Rousseau en Rhône-Alpes
Bibliothque municipale de Lyon

Parcours dans l'exposition

Liste des pièces exposées

 


I. Premières années : un Genevois devenu Savoyard (1712-1728)

1

« Carte de la Savoie », Theatrum statuum regiae celsitudinis Sabaudiae ducis..., Amsterdam, héritiers de J. Blaeu, 1682, T. 2. Collection Bibliothèque municipale de Lyon,  5222.

2

« Carte de la France », Robert de Vaugondy, Atlas universel…, Paris, Boudet, 1757. Collection Bibliothèque municipale de Lyon, 5106.

3

« Carte du Dauphiné », Robert de Vaugondy, Atlas universel…, Paris, Boudet, 1757. Collection Bibliothèque municipale de Lyon, 5106.

4

J.-A. Houdon, Buste de Jean-Jacques Rousseau, Collection Paris, École nationale supérieure des beaux-arts, MU 1245.

5

Les Psaumes de David,… approuvez par les Pasteurs & les Professeurs de l’Eglise & de l’Academie de Geneve, Amsterdam, Wetsteins, 1716. Collection Bibliothèque municipale de Lyon, Candaux Q 37.
Rousseau évoque sans doute les Psaumes de son enfance genevoise lorsqu’il écrit dans son Dictionnaire de musique (1767) : « Lorsque j’entends chanter nos Psaumes à quatre parties […] les premiers accords quand ils sont entonnés bien justes, m’émeuvent jusqu’à frissonner ». (Article « Unité de Mélodie »).

6

Le Nouveau Testament..., Amsterdam, Wetsteins, 1710.  Collection Bibliothèque municipale de Lyon, Candaux P 33.
Formé par Genève et par le pasteur de Bossey dans son enfance, Rousseau est un fin connaisseur de la Bible et celle-ci imprègne de vastes pans de son œuvre. Dans les Confessions, au Livre XI, il dit l’avoir relue cinq ou six fois de suite depuis qu’il en avait fait sa lecture du soir.

7

Collection complete des oeuvres de J. J. Rousseau,…, T. 6. Lettre à D’Alembert, Genève, 1782. Collection Bibliothèque municipale de Lyon, Rés 101800.
Dans la Lettre à D’Alembert (1758) « sur son article GENÈVE dans le VIIe volume de l’Encyclopédie », Rousseau manifeste son profond amour de sa cité natale : son évocation d’une fête patriotique, quartier St-Gervais, vécue enfant avec son père, devint aussitôt fameuse.

8

Plutarque, Les Vies des hommes illustres…, Paris, Vascosan, 1565. Collection Bibliothèque municipale de Lyon, SJ X 234/12.
Les Vies parallèles traduites par Amyot au XVIe siècle, présentent cinquante biographies comparées d’hommes célèbres dans l’Antiquité. Elles sont une référence majeure de l’humanisme européen. Avec les Œuvres morales du même Plutarque, elles accompagneront Rousseau toute sa vie.

9

Madeleine de Scudéry, Artamene ou Le Grand Cyrus, Paris, A. Courbé, 1654. Collection Bibliothèque municipale de Lyon, 347237.
Artamène ou le grand Cyrus (1649-1653) de Madeleine et Georges de Scudéry est un immense roman historique situé dans l’Antiquité mais reflétant la culture mondaine et précieuse du XVIIe siècle. Selon les Confessions, Rousseau enfant l’a lu avec son père, parmi d’autres romans hérités de sa mère.

10

Honoré d’Urfé, L’Astrée…, Lyon, S. Rigaud, 1616. Collection Bibliothèque municipale de Lyon, B 510093.
L’Astrée (1607-1627) d’Honoré d’Urfé est un vaste roman pastoral (plus de 5 000 pages) qui passionna le XVIIe siècle. Imprégnées d’idéalisme, les amours de Céladon et d’Astrée se déroulent dans le Forez au temps des druides. À la fin de sa vie, Rousseau avouait vouloir le relire une troisième fois…

11

Fontenelle, Entretiens sur la pluralité des mondes, Lyon, T. Amaulry, 1686. Collection Bibliothèque municipale de Lyon, Rés 813683.
Les Entretiens sur la pluralité des mondes (1686) de Fontenelle présentent l’initiation d’une marquise à la cosmologie moderne, lors d’une série de conversations avec un savant cartésien. Leur succès illustre la rencontre entre doctes et mondains à l’aube du XVIIIe siècle. Rousseau les a lus à Genève.

 

 

II. Annecy et Chambéry (1728-1740)

12

« Vue d’Annecy », Theatrum statuum regiae celsitudinis Sabaudiae ducis..., Amsterdam, héritiers de J. Blaeu, 1682, T. 2. Collection Bibliothèque municipale de Lyon, 5222.
C’est à Annecy, siège épiscopal, que Rousseau rencontre Mme de Warens pour la première fois, le dimanche des Rameaux 1728. Un balustre doré marque aujourd’hui l’endroit, comme Rousseau l’avait souhaité.

13

Madame de Warens, burin et eau-forte, anonyme, Collection Musées de Chambéry, est SN 94.
Louise-Éléonore, baronne de Warens (1699-1762), cultive les arts et les lettres. Rousseau trouve chez elle une intimité heureuse dont il dira plus tard qu’elle était indispensable à la formation de son être. Elle mourra dans la misère à Chambéry en 1762. Rousseau s’adresse d’amers reproches à ce sujet dans Les Confessions.

14

« Vue de Turin », Theatrum statuum regiae celsitudinis Sabaudiae ducis..., Amsterdam, héritiers de J. Blaeu, 1682, T. 1. Collection Bibliothèque municipale de Lyon, 5222.
Turin est la capitale royale du Piémont. Rousseau s’y rend en 1728 pour se faire rebaptiser catholique. C’est la première grande ville qu’il ait vue. Malgré des perspectives d’emploi favorables, il repart après dix-huit mois pour retrouver Mme de Warens.

15

Que mes lèvres ne sont-elles des cerises !... , dessin de Le Barbier l’aîné,  eau-forte de Ph. Triere, 1783. Collection Musées de Chambéry, 889-22-329.
Se promenant un jour près d’Annecy, Rousseau rencontre deux charmantes jeunes filles et passe une journée gaie et tendre avec elles à Thônes. C’est l’idylle des cerises (Confessions, Livre IV). « L’innocence des mœurs a sa volupté, qui vaut bien l’autre. »

16

Jean-Jacques Rousseau, dessin de Gleyre ; gravé par Thévenin, Paris, s.n., vers 1860. Collection Bibliothèque municipale de Lyon, Chomarat Est 19105.

17

« Vue de Chambéry », Theatrum statuum regiae celsitudinis Sabaudiae ducis..., Amsterdam, héritiers de J. Blaeu, 1682, T. 1. Collection Bibliothèque municipale de Lyon, 5222.
En 1731, Rousseau rejoint Mme de Warens à Chambéry, capitale administrative de la Savoie. Il trouve sa maison de ville sombre et triste : ses souvenirs d’un bonheur indicible sont liés aux Charmettes, situées à l’extérieur de la ville.

18

J. Werner, Habitation de J.J. Rousseau aux Charmettes, près Chambéry, Chambéry, Lithographie Perrin, 1854. Collection Musées de Chambéry, 60-4-1.
La maison des Charmettes devient dans le récit des Confessions un paradis perdu. « Ici commence le court bonheur de ma vie ; ici viennent les paisibles, mais rapides moments qui m’ont donné le droit de dire que j’ai vécu. »

19

J.-V. Veyrenc (dessinateur) ; C. Fortier (graveur), Vue des Charmettes, lieu jadis habité par J.J. Rousseau…, Paris, Ostervald l’aîné.  Collection Musées de Chambéry, 615.
Maintes fois représentée, la maison des Charmettes devient dès la publication du T. I des Confessions un lieu de pèlerinage. Propriété de la ville de Chambéry depuis 1905, elle n’a jamais cessé d’attirer les lecteurs de Rousseau et ceux qui aiment la nature.

20

J.-J. Rousseau, Supplément à la collection  des œuvres de J. J. Rousseau,…, T. 13. Supplément T. 1. Genève, 1782. Collection Bibliothèque municipale de Lyon, Rés 101800.
Édité pour la première fois en 1739, Le Verger de Madame de Warens  est à la fois une exaltation des vertus de  sa bienfaitrice et l’occasion pour Rousseau d’indiquer toutes les lectures qui l’ont marqué durant son séjour au Charmettes (plus de trente auteurs cités dans tous les domaines : Leibnitz, Locke, Descartes, Pascal, Pline, le tendre Racine ou le touchant Voltaire

21

Ovide, Les Elegies…traduites en francois,… par Dacier, Paris, D’Houry fils, 1723. Collection Bibliothèque municipale de Lyon, SJ X 374/20.
Éxilé par Auguste sur les bords de la mer Noire en 9 après J.-C., l’auteur des Métamorphoses et de L’Art d’aimer, y composa les Tristes. Il y chante la douleur de la séparation, liant la nécessité poétique à celle de l’exclusion. Rousseau s’est identifié à cette figure d’exilé parmi les barbares.

22

J.-J. Rousseau, « Un papillon badin caressoit une rose », Mercure de France, juin 1737. Collection Bibliothèque municipale de Lyon, 808210, T. 117(2).
Cette chanson est la première publication de Rousseau, insérée dans le Mercure de France en juin 1737. C’est l’un des premiers signes d’une orientation qui sera longtemps la sienne : il rêve d’être compositeur de musique, et même théoricien de cet art.

23

J.-J. Rousseau, Narcisse ou l'Amant de lui-même : comédie par J. J. Rousseau, représentée par les Comédiens du Roi, le 18 décembre 1752, s.l., s.n., 1753. Collection Bibliothèque municipale de Lyon, Rés 365902.
Narcisse ou l’Amant de lui-même est une comédie écrite à l’époque des Charmettes. Retouchée par Marivaux, elle fut jouée aux Italiens (1746) puis à la Comédie-Française (1752). Malgré son peu de succès, elle fut publiée en 1753, avec une importante préface.

24

J.-J. Rousseau, Lettre à Madame de Warens, 5 mars 1739. Collection Bibliothèque municipale de Beaune, Ms 278.
Cette lettre révèle un côté sombre des relations entre Rousseau et Mme de Warens. Celle-ci a des soucis d’argent, celui-là ne gagne pas sa vie. Il s’agit ici d’un mémoire de demande de pension que Rousseau rédige pour le compte de sa protectrice.

25

Administration cadastrale : cahier récapitulatif des numéros de parcelles par communes, précisant les noms des secrétaires, dont celui de Rousseau, ayant participé à l’opération, s.d. Collection Conseil général de la Savoie, Archives départementales [C.1842].
Rousseau fut, pendant neuf mois, en 1731-1732, l’un des cinquante secrétaires du Cadastre de Savoie : on voit son nom sur ce registre. Les chiffres du nombre de transcriptions faites ne semblent pas indiquer une grande efficacité de sa part, mais on ne sait pas si la période couverte est la même pour tous.

