Rousseau en Rhône-Alpes
Bibliothque municipale de Lyon

Parcours dans l'exposition

X. Rousseau musicien. Autour du séjour à Lyon en 1770

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J.-J. Rousseau, Le devin du village, manuscrit autographe, vers 1752. Collection Bibliothèque municipale de Lyon, cote Ms PA 109.
Le Devin du village, joué pour la première fois devant la Cour à Fontainebleau en 1752, sera représenté à l’Opéra de Paris jusqu’en 1829. Le manuscrit du livret, seul autographe connu de l’œuvre, semble être intermédiaire par rapport aux versions jouées à Fontainebleau (octobre 1752) et Paris (mars 1753).

Quand le Prince de Conti lui obtient, au début de l’année 1770, l’autorisation, sous certaines conditions, de retourner à Paris, Rousseau n’hésite pas : il veut rétablir dans la capitale sa vérité (celle des Confessions) contre les mensonges de ses ennemis. Il fait cependant une halte de six semaines à Lyon, et c’est autour de ce moment de détente et de relatif bonheur que nous présentons la passion pour la musique qui traverse sa vie : son premier opéra est écrit aux Charmettes, à un moment où il n’avait vu que très peu d’œuvres lyriques, et sa dernière chanson (on dit que c’est la Chanson du saule, de Desdémone dans l’Othello de Shakespeare) date de peu avant sa mort à Ermenonville. À Lyon en 1770 aura lieu la première représentation de Pygmalion, le mélodrame ou « scène lyrique » qu’il avait écrite en 1762. L’œuvre est jouée, avec Le Devin du village, à l’Hôtel de Ville. La musique de Pygmalion est fournie par un amateur lyonnais, Horace Coignet : le texte est dit, et non chanté, mais avec une vingtaine de courts intermèdes musicaux. À Paris, quelques années plus tard, quand on l’associe aux œuvres de Gluck, et en particulier à Orphée et Eurydice, Le Devin du village suscite une émotion, une tendresse, un engouement du public dépassant tout ce qu’on avait connu jusque-là. Quant à Pygmalion, il fait figure d’écrit fondateur d’un nouveau genre musico-dramatique et inspirera une vive curiosité, connaîtra un grand succès à travers l’Europe et surtout dans les pays germanophones. Rousseau est non seulement compositeur mais théoricien de la musique : c’est pour le rappeler qu’est exposé, avec le livret autographe du Devin, l’un des manuscrits autographes de son Dictionnaire de musique. Avec l’Essai sur l’origine des langues, le Dictionnaire, publié en 1767, est le point d’aboutissement de la longue réflexion polémique menée par Rousseau pour combattre les théories de Rameau. Celles-ci, fondées sur la physique des sons, laissent peu de place aux accents tendres de la voix humaine, qui sont pour Rousseau au cœur de l’expérience musicale. À Lyon, on s’est souvenu pendant longtemps de Rousseau : Rochecardon, site de la maison de campagne des Boy de la Tour, est un lieu de promenade très fréquenté au XIXe siècle.

Vue de la fontaine de J. J. Rousseau à Rochecardon, près de Lyon, aquatinte de B. Piringer d’après un dessin de C. Bourgeois, Paris, Didot l’aîné, 1819. Collection Bibliothèque municipale de Lyon, cote Chomarat Est 25063.
La fontaine de Rosay, près du château de Rochecardon, devient un lieu de pèlerinage pour les Lyonnais au XIXe siècle. Rousseau y aurait écrit son nom sur un rocher. On peut aujourd’hui suivre un sentier botanique dans le vallon de Rochecardon.

Fontaine de J. J. Rousseau à Roche-Cardon, lithographie de Villeneuve d'après le croquis d’E. Hostein, [Paris], Lemercier, Bénar et Cie, [1839]. Collection Bibliothèque municipale de Lyon, cote Chomarat Est 17490.
La fontaine donne lieu à de multiples représentations, y compris sous forme de carte postale. Horace Coignet décrit une matinée où Rousseau herborisait non loin d’ici, alors que Coignet chantait la romance du Devin du village, en s’accompagnant au violon.

J.-J. Rousseau, Dictionnaire de musique, manuscrit autographe. Collection Bibliothèque municipale de Lille, cote Ms 270 (CGM 387).
Le manuscrit présenté ici est celui qui a servi à l’impression de l’édition originale (1767, datée 1768), chez Duchesne à Paris. Il comporte un Errata, et même l’Approbation du censeur royal. L’utilité du Dictionnaire lui assure un succès considérable, avec une traduction anglaise quelques années plus tard.

Collection complète des œuvres de J.J. Rousseau, Londres [Bruxelles], Boubers, 1774-1783, T. 9. Dictionnaire de musique. Collection Bibliothèque municipale de Lyon, cote Rés 104694.
Le dessinateur J.-M. Moreau le Jeune montre la Musique qui s’inspire des sphères célestes (sous sa main droite). Sous la partition, on voit le dieu Pan sculpté sur la colonne. Au loin, Orphée apprivoise les bêtes, alors que Chiron, centaure bienveillant et facteur d’instruments, est aux forges dans sa grotte.

