Rousseau en Rhône-Alpes
Bibliothque municipale de Lyon

Parcours dans l'exposition

II. Annecy et Chambéry

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« Vue d’Annecy », Theatrum statuum regiae celsitudinis Sabaudiae ducis..., Amsterdam, héritiers de J. Blaeu, 1682, T. 2. Collection Bibliothèque municipale de Lyon, cote 5222.
C’est à Annecy, siège épiscopal, que Rousseau rencontre Mme de Warens pour la première fois, le dimanche des Rameaux 1728. Un balustre doré marque aujourd’hui l’endroit, comme Rousseau l’avait souhaité.

Rousseau n’a pas encore seize ans, ce jour-là, en mars 1728. Laissant son mari dans le pays de Vaud, Madame de Warens avait traversé le lac pour se jeter aux pieds du Roi et de l’évêque à Évian. Elle jouit désormais d’une pension royale, avec l’obligation d’accueillir d’autres nouveaux convertis de Genève et de la Suisse protestante. À Annecy, comme à Chambéry plus tard, elle fréquente les milieux pieux et cultivés de la ville et semble y trouver un bon accueil. Toujours mariée aux yeux de l’Église, les amitiés masculines lui sont en principe interdites : elle entretient alors des relations discrètes avec ses domestiques. Rousseau fait le portrait d’une femme gaie et sentimentale, attirée par les lettres et par la musique. Il ne cache pas que l’argent lui coule entre les doigts au rythme de ses investissements fantaisistes. Lui-même est à charge dans cette maison : c’est ce qui explique en partie ses innombrables voyages. Mais d’abord, en 1728, Rousseau est expédié à Turin pour être rebaptisé dans la foi catholique. Il passera près de dix-huit mois dans cette ville, gagnant sa vie comme il peut, avant de retrouver Madame de Warens à Annecy. Suit un bref passage au séminaire, puis à la Maîtrise de la cathédrale, où il apprend assez de musique pour l’enseigner aux débutants, ce qui lui donne un motif de voyages : Lausanne, Neuchâtel, Paris, Lyon… Quand il revient en Savoie en 1731, sa protectrice a quitté Annecy, siège épiscopal, pour Chambéry, capitale administrative, où elle loue une maison très sombre, sans jardin, au centre de la ville. Il entre au Cadastre de Savoie, part à nouveau, entraîné par la musique, revient pour devenir (contre son gré, semble-t-il) l’amant de Madame de Warens (« Fus-je heureux ? Non, je goûtai le plaisir »). En 1735 il tombe malade (faiblesse, langueur), et rédige son testament. Cela marque la fin de ses rapports intimes avec celle qu’il appelle « Maman » – et bientôt le début d’une nouvelle phase, aux Charmettes : « Ici commence le court bonheur de ma vie… ». Le bonheur de ces années-là est un bonheur studieux : dans son poème Le Verger de Mme de Warens, il énumère ses nombreuses lectures. C’est aux Charmettes que Rousseau se fait le « magasin d’idées » qu’il lui faut pour la carrière de musicien ou d’écrivain dont il commence à rêver.

Madame de Warens, burin et eau-forte, anonyme, Collection Musées de Chambéry.
Louise-Éléonore, baronne de Warens (1699-1762), cultive les arts et les lettres. Rousseau trouve chez elle une intimité heureuse dont il dira plus tard qu’elle était indispensable à la formation de son être. Elle mourra dans la misère à Chambéry en 1762. Rousseau s’adresse d’amers reproches à ce sujet dans Les Confessions..

« Vue de Turin », Theatrum statuum regiae celsitudinis Sabaudiae ducis..., Amsterdam, héritiers de J. Blaeu, 1682, T. 1. Collection Bibliothèque municipale de Lyon, cote 5222.
Turin est la capitale royale du Piémont. Rousseau s’y rend en 1728 pour se faire rebaptiser catholique. C’est la première grande ville qu’il ait vue. Malgré des perspectives d’emploi favorables, il repart après dix-huit mois pour retrouver Mme de Warens.