26

Bail d’acensement des Charmettes, 6 juillet 1738. Collection Conseil général de la Savoie, Archives départementales [4 B 2112].
C’est l’un des documents clés de l’histoire complexe des séjours de Mme de Warens et de Rousseau aux Charmettes. Des vaches, des brebis, des poules sont parmi les animaux énumérés dans le bail. À la fin des années 1730, Rousseau est souvent seul avec eux dans la maison qu’il aime.

27

Testament de Jean-Jacques Rousseau, 7 juin 1737, [partie du minutaire de Rivoire, notaire à Chambéry], testament non autographe, non signé de la main de Rousseau, Collection Bibliothèques municipales de Chambéry, MSS B 000.147.

28

A.-F. Prévost, Le Philosophe Anglois, ou Histoire de Monsieur Cleveland, Fils naturel de Cromwell…, Utrecht, E. Neaulme, 1736. T. 4. Collection Bibliothèque municipale de Lyon, Chomarat A 5677.
Cleveland (1731-1732), vaste roman de l’abbé Prévost (auteur de Manon Lescaut), présente les Mémoires fictifs d’un fils naturel de Cromwell dont la vie mouvementée est un tissu de malheurs depuis sa naissance. Rousseau affirme le connaître par cœur.

29

Voltaire, Elémens de la philosophie de Neuton…, Londres [Paris, Prault], 1738. Collection Bibliothèque municipale de Lyon, SJ B 402/32.
Dans les Éléments de la philosophie de Newton (1738), rédigé avec l’aide de Mme du Châtelet, Voltaire offre une présentation à la fois élégante et précise de cette pensée scientifique qui fascine le siècle, dans les domaines de la métaphysique, de l’optique et de la cosmologie.

30

P. Bayle, Dictionnaire historique et critique, Bâle, L.-L. Brandmuller, 1738. T. 2. Collection Bibliothèque municipale de Lyon, 24512.
Le Dictionnaire historique et critique (1697-1702) du protestant Pierre Bayle examine l’héritage de l’Antiquité et de l’humanisme sous un angle rationaliste et sceptique. Il annonce l’esprit des Lumières et nourrira puissamment l’entreprise de l’Encyclopédie. Rousseau le possédait aux Charmettes

31

S. von Pufendorf, Le droit de la nature et des gens…, Amsterdam, H. Schelte, 1706. Collection Bibliothèque municipale de Lyon, SJ AB 420/117.
Le De jure naturae et gentium (1672) de Samuel von Pufendorf, traduit et commenté par J. Barbeyrac en 1706, constitue, avec les œuvres de Grotius et de Hobbes, une des références majeures discutées par Rousseau sur la question du droit naturel.

32

Lesage, Histoire de Gil Blas de Santillane…, Amsterdam, aux dépens de la Compagnie, 1740. T. 1. Collection Bibliothèque municipale de Lyon, 809328.
Gil Blas (1715-1735) est un roman picaresque en forme de Mémoires. Comme ses prédécesseurs espagnols, Lesage crée un héros issu du peuple, s’aventurant parmi tous les milieux sociaux non sans humour ni cynisme. Rousseau l’a lu dans son adolescence vagabonde.

33

J.P. Rameau, Traité de l'harmonie réduite à ses principes naturels, Paris, Ballard, 1722. Collection Bibliothèque municipale de Lyon, 103865.
Son Traité de l’harmonie (1722) rendit Rameau fameux pour y avoir déduit « scientifiquement » les lois « naturelles » de l’harmonie musicale. Rousseau le travailla assidûment aux Charmettes puis s’en affranchit, lors de la Querelle des Bouffons, dans sa Lettre sur la musique française (1753).

34

J. Locke, Essai philosophique concernant l'entendement humain..., Amsterdam, H. Schelte, 1700. Collection Bibliothèque municipale de Lyon, 157833.
An Essay Concerning Human Understanding (1689)de John Locke est à la base de l’empirisme et du sensualisme des Lumières françaises, qui l’ont lu dans la traduction de P. Coste (1700). C’est l’une des références philosophiques majeures discutées par Rousseau.

35

N. de Malebranche, De la recherche de la vérité, Paris, M. David, 1712. T. 1. Collection Bibliothèque municipale de Lyon, 301783.
De la recherche de la vérité (1674-1675), de l’oratorien Malebranche, constitue un puissant effort de synthèse de la pensée cartésienne et de la théologie chrétienne. Son influence reste importante au XVIIIe siècle, tout particulièrement pour le rapport entre « sentiment » et « conscience » chez Rousseau.

36

R. Descartes, Discours de la méthode pour bien conduire sa raison et chercher la vérité dans les Sciences…, Paris, C. Angot, 1668. Collection Bibliothèque municipale de Lyon, Rés 400001.
Le cartésianisme perd de son prestige scientifique au XVIIIe siècle ; en philosophie cependant, le Discours de la méthode (1637) et les Méditations conservent de l’influence. Rousseau s’en inspire nettement pour fonder la métaphysique de la Profession de foi du vicaire savoyard (Émile, 1762).

37

Montesquieu, Lettres persanes, Amsterdam [Rouen], P. Brunel, 1721. Collection Bibliothèque municipale de Lyon, Rés 349955.
Les Lettres persanes (1721) est un roman épistolaire satirique dont le succès fut immense. À travers le regard étonné de deux Persans, Montesquieu livre une vigoureuse analyse critique des mœurs et des institutions de la monarchie française jusqu’à la Régence.

38

Horace, Œuvres, Hambourg, Vandenhoeck, 1733. T. 2, p. 165. Collection Bibliothèque municipale de Lyon, SJ X 372/5.
Avec Ovide, Virgile, Sénèque et Tacite, la poésie de l’épicurien Horace est l’une des grandes références latines de Rousseau. Il la cite de mémoire un peu partout dans son œuvre, du Verger de Mme de Warens jusqu’au Livre IV de l’Émile.

39

Virgile, Les œuvres de Virgile en Latin et en François…, Paris, Desaint et Saillant, 1746, T. 1, p. 110. Collection Bibliothèque municipale de Lyon, Rés 427705.
Le poète des Bucoliques, des Géorgiques et de l’Énéide est un classique de l’enseignement des collèges et une référence littéraire majeure. Rousseau l’a travaillé aux Charmettes où il dit s’être exercé à scander chez Virgile la versification latine.

 

 

III. Lyon 1740-1741 : Rousseau précepteur

40

Vue d’une partie de la ville de Lyon…, dessinée par François Cléric et gravée par François de Poilly, Lyon, Froment, vers 1716-1723. Collection Bibliothèque municipale de Lyon, Coste 259.
C’est à peu près ainsi que se présente la ville que Rousseau découvre lors de ses multiples séjours à Lyon : la ville est tournée vers la Saône, plus calme que le turbulent Rhône, et les institutions religieuses dominent la cité.

41

Plan géométral de la ville de Lyon…, levé et gravé par Claude Seraucourt, vérifié et orienté par le R. P. Grégoire…, Lyon, vers 1735. Collection Bibliothèque municipale de Lyon, F18SER008731.
Sur ce plan, on voit l’ancienne rue Saint-Dominique, où se trouvait l’hôtel particulier de Jean Bonnot de Mably (1696-1761), chez qui Rousseau est engagé comme précepteur en 1740-1741. La rue allait de Bellecour à la place des Jacobins, où était située autrefois l’église Saint-Dominique dite des Jacobins.

42

« Acte de baptême de Jeanne-Elisabeth de Mably, avec la signature de Rousseau, 8 avril 1741 », Registre des baptêmes, mariages et sépultures de Saint-Martin-d’Ainay, Collection Archives municipales de Lyon, 1 GG 351.
Née le 7 avril 1741, Jeanne-Élisabeth de Mably est fille de Jean Bonnot de Mably et de sa femme, née Antoinette Chol. Jeanne-Élisabeth est baptisée à Ainay le lendemain de sa naissance ; Rousseau est l’un des témoins signataires de l’acte de baptême.

43

Collection complete des oeuvres de J. J. Rousseau,…, T. 14. Projet pour l’éducation de M. de Sainte-Marie, Genève, 1782. Collection Bibliothèque municipale de Lyon, Rés 101800.
Le Projet pour l’éducation de Monsieur de Sainte-Marie reflète les idées de Rousseau en 1740, époque où il devient précepteur des enfants Mably à Lyon. Sans grande originalité, ce texte vaut surtout pour comprendre la réflexion qui mène à l’Émile.

44

Gabriel Bonnot de Mably, Lettres à Madame la marquise de P... sur l'opéra, Paris, Didot, 1741. Collection Bibliothèque municipale de Lyon, 379016.
Gabriel Bonnot de Mably (1709-1785), philosophe et homme du monde, frère cadet de Jean, est déjà auteur quand Rousseau fait sa connaissance à Lyon. Il donne à Rousseau des lettres d’introduction à ses relations parisiennes. Rousseau rompt avec lui en 1765 quand il critique les Lettres écrites de la montagne.

45

E. de Condillac, Essai sur l'origine des connaissances humaines…, Amsterdam, Mortier, 1746. T. 1. Collection Bibliothèque municipale de Lyon, 338652.
L’Essai sur l’origine des connaissances humaines (1746) est le premier ouvrage de Condillac, l’un des meilleurs héritiers de Locke en France. La pensée linguistique de Rousseau lui doit beaucoup, notamment dans l’Essai sur l’origine des langues.

46

Portrait de Charles Borde, gravé par C. Boily. Collection Bibliothèque municipale de Lyon, Coste 13347.
Futur secrétaire de l’Académie de Lyon, Charles Bordes (1711-1781) sera l’ami de Rousseau en 1740-1741 avant de se démarquer de lui. Il est l’auteur d’une critique serrée du Discours sur les sciences et les arts, et répondra aussi à la Lettre sur la musique française.

47

Collection complète des œuvres de J.J. Rousseau, Londres [Bruxelles], Boubers, 1774-1783, T. 8. Epître à M. Bordes. Collection Bibliothèque municipale de Lyon, Rés 104694.
L’Épître à M. Bordes (Journal de Verdun, 1743) est adressée à Charles Bordes, un ami rencontré lors du préceptorat lyonnais de Rousseau. Cet essai de positionnement littéraire n’annonce guère encore la radicalité du Discours sur les sciences et les arts.

48

« Réponse de M. Bordes à la Lettre sur la musique française. de Jean-Jacques Rousseau lue dans la séance de l’Académie de Lyon du 11 décembre 1753 », Journal des assemblées 1751 - 1752 – 1753  de l'Académie  des Sciences, Belles Lettres et Arts de Lyon. Collection Académie des Sciences, Belles Lettres et Arts de Lyon, Ms 266,V.
Les registres de l’Académie de Lyon pour 1753 et 1754 conservent le sommaire de la réponse de Bordes à la Lettre sur la musique française de Rousseau. Cette trace d’un écrit perdu a été retrouvée pour cette exposition par Denis Reynaud.

 

 

IV. 1742 : un inconnu à Paris

49

J.-J. Rousseau, Projet concernant de nouveaux signes pour la musique..., Genève, s.n., 1781. Collection Bibliothèque municipale de Lyon, 428031.
Pour des raisons surtout pédagogiques, Rousseau souhaite remplacer la portée musicale par un système de chiffres. Il partira pour Paris en 1742 avec ce projet en poche. La proposition, présentée devant l’Académie des Sciences, reçoit un accueil mitigé, mais Rousseau ne cessera de réfléchir à ses avantages.

