Rousseau en Rhône-Alpes
Bibliothque municipale de Lyon

Parcours dans l'exposition

IV. 1742 : un inconnu à Paris

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J.-J. Rousseau, Projet concernant de nouveaux signes pour la musique..., Genève, s.n., 1781. Collection Bibliothèque municipale de Lyon, cote 428031.
Pour des raisons surtout pédagogiques, Rousseau souhaite remplacer la portée musicale par un système de chiffres. Il partira pour Paris en 1742 avec ce projet en poche. La proposition, présentée devant l’Académie des Sciences, reçoit un accueil mitigé, mais Rousseau ne cessera de réfléchir à ses avantages.

Rousseau se dit plusieurs fois « né pour la musique ». Quand il arrive à Paris, ayant quitté pour longtemps Lyon et la Savoie, c’est par la musique qu’il espère s’imposer dans la capitale. Son projet d’un nouveau système de notation musicale, conçu à Chambéry, semble-t-il, présente un intérêt suffisant pour être examiné par une commission de l’Académie des Sciences. Rousseau proposait un système de notation par chiffres, pour remplacer la portée et simplifier l’apprentissage. Lui-même n’a jamais entièrement renoncé au principe, et des méthodes d’apprentissage fondées sur son travail ont effectivement vu le jour dans plusieurs pays. Le rapport de l’Académie des Sciences, cependant, est tiède, et l’auteur aura vite compris qu’il faut trouver d’autres moyens pour acquérir la notoriété dont il rêve. Il publie néanmoins son nouveau système, et en 1743, se voit attribuer le poste de secrétaire d’ambassade à Venise. Il s’agit de l’ambassade de France, ce qui prouve bien la fluidité des appartenances nationales au XVIIIe siècle. Ce sera à nouveau un échec sur le plan professionnel, mais Rousseau se cultive musicalement dans la cité de Vivaldi : il est captivé par le chant des gondoliers, sur des vers du Tasse, le poète qu’il vénère avant tout autre, il est ravi par la beauté des airs qui le réveillent en douceur quand il s’assoupit à l’opéra. De retour à Paris, il achève un opéra, Les Muses galantes, le fait jouer devant Jean-Philippe Rameau – et se voit accusé de plagiat par le grand compositeur. Ces échecs répétés affectent un homme qui a dépassé la trentaine sans avoir trouvé sa voie. Il gagne sa vie désormais comme secrétaire chez les Dupin, fermiers généraux. Mais Rousseau fréquente Diderot et Condillac, ils mangent ensemble « en pique-nique » (chacun payant sa part) une fois par semaine, et Condillac publie l’Essai sur l’origine des connaissances humaines (1746), qui marquera la pensée de ses deux amis. Diderot se voit attribuer, avec D’Alembert, le vaste chantier de l’Encyclopédie, et c’est à Rousseau qu’il confie en 1748 la rédaction des articles sur la musique. En 1745, Rousseau s’était attaché à Thérèse Levasseur. Leur premier enfant naît deux ans plus tard et sera placé aux Enfants-Trouvés, comme les quatre autres par la suite.

Canaletto, Vues de Venise : la Libreria, eau-forte. Collection Bibliothèque municipale de Lyon, cote I18CAN003698.
De septembre 1743 à août 1744, Rousseau est secrétaire de l’ambassade de France à Venise. Il se présente dans Les Confessions comme un fonctionnaire consciencieux au service d’un ambassadeur incompétent, M. de Montaigu.

I. Silvestre, Divers veues de ports de mer d'Italie et autres lieus : Saint George de Venize, Paris, Mariette, XVIIe siècle. Collection Bibliothèque municipale de Lyon, cote F17SIL004108.
Rousseau ne néglige pas les plaisirs de la ville. Il écoute la musique religieuse dans les Scuole, assiste à des opéras, travaille à son propre opéra, Les Muses galantes, commencé à Paris, et rencontre la piquante Zulietta, que son cœur n’oubliera jamais.

Collection complete des oeuvres de J. J. Rousseau,…, T. 5. Les Muses galantes, Genève, 1781. Collection Bibliothèque municipale de Lyon, cote Rés 101800.
De retour à Paris, Rousseau a de grands espoirs pour l’opéra Les Muses galantes. Hélas, Jean-Philippe Rameau lancera contre lui en 1745 une accusation de plagiat. Rousseau n’oubliera pas cette injustice, point de départ d’une réflexion sur la véritable nature de la musique prenant le contre-pied du système de Rameau.

Voltaire, La Princesse de Navarre, comédie-ballet. Feste donnée par le Roi en son château de Versailles, le mardi 23 février 1745..., Paris, Ballard fils, après 1744. Collection Bibliothèque municipale de Lyon, cote 359243.
Après Les Muses galantes, Rousseau connaîtra un autre échec musical en 1745. Il transforme La Princesse de Navarre, de Voltaire et de Rameau, en acte de ballet sous le titre Les Fêtes de Ramire, mais sa contribution n’est pas signalée lors de l’unique représentation de l'œuvre.

Encyclopédie : ou dictionnaire raisonné des sciences, des arts et des métiers… / Mis en ordre et publié par M. Diderot... et ... par M. d'Alembert, T. 1, Paris, 1751. Collection Bibliothèque municipale de Lyon, cote 24243.
Dans le fameux Discours préliminaire de l’Encyclopédie (1751), D’Alembert présente les principes intellectuels de l’entreprise et, à travers eux, l’ambition des Lumières. Le paradoxe de la critique radicale des sciences et des arts par un collaborateur désormais célèbre, y est pointé sans acrimonie.

Recueil de planches sur les sciences, las arts libéraux, et les arts méchaniques, avec leur explication. Sixième livraison, ou septième volume, 259 planches, Paris, Briasson et Le Breton, 1769. Collection Bibliothèque municipale de Lyon,  SJ BD 710/28.

Dans les planches de l’Encyclopédie illustrant les articles de Rousseau sur la musique, on retrouve les préoccupations de l’auteur. La planche IV donne notamment des échantillons de musique exotique (Rousseau y voyait la preuve que le système harmonique de Rameau n’était pas universel) et la transcription, d’après son propre projet de notation par chiffres, d’un menuet tiré de Dardanus, opéra du même Rameau.

D. Diderot, Lettres sur les aveugles…, Londres [Paris], s.n., 1749. Collection Bibliothèque municipale de Lyon, cote Rés 428563.
La Lettre sur les aveugles à l’usage de ceux qui voient (1749) exprime le matérialisme athée de Diderot à travers les réflexions prêtées au mathématicien aveugle Saunderson. Le scandale provoqua son emprisonnement au donjon de Vincennes.

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