Donation Georges Baguet
Exposition du 2 décembre au 17 mars 2007



Algérie

Les deux articles sur le Sahara ont été publiés dans Le Monde en 1959.

Alors, la guerre qui se déroulait dans l'Algérie du nord n'avait pas encore touché le désert.
Le Sahara était toujours présenté comme une terre française, une terre riche depuis que
le pétrole jaillissait à Hassi Messaoud, devenu le lieu où la France magnifiait sa puissance
et sa richesse. Dans la guerre d'Algérie le nom d'Hassi Messaoud sonnait comme une victoire.
Le FLN qui se battait pour l'indépendance ne pouvait y pénétrer. C'était la position officielle. J'ai vu le contraire. Cet article révèle la présence du FLN sur le champ pétrolifère au Sahara.

"Printemps aux frontières" est un reportage que je fis en Tunisie et au Maroc dans les camps de réfugiés algériens.
Les Français avaient fait une opération "terre brûlée" le long des frontières algériennes pour empêcher le ravitaillement en armes du FLN à partir des pays voisins. Ce reportage a été publié dans une brochure diffusée clandestinement en France.
Henri Curiel était un Juif égyptien, communiste, militant révolutionnaire. En France, dès le début de la guerre, il organisa les réseaux de soutien aux militants algériens recherchés par la police. J'ai eu la chance de le rencontrer et de travailler avec lui.


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Camp FNL, Algérie, 1958 Sahara, Algérie, 1974
Camp FNL,
Algérie, 1958
Sahara,
Algérie, 1974

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États-Unis


De l'autre côté de la nuit ouvre ce chapitre.
Bien qu'écrit en 1970, il est placé en tête parce que c'est l'essai qui récapitule ma perception des États-Unis dont l'idéologie mêle le rêve et la réalité. Viennent ensuite mes premiers articles de 1953.
Je suis allé aux États-Unis, pour la première fois en 1951. Alors les États-Unis, ou plutôt l'Amérique était loin. Il fallait dix-sept heures de vol au quadrimoteur d'Air France pour rejoindre New York depuis Paris. Plus que les heures de vol, l'écart entre les deux sociétés mettait l'Amérique très loin de nous.
En 1951 la France encore convalescente des blessures de la guerre vivait chichement.
Intacte, en pleine santé, l'Amérique qui venait de rendre au monde la liberté, pouvait encore être rêvée comme elle l'avait été par des millions d'émigrants au XIXe siècle. C'était l'Amérique d'Eisenhower. La pauvreté, l'exclusion, la misère n 'envahissaient pas toute la ville ; elles se limitaient à des quartiers précis ; les ghettos noirs ne débordaient pas. Assurée d'elle-même, elle vivait tranquille et calme. Famille, Église encadraient une société largement puritaine. La bannière étoilée, toujours respectée, faisait l'objet d'un culte.
Cependant de puissantes tempêtes devaient se lever qui ébranleraient cette Amérique.
Le Mouvement pour les Droits civiques fut la première. Les fils et petits-fils d'esclaves
se mirent en route. On les appelait Negroes, ils se nommèrent Black, puis Afro-americans. Chaque changement de nom frappait la société comme des coups de boutoir. Les marches des Noirs, l'assassinat de Martin Luther King en 1968, les ghettos qui flambaient, la fondation des Panthères Noires et le Pouvoir Noir (Black Power) furent les étapes de ce mouvement.
À la fin des années soixante la jeunesse américaine se révolta à son tour en commençant par la Californie. Il y eut le Women's Lib, il y eut la révolution sexuelle, de toutes parts la société puritaine était provoquée. L'opposition à la guerre du Vietnam déchira l'Amérique.
Une immense protestation se développa sur les campus. Les jeunes qui allaient être appelés sous les drapeaux se jetèrent dans la lutte politique. La guerre engendra une résistance active.
On pénétra dans le Pentagone ; on y brûla des fichiers de mobilisation ; on siffla le Président Nixon le jour de son Inauguration en 1972 ; on ridiculisa le drapeau, on l'insulta, le déchira. Ce furent des années folles. Uncle Sam et Bank of America étaient agressés jusque dans les églises.
La plupart de ces articles couvrent cette période de turbulence.
Les reportages, les chroniques, les portraits sont donnés dans l'ordre chronologique.