50

Canaletto, Vues de Venise : la Libreria, eau-forte. Collection Bibliothèque municipale de Lyon, I18CAN003698.
De septembre 1743 à août 1744, Rousseau est secrétaire de l’ambassade de France à Venise. Il se présente dans Les Confessions comme un fonctionnaire consciencieux au service d’un ambassadeur incompétent, M. de Montaigu.

51

I. Silvestre, Divers veues de ports de mer d'Italie et autres lieus : Saint George de Venize, Paris, Mariette, XVIIe siècle. Collection Bibliothèque municipale de Lyon, F17SIL004108.
Rousseau ne néglige pas les plaisirs de la ville. Il écoute la musique religieuse dans les Scuole, assiste à des opéras, travaille à son propre opéra, Les Muses galantes, commencé à Paris, et rencontre la piquante Zulietta, que son cœur n’oubliera jamais.

52

Collection complete des oeuvres de J. J. Rousseau,…, T. 5. Les Muses galantes, Genève, 1781. Collection Bibliothèque municipale de Lyon, Rés 101800.
De retour à Paris, Rousseau a de grands espoirs pour l’opéra Les Muses galantes. Hélas, Jean-Philippe Rameau lancera contre lui en 1745 une accusation de plagiat. Rousseau n’oubliera pas cette injustice, point de départ d’une réflexion sur la véritable nature de la musique prenant le contre-pied du système de Rameau.

53

Voltaire, La Princesse de Navarre, comédie-ballet. Feste donnée par le Roi en son château de Versailles, le mardi 23 février 1745..., Paris, Ballard fils, après 1744. Collection Bibliothèque municipale de Lyon, 359243.
Après Les Muses galantes, Rousseau connaîtra un autre échec musical en 1745. Il transforme La Princesse de Navarre, de Voltaire et de Rameau, en acte de ballet sous le titre Les Fêtes de Ramire, mais sa contribution n’est pas signalée lors de l’unique représentation de l’œuvre.

54

Encyclopédie : ou dictionnaire raisonné des sciences, des arts et des métiers… / Mis en ordre et publié par M. Diderot... et ... par M. d'Alembert, 35 volumes, Paris, Neuchâtel, Amsterdam, 1751-1780. Collection Bibliothèque municipale de Lyon, SJ BD 701/1 à 35.
L’Encyclopédie (1751-1772) est l’entreprise phare des Lumières. À l’appel de Diderot, Rousseau y participa, entre 1748 et 1749, pour près de 400 entrées concernant la musique. En 1755, il donnera, pour le T. V, l’article « Économie politique ».

55

Encyclopédie : ou dictionnaire raisonné des sciences, des arts et des métiers… / Mis en ordre et publié par M. Diderot... et ... par M. d'Alembert, T. 1, Paris, 1751. Collection Bibliothèque municipale de Lyon, 24243.
Dans le fameux Discours préliminaire de l’Encyclopédie (1751), D’Alembert présente les principes intellectuels de l’entreprise et, à travers eux, l’ambition des Lumières. Le paradoxe de la critique radicale des sciences et des arts par un collaborateur désormais célèbre, y est pointé sans acrimonie

56

Recueil de planches sur les sciences, las arts libéraux, et les arts méchaniques, avec leur explication. Sixième livraison, ou septième volume, 259 planches, Paris, Briasson et Le Breton, 1769. Collection Bibliothèque municipale de Lyon, SJ BD 710/28.
Dans les planches de l’Encyclopédie illustrant les articles de Rousseau sur la musique, on retrouve les préoccupations de l’auteur. La planche IV donne notamment des échantillons de musique exotique (Rousseau y voyait la preuve que le système harmonique de Rameau n’était pas universel) et la transcription, d’après son propre projet de notation par chiffres, d’un menuet tiré de Dardanus, opéra du même Rameau.

57

D. Diderot, Lettres sur les aveugles…, Londres [Paris], s.n., 1749. Collection Bibliothèque municipale de Lyon, Rés 428563.
La Lettre sur les aveugles à l’usage de ceux qui voient (1749) exprime le matérialisme athée de Diderot à travers les réflexions prêtées au mathématicien aveugle Saunderson. Le scandale provoqua son emprisonnement au donjon de Vincennes.

 

 

V. 1750-1762 : célébrité et controverses, les deux Discours

58

D. Diderot, Pensées sur l’interprétation de la nature, Paris, s.n., 1754. Collection Bibliothèque municipale de Lyon, Rés 428559.
Avec les Pensées sur l’interprétation de la nature (1753-1754), Diderot développe une approche matérialiste audacieuse des méthodes de la science expérimentale de son temps, jugée supérieure à toute métaphysique, notamment dans l’étude du vivant.

59

J.-A. Roucher, Les Mois…, Paris, Quillau, 1779. Collection Bibliothèque municipale de Lyon, 158711.
Les Mois, poème en douze chants de Jean-Antoine Roucher, fut publié en 1779. On put y découvrir, dans les Remarques sur le XIe chant, la publication originale des Lettres à Malesherbes de Rousseau (1762), premier jalon de ses futures Confessions.

60

J.-J. Rousseau, Discours qui a remporté le prix à l'Académie de Dijon en l’année 1750, sur cette question... "Si le rétablissement des sciences et des arts a contribué à épurer les mœurs", Genève, Barillot et fils, s.d. Collection Bibliothèque municipale de Lyon, Rés 303844.
À la question posée par l’Académie de Dijon, « Si le rétablissement des sciences et des arts a contribué à épurer les mœurs », Rousseau répond par la négative – et devient brusquement célèbre (1750-1751). Ses modèles dans le Discours sont ceux de l’Antiquité, notamment Sparte et la république romaine.

61

J.-J. Rousseau, Discours sur l'origine et les fondemens de l'inégalité parmi les hommes, Amsterdam, Rey, 1755. Collection Bibliothèque municipale de Lyon, Rés 340949.
Dans une de ses plus grandes œuvres, Rousseau pose l’hypothèse d’un homme de la Nature sans pensée, sans langage, sans habitudes sociales, mais perfectible en bien et en mal. Si l’homme moderne est malheureux, c’est qu’il s’est éloigné de sa véritable nature.

62

Collection complète des œuvres de J.J. Rousseau, Londres [Bruxelles], Boubers, 1774-1783, T. 6. Le Discours sur l'origine et les fondemens de l'inégalité parmi les hommes.  Collection Bibliothèque municipale de Lyon, Rés 104694.
Rien ne montre mieux le caractère radical de la pensée de Rousseau que les premières lignes de la deuxième partie de ce Discours sur l’inégalité. La société civile serait fondée sur un coup de force, une injustice flagrante instaurant l’inégalité.

63

Collection complete des oeuvres de J. J. Rousseau,…, T. 1, Discours sur l'origine & les fondemens de l'inegalité parmi les hommes, Genève, 1782. Collection Bibliothèque municipale de Lyon, Rés 101800.
Rousseau date de Chambéry la dédicace du Discours, adressée aux citoyens et magistrats de Genève. Lors de la rédaction de la dédicace, il est en route vers sa ville natale, où il réintègrera la citoyenneté en renouant avec la foi calviniste de la Cité.

64

Article « Économie politique », Encyclopédie : ou dictionnaire raisonné des sciences, des arts et des métiers… / Mis en ordre et publié par M. Diderot... et ... par M. d'Alembert, T. 5, Paris, 1765. Collection Bibliothèque municipale de Lyon, 24243.
Dans le seul article de l’Encyclopédie consacré par Rousseau à un sujet non musical, il écrit : « Formez donc des hommes si vous voulez commander à des hommes ». Postérieur au Discours sur l’inégalité, cet écrit annonce quelques thèmes du Contrat social.

65

Stanislas I, roi de Pologne, Œuvres du philosophe bienfaisant. T. 4. Réponse au discours qui a remporté le prix à l'Académie de Dijon, Paris, 1764. Collection Bibliothèque municipale de Lyon, 305872.
Lors de la polémique qui suivit la publication du Discours sur les sciences et les arts, Stanislas Leszczinski, roi de Pologne, publia dans le Mercure de France une Réponse (septembre 1751) qui lui valut une Réponse au roi Stanislas de la part de Rousseau.

66

C. Bordes, « Discours sur les avantages des Sciences et des Arts, lu devant l’Académie de Lyon », Mercure de France, décembre 1751. Collection Bibliothèque municipale de Lyon, SJ Z 494b.
Lors de la polémique consécutive au Discours sur les sciences et les arts, Charles Bordes attaqua la thèse de son ami devant l’Académie de Lyon puis dans le Mercure de France en 1751, par un Discours où il en montre les bienfaits civilisationnels et politiques.

67

C. Bordes, Second discours sur les avantages des sciences et des arts, Avignon, Girard ; Lyon, Delaroche, 1753. Collection Bibliothèque municipale de Lyon, Rés 357835.
Rousseau trouva estimable le Discours de Bordes, mais riposta dans la Dernière réponse de J.J.R. de Genève (avril 1752). En 1753, Bordes répliqua de nouveau, par un Second Discours auquel Rousseau esquissa une réponse restée inachevée.

68

T. Hobbes, Le corps politique…, Leyde, J. et D. Elsevier, 1653. Collection Bibliothèque municipale de Lyon, Rés 389745.
Le De Corpore Politico (1750) de Thomas Hobbes signale ici l’importance de l’auteur du Léviathan et du De Cive pour Rousseau, qui rejette sa thèse sur l’état de guerre originaire où l’homme serait « un loup pour l’homme », mais apprécie sa critique des théories classiques du droit naturel.

69

J. Locke, Du gouvernement civil, Amsterdam, A. Wolfgang, 1691. Collection Bibliothèque municipale de Lyon, 803391.
L’Essai sur le gouvernement civil de Lockeest un jalon dans la pensée politique de Rousseau : d’accord avec lui pour nier, contre Hobbes, que l’état de guerre soit originaire, il nie pourtant que la « loi naturelle » soit connue dans l’état de nature.

70

H. Grotius, Le droit de la guerre et de la paix, Amsterdam, P. de Coup, 1724. T. 1. Collection Bibliothèque municipale de Lyon, 103695.
Le Hollandais Hugo Grotius, l’auteur du De jure belli ac pacis (1625, traduction française, 1724) est considéré comme le maître des théoriciens du droit naturel. Rousseau l’a étudié avec attention. Il lui reproche notamment « d’établir toujours le droit par le fait » et donc de justifier les puissants.

71

Montesquieu, De l’esprit des loix, Genève, Barillot et fils, 1749. Collection Bibliothèque municipale de Lyon, 150223.
Rousseau a lu de près L’Esprit des lois (1748) dont il copia d’importants extraits pour ses employeurs d’alors, les Dupin. L’influence de Montesquieu est profonde sur l’approche « géopolitique » de l’Essai sur l’origine des langues, et sur sa théorie politique dans le Contrat social.

