La sagesse avait alors un prix, le prix d'une image


Le Fouet.

Aujourd’hui, saturés d’images de toutes sortes et de plus en plus virtuelles, nous avons totalement oublié le temps où l’image devait se mériter, véritable monnaie d’échange, voire de chantage - tant dans la famille qu’à l’école - pour une bonne action ou un mérite scolaire. La sagesse avait alors un prix, le prix d’une image qui devint au fil des siècles, de plus en plus sophistiquée techniquement et artistiquement.

Au moment précis où les enjeux croisés du mérite et de la punition animent à nouveau le débat public, il n’était pas sans intérêt d’essayer d’envisager, par une sélection de quelques 60 pièces sur les 300 exposées, comment et avec quels supports, il avait été répondu à cette problématique d’une société moderne qui commençait à s’organiser et qui avait parfaitement compris le pouvoir de l’image.

Une autre piste proposée par cette exposition, organisée d’après les collections du Fonds Michel Chomarat de la Bibliothèque Municipale, qui rassemblent plusieurs milliers de pièces, est que l’image « donnée en récompense » étend son emprise, au milieu du XIXe siècle, au livre, avec les cartonnages romantiques offerts aux écoliers vertueux et méritants, où le premier plat de reliure par son décor exubérant fait fonction d’icône populaire, et vampirise totalement le contenu qui n’est alors plus qu’un prétexte de récompense.

Conscient de la fragilité extrême de ce patrimoine éphémère et occasionnel, peu présent dans les institutions car destiné, à priori, à ne pas être conservé, Michel Chomarat a tenu à collecter ces « printed ephemera », s’inscrivant ainsi dans la démarche des Arts et Traditions Populaires inaugurée par Georges-Henri Rivière.