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Harlem, New York,  Etats-Unis, 1974 Alabama, Etats-Unis, 1976 Harlem, New York,  Etats-Unis, 1967 Harlem, New York,  Etats-Unis, 1973

Harlem, New York,
Etats-Unis, 1974

Alabama,
Etats-Unis, 1976
Harlem, New York,
Etats-Unis, 1967
Harlem, New York,
Etats-Unis, 1973

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Iran

À la fin des années soixante-dix l'Ayatollah Khomeiny, qui allait devenir le Guide
de la Révolution iranienne, était réfugié à Neauphle-le-Château près de Paris dans
les Yvelines. J'allai le voir, je l'interviewai.
J'étais introduit par de jeunes Iraniens dont j'avais fait la connaissance à Paris.
À Téhéran, une révolution se mettait en marche. Des foules immenses, pratiquement sans armes, au nom de Dieu, déferlaient dans les rues. Le seul cri de Allah Akbar faisait chanceler la dictature du Shah. C'était nouveau, c'était fascinant, c'était l'irruption du religieux
dans le champ politique.
En 1979, l'Ayatollah Khomeiny s'envola dans un avion d'Air France pour Téhéran. Deux cents journalistes de la presse internationale l'accompagnaient. J'en étais.
Le retour de l'Ayatollah, descendant du ciel sur la terre iranienne, fut vécu comme
un événement tenant à la fois du politique et du surnaturel. Une foule innombrable entourait l'aéroport. Des interprètes accueillaient les journalistes. J'étais avec le groupe de la presse française : Le Monde, Le Figaro, Paris-Match, etc.
J'étais, moi, accrédité par Témoignage Chrétien.
Mais qui pouvait connaître TC, ici, dans la foule de Téhéran ? L'interprète, lui seul : "TC ? me dit-il, je connais, je le lisais quand j'étais réfugié en Algérie", et il m'embrassa.
Il me logea. Nous allions devenir de grands amis. Nasser Soltani et sa femme Azadeh connaissaient tout le monde à Téhéran. Ils retrouvaient les réfugiés politiques qui, comme eux, rentraient au pays pour vivre les journées révolutionnaires. Parmi eux, Bani Sadr, le futur Président de la République.
J'ai aussi connu le quotidien difficile d'un pays sens dessus dessous, puis je vis cette révolution qui avait porté tant d'espoirs se dégrader avec la montée de l'obscurantisme.

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Liban

La guerre civile au Liban. Je voulais voir, je voulais comprendre.
À mon premier séjour je fus accueilli par le Mouvement Social de Grégoire Haddad,
archevêque melkite émérite de Beyrouth et Jbail. Surnommé l'évêque rouge par ses adversaires, il fut mis à l'écart par la hiérarchie catholique pour son attitude et ses actions progressistes en 1975. Les jeunes Libanais du Mouvement Social, fondé en 1961, œuvraient pour un Liban démocratique et laïc. Ils travaillaient ensemble, et l'on ne savait pas qui était chrétien ou musulman. Ils maintinrent ce cap aussi longtemps que possible dans Beyrouth
en ruines.
Je suis retourné souvent au Liban pendant la guerre. J'ai connu ce pays coupé du monde,
à l'écart de l'actualité mondiale, enfermé dans la peur. Avec ceux qui refusaient
le cloisonnement, j'ai traversé les frontières qui séparaient les communautés.


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Chatila, Liban, 1972 Beyrouth, Liban, 1972 Damour, Liban, 1977

Chatila,
Liban, 1972

Beyrouth,
Liban, 1972
Damour,
Liban, 1977
Damour,
Liban, 1978

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Égypte


Il fallait connaître l'Égypte ; le grand pays arabe à côté du Proche-Orient. J'ai eu la chance
de pouvoir y faire de longs séjours dans les années 85 à 95. J'ai fréquenté les Cairotes,
j'ai aimé leur ville animée, agitée et toujours accueillante. J'ai également approché
les paysans du Delta.
Moubarak, président, dirigeait un régime dur, répressif, et sa police, dans les rues, était nombreuse. Mais la parole était libre, la critique possible, cas unique peut-être dans les pays arabo-musulmans.
Du Nord au Sud, j'ai été conquis par la gentillesse de ce peuple souriant et chaleureux.