72

Buffon, Histoire naturelle, générale et particulière, avec la description du cabinet du roy, Paris, Imprimerie royale, 1752. T. 1. Collection Bibliothèque municipale de Lyon, 810188.
Buffon, l’auteur fameux de l’Histoire naturelle (1749-1789), est également un collaborateur de l’Encyclopédie. L’admiration de Rousseau à son égard est constante et il s’y réfère comme à une autorité dans l’Inégalité, l’Essai sur l’origine des langues et l’Émile.

73

J. Chardin, Voyages de Monsieur le chevalier Chardin en Perse et autres lieux de l'Orient, Amsterdam, J.-L. de Lorme, 1711. Collection Bibliothèque municipale de Lyon, SJ G 405/11.
Grand amateur de littérature de voyage, Rousseau connaît bien les Voyages de Chardin (1686-1713). Entre autres références, il loue la valeur de son témoignage sur la Perse dans la longue note X du Discours sur l’origine et les fondements de l’inégalité.

74

J. de La Mettrie, Histoire naturelle de l'ame, La Haye [Paris], J. Neaulme, 1745. Collection Bibliothèque municipale de Lyon, Rés 390048.
Médecin, auteur de l’Histoire naturelle de l’âme (1745), Julien Offray de La Mettrie croit que la pensée est une fonction corporelle, et que la différence cérébrale de l’animal à l’homme est affaire de degré. Rousseau le discute parfois implicitement dans l’Inégalité, notamment en réservant à l’homme le libre-arbitre.

75

C.-A. Helvétius, De l'Esprit, Paris, Durand, 1758. Collection Bibliothèque municipale de Lyon, Rés 135276.
Ami des encyclopédistes et fermier-général, Helvétius est un penseur matérialiste dont l’ouvrage De l’esprit (1758) fut interdit. Rousseau (nous avons des notes critiques écrites par lui sur l’ouvrage) s’oppose fermement à sa doctrine dans la Profession de foi du vicaire savoyard.

 

 

VI. Ruptures : autour de la Lettre à D’Alembert sur les spectacles

76

J.-J. Rousseau, J. J. R., Citoyen de Genève à Mr d'Alembert... sur son article Genève... et particulièrement sur le projet d'établir un théâtre de comédie en cette ville, Amsterdam, Rey, 1758. Collection Bibliothèque municipale de Lyon, Rés 379519.
Dans la Lettre sur les spectacles, Rousseau développe surtout un argumentaire politique et esthétique : il montre que le luxe lié au théâtre ne convient pas à Genève, que le règne de l’acteur va y dégrader les mœurs républicaines, et que le théâtre corrige moins les passions qu’il ne les encourage.

77

Article « Genève », Encyclopédie : ou dictionnaire raisonné des sciences, des arts et des métiers… / Mis en ordre et publié par M. Diderot... et ... par M. d'Alembert, T. 7, Paris, 1757. Collection Bibliothèque municipale de Lyon, 24243.
Dans l’article « Genève » de l’Encyclopédie (T. VII, 1757), D’Alembert affirme que la cité de Calvin s’est suffisamment modernisée aux plans religieux, économico-social et politique pour accepter l’établissement d’un théâtre l’admettant au concert des grandes capitales européennes.

78

D’Alembert, Article "Genève" de l'Encyclopédie ; profession de foi des ministres genevois, avec des notes d'un théologien, et réponse à la lettre de M. Rousseau, Amsterdam, Chatelain, 1759. Collection Bibliothèque municipale de Lyon, 307550.
Bien reçu de l’oligarchie genevoise, l’article inquiéta les pasteurs inquiets du danger que le théâtre ferait courir aux mœurs. Ils publièrent une Profession de foi à son encontre tout en demandant discrètement à Rousseau son soutien : ce fut la Lettre sur les spectacles (1758).

79

Voltaire, Le Fanatisme ou Mahomet le Prophete, Berlin, s.n., 1751. Collection Bibliothèque municipale de Lyon,, Chomarat A 7778.
La tragédie de Voltaire, Le Fanatisme ou Mahomet le prophète, jouée à la Comédie-Française en 1742, est interdite après trois représentations. À travers l’islam, ce sont en effet la religion dans son principe et ses conséquences qui s’y trouve attaquée.

80

D. Diderot, Le Fils naturel, ou les Epreuves de la vertu. Comédie en cinq actes…, Amsterdam, s.n., 1757. Collection Bibliothèque municipale de Lyon, 428547.
Théoricien du drame bourgeois et d’un théâtre de situations, Diderot publie en 1757 Le Fils naturel, (drame en cinq actes) et les Entretiens sur le fils naturel. Rousseau, alors retiré à Montmorency, crut dirigée contre lui une phrase qu’il y lut : « il n’y a que le méchant qui soit seul ».

81

C. Palissot, Les philosophes, comédie en trois actes…, Paris, Duchesne, 1760. Collection Bibliothèque municipale de Lyon, SJ B 425/17,1.
Alors que l’Encyclopédie est en difficulté, la comédie satirique de Charles Palissot, Les Philosophes (1760), s’en prend à Diderot (sous le nom de Dorditius) et à ses amis. Son succès fut considérable (quatorze représentations cette année-là).

82

Voltaire, Candide, ou l'Optimisme, Paris, Prault, 1759. Collection Bibliothèque municipale de Lyon, 428568.
Dans Candide ou l’Optimisme (1759), dont le succès fut immédiat, Voltaire attaque brillamment toute approche métaphysique du monde tel qu’il est : centrant son récit sur la réalité universelle de l’expérience du mal, il s’oppose au providentialisme de Pope et de Rousseau et à la théodicée de Leibniz.

 

 

VII. 1761-1762 : trois chefs-d’œuvre, La Nouvelle Héloïse, Émile ou De l’éducation, Du contrat social

83

J.-J. Rousseau, Lettres de deux amants, habitants d'une petite ville au pied des Alpes, Amsterdam, Rey, 1765. T. 1. Collection Bibliothèque municipale de Lyon,, Chomarat A 8865.
Les amours coupables de Julie d’Étange et de son précepteur, puis leur transmutation par l’intégration de l’amant à l’utopie familiale de Clarens, ont été qualifiées de « rêve de volupté redressé en instruction morale ». Mais pour édifiante qu’elle soit, la mort de Mme de Wolmar la révèle éternelle amante.

84

J.-J. Rousseau, La Nouvelle Héloïse, ou Lettres de deux amans habitans d'une petite ville au pied des Alpes, Neuchâtel et Paris, Duchesne, 1764. Collection Bibliothèque municipale de Lyon, B 509243.
Le succès de ce roman épistolaire publié en 1761 fut immense (près de 70 éditions au XVIIIe siècle) : le courrier de centaines de lecteurs prouve à Rousseau qu’il les touche au cœur. De Goethe à Tolstoï, en passant par Balzac, son influence sur la littérature européenne sera considérable.

85

Voltaire, Lettres sur la Nouvelle-Héloïse ou Aloysia de Jean-Jacques Rousseau, citoyen de Genève, [Paris], s.n., 1761. Collection Bibliothèque municipale de Lyon, 358178.
Sous le pseudonyme du Marquis de Ximenes, Voltaire publie, en 1761, quatre Lettres sur la Nouvelle Héloïse dont il critique la langue et la trivialité des situations, et qu’il présente, sans vergogne, comme un mauvais roman obscène.

86

C. Bordes, Prédiction tirée d'un vieux manuscrit, s.l., s.n. Collection Bibliothèque municipale de Lyon, 403753.
C’est dans le Journal encyclopédique que Charles Bordes, ancien ami lyonnais de Rousseau, publie sa Prédiction tirée d’un vieux manuscrit (mai 1761) où il prophétise satiriquement, a posteriori, la carrière passée de Rousseau jusqu’à la Julie, en épinglant ses contradictions.

87

S. Gessner, Idylles et poëmes champêtres de M. Gessner, traduits de l'allemand par M. Huber..., Lyon, J-M. Bruyset, 1762. Collection Bibliothèque municipale de Lyon, SJ BE 804/4.

88

S. Richardson, Lettres Angloises ou Histoire de Miss Clarisse Harlove…, Paris, Libraires associés, 1777. Collection Bibliothèque municipale de Lyon, SJ BE 897/23.
Clarissa (1748), roman épistolaire de Samuel Richardson, eut un grand succès européen ; adapté au goût français par l’abbé Prévost (Lettres anglaises, ou Histoire de Miss Clarisse Harlowe, 1750), il fascine Diderot, qui le lit en anglais (Éloge de Richardson, 1762),et influence Rousseau pour la Julie.

89

Collection complète des œuvres de J.J. Rousseau, Londres [Bruxelles], Boubers, 1774-1783, T. 3. Emile ou de l’éducation. Collection Bibliothèque municipale de Lyon, Rés 104694.
Fruit d’une longue réflexion sur l’enfance et la pédagogie, Émile (1762) aura une influence considérable. Soucieux de « laisser mûrir l’enfance dans l’enfant », Rousseau s’accorde à la sensibilité familiale de son époque. À la fin de sa vie, il y verra surtout la vraie synthèse de sa théorie de l’homme

90

Collection complète des œuvres de J.J. Rousseau, Londres [Bruxelles], Boubers, 1774-1783, T. 4. Emile ou de l’éducation. Collection Bibliothèque municipale de Lyon, Rés 104694.
La Profession de foi du vicaire savoyard, au Livre IV de l’Émile, pose la conscience comme « instinct divin » et prouve l’existence de Dieu, mais suscite les foudres des Églises et des Autorités. Le livre est brûlé à Paris et à Genève, et Rousseau doit se réfugier dans la principauté de Neuchâtel.

91

Marie Huber, Lettres sur la religion essentielle à l'homme, distinguée de ce qui n'en est que l'accessoire, Londres, 1756. Collection Bibliothèque municipale de Lyon, SJ CS 353/67.
Marie Huber, auteur des Lettres sur la religion essentielle (1738), est une Lyonnaise d’origine genevoise qui défend une religion naturelle du Dieu sensible au cœur. La parenté de la pensée religieuse de Rousseau avec la sienne a été relevée dès le XVIIIe siècle.

92

Collection complète des œuvres de J.J. Rousseau, Londres [Bruxelles], Boubers, 1774-1783, T. 1. Julie ou la Nouvelle Héloïse. Lettres de deux amans, habitans d'une petite ville au pied des Alpes …. Collection Bibliothèque municipale de Lyon, Rés 104694.
Le premier baiser de l’amour entre Julie et Saint-Preux, scène dessinée par Moreau le Jeune et gravée par le Mire.

93

F. Fénelon, Les Avantures de Télémaque, fils d'Ulysse, Paris, Estienne, 1730. Collection Bibliothèque municipale de Lyon, 104394.
Télémaque (1699) est un roman pédagogique de Fénelon très imité au XVIIIe siècle. Le fils d’Ulysse voyage en quête de son père, accompagné de la déesse Athéna sous les traits de Mentor. Dans l’Émile, Sophie offre ce livre à son amant lorsque son gouverneur l’emmène voyager en Europe.

94

D. Defoe, La vie et les avantures surprenantes de Robinson Crusoé…, Paris, Cailleau, 1761. Collection Bibliothèque municipale de Lyon, SJ BE 890/19.
Robinson Crusoé (1719), autobiographie fictive d’un naufragé solitaire sauvé par son esprit industrieux, est traduit en français dès 1720. Au Livre III de l’Émile, c’est le seul ouvrage littéraire accordé à l’enfant par son gouverneur.

