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C'est par une donation de son fonds photographique que Georges Baguet
a souhaité mettre un terme à quarante années de reportage.
La Bibliothèque de Lyon qui conserve déjà de nombreuses
collections photographiques accueille avec intérêt ce don
: témoignage historique et social de la deuxième moitié
du XXe siècle.
Ce fonds, constitué de négatifs, diapositives, tirages sur
papier, retrace en grande partie les problèmes des minorités
notamment au Proche-Orient, en Amérique du Nord, en Irlande, en
Afrique du Nord… mais aussi en Europe, avec Paris
et ses quartiers populaires ; ainsi Georges Baguet a centré son
travail photographique sur ce que nous appelons
les Tiers-mondes.
Journaliste free-lance, Georges Baguet est aussi écrivain et grand
reporter. Mais l'homme est surtout généreux. Plus que l'événement
lui-même ce sont les gens, les populations qu'il souhaite connaître,
dont il cherche à se rapprocher, que ce soit par l'écriture
ou par la photographie.
Depuis les années 70, il voyage beaucoup : les journaux lui demandent
d'être présent là où l'actualité bouscule
le monde ; en 1979, il est dans l'avion qui ramène Khomeiny en
Iran. Il assiste à la révolution, photographie, tel un documentariste,
la force de l'Islam dans le nouveau champ politique du pays. Il connaîtra
aussi l'Irak de Saddam Hussein, puis le pays défait après
la première guerre du Golfe.
Georges Baguet saisit avec intelligence les regards, les gestes ; ses
photographies révèlent le sens profond des faits historiques,
notamment au Liban où s'affrontent chrétiens et musulmans,
ainsi qu'en Irlande du Nord où catholiques irlandais et protestants
britanniques se font la guerre.
Aux États-Unis, il veut connaître et comprendre la minorité
noire, rencontre Angela Davis en prison, se lie avec l'écrivain
James Baldwin, connaît les Black Panthers. En observateur lucide,
son travail atteste des conditions de vie des Noirs tout autant que de
leur volonté de combattre l'injustice. Dans ce climat tendu, la
confiance naît avec les populations locales ; l'homme est des leurs
et cela se voit, les enfants lui sourient, les adultes l'invitent. Il
retournera aux États-Unis plus tard et reverra ceux qui sont devenus
ses amis.
Georges Baguet est un pacifiste, réaliste et objectif. Son indéniable
éthique, son enthousiasme tentent de réconcilier l'homme
avec son prochain, nous invitant à une prise de conscience altruiste,
à une autre relation au monde. On approche de l'anthropologie.
Ses photographies instaurent un dialogue, loin des clichés et du
voyeurisme ; elles nous offrent à l'encontre du sensationnel une
proximité avec une humanité en déroute, pauvre, dépossédée,
souffrante mais qui n'est pas sans beauté.
L'objectif de Georges Baguet a su magnifiquement saisir les diversités
sociales et culturelles, nous restituant l'homme dans sa dignité
essentielle ; sa donation nous offre d'authentiques rencontres d'un monde
en devenir.
Sylvie Aznavourian
Cafés amers au Liban Éditions du Cerf, 1985 Louisville, Kentucky Belfond, 1990 Le miroir allemand Éditions Desclée de Brouwer, 1996 Lumières sur Saida Éditions Desclée de Brouwer, 1996 Irlande, la rebelle, Belfast, 1969-1999 L'Harmattan, 2002 De Harlem à Téhéran, 1953-2004 : Cinquante années de journalisme L'Harmattan, 2006 |