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Algérie
Les deux articles sur le Sahara ont été publiés dans
Le Monde en 1959.
Alors, la guerre qui se déroulait dans l'Algérie du nord
n'avait pas encore touché le désert.
Le Sahara était toujours présenté comme une terre
française, une terre riche depuis que
le pétrole jaillissait à Hassi Messaoud, devenu le lieu
où la France magnifiait sa puissance
et sa richesse. Dans la guerre d'Algérie le nom d'Hassi Messaoud
sonnait comme une victoire.
Le FLN qui se battait pour l'indépendance ne pouvait y pénétrer.
C'était la position officielle. J'ai vu le contraire. Cet article
révèle la présence du FLN sur le champ pétrolifère
au Sahara.
"Printemps aux frontières" est un reportage que je fis
en Tunisie et au Maroc dans les camps de réfugiés algériens.
Les Français avaient fait une opération "terre brûlée"
le long des frontières algériennes pour empêcher le
ravitaillement en armes du FLN à partir des pays voisins. Ce reportage
a été publié dans une brochure diffusée clandestinement
en France.
Henri Curiel était un Juif égyptien, communiste, militant
révolutionnaire. En France, dès le début de la guerre,
il organisa les réseaux de soutien aux militants algériens
recherchés par la police. J'ai eu la chance de le rencontrer et
de travailler avec lui.
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| Camp FNL, Algérie, 1958 |
Sahara, Algérie, 1974 |
États-Unis
De l'autre côté de la nuit ouvre ce chapitre.
Bien qu'écrit en 1970, il est placé en tête parce
que c'est l'essai qui récapitule ma perception des États-Unis
dont l'idéologie mêle le rêve et la réalité.
Viennent ensuite mes premiers articles de 1953.
Je suis allé aux États-Unis, pour la première fois
en 1951. Alors les États-Unis, ou plutôt l'Amérique
était loin. Il fallait dix-sept heures de vol au quadrimoteur d'Air
France pour rejoindre New York depuis Paris. Plus que les heures de vol,
l'écart entre les deux sociétés mettait l'Amérique
très loin de nous.
En 1951 la France encore convalescente des blessures de la guerre vivait
chichement.
Intacte, en pleine santé, l'Amérique qui venait de rendre
au monde la liberté, pouvait encore être rêvée
comme elle l'avait été par des millions d'émigrants
au XIXe siècle. C'était l'Amérique d'Eisenhower.
La pauvreté, l'exclusion, la misère n 'envahissaient pas
toute la ville ; elles se limitaient à des quartiers précis
; les ghettos noirs ne débordaient pas. Assurée d'elle-même,
elle vivait tranquille et calme. Famille, Église encadraient une
société largement puritaine. La bannière étoilée,
toujours respectée, faisait l'objet d'un culte.
Cependant de puissantes tempêtes devaient se lever qui ébranleraient
cette Amérique.
Le Mouvement pour les Droits civiques fut la première. Les fils
et petits-fils d'esclaves
se mirent en route. On les appelait Negroes, ils se nommèrent Black,
puis Afro-americans. Chaque changement de nom frappait la société
comme des coups de boutoir. Les marches des Noirs, l'assassinat de Martin
Luther King en 1968, les ghettos qui flambaient, la fondation des Panthères
Noires et le Pouvoir Noir (Black Power) furent les étapes de ce
mouvement.
À la fin des années soixante la jeunesse américaine
se révolta à son tour en commençant par la Californie.
Il y eut le Women's Lib, il y eut la révolution sexuelle, de toutes
parts la société puritaine était provoquée.
L'opposition à la guerre du Vietnam déchira l'Amérique.
Une immense protestation se développa sur les campus. Les jeunes
qui allaient être appelés sous les drapeaux se jetèrent
dans la lutte politique. La guerre engendra une résistance active.