95

J.-J. Rousseau, Reçu autographe signé à la veuve Duchesne, Paris, 1er janvier 1766. Collection Bibliothèque municipale de Lyon, Ms 1724.
Avant d’être condamné, Émile est publié à Paris par Duchesne sous le régime de la « simple tolérance », avec la fausse indication « A Amsterdam ». Rousseau confiera aussi le Dictionnaire de musique (1767) à la maison Duchesne, contre une rente annuelle dont il est question ici.

96

J.-J. Rousseau, Du contrat social ou principes du droit politique par J.-J. Rousseau, citoyen de Genève… Edition Sans Cartons, à laquelle on a ajoûté une Lettre au seul Ami qui lui reste dans le monde, Amsterdam [Lyon], M.-M. Rey [J.-B. Réguilliat], 1762, VIII-376 p., 12°. Collection particulière.
Édition pirate lyonnaise réalisée fin juillet-début août 1762 par Jean-Baptiste Réguilliat, arrêté en flagrant délit de réimpression le 18 août 1762. Dévoilée par D. Varry : papiers des moulins Artaud et Favier d’Ambert, Montgolfier d’Annonay, et Chalard de Villefranche en Beaujolais. Première édition à comporter la Lettre de J.J. Rousseau de Genève qui contient sa renonciation à la société civile… signée Orang-Outang. Elle inclut également la note sur le mariage.

97

J.-J. Rousseau, Du contrat social ou principes du droit politique…, Amsterdam [Rouen], M.-M. Rey [Pierre Machuel ?], 1763, 200 p., 12°. Collection particulière.
Édition pirate rouennaise. Papiers portant des filigranes « J. Duval 1762 » et « Généralité de Rouen ».

98

J.-J. Rousseau, Du contrat social ou principes du droit politique… Suivant la Copie Imprimée à Amsterdam [Paris ?], M.-M. Rey, 1762, XII-212 p., 12°. Collection particulière.
Édition pirate probablement parisienne. Papiers portant des filigranes du moulin Sauvade d’Ambert. Cette édition comporte deux pages 211-212 : la première avec la note sur le mariage, la seconde sans cette note. Dans cet exemplaire, un possesseur ancien inconnu a fait disparaître la seconde pour ne conserver que la première, plus intéressante à ses yeux.

99

J.-J. Rousseau, Du Contract social, ou Principes du droit politique …, Amsterdam, M.-M. Rey, 1762, [2]-IV-202 p., 8°. Collection Bibliothèque municipale de Lyon, Rés 427698.
Édition pirate considérée à tort comme lyonnaise par Gaignebin, comme non française par Leigh. Vraisemblablement hollandaise selon D. Varry : réclames de page à page, cahiers signés jusqu’au 5e feuillet, signatures en milieu de page au-dessus des notes, papier raisin portant un monogramme non identifié « I.S ». On en connaît trois états différents.

 

 

VIII. 1762-1768 : condamnation et exil

100

J.-J. Rousseau, Jean-Jacques Rousseau, citoyen de Genève, à Christophe de Beaumont, Archevêque de Paris, Amsterdam, Rey, 1763. Collection Bibliothèque municipale de Lyon, 808626.
La réponse de Rousseau au Mandement de Beaumont – un chef d’œuvre d’éloquence et d’ironie – présente une défense de sa personne, de ses œuvres et de sa foi, s’étonne qu’un prélat français se mêle de condamner un protestant genevois, et procède à une réfutation en règle de son réquisitoire.

101

Mandement de Monseigneur l'archevêque de Paris, portant condamnation d'un livre qui a pour titre Emile..., Paris, Simon, 1762. Collection Bibliothèque municipale de Lyon, 358054.
L’archevêque de Paris fait publier ce Mandement le 28 août 1762. Réfugié à Môtiers, Rousseau le lit en septembre : la réponse de J.J. Rousseau, citoyen de Genève, à Christophe de Beaumont, Archevêque de Paris, Duc de St. Cloud, Pair de France…&c. paraît aux Pays-Bas, en mars 1763.

102

J.-R. Tronchin, Lettres écrites de la campagne et réponses, Genève, 1764. Collection Bibliothèque municipale de Lyon, 323390.
Les Lettres écrites de la campagne sont publiées anonymement à Genève, dans l’automne 1763. Leur auteur est le Procureur général Tronchin, qui a inspiré l’arrêt contre l’Émile et le Contrat social. Il justifie juridiquement et politiquement cette condamnation qui a scandalisé beaucoup de Genevois.

103

J.-J. Rousseau, Lettres écrites de la montagne, Amsterdam, Rey, 1765. Collection Bibliothèque municipale de Lyon, 381241.
Les Lettres écrites de la montagne (1764) sont la réponse de Rousseau aux Lettres écrites de la campagne. Il y défend ses œuvres et sa personne et démonte l’argumentaire de Tronchin, à l’aide d’une solide documentation procurée par ses amis du parti des Représentants, opposé à l’oligarchie genevoise.

104

Arrêt de la Cour de Parlement, qui condamne deux libelles ayant pour titres, le premier : Dictionnaire philosophique portatif ; le second : Lettres écrites de la Montagne, par Jean-Jacques Rousseau, première et seconde parties, à être lacérés et brulés par l'exécuteur de la Haute-Justice…, Lyon, Valfray, 1765. Collection Bibliothèque municipale de Lyon, 385471.
Cet arrêt du Parlement de Paris condamnant ensemble le Dictionnaire portatif de Voltaire et les Lettres écrites de la montagne de Rousseau, montre combien ces deux célèbres exilés (l’un à Ferney, l’autre à Môtiers) incarnaient la subversion des Lumières, malgré leurs divergences et leurs disputes.

105

Voltaire, Dictionnaire philosophique, portatif, Amsterdam, 1765. T. 2. Collection Bibliothèque municipale de Lyon, 336868.
Le Dictionnaire philosophique portatif de Voltaire, reprend, sous un format léger et dans le style de la forme brève où il excelle, les axes essentiels de la pensée critique des Lumières, notamment sur la religion et la tolérance. Il fut condamné aussitôt à Paris, Amsterdam et Genève.

106

Voltaire, Traité sur la tolérance…, s.l., s.n., 1764. Collection Bibliothèque municipale de Lyon, 307911.
Le Traité sur la tolérance à l’occasion de la mort de Jean Calas (1763) est une apologie de la tolérance religieuse et milite contre l’arbitraire judiciaire en France. Depuis 1762, Voltaire travaille l’opinion en faveur de ce protestant injustement condamné à Toulouse. Calas est réhabilité en 1765.

107

P. d’Holbach, Le christianisme dévoilé, Paris, Libraires associés, 1767. Collection Bibliothèque municipale de Lyon, 390133.
Le Christianisme dévoilé (1762-1766 ?) est publié sous pseudonyme, par le baron d’Holbach, collaborateur de l’Encyclopédie pour les sciences et matérialiste athée militant. Les principes du christianisme, ses dogmes, sa morale et ses conséquences politiques y sont passés au crible.

108

His most sacred Majesty George the III. King of Great Britain, & c., dessin de T. Frye, gravure à la manière noire de W. Pether, Londres, I. Boydell, E. Bakewell et H. Parker, 1762. Collection Bibliothèque municipale de Lyon, portraits.
En Angleterre, où il vit en 1766-1767, Rousseau est un homme libre.  George III (1738-1820) lui accorde une pension. C'est la seule gratification de ce type qu’il ait jamais acceptée. Il expose chez lui le portrait du roi. Cependant, saisi d’angoisse, il préfère revenir en France où pourtant il risque l’arrestation.

109

M. David Hume. Historien célèbre, dessiné par C.N. Cochin le fils, gravé par S.C. Miger en 1764. Collection Bibliothèque municipale de Lyon, portraits.
David Hume doit aujourd’hui sa célébrité à sa philosophie plutôt qu’à ses écrits historiques. C’est Hume qui accompagne Rousseau lorsque celui-ci cherche refuge en Angleterre en 1766, c’est lui qui sollicite une pension au Roi pour Rousseau. Mais une querelle publique va bientôt opposer les deux hommes, faisant perdre à Rousseau quelques amis précieux.

 

 

IX. 1768-1770 : clandestinité et botanique, Grenoble, Bourgoin, Maubec

110

I. Silvestre, Veuë et Perspectiue d'une partie de la ville de Grenoble du coste de la porte de France, Paris, Henriet, XVIIe siècle. Eau-forte. Collection Bibliothèque municipale de Lyon, F17SIL004252.
Après quelques mois passés en Normandie, Rousseau part vers le sud. Le Prince de Conti lui conseille Grenoble, ville parlementaire, plutôt que Lyon, qui relève du parlement de Paris. Il séjournera à Grenoble du 11 juillet au 12 août 1768.

111

I. Silvestre, Veuë et perspectiue du pont de Grenoble et d'une partie de la maison de Monsieur le duc de Lesdiguieres, Paris, Henriet, XVIIe siècle. Eau-forte. Collection Bibliothèque municipale de Lyon, F17SIL004238.
À Grenoble, comme pendant toute cette période, Rousseau se cache sous le pseudonyme de « Renou », suivant en cela les conseils du Prince de Conti. Les Grenoblois n’en sont pas dupes, puisqu’ils viennent chanter des airs du Devin du village sous ses fenêtres.

112

Gaspard Bovier, Journal du séjour à Grenoble de Jean-Jacques Rousseau sous le nom de Renou. Collection Bibliothèque nationale de France, Mss fr. 15282.
Rousseau avait une lettre d’introduction pour Claude Bovier à Grenoble. C’est Gaspard, le fils avocat de Claude, qui tient un journal minutieux du séjour de Rousseau dans la ville et de ses promenades dans les environs.

113

« Un document inédit sur le séjour de Jean-Jacques Rousseau à Grenoble sous le nom de Renou en 1768 », Société des sciences et arts de Vitry-le-François, Vitry-le-François. XIX. 1896 à 1899, Vitry-le-François, Denis et Cie, 1899. Collection Bibliothèque municipale de Lyon, 427515.
Texte imprimé du document précédent. Dans les Rêveries, Rousseau raconte la « singulière discrétion » de Gaspard Bovier, qui l’aurait regardé manger des baies vénéneuses sans rien dire. Le Journal, écrit beaucoup plus tard, est, entre autres choses, la réponse de Bovier à cette anecdote moqueuse.

114

Jean-Jacques Rousseau, Lettres à Mme Boy de la Tour, lettres autographes. Collection Bibliothèque nationale de France, N.A.F. 27269.
Pendant son séjour en Dauphiné et lors de ses passages à Lyon, Rousseau compte beaucoup sur l’amitié de la famille Boy de la Tour. Cette famille de banquiers protestants lui rend de nombreux services. Dans une lettre du 22 janvier 1770 adressée à Mme veuve Boy de la Tour, il reprend son vrai nom et annonce son départ pour Paris.