J.-J. Rousseau, Dictionnaire de musique, Paris, Veuve Duchesne, 1768. Collection Bibliothèque municipale de Lyon, cote 103880. Édition originale.
Le Dictionnaire de musique de Rousseau exploite et transforme ses articles pour l’Encyclopédie. Son amour de l’opéra italien, l’intérêt qu’il porte à la musique de l’Antiquité et des pays exotiques, sa conviction que la mélodie (et non l’harmonie) est primordiale, trouvent ici leur expression la plus aboutie.

J.-J. Rousseau, Le Devin du village. Intermède représenté à Fontainebleau devant Leurs Majestés, les 18 et 24 octobre 1752..., La Haye, s.n., 1763. Collection Bibliothèque municipale de Lyon, cote 361130.
Le succès du Devin du village ne se dément pas, et les éditions sont nombreuses. L’auteur de l’Émile est en exil en 1763, mais l’intérêt du public ne fléchit pas. On réédite non seulement Le Devin, mais aussi le Contrat social et la Lettre à Christophe de Beaumont, pourtant condamnés tous les deux.

J.-J. Rousseau, Le devin du village. Intermède représenté à Fontainebleau devant leurs majestés les 18 et 24 octobre 1752... Avec l'Ariette ajoutée par Philidor, Paris, Leclerc, s.d. Collection Bibliothèque municipale de Lyon, cote Rés FM 127837.
Philidor composera une ariette, chantée par Caillot, dans le rôle du Devin (« Au dieuqui vous enchaîne, amants offrez vos vœux »), pour une représentation à la Cour en 1763. Philidor avait travaillé avec Rousseau sur Les Muses galantes près de vingt ans auparavant.

J. Favart ; Harny de Guerville, Les Amours de Bastien et Bastienne, parodie du Devin de village… représentée pour la première fois par les Comédiens Italiens Ordinaires du Roi, le Mercredi 26 septembre 1753, Paris, Duchesne, 1759. Collection Bibliothèque municipale de Lyon, cote Rés FM B 509233.
La parodie de Mme Favart et de M. Harny n’a guère de dimension moqueuse ou satirique. Il s’agit plutôt de retravailler le sujet en utilisant des « timbres » connus. Le jeune Mozart écrira aussi son Bastien et Bastienne, à l’âge de douze ans, apparemment sans connaître directement l’œuvre de Rousseau.

J.-J. Rousseau, Pygmalion…, Genève, s.n, 1771. Collection Bibliothèque municipale de Lyon, cote Rés 367109.
Il s’agit d’une réimpression genevoise du texte donné dans le Mercure de France. Ces publications sont faites sans l’autorisation de l’auteur, mais sans qu’il s’y oppose vigoureusement non plus. On croit qu’une copie manuscrite circulant à Paris est à l’origine de ces éditions. En note de cette édition, on apprend que la musique de Coignet est en vente « à Genève chez les Marchands de musique, à Lyon chez le sieur Castaud, Place de la Comédie ».

J.-J. Rousseau, Pygmalion… Joüé par Bonifasce Welenfelt et Annette Paganini, Brescia, s.n., 1776. Collection Bibliothèque municipale de Lyon, cote 379721.
Cette édition italienne en français reprend le schéma en trois colonnes de l’édition viennoise de 1772 et correspond sans doute à une mise en scène avec la musique d’Aspelmayer. L’engouement pour Pygmalion, qui est l’un des multiples signes de la fascination désormais exercée par Rousseau sur ses contemporains, dépasse largement les frontières suisses et françaises.

J.-J. Rousseau, Pygmalion… Scène lyrique exécutée sur le théâtre impérial de Vienne avec la musique du sieur Aspelmayer, Vienne, Kürzbock, 1772. Collection Bibliothèque municipale de Lyon, cote Rés 379875.
Dans cette édition viennoise de Pygmalion, en français, tout est chronométré, la durée des interludes musicaux étant chaque fois indiquée. Faite pour accompagner la nouvelle musique d’Aspelmayer, elle résout pour acteur et musiciens bien des problèmes de mise en scène. À gauche, le caractère de la musique est décrit, au milieu, la durée de chaque interlude, à droite, le texte et la didascalie indiquant le jeu muet de l’acteur. Édition rarissime.

J.-J. Rousseau, Pygmalion. Ein Monodrama von J. J. Rousseau. Nach einer neuen Uebersetzung mit musikalischen Zwischensätzen begleitet und für das Clavier ausgezogen von Georg Benda, Leipzig, in Schwickestschen Verlage, 1780. Collection Bibliothèque municipale de Lyon, cote Rés FM 127806.
Sous des allures neutres, cette partition allemande montre comment le compositeur Georg Benda augmente de façon importante la place accordée à la musique dans Pygmalion. Dans cette partition pour piano, le texte est rythmé par la musique de façon beaucoup plus dense – parfois phrase par phrase – que dans le schéma de Rousseau avec Coignet. Seule une remise en scène permettrait de mesurer véritablement les mérites de ce choix.

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