Si Lyon a toujours eu une
réputation incontestée de ville de
l’imprimerie et ce dès le XVe
siècle, son apport à l’histoire de l’imagerie
populaire est moins évident et il faudra attendre le
XIXe siècle
pour voir se développer, notamment à la
Guillotière, une véritable industrie avec ses
propres réseaux de distribution.
Nous savons, grâce à
Aimé Vingtrinier, lui-même imprimeur,
témoin oculaire en 1860, qu’il se trouvait
près de l’Eglise Saint-Nizier une allée des
images, allée qui devait disparaître lors des
travaux d’aménagement du centre de Lyon,
effectués par le Préfet Vaïsse :
Nous avons vu donner
aujourd’hui le premier coup de pioche à
l’Allée des Images, si pleine de paniers, de cartons,
de figures enluminées de la fabrique de Metz ou
d’Epinal. Pauvre Allée des Images, qui te remplacera
? Où retrouverons-nous Damon et Henriette, le Juif
errant, Geneviève de Brabant, Ledru-Rollin, Lamartine
et Garibaldi ? Pauvre Allée des Images qui ne
regrettera tes dalles glissantes, ta couleur locale et tes
souvenirs variés ?
Si l’allée des images proposait
au badaud un vaste choix d’imagerie profane, il en
était autrement à Fourvière. Dans son
livre Mon frère et
moi, Ernest Daudet
évoque le souvenir des images qui s’offraient
à sa vue, au long des devantures, en 1849, quand, le
dimanche, il accompagnait son frère Alphonse à
Notre-Dame de Fourvière : Des couronnes d’immortelles et de jais, des
cierges en faisceau se balançaient au vent,
heurtaient les murailles tapissées d’estampes
grossièrement enluminées. Ces estampes
représentaient des scènes du Nouveau
Testament, des portraits de Saints, des allégories
mystiques, le « Miroir de l’Ame occupée par le
péché », ce qui s’exprimait par un coeur,
au centre duquel un diable se tenait assis sur un
trône, sceptre en main, avec des porcs à ses
pieds...
C’est en 1840 que le commerce de
l’imagerie prit à la Guillotière une
importance prépondérante. Barella, Bernasconi,
Gadola, Ponty, ainsi que plusieurs éditeurs venus du
Tessin s’installèrent Grande-Rue, place du Pont, rue
des Trois Rois, rue de l’Epée, cours de Brosses,
actuellement cours Gambetta. Comme l’indique la plupart des
estampes parvenues jusqu’à nous, tous ces imagiers
furent également fabricants de cadres. Si l’imagerie
lyonnaise du milieu du XIXe siècle
mérite une appellation distincte, la
désignation d’imagerie de la Guillotière est
le terme générique le mieux approprié
pour englober la plupart des lithographies
éditées à Lyon. Car la
Guillotière, alors commune indépendante,
était le centre de l’imagerie populaire, comme le
quartier de la rue Saint-Jacques fut celui de l’imagerie
parisienne.
A part quelques très rares
planches à sujet galant, que nos lithographes prirent
grand soin de ne pas signer, l’imagerie à Lyon se
caractérise essentiellement par ses aspects
religieux, familial, virginal et édifiant. Il n’est
pas étranger à cette pruderie iconographique
bien lyonnaise, que le rayonnement de Notre-Dame de
Fourvière et du Curé d’Ars ait pu avoir de nos
jours un écho si grand à travers le
monde.