Rousseau en Rhône-Alpes
Bibliothque municipale de Lyon

Parcours dans l'exposition

V. 1750-1762 : célébrité et controverses, les deux Discours

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J.-A. Roucher, Les Mois…, Paris, Quillau, 1779. Collection Bibliothèque municipale de Lyon, cote 158711.
Les Mois, poème en douze chants de Jean-Antoine Roucher, fut publié en 1779. On put y découvrir, dans les Remarques sur le XIe chant, la publication originale des Lettres à Malesherbes de Rousseau (1762), premier jalon de ses futures Confessions.

Octobre 1749 : Rousseau a rendu sa copie pour l’Encyclopédie au printemps, Diderot est incarcéré à Vincennes depuis juillet pour la Lettre sur les aveugles. Un jour, Rousseau part à pied de Paris pour rendre visite à son ami. En chemin, il tombe sur un sujet de prix publié dans le Mercure de France : « Si le rétablissement des Sciences et des Arts a contribué à épurer les mœurs ».Il écrira à Malesherbes douze ans plus tard, « Si jamais quelque chose a ressemblé à une inspiration subite, c’est le mouvement qui se fit en moi à cette lecture ». Et : « tout ce que j’ai pu retenir de ces foules de grandes vérités qui dans un quart d’heure m’illuminèrent […] a été bien faiblement épars dans les trois principaux de mes écrits, savoir ce premier discours, celui sur l’inégalité, et le traité de l’éducation, lesquels trois ouvrages sont inséparables et forment ensemble un même tout. » Le récit de Rousseau, d’allure mythique, a été contesté : ce qui est incontestable est que cet homme, qui vivait jusque-là dans une médiocre obscurité, a trouvé son sujet. Il prend le parti que la majorité des concurrents va éviter, il dénonce l’influence des sciences et des arts, il remporte le prix, et, brusquement, il est célèbre et controversé. En 1755, sa pensée bien affermie par les multiples débats auxquels il a dû participer, il publie un écrit fondamental pour la civilisation moderne, le Discours sur les origines et les fondements de l’inégalité. À côté de l’image d’un état naturel incroyablement dépouillé (pas de langage ni de pensée, pas de société ni d’institutions, même rudimentaires), Rousseau dépeint l’état de société comme une force déformante, qui met l’homme en contradiction avec lui-même et inaugure des rapports fondés sur la violence et l’exploitation abusive, ne pouvant aboutir qu’à une rechute dans le désordre primordial. Ainsi naît une pensée politique et sociale d’une rare puissance, traversée par une haine de l’injustice et porteuse d’une charge de libération exceptionnelle. Quand le Discours sur l’inégalité est terminé, Rousseau se rend à Genève pour réintégrer la citoyenneté de la République et la foi de sa cité natale. Il date la Dédicace du Discours de Chambéry, où il voit Madame de Warens pour l’avant-dernière fois. L’homme à qui le choix de la mondanité n’avait rien apporté, trouve sa vocation dans la simplicité républicaine. Il ne mesure pas encore quel sera pour lui le prix à payer.

J.-J. Rousseau, Discours qui a remporté le prix à l'Académie de Dijon en l’année 1750, sur cette question... "Si le rétablissement des sciences et des arts a contribué à épurer les mœurs", Genève, Barillot et fils, s.d. Collection Bibliothèque municipale de Lyon, cote Rés 303844.
À la question posée par l’Académie de Dijon, « Si le rétablissement des sciences et des arts a contribué à épurer les mœurs », Rousseau répond par la négative – et devient brusquement célèbre (1750-1751). Ses modèles dans le Discours sont ceux de l’Antiquité, notamment Sparte et la république romaine.

J.-J. Rousseau, Discours sur l'origine et les fondemens de l'inégalité parmi les hommes, Amsterdam, Rey, 1755. Collection Bibliothèque municipale de Lyon, cote Rés 340949.
Dans une de ses plus grandes œuvres, Rousseau pose l’hypothèse d’un homme de la Nature sans pensée, sans langage, sans habitudes sociales, mais perfectible en bien et en mal. Si l’homme moderne est malheureux, c’est qu’il s’est éloigné de sa véritable nature.

