle Suzon, élève l’enfant et lui transmet le goût de la musique. Plus tard, avec son cousin Bernard, en pension à Bossey, au pied du Salève, chez le pasteur Lambercier et sa sœur, il découvre la campagne.
Les figures maternelles se succèdent, et l’enfant que l’on suit dans Les Confessions ne semble pas toujours malheureux. Mais la mise en apprentissage chez un maître brutal à Genève lui donne envie de fuir. Se trouvant hors les murs au moment du couvre-feu, Rousseau part à l’aventure. Âgé de quinze ans, il a d’ailleurs peu d’attaches à Genève, son père ayant été banni après une querelle. C’est chez le curé du village de Confignon tout proche qu’il se rend, sachant que cet ecclésiastique accueille les Genevois désireux de quitter l’Église de Calvin pour celle de Rome – c’est ce que Rousseau va faire. C’est ainsi que le plus célèbre des « Citoyens de Genève » n’y vivra jamais à l’âge adulte. Son plus long séjour est de quatre mois en 1754, quand il réintègrera l’Église de son enfance et reprendra sa citoyenneté, qu’il abandonnera à nouveau, la mort dans l’âme, en 1763. Pourtant, le cœur, l’esprit et l’imagination de Rousseau seront presque toujours tournés vers sa ville natale. S’il voit en Paris l’Athènes moderne, ville du luxe et des plaisirs, Genève est Sparte, cité austère et vertueuse. Il n’empêche, le curé de Confignon scelle son sort pour bien des années en l’adressant à une dame pieuse d’Annecy qui sera pour Rousseau durablement une mère et plus fugitivement une maîtresse. Et Rousseau sera pendant quelques années sujet du Roi de Sardaigne, qui règne sur la Savoie et le Piémont depuis sa capitale de Turin.

« Lyonnais, Dauphiné, Savoie », Robert de Vaugondy, Atlas universel..., Paris, Boudet, 1757.
Collection Bibliothèque municipale de Lyon, cote 5106.
« Carte du Dauphiné », Robert de Vaugondy, Atlas universel..., Paris, Boudet, 1757.
Collection Bibliothèque municipale de Lyon, cote 5106.

Page de titre, Les Psaumes de David,… approuvez par les Pasteurs & les Professeurs de l’Eglise & de l’Academie de Geneve, Amsterdam, Wetsteins, 1716.
Collection Bibliothèque municipale de Lyon, cote Candaux Q 37.
Rousseau évoque sans doute les Psaumes de son enfance genevoise lorsqu’il écrit dans son Dictionnaire de musique (1767) : « Lorsque j’entends chanter nos Psaumes à quatre parties […] les premiers accords quand ils sont entonnés bien justes, m’émeuvent jusqu’à frissonner ». (Article « Unité de Mélodie »).

Début de l’Évangile de Matthieu, Le Nouveau Testament..., Amsterdam, Wetsteins, 1710.  Collection Bibliothèque municipale de Lyon, cote Candaux P 33.
Formé par Genève et par le pasteur de Bossey dans son enfance, Rousseau est un fin connaisseur de la Bible et celle-ci imprègne de vastes pans de son œuvre. Dans les Confessions, au Livre XI, il dit l’avoir relue cinq ou six fois de suite depuis qu’il en avait fait sa lecture du soir.

Collection complete des oeuvres de J. J. Rousseau,…, T. 6. Lettre à D’Alembert, Genève, 1782.
Collection Bibliothèque municipale de Lyon, cote Rés 101800.
Dans la Lettre à D’Alembert (1758) « sur son article GENÈVE dans le VIIe volume de l’Encyclopédie », Rousseau manifeste son profond amour de sa cité natale : son évocation d’une fête patriotique, quartier St-Gervais, vécue enfant avec son père, devint aussitôt fameuse.

Plutarque, Les Vies des hommes illustres…, Paris, Vascosan, 1565. Collection Bibliothèque municipale de Lyon, cote SJ X 234/12.
Les Vies parallèles traduites par Amyot au XVIe siècle, présentent cinquante biographies comparées d’hommes célèbres dans l’Antiquité. Elles sont une référence majeure de l’humanisme européen. Avec les Œuvres morales du même Plutarque, elles accompagneront Rousseau toute sa vie.

Madeleine de Scudéry, Artamene ou Le Grand Cyrus, Paris, A. Courbé, 1654. Collection Bibliothèque municipale de Lyon, cote 347237.
Artamène ou le grand Cyrus (1649-1653) de Madeleine et Georges de Scudéry est un immense roman historique situé dans l’Antiquité mais reflétant la culture mondaine et précieuse du XVIIe siècle. Selon les Confessions, Rousseau enfant l’a lu avec son père, parmi d’autres romans hérités de sa mère.

Honoré d’Urfé, L’Astrée…, Lyon, S. Rigaud, 1616. Collection Bibliothèque municipale de Lyon, cote B 510093.
L’Astrée
(1607-1627) d’Honoré d’Urfé est un vaste roman pastoral (plus de 5 000 pages) qui passionna le XVIIe siècle. Imprégnées d’idéalisme, les amours de Céladon et d’Astrée se déroulent dans le Forez au temps des druides. À la fin de sa vie, Rousseau avouait vouloir le relire une troisième fois...

Fontenelle, Entretiens sur la pluralité des mondes, Lyon, T. Amaulry, 1686. Collection Bibliothèque municipale de Lyon, cote Rés 813683.
Les Entretiens sur la pluralité des mondes (1686) de Fontenelle présentent l’initiation d’une marquise à la cosmologie moderne, lors d’une série de conversations avec un savant cartésien. Leur succès illustre la rencontre entre doctes et mondains à l’aube du XVIIIe siècle. Rousseau les a lus à Genève.

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