On pénétra dans le Pentagone ; on y brûla des fichiers
de mobilisation ; on siffla le Président Nixon le jour de son Inauguration
en 1972 ; on ridiculisa le drapeau, on l'insulta, le déchira. Ce
furent des années folles. Uncle Sam et Bank of America étaient
agressés jusque dans les églises.
La plupart de ces articles couvrent cette période de turbulence.
Les reportages, les chroniques, les portraits sont donnés dans
l'ordre chronologique.
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| Harlem, New York, |
Alabama, Etats-Unis, 1976 |
Harlem, New York, Etats-Unis, 1967 |
Harlem, New York, Etats-Unis, 1973 |
Iran
À la fin des années soixante-dix l'Ayatollah
Khomeiny, qui allait devenir le Guide
de la Révolution iranienne, était réfugié
à Neauphle-le-Château près de Paris dans
les Yvelines. J'allai le voir, je l'interviewai.
J'étais introduit par de jeunes Iraniens dont j'avais fait la connaissance
à Paris.
À Téhéran, une révolution se mettait en marche.
Des foules immenses, pratiquement sans armes, au nom de Dieu, déferlaient
dans les rues. Le seul cri de Allah Akbar faisait chanceler la dictature
du Shah. C'était nouveau, c'était fascinant, c'était
l'irruption du religieux
dans le champ politique.
En 1979, l'Ayatollah Khomeiny s'envola dans un avion d'Air France pour
Téhéran. Deux cents journalistes de la presse internationale
l'accompagnaient. J'en étais.
Le retour de l'Ayatollah, descendant du ciel sur la terre iranienne, fut
vécu comme
un événement tenant à la fois du politique et du
surnaturel. Une foule innombrable entourait l'aéroport. Des interprètes
accueillaient les journalistes. J'étais avec le groupe de la presse
française : Le Monde, Le Figaro, Paris-Match, etc.
J'étais, moi, accrédité par Témoignage Chrétien.
Mais qui pouvait connaître TC, ici, dans la foule de Téhéran
? L'interprète, lui seul : "TC ? me dit-il, je connais, je
le lisais quand j'étais réfugié en Algérie",
et il m'embrassa.
Il me logea. Nous allions devenir de grands amis. Nasser Soltani et sa
femme Azadeh connaissaient tout le monde à Téhéran.
Ils retrouvaient les réfugiés politiques qui, comme eux,
rentraient au pays pour vivre les journées révolutionnaires.
Parmi eux, Bani Sadr, le futur Président de la République.
J'ai aussi connu le quotidien difficile d'un pays sens dessus dessous,
puis je vis cette révolution qui avait porté tant d'espoirs
se dégrader avec la montée de l'obscurantisme.
Liban
La guerre civile au Liban. Je voulais voir, je voulais
comprendre.
À mon premier séjour je fus accueilli par le Mouvement Social
de Grégoire Haddad,
archevêque melkite émérite de Beyrouth et Jbail. Surnommé
l'évêque rouge par ses adversaires, il fut mis à l'écart
par la hiérarchie catholique pour son attitude et ses actions progressistes
en 1975. Les jeunes Libanais du Mouvement Social, fondé en 1961,
œuvraient pour un Liban démocratique et laïc. Ils travaillaient
ensemble, et l'on ne savait pas qui était chrétien ou musulman.
Ils maintinrent ce cap aussi longtemps que possible dans Beyrouth
en ruines.
Je suis retourné souvent au Liban pendant la guerre. J'ai connu
ce pays coupé du monde,
à l'écart de l'actualité mondiale, enfermé
dans la peur. Avec ceux qui refusaient
le cloisonnement, j'ai traversé les frontières qui séparaient
les communautés.
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Chatila, |
Beyrouth, Liban, 1972 |
Damour, Liban, 1977 |
Damour, Liban, 1978 |
Égypte
Il fallait connaître l'Égypte ; le grand pays arabe à
côté du Proche-Orient. J'ai eu la chance
de pouvoir y faire de longs séjours dans les années 85 à
95. J'ai fréquenté les Cairotes,
j'ai aimé leur ville animée, agitée et toujours accueillante.