Que mes lèvres ne sont-elles des cerises !... , dessin de Le Barbier l’aîné, eau-forte de Ph. Triere, 1783. Collection Musées de Chambéry.
Se promenant un jour près d’Annecy, Rousseau rencontre deux charmantes jeunes filles et passe une journée gaie et tendre avec elles à Thônes. C’est l’idylle des cerises (Confessions, Livre IV). « L’innocence des mœurs a sa volupté, qui vaut bien l’autre. »

Jean-Jacques Rousseau, dessin de Gleyre ; gravé par Thévenin, Paris, s.n., vers 1860. Collection Bibliothèque municipale de Lyon, cote Chomarat Est 19105

« Vue de Chambéry », Theatrum statuum regiae celsitudinis Sabaudiae ducis..., Amsterdam, héritiers de J. Blaeu, 1682, T. 1. Collection Bibliothèque municipale de Lyon, cote 5222.
En 1731, Rousseau rejoint Mme de Warens à Chambéry, capitale administrative de la Savoie. Il trouve sa maison de ville sombre et triste : ses souvenirs d’un bonheur indicible sont liés aux Charmettes, situées à l’extérieur de la ville.

J. Werner, Habitation de J.J. Rousseau aux Charmettes, près Chambéry, Chambéry, Lithographie Perrin, 1854. Collection Musées de Chambéry.
La maison des Charmettes devient dans le récit des Confessions un paradis perdu. « Ici commence le court bonheur de ma vie ; ici viennent les paisibles, mais rapides moments qui m’ont donné le droit de dire que j’ai vécu. »

J.-V. Veyrenc (dessinateur) ; C. Fortier (graveur), Vue des Charmettes, lieu jadis habité par J.J. Rousseau…, Paris, Ostervald l’aîné.  Collection Musées de Chambéry.
Maintes fois représentée, la maison des Charmettes devient dès la publication du T. I des Confessions un lieu de pèlerinage. Propriété de la ville de Chambéry depuis 1905, elle n’a jamais cessé d’attirer les lecteurs de Rousseau et ceux qui aiment la nature.

Ovide, Les Elegies…traduites en francois,… par Dacier, Paris, D’Houry fils, 1723. Collection Bibliothèque municipale de Lyon, cote SJ X 374/20.
Éxilé par Auguste sur les bords de la mer Noire en 9 après J.-C., l’auteur des Métamorphoses et de L’Art d’aimer, y composa les Tristes. Il y chante la douleur de la séparation, liant la nécessité poétique à celle de l’exclusion. Rousseau s’est identifié à cette figure d’exilé parmi les barbares.

J.-J. Rousseau, « Un papillon badin caressoit une rose », Mercure de France, juin 1737. Collection Bibliothèque municipale de Lyon, cote 808210, T. 117(2).
Cette chanson est la première publication de Rousseau, insérée dans le Mercure de France en juin 1737. C’est l’un des premiers signes d’une orientation qui sera longtemps la sienne : il rêve d’être compositeur de musique, et même théoricien de cet art.

J.-J. Rousseau, Narcisse ou l'Amant de lui-même : comédie par J. J. Rousseau, représentée par les Comédiens du Roi, le 18 décembre 1752, s.l., s.n., 1753. Collection Bibliothèque municipale de Lyon, cote Rés 365902.
Narcisse ou l’Amant de lui-même
est une comédie écrite à l’époque des Charmettes. Retouchée par Marivaux, elle fut jouée aux Italiens (1746) puis à la Comédie-Française (1752). Malgré son peu de succès, elle fut publiée en 1753, avec une importante préface.

J.-J. Rousseau, Lettre à Madame de Warens, 5 mars 1739. Collection Bibliothèque municipale de Beaune, cote Ms 278.
Cette lettre révèle un côté sombre des relations entre Rousseau et Mme de Warens. Celle-ci a des soucis d’argent, celui-là ne gagne pas sa vie. Il s’agit ici d’un mémoire de demande de pension que Rousseau rédige pour le compte de sa protectrice.

Administration cadastrale : cahier récapitulatif des numéros de parcelles par communes, précisant les noms des secrétaires, dont celui de Rousseau, ayant participé à l’opération, s.d. Collection Conseil général de la Savoie, Archives départementales [C.1842].
Rousseau fut, pendant neuf mois, en 1731-1732, l’un des cinquante secrétaires du Cadastre de Savoie : on voit son nom sur ce registre. Les chiffres du nombre de transcriptions faites ne semblent pas indiquer une grande efficacité de sa part, mais on ne sait pas si la période couverte est la même pour tous.