115

« Famille : Asteraceae. Taxon : Logfia minima (Sm.) Dumort. [Filago montana L.]. Date : 1769. Localité : Dauphiné ». Herbier de Claret de La Tourrette. Collection Jardin Botanique de Lyon, LYJB000823.
Plante cueillie et décrite par Rousseau lui-même, donnée à Marc-Antoine Louis Claret de La Tourrette (1729-1793). Avant la parution du Species Plantarum de Linné, les noms de plantes étaient des phrases, ainsi Filago montana L. (aujourd’hui un synonyme de Logfia minima (Sm.) Dumort.) était désigné sous Gnaphalium minus repens, nom prélinnéen qui figure page 263 du Pinax theatri botanici (édition de 1623) de Gaspard Bauhin.

116

« Famille : Gentianaceae. Taxon : Gentiana acaulis L. » Herbier de Claret de La Tourrette. Collection Jardin Botanique de Lyon, LYJB001523.
Le nom de la plante (Gentiana acaulis latifolia)est de l’écriture de Rousseau. La mention ex alpib. delphin. (« des Alpes du Dauphiné ») est de Claret de La Tourrette. Rousseau évoque les gentianes des Alpes « avec des fleurs du plus beau bleu qu’on puisse imaginer »dans les Lettres sur la botanique. L’année inscrite – 1777 – est probablement l’année du don à Claret.

117

« Famille : Orchidaceae. Taxon : Orchis mascula (L.) L ». Herbier de Claret de La Tourrette. Collection Jardin Botanique de Lyon, LYJB000904.
Autographe de Rousseau. Rousseau évoque ailleurs les « racines testiculées »de cette orchidée, auxquelles elle doit son nom linnéen, du grec orkhis (testicule).

118

« Famille : Leguminosae. Taxon : Lathyrus occidentalis (Fisch. & C.A. Mey.) Fritsch subsp. occidentalis [Orobus luteus L]. « Herborisant avec j. j. Rousseau ». Herbier de Claret de La Tourrette.  Collection Jardin Botanique de Lyon, LYJB000585.
Meilleur botaniste que Rousseau, La Tourrette n’en est pas moins sensible à la présence à ses côtés de l’auteur de l’Émile.

119

« Famille : Dipsacaceae. Taxon : Knautia maxima (Opiz) J. Ortmann [Scabiosa sylvatica] ». Herbier de Claret de La Tourrette.  Collection Jardin Botanique de Lyon, LYJB003944.
En juillet 1768, en route de Lyon à Grenoble, Rousseau herborise à la Grande Chartreuse avec, entre autres, Claret de La Tourrette et l’abbé François Rozier. La récolte est plus riche que lors d’un voyage ultérieur au Pilat.

120

« Famille : Parmeliaceae. Taxon : Cetraria islandica (L.) Ach. » Herbier de Claret de La Tourrette.  Collection Jardin Botanique de Lyon, LYJB000886.
Pour ce lichen, Claret de La Tourrette renvoie à plusieurs autorités. À la fin, il indique le lieu, la Grande Chartreuse, la date de juillet 1768 et le fait d’avoir cueilli la plante « cum domino », avec le maître – Rousseau.

121

« Famille : Dryopteridaceae. Taxon : Athyrium filix-femina (L.) Roth [Polypodium filix-femina L.] » Herbier de Claret de La Tourrette.  Collection Jardin Botanique de Lyon, LYJB000813.
Cueillie au Pilat par Rousseau, cette fougère est envoyée à Claret de La Tourrette. Rousseau participe à de nombreux échanges de ce type, parfois internationaux, comme avec son amie anglaise, la duchesse de Portland.

122

« Famille : Orchidaceae. Taxon : Orchis militaris L. » Herbier de Claret de La Tourrette.  Collection Jardin Botanique de Lyon, LYJB000903.
Comme dans le cas précédent, cette orchidée cueillie par Rousseau est envoyée à Claret de La Tourrette.

123

« Famille : Thelypteridaceae. Taxon : Phegopteris connectilis (Michx.) Watt [Polypodium phegopteris L.] ». Herbier de Claret de La Tourrette.  Collection Jardin Botanique de Lyon, LYJB000050.
Fougère envoyée par Rousseau à Claret en 1770.

124

« Famille : Caryophyllaceae. Taxon : Dianthus superbus L. subsp. Superbus ». Herbier de Claret de La Tourrette.  Collection Jardin Botanique de Lyon, LYJB000812.
« Avez-vous vu le Dianthus superbus ? […] C’est réellement un bien bel œillet et d’une odeur bien suave quoique faible. J’ai pu recueillir de la graine bien aisément, car il croît en abondance dans un pré qui est sous mes fenêtres. Il ne devrait être permis qu’aux Chevaux du soleil de se nourrir d’un pareil foin » (Rousseau à Claret, 16 mars 1770).

125

« Arnica coronopifolia (Asteraceae) ». F. Rozier, Herbier manuscrit, T. 1. Collection Bibliothèque municipale de Lyon, Rés 28248.
L’abbé Rozier est l’un des savants lyonnais que Rousseau a connus en 1768-1770. Les plantes de son herbier, en dix grands volumes, gardent encore beaucoup de leur éclat. Il y aurait pourtant ici erreur de détermination de Rozier. Cette plante ressemble à un Doronic. La comparaison avec le Species Plantarum de Linné (1753 : 885) montre que Rozier utilisait cet ouvrage pour déterminer les plantes.

126

« Arnica (Asteraceae) ». F. Rozier, Herbier manuscrit, T. 2. Collection Bibliothèque municipale de Lyon, Rés 28248.
L’Arnica (Arnica montana L.), bien connue pour ses propriétés médicinales, a des feuilles opposées : il s’agit ici en réalité de Doronicum grandiflorum Lam., Doronic à grandes fleurs, qui ressemble à l’Arnica mais à feuilles alternes. Récolté dans le massif de la Chartreuse. S’agit-il de l’herborisation faite avec Rousseau pendant l’été 1768 ? C’est possible, mais nous n’en avons aucune preuve.

127

« Dianthus (Caryophyllaceae) ». F. Rozier, Herbier manuscrit, T. 3. Collection Bibliothèque municipale de Lyon, Rés 28248.
Dianthus gratianopolitanus Vill., Œillet de Grenoble, est bien présent en Chartreuse où il est rare et très localisé, aux environs du Grand Som. Comme dans le cas précédent, on s’interroge sur le voyage botanique de 1768 à la Grande Chartreuse. La saison de floraison correspond au moment du voyage de Rozier avec Rousseau.

128

« La Prêle des champs (Equisetaceae) ». F. Rozier, Herbier manuscrit, T. 4. Collection Bibliothèque municipale de Lyon, Rés 28248.
Grand collectionneur, Rozier n’oublie pas les plantes quotidiennes. La Prêle des champs (Equisetum arvense L.) trouve sa place ici, accompagnée de la Prêle des rivières et la Prêle des marais. Cette page est un bel exemple de la mise en valeur des plantes de cet herbier, d’un souci scientifique où l’esthétique a aussi sa place.

129

« Hyssopus lophanthus L. (Lamiaceae) ». F. Rozier, Herbier manuscrit, T. 5. Collection Bibliothèque municipale de Lyon, Rés 28248.
Cette hysope, aujourd’hui nommée Lophanthus chinensis Benth., est originaire de la Chine du nord – comme l’indique Rozier – ainsi que de Russie et de Mongolie. Quand on cherche mention des plantes de Rozier dans la correspondance botanique de Rousseau, on trouve souvent un membre moins exotique de la même famille, dans ce cas l’Hysope officinale, Hyssopus officinalis L.

130

« Narcissus jonquilla L. (Amaryllidaceae) ». F. Rozier, Herbier manuscrit, T. 6. Collection Bibliothèque municipale de Lyon, Rés 28248.
Nacissus junifolius luteus minor est un nom prélinnéen qui figure page 51 du Pinax Theatri botanici (édition de 1623) de Gaspard Bauhin. De nos jours, cette plante est nommée Narcissus jonquilla L. (Amaryllidaceae). Ce narcisse garde quelque chose de son éclat premier après plus de deux cents ans. Rozier donne, en latin, la description détaillée de ses caractères morphologiques.

131

« Phlomis leonurus L. (Lamiaceae) ». F. Rozier, Herbier manuscrit, T. 7. Collection Bibliothèque municipale de Lyon, Rés 28248.
Aujourd’hui nommée Leonotis leonurus (L.) R. Br., cette plante est originaire d’Afrique du Sud (Cap de Bonne-Espérance écrit en latin). Les annotations de Rozier sont conçues selon un modèle exigeant, avec des références précises à Linné et à Tournefort et une description détaillée de la plante en latin, langue de la botanique. Dans certains cas, comme ici, l’annotation est très complète mais la pratique de Rozier est variable à cet égard.

132

« Saxifraga paniculata Mill. (Saxifragaceae) ». F. Rozier, Herbier manuscrit, T. 8. Collection Bibliothèque municipale de Lyon, Rés 28248.
Plante des montagnes calcaires, commune sur les hauts plateaux de Chartreuse. Ici encore, on s’interroge sur un lien possible avec Rousseau, la feuille portant la brève annotation « Chartreuse ».

133

« Tulipa gesneriana ». F. Rozier, Herbier manuscrit, T. 9. Collection Bibliothèque municipale de Lyon, Rés 28248.
Cette magnifique tulipe garde encore son allure aujourd’hui. Dans les Démonstrations élémentaires de botanique, Rozier ou Claret de La Tourrette la décrit en français (comme ici en latin) : « à fleur droite ; à feuilles ovales, lancéolées ».
Les tépales découpés montrent qu’il s’agit probablement d’un des innombrables cultivars obtenus à partir de cette espèce..

134

F. Rozier, Herbier manuscrit, T. 10. Collection Bibliothèque municipale de Lyon, Rés 28248.
Les plantes du dixième et dernier T. sont toujours montées avec le même soin et le même souci esthétique. Le volume n’est cependant pas rempli jusqu’au bout, et dans la plupart des cas, les descriptifs manquent. Ces feuilles muettes attendent le botaniste qui prendra un jour la suite de François Rozier…

135

L’abbé Rozier, gravé par Tardieu. Collection Bibliothèque municipale de Lyon, Coste 14958.
François Rozier (1734-1793), savant lyonnais, curé de Saint-Polycarpe, agronome et botaniste, ami de Claret de la Tourrette, accompagne Rousseau lors d’une herborisation à la Grande Chartreuse. Les dix volumes de son herbier sont un magnifique témoignage de son amour de la science et de la nature.

136

D. Chabrée, Omnium stirpium sciagraphia et icones…, Genève, S. de Tournes, 1678. Collection Bibliothèque municipale de Lyon, 22672.
Rousseau possédait cet ouvrage et l’a copieusement annoté : son exemplaire personnel est aujourd’hui conservé à la Lloyd Library (Cincinnati, États-Unis) et peut être consulté sur Internet.

137

C. von Linné, Species plantarum…, Stockholm, Salvius, 1762. Collection Bibliothèque municipale de Lyon, 391875.
Rousseau possédait cette édition de Linné et s’y référait. Il avait vite compris l’intérêt du système de classement binominal proposé par Linné, et dit avoir « pris unepassion[pour le système de Linné] dont je n’ai jamais pu bien me guérir » (Confessions).