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Le Caire, Egypte, 1990 La Mosquée Ibn Tulun (876-879), Le Caire, Egypte, 1988 Canal de Suez, Egypte
Le Caire,
Egypte, 1990
La Mosquée Ibn Tulun
(876-879), Le Caire,
Egypte, 1988
Canal de Suez,
Egypte

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Irak


J'ai connu l'Irak au temps de sa splendeur, dans les années soixante-dix.
Saddam Hussein, Président de l'Irak n'était pas le dictateur qu'il allait devenir. Sous
l'impulsion du Parti Baas, arabe, laïque et socialiste, l'Irak était devenu un immense chantier. Des industriels de tous pays y travaillaient, le désert irrigué refleurissait, tous les enfants étaient scolarisés. On ne disait pas d'abord chiites, sunnites, chaldéens, on disait plus simplement : Irakiens.
Puis j'ai vu l'Irak au temps du malheur après la première guerre américaine, dans les années quatre-vingt dix.


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Mossoul, Irak, 1976
  Mossoul,
Irak, 1976

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L'Irlande

Les troubles et la guerre en Irlande du Nord.
J'étais à Belfast quand tout a commencé avec les premiers pogroms de l'été 1969.
J'y étais aussi quand la paix s'installa au milieu des années 90.
J'ai vu, j'ai suivi, la longue marche du peuple irlandais, que l'on appelle catholique,
vers sa reconnaissance. Méprisés, ignorés depuis la création de l'Ulster en 1922, les Irlandais catholiques n'avaient pas de place dans l'Ulster protestante. Exclus de la vie politique,
avec la restriction de leur droit de vote, et des grandes institutions comme l'université,
en marge de la vie économique, les catholiques étaient tenus pour rien.
À l'image des Noirs américains, les Irlandais catholiques réclamèrent d'abord les droits civiques. La répression violente des protestants britanniques amena les Irlandais
à se radicaliser et à se regrouper, d'abord autour de deux grands partis : le SDLP (Social Democratic Labour Party) et le mouvement républicain réclamant l'indépendance de l'Irlande, avec Sinn Fein surgi lors du soulèvement de 1916 à Dublin. L'IRA constituait la branche armée de Sinn Fein.
Cette guerre de trente années fit un peu plus de 3500 victimes pour une population
d'un million et demi d'habitants.
Aujourd'hui les Irlandais catholiques sont reconnus citoyens à part entière, au même titre
que les Protestants britanniques ; chez eux en Ulster comme dans toute l'Irlande.


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Derry, Irlande du Nord, 1972 Belfast, Irlande du Nord,  1970 Derry, Irlande du Nord, 1972 Belfast, Irlande du Nord,  1976
Derry,
Irlande du Nord,
1972
Belfast,
Irlande du Nord,
1970
Derry,
Irlande du Nord,
1972
Belfast,
Irlande du Nord,
1976

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Paris et autres...


En 1975 la télévision canadienne m'avait commandé un reportage sur les musulmans
en France. Je l'ai fait à Belleville et à Ménilmontant. Comme aujourd'hui les musulmans
y étaient nombreux.
Écrire en 1975 que l'islam était la deuxième religion en France faisait choc. J'ajoutais que cette religion était en quelque sorte clandestine. Hormis la grande mosquée de Paris dans
le 5e arrondissement, les musulmans n'avaient pas de lieu de prière. Ils se rassemblaient
les vendredis dans des locaux de fortune, parfois dans des chapelles prêtées ou données
par des paroisses, ainsi à Saint-Jean-Baptiste de Belleville.
Alors, la plupart des Français ignoraient le ramadan.
Une génération après les choses ont bien changé.


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Belleville, Paris, 1976 Belleville, Paris, 1976
Belleville,
Paris, 1976
Belleville,
Paris, 1976

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Textes extraits de
De Harlem à Téhéran,
1953-2004. Cinquante années de journalisme

paru aux éditions L'Harmattan en 2006