Dans son "Chemin de la
Perfection", Thérèse d’Avila, indique le
parcours à suivre : Voici un moyen qui pourra vous aider. Ayez soin
d’avoir une image ou une peinture de Notre-Seigneur qui soit
à votre goût.
Mais quelle image ?
En 1745, Benoît XIV est le
premier Pape qui fixe les modes de représentation de
Dieu et de la Sainte Trinité. A l’origine de cette
intervention, il y a la diffusion d’images qui reprenait une
iconographie présente dans les vies illustrées
de Sainte Thérèse d’Avila, figurant l’Esprit
Saint sous la forme d’un bel adolescent... C’est une moniale
d’Augsbourg, Crescence de Kaufbeuren, qui à la suite
d’une vision, avait fait peindre sous cet aspect pour le
moins ambigu, la Sainte Trinité. Sa réputation
de sainteté avait ensuite favorisé la
circulation parmi les fidèles d’images pieuses avec
le même sujet. Bien avant, au XVIe
siècle, lors de sa vingt-cinquième session, le
Concile de Trente avait tenté de fixer quelques
règles dans un Décret sur l’invocation, la
vénération et les reliques des saints et sur
les images sacrées.
Lorsqu’on étudie la
thématique de l’imagerie dévote, on reste
frappé de l’importance numérique prise par les
« saintetés » ; selon J.-C. Schmitt, cela
s’explique parfaitement, car les saints étaient des
médiateurs privilégiés entre les deux
mondes : l’ici-bas et l’au-delà. Si leur
séjour était auprès de Dieu, leur
corps, près duquel affluaient les prières, les
offrandes, et toutes les misères du monde, restait
sur terre. Leurs reliques étaient ici-bas comme des
parcelles de l’au-delà offertes à la
vénération des vivants.
On est en droit de se demander si ces
images ne sont pas en fin de compte rien moins que de vieux
gris-gris... Si le XVIIe siècle
avait connu des Suites de Saints comme celles,
célèbres d’un Jacques Callot où se
déroulaient le calendrier des saints dans son ordre
liturgique, et la méditation des scènes de
leur vie, jour après jour, il n’en est rien des
saintetés offertes sous la Restauration. Ce ne sont
alors que des feuilles sans ordre apparent où se
succèdent dans leur cadre conventionnel
délimitant un espace sacré, prêts
à la découpe en fonction de l’urgence, les
saints et saintes revêtus de leur attributs
traditionnels qui permettent à tout un chacun de les
reconnaître et d’avoir ainsi une relation
privilégiée avec eux.
Si les plus anciens côtoient de
nouveaux venus, le peuple à qui ces images sont
destinées a-t-il une idée de la vie de ces
saints ? En fait, les invoquer paraît plus simple que
de les imiter. Ce qui frappe c’est la
longévité de ce type d’imagerie, cette
floraison qui apparaît sous la Restauration se
poursuit à Paris jusque vers 1840 suivie d’une
production surtout provinciale tout au long du
XIXe
siècle. A côté des saints et saintes,
apparaissent toujours la Vierge Marie et le Christ,
accompagnés parfois d’un texte pour aider à la
méditation. Parfois les imagiers s’emballent, le
Christ côtoie alors Jacquard, le papier se transforme
en soie, et Ignace de Loyola laisse sa place à un
Rudolph Valentino élevé à la
sainteté par des admiratrices orphelines à qui
la confusion des repères a fait perdre tout sens du
sacré.