138

J.J. Rousseau, Recueil de plantes coloriées pour servir à l’intelligence des lettres élémentaires sur la botanique de J.J. Rousseau, T. 4…, Bruxelles, Boubers, 1802. Collection Bibliothèque municipale de Lyon, 810842.
Après avoir quitté Lyon pour Paris, Rousseau adresse, en 1771-1773, à Mme Delessert, née Marie-Catherine Boy de la Tour, sous forme de lettres, un cours de botanique destiné à sa fille Madelon, née en 1767. Ce recueil, à la tonalité intime, connaîtra un succès européen.

139

J.J. Rousseau, La Botanique de J.-J. Rousseau…, Paris, Baudouin, 1822, avec les planches de P.-J. Redouté. Collection Bibliothèque municipale de Lyon, Rés 28665.
Cet ouvrage recueille, avec les Lettres sur la botanique, toute la correspondance botanique de Rousseau. Les illustrations, exquises, sont de Pierre-Joseph Redouté, qui réussit dans ces planches l’union de la beauté et de la précision scientifique.

 

 

X. Rousseau musicien. Autour du séjour à Lyon en 1770

140

J.-J. Rousseau, Le devin du village, manuscrit autographe, vers 1752. Collection Bibliothèque municipale de Lyon, Ms PA 109.
Le Devin du village, joué pour la première fois devant la Cour à Fontainebleau en 1752, sera représenté à l’Opéra de Paris jusqu’en 1829. Le manuscrit du livret, seul autographe connu de l’œuvre, semble être intermédiaire par rapport aux versions jouées à Fontainebleau (octobre 1752) et Paris (mars 1753).

141

J.-J. Rousseau, Dictionnaire de musique, manuscrit autographe. Collection Bibliothèque municipale de Lille, Ms 270 (CGM 387).
Le manuscrit présenté ici est celui qui a servi à l’impression de l’édition originale (1767, datée 1768), chez Duchesne à Paris. Il comporte un Errata, et même l’Approbation du censeur royal. L’utilité du Dictionnaire lui assure un succès considérable, avec une traduction anglaise quelques années plus tard.

142

A.-H. Dunouy, Jean-Jacques Rousseau dans le parc de La Rochecardon, 1795. Collection Musée Marmottan Monet, inventaire 1040.
Le château de La Rochecardon était la maison de campagne de Mme veuve Boy de la Tour, « la bonne maman » de la famille. Rousseau aimait se promener et herboriser autour de cette maison. Dans le tableau de Dunouy, il est à la fois infiniment petit et essentiel, donnant à ce paysage tout son sens.

143

Vue de la fontaine de J. J. Rousseau à Rochecardon, près de Lyon, aquatinte de B. Piringer d’après un dessin de C. Bourgeois, Paris, Didot l’aîné, 1819. Collection Bibliothèque municipale de Lyon, Chomarat Est 25063.
La fontaine de Rosay, près du château de Rochecardon, devient un lieu de pèlerinage pour les Lyonnais au XIXe siècle. Rousseau y aurait écrit son nom sur un rocher. On peut aujourd’hui suivre un sentier botanique dans le vallon de Rochecardon.

144

Fontaine de J. J. Rousseau à Roche-Cardon, lithographie de Villeneuve d'après le croquis d’E. Hostein, [Paris], Lemercier, Bénar et Cie, [1839]. Collection Bibliothèque municipale de Lyon, Chomarat Est 17490.
La fontaine donne lieu à de multiples représentations, y compris sous forme de carte postale. Horace Coignet décrit une matinée où Rousseau herborisait non loin d’ici, alors que Coignet chantait la romance du Devin du village, en s’accompagnant au violon.

145

Collection complète des œuvres de J.J. Rousseau, Londres [Bruxelles], Boubers, 1774-1783, T. 9. Dictionnaire de musique. Collection Bibliothèque municipale de Lyon, Rés 104694.
Le dessinateur J.-M. Moreau le Jeune montre la Musique qui s’inspire des sphères célestes (sous sa main droite). Sous la partition, on voit le dieu Pan sculpté sur la colonne. Au loin, Orphée apprivoise les bêtes, alors que Chiron, centaure bienveillant et facteur d’instruments, est aux forges dans sa grotte.

146

J.-J. Rousseau, Dictionnaire de musique, Paris, Veuve Duchesne, 1768. Collection Bibliothèque municipale de Lyon, 103880. Édition originale.
Le Dictionnaire de musique de Rousseau exploite et transforme ses articles pour l’Encyclopédie. Son amour de l’opéra italien, l’intérêt qu’il porte à la musique de l’Antiquité et des pays exotiques, sa conviction que la mélodie (et non l’harmonie) est primordiale, trouvent ici leur expression la plus aboutie.

147

J.-J. Rousseau, Le Devin du village. Intermède représenté à Fontainebleau devant Leurs Majestés, les 18 et 24 octobre 1752..., La Haye, s.n., 1763. Collection Bibliothèque municipale de Lyon, 361130.
Le succès du Devin du village ne se dément pas, et les éditions sont nombreuses. L’auteur de l’Émile est en exil en 1763, mais l’intérêt du public ne fléchit pas. On réédite non seulement Le Devin, mais aussi le Contrat social et la Lettre à Christophe de Beaumont, pourtant condamnés tous les deux.

148

J.-J. Rousseau, Le devin du village. Intermède représenté à Fontainebleau devant leurs majestés les 18 et 24 octobre 1752... Avec l'Ariette ajoutée par Philidor, Paris, Leclerc, s.d. Collection Bibliothèque municipale de Lyon, Rés FM 127837.
Philidor composera une ariette, chantée par Caillot, dans le rôle du Devin (« Au dieuqui vous enchaîne, amants offrez vos vœux »), pour une représentation à la Cour en 1763. Philidor avait travaillé avec Rousseau sur Les Muses galantes près de vingt ans auparavant.

149

J. Favart ; Harny de Guerville, Les Amours de Bastien et Bastienne, parodie du Devin de village… représentée pour la première fois par les Comédiens Italiens Ordinaires du Roi, le Mercredi 26 septembre 1753, Paris, Duchesne, 1759. Collection Bibliothèque municipale de Lyon, Rés FM B 509233.
La parodie de Mme Favart et de M. Harny n’a guère de dimension moqueuse ou satirique. Il s’agit plutôt de retravailler le sujet en utilisant des « timbres » connus. Le jeune Mozart écrira aussi son Bastien et Bastienne, à l’âge de douze ans, apparemment sans connaître directement l’œuvre de Rousseau.

150

J.-J. Rousseau, Pigmalion, sçene lyrique. Représentée en société à Lyon, Lyon, s.l., s.n, [1771]. Collection Bibliothèque municipale de Lyon, Rés 354651.
Cette édition de Pygmalion donne peu de renseignements au lecteur. Sans lieu ni date, ni nom d’imprimeur, il s’agirait d’une contrefaçon lyonnaise publiée à la suite de l’édition du texte par le Mercure de France. La Société Jean-Jacques Rousseau de Genève possède un exemplaire de cette édition portant, de la main de Rousseau, « Imprimé en février 1771 » à la suite du titre.

151

J.-J. Rousseau, Pygmalion…, Genève, s.n, 1771. Collection Bibliothèque municipale de Lyon, Rés 367109.
Il s’agit d’une réimpression genevoise du texte donné dans le Mercure de France. Ces publications sont faites sans l’autorisation de l’auteur, mais sans qu’il s’y oppose vigoureusement non plus. On croit qu’une copie manuscrite circulant à Paris est à l’origine de ces éditions. En note de cette édition, on apprend que la musique de Coignet est en vente « à Genève chez les Marchands de musique, à Lyon chez le sieur Castaud, Place de la Comédie ».

152

J.-J. Rousseau, Pygmalion… Joüé par Bonifasce Welenfelt et Annette Paganini, Brescia, s.n., 1776. Collection Bibliothèque municipale de Lyon, 379721.
Cette édition italienne en français reprend le schéma en trois colonnes de l’édition viennoise de 1772 et correspond sans doute à une mise en scène avec la musique d’Aspelmayer. L’engouement pour Pygmalion, qui est l’un des multiples signes de la fascination désormais exercée par Rousseau sur ses contemporains, dépasse largement les frontières suisses et françaises.

153

J.-J. Rousseau, Pygmalion… Scène lyrique exécutée sur le théâtre impérial de Vienne avec la musique du sieur Aspelmayer, Vienne, Kürzbock, 1772. Collection Bibliothèque municipale de Lyon, Rés 379875.
Dans cette édition viennoise de Pygmalion, en français, tout est chronométré, la durée des interludes musicaux étant chaque fois indiquée. Faite pour accompagner la nouvelle musique d’Aspelmayer, elle résout pour acteur et musiciens bien des problèmes de mise en scène. À gauche, le caractère de la musique est décrit, au milieu, la durée de chaque interlude, à droite, le texte et la didascalie indiquant le jeu muet de l’acteur. Édition rarissime.

154

J.-J. Rousseau, Pygmalion. Ein Monodrama von J. J. Rousseau. Nach einer neuen Uebersetzung mit musikalischen Zwischensätzen begleitet und für das Clavier ausgezogen von Georg Benda, Leipzig, in Schwickestschen Verlage, 1780. Collection Bibliothèque municipale de Lyon, Rés FM 127806.
Sous des allures neutres, cette partition allemande montre comment le compositeur Georg Benda augmente de façon importante la place accordée à la musique dans Pygmalion. Dans cette partition pour piano, le texte est rythmé par la musique de façon beaucoup plus dense – parfois phrase par phrase – que dans le schéma de Rousseau avec Coignet. Seule une remise en scène permettrait de mesurer véritablement les mérites de ce choix.

155

H. Coignet, « Lettre sur le Pygmalion de J.J. Rousseau », Mercure de France, janvier 1771. Collection Bibliothèque municipale de Lyon, 808210.
Rousseau écrit Pygmalion peu après son arrivéeà Môtiers en 1762. Il sera joué pour la première fois à Lyon en 1770, avec une musique d’Horace Coignet. Les séquences musicales jalonnent le texte, celui-ci étant dit et non chanté. Le Mercure de France publie le texte de Rousseau en janvier 1771, avec une lettre d’Horace Coignet affirmant qu’il est l’auteur de presque toute la musique.

156

A. Mahul, Annuaire nécrologique ou Complément annuel et continuation de toutes les biographies ou dictionnaires historiques. IIe année (1821), Paris, Ponthieu, 1822. Collection Bibliothèque municipale de Lyon, SJ V 658/7.
C’est ici que sont publiés les souvenirs d’Horace Coignet concernant les journées passées avec Rousseau à Lyon en 1770. Rousseau l’aurait embrassé après la première représentation de Pygmalion en lui disant, « Mon ami, votre musique m’a arraché des larmes ».

157

A. Vivaldi, Le Printems..., arrangé pour une flûte sans accompagnement par M. J. J. Rousseau, Paris, Bignon, vers 1775. Collection Bibliothèque nationale de France, Département de la musique, K-10104.
Après son retour à Paris en 1770, Rousseau s’occupe beaucoup de musique. Son goût va de plus en plus vers les chansons et les formes simples. Cette transcription du Printemps de Vivaldi, désarmante de simplicité, correspond bien au goût de Rousseau et à celui de l’époque.

