Dans l’imagerie
dévote, la figure emblématique du coeur qui
trouve sa source dans le martyre du Christ, a une place bien
particulière, et débute par la relation de
l’apôtre Jean : Arrivés à Jésus, les
soldats le trouvèrent mort, ils ne lui
brisèrent pas les jambes, mais l’un des soldats, de
sa lance, lui perça le côté et
aussitôt il sortit du sang...
Au cours des siècles, la
symbolique du coeur meurtri de Jésus a
évolué et, de la représentation du
Christ crucifié au coeur ruisselant de larmes de
sang, on est passé aujourd’hui, au Coeur Sacré
de Jésus cliniquement exhibé et organiquement
montré.
C’est au XIIIe
siècle, que la dévotion au Coeur Sacré
de Jésus s’intensifie grâce à la
première vision attestée du coeur que relate
Sainte Lugarde d’Aywiers dans un dialogue
étourdissant avec le Christ : Que demandes-tu,
lui dit-il, Je veux votre
coeur, répond-elle,
Et moi, je désire encore
plus ton coeur... Par la
suite, de nombreuses mystiques suivent Sainte Lugarde et une
liturgie adaptée à ce culte à base de
mystères, de prières et de poèmes se
constitue rapidement à travers toute l’Europe en
direction de la piété populaire.
Pour accompagner cette
piété naissante, l’imagerie consacre,
dès le XVIe
siècle, de louables efforts en faisant appel aux
meilleurs artistes de l’occident chrétien. Cela est
sans doute insuffisant et il faut attendre les trois visions
du Christ de Sainte Marguerite-Marie Alacoque à
Paray-Le-Monial entre 1673 et 1675 : Voici ce coeur qui a tant aimé les
hommes ; toi, du moins, aime-moi... pour que le rayonnement de la dévotion
du Sacré Coeur se répande
définitivement, y compris par l’image. Son support
est un dessin du coeur réalisé le 15 Septembre
1686 par Marguerite elle-même et qui deviendra
l’emblème du pèlerinage de Paray-Le-Monial.
Les Jésuites persuadés de la force
médiatique contenue et véhiculée par
cet emblème aideront, à leur tour, au
succès du Sacré-Coeur, qui ne s’est jamais
démenti depuis.
Aujourd’hui, on ne compte plus les
images du Sacré-Coeur, la diversité de leurs
motifs et des supports employés par les imagiers. On
reste ébahi devant tant d’imagination pour
représenter le Christ et la rhétorique qui
l’accompagne, mélange ambigu d’amour, de crainte, de
culpabilité et de soumission. L’identification de la
France au Sacré-Coeur qui commence avec la guerre de
1870 et qui se poursuit de nos jours, n’est que le dernier
avatar d’une très longue histoire qui commença
au Golgotha.