Rousseau en Rhône-Alpes
Bibliothque municipale de Lyon

Parcours dans l'exposition

III. Lyon 1740-1741 : Rousseau précepteur

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Vue d’une partie de la ville de Lyon..., dessinée par François Cléric et gravée par François de Poilly, Lyon, Froment, vers 1716-1723. Collection Bibliothèque municipale de Lyon, cote Coste 259.
C’est à peu près ainsi que se présente la ville que Rousseau découvre lors de ses multiples séjours à Lyon : la ville est tournée vers la Saône, plus calme que le turbulent Rhône, et les institutions religieuses dominent la cité.

Rousseau est passé plusieurs fois par Lyon avant 1740, assez souvent pour confondre dans son récit différents séjours, assez rarement pour ne pas bien distinguer le Rhône de la Saône, comme on le voit dans son récit d’une nuit passée à la belle étoile, à écouter chanter un rossignol. C’est à Lyon qu’il se met pour la première fois à copier de la musique, activité qui deviendra plus tard son gagne-pain habituel. Rousseau y a connu la misère, vivant presque en SDF lors de deux séjours donnant lieu à des rencontres sexuelles surprenantes (« c’est la ville de l’Europe où règne la plus affreuse corruption », écrira-t-il dans Les Confessions). Pour le jeune vagabond, être nommé en 1740 précepteur dans une maison des plus respectables, celle de Jean Bonnot de Mably, prévôt de la maréchaussée de toute la région, est alors une belle revanche sur le sort. Fort de ses lectures, Rousseau serait enfin capable de gagner honnêtement sa vie, de ne plus être à la charge de sa protectrice. Les écrits de Rousseau à cette époque, notamment les deux écrits sur l’éducation adressés à son employeur, donnent toutes les garanties de sérieux que l’on peut espérer. Dans Les Confessions, c’est un autre son de cloche : le précepteur, qui se voit confier deux tout petits garçons, de quatre et de six ans, est impatient (« je les aurais tués »), et quand on lui donne la charge de la cave, il cède au goût des petits larcins qui lui étaient habituels : il emporte du vin d’Arbois dans sa chambre, il en boit quelques gorgées chaque soir. Intellectuellement, le séjour est très profitable : Rousseau évolue dans des cercles éclairés, moins cléricaux qu’en Savoie. Charles Bordes, homme de lettres et académicien, est son ami (avant d’être son adversaire), il fréquente aussi Camille Perrichon, à qui il rend hommage en vers. Surtout, il fait la connaissance des deux frères de son employeur, Gabriel de Mably, homme de lettres prolifique, et Étienne Bonnot de Condillac, plus jeune que Rousseau, grande figure un peu méconnue des Lumières, ami de Diderot et de Rousseau à Paris pendant des années formatrices pour chacun. C’est Gabriel de Mably qui fournit à Rousseau des lettres d’introduction lorsqu’il part pour Paris en 1742.

Plan géométral de la ville de Lyon..., levé et gravé par Claude Seraucourt, vérifié et orienté par le R. P. Grégoire..., Lyon, vers 1735. Collection Bibliothèque municipale de Lyon, cote F18SER008731.
Sur ce plan, on voit l’ancienne rue Saint-Dominique, où se trouvait l’hôtel particulier de Jean Bonnot de Mably (1696-1761), chez qui Rousseau est engagé comme précepteur en 1740-1741. La rue allait de Bellecour à la place des Jacobins, où était située autrefois l’église Saint-Dominique dite des Jacobins.

« Acte de baptême de Jeanne-Elisabeth de Mably, avec la signature de Rousseau, 8 avril 1741 », Registre des baptêmes, mariages et sépultures de Saint-Martin-d’Ainay, Collection Archives municipales de Lyon, cote 1 GG 351.
Née le 7 avril 1741, Jeanne-Élisabeth de Mably est fille de Jean Bonnot de Mably et de sa femme, née Antoinette Chol. Jeanne-Élisabeth est baptisée à Ainay le lendemain de sa naissance ; Rousseau est l’un des témoins signataires de l’acte de baptême.

Collection complete des oeuvres de J. J. Rousseau,..., T. 14. Projet pour l’éducation de M. de Sainte-Marie, Genève, 1782. Collection Bibliothèque municipale de Lyon, cote Rés 101800.
Le Projet pour l’éducation de Monsieur de Sainte-Marie reflète les idées de Rousseau en 1740, époque où il devient précepteur des enfants Mably à Lyon. Sans grande originalité, ce texte vaut surtout pour comprendre la réflexion qui mène à l’Émile.

Gabriel Bonnot de Mably, Lettres à Madame la marquise de P... sur l'opéra, Paris, Didot, 1741. Collection Bibliothèque municipale de Lyon, cote 379016.
Gabriel Bonnot de Mably (1709-1785), philosophe et homme du monde, frère cadet de Jean, est déjà auteur quand Rousseau fait sa connaissance à Lyon. Il donne à Rousseau des lettres d’introduction à ses relations parisiennes. Rousseau rompt avec lui en 1765 quand il critique les Lettres écrites de la montagne.

E. de Condillac, Essai sur l'origine des connaissances humaines..., Amsterdam, Mortier, 1746. T. 1. Collection Bibliothèque municipale de Lyon, cote 338652.
L’Essai sur l’origine des connaissances humaines (1746) est le premier ouvrage de Condillac, l’un des meilleurs héritiers de Locke en France. La pensée linguistique de Rousseau lui doit beaucoup, notamment dans l’Essai sur l’origine des langues.

Portrait de Charles Borde, gravé par C. Boily. Collection Bibliothèque municipale de Lyon, cote Coste 13347.
Futur secrétaire de l’Académie de Lyon, Charles Bordes (1711-1781) sera l’ami de Rousseau en 1740-1741 avant de se démarquer de lui. Il est l’auteur d’une critique serrée du Discours sur les sciences et les arts, et répondra aussi à la Lettre sur la musique française.

Collection complète des œuvres de J.J. Rousseau, Londres [Bruxelles], Boubers, 1774-1783, T. 8. Epître à M. Bordes. Collection Bibliothèque municipale de Lyon, cote Rés 104694.
L'Épître à M. Bordes (Journal de Verdun, 1743) est adressée à Charles Bordes, un ami rencontré lors du préceptorat lyonnais de Rousseau. Cet essai de positionnement littéraire n’annonce guère encore la radicalité du Discours sur les sciences et les arts.

« Réponse de M. Bordes à la Lettre sur la musique française. de Jean-Jacques Rousseau lue dans la séance de l’Académie de Lyon du 11 décembre 1753 », Journal des assemblées 1751 - 1752 – 1753  de l'Académie  des Sciences, Belles Lettres et Arts de Lyon. Collection Académie des Sciences, Belles Lettres et Arts de Lyon, Ms 266,V.
Les registres de l’Académie de Lyon pour 1753 et 1754 conservent le sommaire de la réponse de Bordes à la Lettre sur la musique française de Rousseau. Cette trace d’un écrit perdu a été retrouvée pour cette exposition par Denis Reynaud.

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