Bail d’acensement des Charmettes, 6 juillet 1738. Collection Conseil général de la Savoie, Archives départementales [4 B 2112].
C’est l’un des documents clés de l’histoire complexe des séjours de Mme de Warens et de Rousseau aux Charmettes. Des vaches, des brebis, des poules sont parmi les animaux énumérés dans le bail. À la fin des années 1730, Rousseau est souvent seul avec eux dans la maison qu’il aime.

Testament de Jean-Jacques Rousseau, 7 juin 1737, [partie du minutaire de Rivoire, notaire à Chambéry], testament non autographe, non signé de la main de Rousseau, Collection Bibliothèques municipales de Chambéry, cote MSS B 000.147.

Testament de Jean-Jacques Rousseau, 7 juin 1737, [partie du minutaire de Rivoire, notaire à Chambéry], testament non autographe, non signé de la main de Rousseau, Collection Bibliothèques municipales de Chambéry, cote MSS B 000.147.

Voltaire, Elémens de la philosophie de Neuton…, Londres [Paris, Prault], 1738. Collection Bibliothèque municipale de Lyon, cote SJ B 402/32.
Dans les Éléments de la philosophie de Newton (1738), rédigé avec l’aide de Mme du Châtelet, Voltaire offre une présentation à la fois élégante et précise de cette pensée scientifique qui fascine le siècle, dans les domaines de la métaphysique, de l’optique et de la cosmologie.

P. Bayle, Dictionnaire historique et critique, Bâle, L.-L. Brandmuller, 1738. T. 2. Collection Bibliothèque municipale de Lyon, cote 24512.
Le Dictionnaire historique et critique (1697-1702) du protestant Pierre Bayle examine l’héritage de l’Antiquité et de l’humanisme sous un angle rationaliste et sceptique. Il annonce l’esprit des Lumières et nourrira puissamment l’entreprise de l’Encyclopédie. Rousseau le possédait aux Charmettes.

S. von Pufendorf, Le droit de la nature et des gens…, Amsterdam, H. Schelte, 1706. Collection Bibliothèque municipale de Lyon, cote SJ AB 420/117.
Le De jure naturae et gentium (1672) de Samuel von Pufendorf, traduit et commenté par J. Barbeyrac en 1706, constitue, avec les œuvres de Grotius et de Hobbes, une des références majeures discutées par Rousseau sur la question du droit naturel.

Lesage, Histoire de Gil Blas de Santillane…, Amsterdam, aux dépens de la Compagnie, 1740. T. 1. Collection Bibliothèque municipale de Lyon, cote 809328.
Gil Blas (1715-1735) est un roman picaresque en forme de Mémoires. Comme ses prédécesseurs espagnols, Lesage crée un héros issu du peuple, s’aventurant parmi tous les milieux sociaux non sans humour ni cynisme. Rousseau l’a lu dans son adolescence vagabonde.

J.P. Rameau, Traité de l'harmonie réduite à ses principes naturels, Paris, Ballard, 1722. Collection Bibliothèque municipale de Lyon, cote 103865.
Son Traité de l’harmonie (1722) rendit Rameau fameux pour y avoir déduit « scientifiquement » les lois « naturelles » de l’harmonie musicale. Rousseau le travailla assidûment aux Charmettes puis s’en affranchit, lors de la Querelle des Bouffons, dans sa Lettre sur la musique française (1753).

J. Locke, Essai philosophique concernant l'entendement humain..., Amsterdam, H. Schelte, 1700. Collection Bibliothèque municipale de Lyon, cote 157833.
An Essay Concerning Human Understanding
(1689)de John Locke est à la base de l’empirisme et du sensualisme des Lumières françaises, qui l’ont lu dans la traduction de P. Coste (1700). C’est l’une des références philosophiques majeures discutées par Rousseau.

R. Descartes, Discours de la méthode pour bien conduire sa raison et chercher la vérité dans les Sciences…, Paris, C. Angot, 1668. Collection Bibliothèque municipale de Lyon, cote Rés 400001.
Le cartésianisme perd de son prestige scientifique au XVIIIe siècle ; en philosophie cependant, le Discours de la méthode (1637) et les Méditations conservent de l’influence. Rousseau s’en inspire nettement pour fonder la métaphysique de la Profession de foi du vicaire savoyard (Émile, 1762).

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