Collection complète des œuvres de J.J. Rousseau, Londres [Bruxelles], Boubers, 1774-1783, T. 6. Le Discours sur l'origine et les fondemens de l'inégalité parmi les hommes.  Collection Bibliothèque municipale de Lyon, cote Rés 104694.
Rien ne montre mieux le caractère radical de la pensée de Rousseau que les premières lignes de la deuxième partie de ce Discours sur l’inégalité. La société civile serait fondée sur un coup de force, une injustice flagrante instaurant l’inégalité.

Collection complete des oeuvres de J. J. Rousseau,…, T. 1, Discours sur l'origine & les fondemens de l'inegalité parmi les hommes, Genève, 1782. Collection Bibliothèque municipale de Lyon, cote Rés 101800.
Rousseau date de Chambéry la dédicace du Discours, adressée aux citoyens et magistrats de Genève. Lors de la rédaction de la dédicace, il est en route vers sa ville natale, où il réintègrera la citoyenneté en renouant avec la foi calviniste de la Cité.

Stanislas I, roi de Pologne, Œuvres du philosophe bienfaisant. T. 4. Réponse au discours qui a remporté le prix à l'Académie de Dijon, Paris, 1764. Collection Bibliothèque municipale de Lyon, cote 305872.
Lors de la polémique qui suivit la publication du Discours sur les sciences et les arts, Stanislas Leszczinski, roi de Pologne, publia dans le Mercure de France une Réponse (septembre 1751) qui lui valut une Réponse au roi Stanislas de la part de Rousseau.

C. Bordes, « Discours sur les avantages des Sciences et des Arts, lu devant l’Académie de Lyon », Mercure de France, décembre 1751. Collection Bibliothèque municipale de Lyon, cote SJ Z 494b.
Lors de la polémique consécutive au Discours sur les sciences et les arts, Charles Bordes attaqua la thèse de son ami devant l’Académie de Lyon puis dans le Mercure de France en 1751, par un Discours où il en montre les bienfaits civilisationnels et politiques.

C. Bordes, Second discours sur les avantages des sciences et des arts, Avignon, Girard ; Lyon, Delaroche, 1753. Collection Bibliothèque municipale de Lyon, cote Rés 357835.
Rousseau trouva estimable le Discours de Bordes, mais riposta dans la Dernière réponse de J.J.R. de Genève (avril 1752). En 1753, Bordes répliqua de nouveau, par un Second Discours auquel Rousseau esquissa une réponse restée inachevée.

T. Hobbes, Le corps politique…, Leyde, J. et D. Elsevier, 1653. Collection Bibliothèque municipale de Lyon, cote Rés 389745.
Le De Corpore Politico (1750) de Thomas Hobbes signale ici l’importance de l’auteur du Léviathan et du De Cive pour Rousseau, qui rejette sa thèse sur l’état de guerre originaire où l’homme serait « un loup pour l’homme », mais apprécie sa critique des théories classiques du droit naturel.

Montesquieu, De l’esprit des loix, Genève, Barillot et fils, 1749. Collection Bibliothèque municipale de Lyon, cote 150223.
Rousseau a lu de près L’Esprit des lois (1748) dont il copia d’importants extraits pour ses employeurs d’alors, les Dupin. L’influence de Montesquieu est profonde sur l’approche « géopolitique » de l’Essai sur l’origine des langues, et sur sa théorie politique dans le Contrat social.

Buffon, Histoire naturelle, générale et particulière, avec la description du cabinet du roy, Paris, Imprimerie royale, 1752. T. 1. Collection Bibliothèque municipale de Lyon, cote 810188.
Buffon, l’auteur fameux de l’Histoire naturelle (1749-1789), est également un collaborateur de l’Encyclopédie. L’admiration de Rousseau à son égard est constante et il s’y réfère comme à une autorité dans l’Inégalité, l’Essai sur l’origine des langues et l’Émile.

J. Chardin, Voyages de Monsieur le chevalier Chardin en Perse et autres lieux de l'Orient, Amsterdam, J.-L. de Lorme, 1711. Collection Bibliothèque municipale de Lyon, cote SJ G 405/11.
Grand amateur de littérature de voyage, Rousseau connaît bien les Voyages de Chardin (1686-1713). Entre autres références, il loue la valeur de son témoignage sur la Perse dans la longue note X du Discours sur l’origine et les fondements de l’inégalité.

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