J'ai également approché
les paysans du Delta.
Moubarak, président, dirigeait un régime dur, répressif,
et sa police, dans les rues, était nombreuse. Mais la parole était
libre, la critique possible, cas unique peut-être dans les pays
arabo-musulmans.
Du Nord au Sud, j'ai été conquis par la gentillesse de ce
peuple souriant et chaleureux.
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| Le Caire, Egypte, 1990 |
La Mosquée Ibn Tulun (876-879), Le Caire, Egypte, 1988 |
Canal de Suez, Egypte |
Irak
J'ai connu l'Irak au temps de sa splendeur, dans les années soixante-dix.
Saddam Hussein, Président de l'Irak n'était pas le dictateur
qu'il allait devenir. Sous
l'impulsion du Parti Baas, arabe, laïque et socialiste, l'Irak était
devenu un immense chantier. Des industriels de tous pays y travaillaient,
le désert irrigué refleurissait, tous les enfants étaient
scolarisés. On ne disait pas d'abord chiites, sunnites, chaldéens,
on disait plus simplement : Irakiens.
Puis j'ai vu l'Irak au temps du malheur après la première
guerre américaine, dans les années quatre-vingt dix.
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| Mossoul, Irak, 1976 |
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L'Irlande
Les troubles et la guerre en Irlande du Nord.
J'étais à Belfast quand tout a commencé avec les
premiers pogroms de l'été 1969.
J'y étais aussi quand la paix s'installa au milieu des années
90.
J'ai vu, j'ai suivi, la longue marche du peuple irlandais, que l'on appelle
catholique,
vers sa reconnaissance. Méprisés, ignorés depuis
la création de l'Ulster en 1922, les Irlandais catholiques n'avaient
pas de place dans l'Ulster protestante. Exclus de la vie politique,
avec la restriction de leur droit de vote, et des grandes institutions
comme l'université,
en marge de la vie économique, les catholiques étaient tenus
pour rien.
À l'image des Noirs américains, les Irlandais catholiques
réclamèrent d'abord les droits civiques. La répression
violente des protestants britanniques amena les Irlandais
à se radicaliser et à se regrouper, d'abord autour de deux
grands partis : le SDLP (Social Democratic Labour Party) et le mouvement
républicain réclamant l'indépendance de l'Irlande,
avec Sinn Fein surgi lors du soulèvement de 1916 à Dublin.
L'IRA constituait la branche armée de Sinn Fein.
Cette guerre de trente années fit un peu plus de 3500 victimes
pour une population
d'un million et demi d'habitants.
Aujourd'hui les Irlandais catholiques sont reconnus citoyens à
part entière, au même titre
que les Protestants britanniques ; chez eux en Ulster comme dans toute
l'Irlande.
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| Derry, Irlande du Nord, 1972 |
Belfast, Irlande du Nord, 1970 |
Derry, Irlande du Nord, 1972 |
Belfast, Irlande du Nord, 1976 |
Paris et autres...
En 1975 la télévision canadienne m'avait commandé
un reportage sur les musulmans
en France. Je l'ai fait à Belleville et à Ménilmontant.
Comme aujourd'hui les musulmans
y étaient nombreux.
Écrire en 1975 que l'islam était la deuxième religion
en France faisait choc. J'ajoutais que cette religion était en
quelque sorte clandestine. Hormis la grande mosquée de Paris dans
le 5e arrondissement, les musulmans n'avaient pas de lieu de prière.
Ils se rassemblaient
les vendredis dans des locaux de fortune, parfois dans des chapelles prêtées
ou données
par des paroisses, ainsi à Saint-Jean-Baptiste de Belleville.
Alors, la plupart des Français ignoraient le ramadan.
Une génération après les choses ont bien changé.
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| Belleville, Paris, 1976 |
Belleville, Paris, 1976 |
Textes extraits de |