Rousseau en Rhône-Alpes
Bibliothque municipale de Lyon

Parcours dans l'exposition

VIII. 1762-1768 : condamnation et exil

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J.-J. Rousseau, Jean-Jacques Rousseau, citoyen de Genève, à Christophe de Beaumont, Archevêque de Paris, Amsterdam, Rey, 1763. Collection Bibliothèque municipale de Lyon, cote 808626.
La réponse de Rousseau au Mandement de Beaumont – un chef d'œuvre d’éloquence et d’ironie – présente une défense de sa personne, de ses œuvres et de sa foi, s'étonne qu’un prélat français se mêle de condamner un protestant genevois, et procède à une réfutation en règle de son réquisitoire.

Menacé d'arrestation, Rousseau s’enfuit de Montmorency, près de Paris, vers la Suisse, le 9 juin 1762. Genève condamne Émile, Du contrat social et leur auteur : il ne pourra pas se réfugier dans sa cité natale, et les autorités bernoises sont tout aussi hostiles. Rousseau trouvera enfin refuge dans la principauté de Neuchâtel, dont le prince est Frédéric de Prusse. Il s’installe à Môtiers, à trente kilomètres de la ville de Neuchâtel. En route, il avait écrit son poème en prose, Le Lévite d’Éphraïm ; il rédigera bientôt son mélodrame Pygmalion, qui connaîtra plus tard un remarquable succès. Surtout, il répond avec verve et imagination au mandement lancé contre lui par l’archevêque de Paris, Christophe de Beaumont : Rousseau s’adresse à lui d’homme à homme, sans égards particuliers pour cet ecclésiastique haut placé. Il écrira plus tard (1763-1764) les Lettres de la montagne, en faveur du parti anti-oligarchique de Genève, ville où la démocratie n’est qu’un semblant. C’est un acte dangereux : le patriciat genevois est étroitement lié, par la Compagnie des pasteurs, avec Neuchâtel. Un soir, pendant la foire du village, la maison de Rousseau est lapidée et il est obligé de prendre la route à nouveau. Son premier refuge sera l’île Saint-Pierre, sur le lac de Bienne, à laquelle il consacrera les pages les plus célèbres des Rêveries. Chassé à nouveau, il finira par accepter l’invitation du philosophe écossais David Hume, qui l’accompagne en Angleterre (1766). Rousseau travaille désormais à ses Confessions : le libelle Le Sentiment des citoyens (1764), que Voltaire a publié clandestinement et qui révèle l’abandon de ses enfants et le décrit comme un fou rongé par la syphilis, l’y a décidé. Isolé dans la campagne anglaise (près d’Ashbourne, dans le Staffordshire), il achève le premier tome (Livres I-VI). Après cinq ans de persécution et une querelle publique avec Hume, son équilibre mental est cependant perturbé. Il s’enfuit brusquement de sa résidence anglaise et court vers la mer. Bien des années plus tard, les habitants de Douvres se souvenaient encore d’un personnage étrange marchant sur la grève, attendant que la tempête se calme et que les bateaux puissent partir. Il quitte ainsi un pays où il est libre pour celui où il est encore menacé d’emprisonnement.

Mandement de Monseigneur l'archevêque de Paris, portant condamnation d'un livre qui a pour titre Emile..., Paris, Simon, 1762. Collection Bibliothèque municipale de Lyon, cote 358054.
L’archevêque de Paris fait publier ce Mandement le 28 août 1762. Réfugié à Môtiers, Rousseau le lit en septembre : la réponse de J.J. Rousseau, citoyen de Genève, à Christophe de Beaumont, Archevêque de Paris, Duc de St. Cloud, Pair de France…&c. paraît aux Pays-Bas, en mars 1763.

J.-R. Tronchin, Lettres écrites de la campagne et réponses, Genève, 1764. Collection Bibliothèque municipale de Lyon, cote 323390.
Les Lettres écrites de la campagne sont publiées anonymement à Genève, dans l’automne 1763. Leur auteur est le Procureur général Tronchin, qui a inspiré l’arrêt contre l’Émile et le Contrat social. Il justifie juridiquement et politiquement cette condamnation qui a scandalisé beaucoup de Genevois.

J.-J. Rousseau, Lettres écrites de la montagne, Amsterdam, Rey, 1765. Collection Bibliothèque municipale de Lyon, cote 381241.
Les Lettres écrites de la montagne (1764) sont la réponse de Rousseau aux Lettres écrites de la campagne. Il y défend ses œuvres et sa personne et démonte l’argumentaire de Tronchin, à l’aide d’une solide documentation procurée par ses amis du parti des Représentants, opposé à l’oligarchie genevoise.

Arrêt de la Cour de Parlement, qui condamne deux libelles ayant pour titres, le premier : Dictionnaire philosophique portatif ; le second : Lettres écrites de la Montagne, par Jean-Jacques Rousseau, première et seconde parties, à être lacérés et brulés par l'exécuteur de la Haute-Justice…, Lyon, Valfray, 1765. Collection Bibliothèque municipale de Lyon, cote 385471.
Cet arrêt du Parlement de Paris condamnant ensemble le Dictionnaire portatif de Voltaire et les Lettres écrites de la montagne de Rousseau, montre combien ces deux célèbres exilés (l’un à Ferney, l’autre à Môtiers) incarnaient la subversion des Lumières, malgré leurs divergences et leurs disputes.

M. David Hume. Historien célèbre, dessiné par C.N. Cochin le fils, gravé par S.C. Miger en 1764. Collection Bibliothèque municipale de Lyon, portraits.
David Hume doit aujourd’hui sa célébrité à sa philosophie plutôt qu’à ses écrits historiques. C’est Hume qui accompagne Rousseau lorsque celui-ci cherche refuge en Angleterre en 1766, c’est lui qui sollicite une pension au Roi pour Rousseau. Mais une querelle publique va bientôt opposer les deux hommes, faisant perdre à Rousseau quelques amis précieux.

His most sacred Majesty George the III. King of Great Britain, & c., dessin de T. Frye, gravure à la manière noire de W. Pether, Londres, I. Boydell, E. Bakewell et H. Parker, 1762. Collection Bibliothèque municipale de Lyon, portraits.
En Angleterre, où il vit en 1766-1767, Rousseau est un homme libre. George III (1738-1820) lui accorde une pension. C'est la seule gratification de ce type qu’il ait jamais acceptée. Il expose chez lui le portrait du roi. Cependant, saisi d’angoisse, il préfère revenir en France où pourtant il risque l’arrestation.

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