158

J.-J. Rousseau, Fragmens de Daphnis et Chloé, composés du premier acte, de l'esquisse du prologue et de differens morceaux préparés pour le second acte et le divertissement, paroles de M. xxx..., musique de J.-J. Rousseau, Paris, Esprit, 1779. Collection Bibliothèque nationale de France, Département de la musique, D-13501.
À propos de Daphnis et Chloé, Rousseau écrit dans les Dialogues qu’ « un acte entier est fait et une bonne partie du reste bien avancée ». Les fragments seront publiés en 1779, un an après sa mort, quand la curiosité du public est à son comble.

159

C. Gluck, Orphée et Euridice, tragédie. Opéra en trois actes... par M. le Chev. Gluck. Les paroles sont de M. Moline. Représentée pour la première fois par l'Académie Royale de Musique le Mardy 2 Aoust 1774, Paris, Deslauriers, s.d. Collection Bibliothèque municipale de Lyon, Rés FM 129910.
La musique de Gluck, même sur des paroles françaises, séduit et émeut Rousseau, et le compositeur multiplie les attentions adressées au grand homme. Dans la dédicace d’Orphée à son ancienne élève Marie-Antoinette, il fait l’éloge du Devin du village

 

 

XI. Œuvre posthume, la révélation : Confessions, Dialogues, Rêveries

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Collection complete des oeuvres de J. J. Rousseau,…, T. 10. les Confessions, Genève, 1782. Collection Bibliothèque municipale de Lyon, Rés 101800.
La Collection complète des œuvres de J.J. Rousseau (à partir de 1782) est dirigée par A. Du Peyrou et P. Moultou, ses exécuteurs testamentaires. Le T. X publie la première partie des Confessions (Livres I à VI) et les Rêveries du promeneur solitaire. Les éditeurs y ont supprimé quelques passages jugés inconvenants.

161

J.-J. Rousseau, Les Confessions… Suivies des Rêveries Du Promeneur Solitaire, Genève, s.n., 1782. T. 1. Collection Bibliothèque municipale de Lyon, Chomarat 6545. Édition originale.
Rousseau affirme n’écrire ses Rêveries que pour lui. À l’époque, le mot renvoie autant au rêve éveillé qu’à la méditation ou à la contemplation. Il poursuit ainsi une entreprise de connaissance de soi où il croise Socrate, Sénèque, Montaigne, voire les mystiques, tout en inventant le journal intime.

162

J.-J. Rousseau, Les Confessions…, Londres, s.n., 1782. Collection Bibliothèque municipale de Lyon, Chomarat A 11323.
Rousseau notait des thèmes de méditation sur des cartes à jouer. Ainsi à propos des Rêveries : « Pour bien remplir le titre de ce recueil je l’aurois du commencer il y a soixante ans : car ma vie entiére n’a guére été qu’une longue reverie divisée en chapitres par mes promenades de chaque jour ».

163

J.-J. Rousseau, Les Confessions…, Genève, s.n., 1782. Collection Bibliothèque municipale de Lyon, Chomarat A 8086.
Rousseau ne voulait pas que ses Confessions paraissent au XVIIIe siècle, mais il les avait lues en quelques salons et leur préambule circulait dans la presse : le public les attendait donc impatiemment, espérant des révélations fracassantes sur les milieux « philosophiques ». La déception fut grande !

164

J.-J. Rousseau, Les Confessions… Suivies des Rêveries Du Promeneur Solitaire, Genève, s.n., 1782. T. 2. Collection Bibliothèque municipale de Lyon, Chomarat 6545. Édition originale.
L’ambition de Rousseau n’est pas seulement « autobiographique ». Il veut incarner, à partir de sa propre histoire, une figure de l’homme naturel progressivement corrompu par les rapports sociaux mais capable de retrouver, par une réforme personnelle, le chemin d’une vérité intérieure innée en chacun.

165

J.-J. Rousseau, Les Confessions, Lyon, J.-S. Grabit, 1793. Collection Bibliothèque municipale de Lyon, Chomarat A 5859.
La méthode généalogique appliquée par Rousseau à l’histoire humaine s’applique à sa propre histoire : « pour me connoître dans mon age avancé, il faut m’avoir bien connu dans ma jeunesse […] Je m’applique à bien déveloper par tout les prémiéres causes pour faire sentir l’enchainement des effets ».

166

Saint Augustin, Les Confessions…, Paris, Le Mercier, 1743. Collection Bibliothèque municipale de Lyon, Chomarat A 11757.
L’impact des Confessions (fin IVe siècle) de saint Augustin dans la culture occidentale est incommensurable. Leur traduction en 1649 par A. d’Andilly, exerce sur le genre des « Mémoires » une influence dont Rousseau recueille l’héritage, mais en refusant la théologie de la faute originelle.

167

M. de Montaigne, Les Essais…, Paris, par la Société, 1725. T. 1. Collection Bibliothèque municipale de Lyon, 103228.
Les Essais de Montaigne (1572-1592) ont nourri tout l’Âge classique. Rousseau les a beaucoup pratiqués : toute son œuvre philosophique en est marquée et c’est par rapport à eux qu’il situe l’originalité de son entreprise mémorialiste, en reprochant à Montaigne de s’être seulement « peint de profil ».

168

Collection complete des oeuvres de J. J. Rousseau,…, T. 11, Rousseau juge de Jean-Jacques en trois dialogues, Genève, 1782. Collection Bibliothèque municipale de Lyon, Rés 101800.
Rédigé de 1772 à 1776, Rousseau juge de Jean-Jacques est le second volet du triptyque « autobiographique » de Rousseau. Un criminel supposé, « J.J. », fait l’objet d’un débat, en trois dialogues, entre « Le Français » (l’opinion générale qui l’ostracise) et « Rousseau » (qui le présume innocent).

169

J.-J. Rousseau, Rousseau juge de Jean-Jacques. Dialogue. Barbarus... D'après le manuscrit de M. Rousseau laissé entre les mains de M. Brooke-Boothby, Londres,  1780. Collection UMR LIRE Lyon.
Le premier Dialogue de Rousseau juge de Jean-Jacques est publié à Londres en 1780, par B. Boothby, un ami de Rousseau. Ce dernier tente de conjurer par l’écriture une hantise de la persécution née du décret de 1762 qui l’obligea à l’exil – et qui ne fut jamais révoqué malgré son retour à Paris en 1770.

170

J.-J. Rousseau, Second supplément a la Collection des Œuvres de J.J. Rousseau, Genève, s.n., 1789. Collection Bibliothèque municipale de Lyon, Chomarat A 10058.
En 1789 parut, chez deux éditeurs genevois concurrents, la seconde partie des Confessions (Livres VII-XII). Les noms des personnes y furent remplacés par des initiales. Rousseau y aborde en effet sa vie publique, depuis son arrivée à Paris en 1742 jusqu’à son séjour au lac de Bienne en septembre 1765.

171

Collection complète des œuvres de J.J. Rousseau, Londres [Bruxelles], Boubers, 1774-1783, T. 11. Œuvres posthumes.  Collection Bibliothèque municipale de Lyon, Rés 104694.
Lire les Confessions en entier implique une composante épistolaire. Rousseau avait en effet prévu, puisqu’il implique des contemporains notoires dans la seconde partie, que le recueil classé de sa correspondance soit déposé dans une bibliothèque pour qu’on puisse vérifier et compléter son récit.

172

J.-J. Rousseau, Confessions de J. J. Rousseau. Noms qui ne sont indiqués que par des lettres initiales dans les éditions imprimées ; Morceaux inédits ou différences qui se trouvent entre le manuscrit offert à la Convention par Thérèse Levasseur et les éditions de Rousseau, Paris, s.n., 1796.  Collection Bibliothèque municipale de Lyon, Chomarat A 8812.
Dans les premières éditions des Confessions, l’identité des personnes est souvent cachée par le recours aux initiales. En 1796, le voile est levé par cet ouvrage, établi d’après le manuscrit des Confessions donné à la Convention nationale par Thérèse Levasseur, le 5 vendémiaire, an III (27 septembre 1794).

173

P.-A. de Beaumarchais, Mémoire à consulter..., procès verbaux, justifications... [Affaire Goezman], Paris, 1773-1776. Collection Bibliothèque municipale de Lyon, SJ B 326/33.
Dans les Mémoires contre Goëzman (1773-1776), Beaumarchais plaide sa cause dans une série de procès où il est impliqué. S’adressant à l’opinion publique, il traite les questions au fond tout en ridiculisant la partie adverse. Il est réhabilité en 1778.

174

M. de Montaigne, Les Essais…, Paris, M. Blageart, 1640. Collection Bibliothèque municipale de Lyon, Rés 28970.
L’imprégnation de Rousseau par Montaigne apparaît dans la proximité de ces deux récits d’un « état second » au réveil d’une syncope provoquée par une chute. Mais quand Montaigne scrute ici le passage de la vie à la mort, Rousseau expérimente la dissolution du Moi dans le pur sentiment d’exister.

175

J. Servan, Œuvres…, Paris, Didot, 1822-1825. Collection Bibliothèque municipale de Lyon, 339278.
Avocat célèbre, Joseph-Michel Servan publie en 1783 des Réflexions sur les Confessions de J.-J. Rousseau, accusant celui-ci d’avoir impliqué la réputation de beaucoup de gens, de Mme de Warens à l’avocat grenoblois Bovier, mis en cause dans la VIIe Promenade des Rêveries. Il prend donc leur défense.

176

Madeleine de Scudéry, Clélie, histoire romaine, Paris, A. Courbé, 1660. T. 4. Collection Bibliothèque municipale de Lyon, 346609.
Clélie, histoire romaine (1654-1660), de Mlle de Scudéry, reflète la psychologie raffinée des « précieuses ». Rousseau l’avait certainement lu. Le passage ici montré est fameux chez les historiens de la littérature pour ce qu’il préfigure de la conception rousseauiste de la rêverie.

177

L.-S. Mercier, L'an deux mille quatre cent quarante…, Londres, 1775. Collection Bibliothèque municipale de Lyon, 390109.
L’An deux mille quatre cent quarante (1771) est un roman d’anticipation de Louis-Sébastien Mercier qui présente comme réalisées les aspirations des Lumières. Or si la bibliothèque royale du futur a brûlé beaucoup de livres inutiles, elle a conservé tous ceux de Rousseau…

178

C. von Linné, Genera plantarum…,  La Haye, C. Wishoff, 1737. Collection Bibliothèque municipale de Lyon, A 491892.
Cet ouvrage de Linné vient nous rappeler qu’à Paris, après avoir commencé la rédaction des Rêveries, Rousseau connaît un regain de passion pour la botanique. « Me voilà donc à mon foin pour toute nourriture, et à la botanique pour toute occupation. »

179

J.-M. Moreau le Jeune, Tombeau de Jean Jacques Rousseau, eau-forte et burin, Paris, chez l’auteur, 1778. Collection Bibliothèque municipale de Lyon, F18MOR009289.
Quelques mois avant sa mort, Rousseau avait accepté l’hospitalité du marquis de Girardin dans son domaine d’Ermenonville. Après sa mort soudaine, le 2 juillet 1778, Rousseau sera enterré à Ermenonville sur l’île des Peupliers, qui devient bientôt un lieu de pèlerinage.

 

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