Rousseau en Rhône-Alpes
Bibliothque municipale de Lyon

Parcours dans l'exposition

XI. Œuvre posthume, la révélation : Confessions, Dialogues, Rêveries

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Collection complete des oeuvres de J. J. Rousseau,…, T. 10. les Confessions, Genève, 1782. Collection Bibliothèque municipale de Lyon, cote Rés 101800.
La Collection complète des œuvres de J.J. Rousseau (à partir de 1782) est dirigée par A. Du Peyrou et P. Moultou, ses exécuteurs testamentaires. Le T. X publie la première partie des Confessions (Livres I à VI) et les Rêveries du promeneur solitaire. Les éditeurs y ont supprimé quelques passages jugés inconvenants.

La vie de Rousseau après son retour à Paris en 1770 demeure insaisissable à certains égards. On peut mettre en lumière celui qui donne des séances de lecture des Confessions durant douze, voire seize heures, et celui qui construit lentement (à raison d’un quart d’heure par jour, dit-il) le labyrinthe de Rousseau juge de Jean-Jacques, œuvre composée de trois grands dialogues où deux personnages, nommés « Rousseau » et « le Français », parlent d’un tiers absent, l’auteur qui s’appelle « Jean-Jacques ». On peut aussi présenter plutôt celui qui fait tranquillement de nombreuses promenades botaniques autour de Paris, celui qui met en musique des dizaines de chansons et qui copie d’innombrables partitions. Sans doute ne faut-il pas choisir : Les Rêveries du promeneur solitaire montrent que le Rousseau serein et celui qui est méfiant et endolori se relaient et s’entrecroisent. Incapable d’échapper à la conviction que ses ennemis sont maîtres de son sort, il se résigne, partiellement du moins, et arrive ainsi à aménager des espaces et des temps où les agissements dirigés contre lui sont oubliés. Botanique et souvenirs dominent dans les pages heureuses des Rêveries, et la dernière Promenade, inachevée, nous ramène à ce dimanche des Rameaux 1728 où il voit pour la première fois Madame de Warens, mère enchanteresse. Après la mort de Rousseau, qui survient le 2 juillet 1778, au début de sa soixante-septième année, ses amis assurent la publication de la collection complète des œuvres, avec de nombreux inédits, dont le premier tome des Confessions, publié avec les Rêveries, et les dialogues de Rousseau juge de Jean-Jacques. Les Confessions sont censurées : il manque beaucoup de noms propres, et les épisodes les plus gênants de la jeunesse de l’auteur sont écartés. Il n’empêche, les amis de Rousseau sont souvent désarçonnés et ses ennemis se réjouissent. L’esthétique sentimentale de l’Ancien Régime finissant assimile mal le mélange d’aveux intimes et d’envolées lyriques qui caractérise cette œuvre. C’est un autre Rousseau qui sera invoqué pendant la Révolution française, celui qui affirme la souveraineté du peuple, qui proclame le caractère infaillible de la volonté générale, et qui fait l’éloge des fêtes républicaines de Genève. Inhumé d’abord à l’île des Peupliers à Ermenonville, le cercueil de Rousseau entrera au Panthéon le 20 vendémiaire, An III (11 octobre 1794).

J.-J. Rousseau, Les Confessions… Suivies des Rêveries Du Promeneur Solitaire, Genève, s.n., 1782. T. 1. Collection Bibliothèque municipale de Lyon, cote Chomarat 6545. Édition originale.
Rousseau affirme n’écrire ses Rêveries que pour lui. À l’époque, le mot renvoie autant au rêve éveillé qu’à la méditation ou à la contemplation. Il poursuit ainsi une entreprise de connaissance de soi où il croise Socrate, Sénèque, Montaigne, voire les mystiques, tout en inventant le journal intime.

J.-J. Rousseau, Les Confessions…, Londres, s.n., 1782. Collection Bibliothèque municipale de Lyon, cote Chomarat A 11323.
Rousseau notait des thèmes de méditation sur des cartes à jouer. Ainsi à propos des Rêveries : « Pour bien remplir le titre de ce recueil je l’aurois du commencer il y a soixante ans : car ma vie entiére n’a guére été qu’une longue reverie divisée en chapitres par mes promenades de chaque jour ».

J.-J. Rousseau, Les Confessions, Lyon, J.-S. Grabit, 1793. Collection Bibliothèque municipale de Lyon, cote Chomarat A 5859.
La méthode généalogique appliquée par Rousseau à l’histoire humaine s’applique à sa propre histoire : « pour me connoître dans mon age avancé, il faut m’avoir bien connu dans ma jeunesse […] Je m’applique à bien déveloper par tout les prémiéres causes pour faire sentir l’enchainement des effets ».

J.-J. Rousseau, Second supplément a la Collection des Œuvres de J.J. Rousseau, Genève, s.n., 1789. Collection Bibliothèque municipale de Lyon, cote Chomarat A 10058.
En 1789 parut, chez deux éditeurs genevois concurrents, la seconde partie des Confessions (Livres VII-XII). Les noms des personnes y furent remplacés par des initiales. Rousseau y aborde en effet sa vie publique, depuis son arrivée à Paris en 1742 jusqu’à son séjour au lac de Bienne en septembre 1765.

J.-J. Rousseau, Confessions de J. J. Rousseau. Noms qui ne sont indiqués que par des lettres initiales dans les éditions imprimées ; Morceaux inédits ou différences qui se trouvent entre le manuscrit offert à la Convention par Thérèse Levasseur et les éditions de Rousseau, Paris, s.n., 1796.  Collection Bibliothèque municipale de Lyon, cote Chomarat A 8812.
Dans les premières éditions des Confessions, l’identité des personnes est souvent cachée par le recours aux initiales. En 1796, le voile est levé par cet ouvrage, établi d’après le manuscrit des Confessions donné à la Convention nationale par Thérèse Levasseur, le 5 vendémiaire, an III (27 septembre 1794).

C. von Linné, Genera plantarum…,  La Haye, C. Wishoff, 1737. Collection Bibliothèque municipale de Lyon, cote A 491892.
Cet ouvrage de Linné vient nous rappeler qu’à Paris, après avoir commencé la rédaction des Rêveries, Rousseau connaît un regain de passion pour la botanique. « Me voilà donc à mon foin pour toute nourriture, et à la botanique pour toute occupation. »

J.-M. Moreau le Jeune, Tombeau de Jean Jacques Rousseau, eau-forte et burin, Paris, chez l’auteur, 1778. Collection Bibliothèque municipale de Lyon, cote F18MOR009289.
Quelques mois avant sa mort, Rousseau avait accepté l’hospitalité du marquis de Girardin dans son domaine d’Ermenonville. Après sa mort soudaine, le 2 juillet 1778, Rousseau sera enterré à Ermenonville sur l’île des Peupliers, qui devient bientôt un lieu de pèlerinage.

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