L'école reconnaissante à ses fils les plus méritants


Fablier en Vers


Vie de la Bienheureuse
Germaine Cousin


Fleurs Historiques et Littéraires


Ferdinand et Isabelle


Ma Tante Jacqueline
ou un Dévouement


Voyages d'Agnès Merton
ou la petite naturaliste


Tobie ou La Bonne Education Récompensée

La distribution de livres de prix, accompagnée parfois d’estampes ou d’images, aux élèves les plus méritants, telle qu’elle a été pratiquée jusqu’à la seconde moitié du XXe siècle, a pris son essor au début du XVIIe siècle dans les grands collèges jésuites, grâce à l’achat des livres offerts par les plus hauts personnages de la province ou de la ville. A cette époque, cette cérémonie n’est ni une pratique générale ni même annuelle dans ces établissements. Elle fluctue en fonction des libéralités des généreux donateurs. C’est seulement à partir des année 1730-1740 qu’elle se généralise et tend à devenir régulière et organisée.

Dans son traité sur l’éducation des filles publié en 1687, Fénelon est sans doute le premier auteur à envisager la problématique du livre de prix lorsqu’il souhaite que les enfants puissent recevoir un livre bien relié, doré même sur la tranche, avec de belles images et des caractères bien formés. Le voeu de l’Archevêque de Cambrai ne sera entendu et exaucé qu’un siècle et demi plus tard avec l’apparition spectaculaire en 1840, du livre de prix dont la reliure dite d’éditeur, ou cartonnage d’éditeur, fait passer brutalement et massivement l’habillage des livres pour la jeunesse, de l’ère artisanale à l’ère industrielle.

Si dans un premier temps, le livre de prix copie plus ou moins maladroitement les reliures précieuses des volumes de poésie et des almanachs, l’emploi d’une nouvelle matière, la percaline, permet de frapper sur le premier plat une couronne de feuilles de laurier et de chêne au centre de laquelle, l’institution scolaire, privée ou publique, fait graver son nom en lettres d’or. C’est Alfred Mame (1811-1893), libraire à Tours, qui donne ses lettres de noblesse au livre de prix tant au niveau de la variété des matériaux employés pour la fabrication des ses livres, de la luxuriance étourdissante de la décoration que de la pléiade d’auteurs prolixes aux multiples pseudonymes.

Mais ces livres qui croulent sous les ors, les arabesques et la rocaille sont-ils des livres pour être lus ? Ont-ils même un contenu ? L’examen attentif du catalogue général de la Bibliothèque Nationale fixe bien les priorités de la politique éditoriale de l’époque, à savoir : la religion, la morale, le goût du travail et le respect de l’ordre établi... A première vue, rien qui donne envie aux enfants de plonger immédiatement dans ces livres une fois la cérémonie de la distribution achevée, alors que les vacances d’été promettent bien d’autres évasions... L’état de fraîcheur du contenu des livres de prix que l’on rencontre aujourd’hui, plus d’un siècle après leur publication, confirme que la plupart d’entre eux ne furent jamais lus. Il est vrai que leur statut hybride, moitié icône, moitié objet, témoin privilégié d’une journée mémorable et harassante, a sans doute tétanisé plus d’un enfant ; la lecture subie tout au long de l’année scolaire se métamorphosant alors avec brutalité en lecture plaisir.