Il semble que la
création d’une image destinée à des
enfants soit une chose assez simple. En
réalité, rien n’est plus compliqué. La
principale préoccupation qui s’impose est de garder
à l’image son caractère de récompense.
Pour que l’enfant souhaite gagner le bon point et fasse les
efforts nécessaires pour le mériter, il faut
que ce bon point présente à ses yeux un
attrait suffisant ; il faut qu’il soit pour lui un objet de
convoitise. C’est à cette condition seulement, que
l’image promise devient un stimulateur au travail et
à la bonne conduite. Il est, par conséquent,
indispensable que l’enfant trouve l’image belle. Il importe,
en outre, que le sujet en soit facilement compris par sa
petite intelligence, et qu’elle puisse de suite en saisir
l’intérêt.
Il faut se pénétrer des
goûts de l’enfant, lui parler toujours un langage
qu’il comprend, ne lui présenter jamais que des
images qui l’intéressent et s’abstenir soigneusement
de mettre son intelligence aux prises avec des oeuvres trop
parfaites, dépassant la puissance de son jeune
intellect. Ce point acquis, il faut que l’image concoure,
dans une certaine mesure, à l’éducation de
l’enfant. Il faut qu’il résulte de sa contemplation
un enseignement utile, mais que l’enfant ne doit pas
soupçonner.
Soit qu’elle raconte un fait
historique important, soit qu’elle lui révèle
le nom, la figure et la vie d’un homme illustre, soit
qu’elle développe en lui les instincts militaires et
qu’elle le familiarise avec ses futurs devoirs de soldat, de
citoyen ou d’homme du monde, soit enfin qu’elle se borne
à résoudre d’une façon attachante un
problème d’histoire naturelle ou de
géographie, l’image doit avoir toujours un
caractère moral et éducatif et sa
contemplation doit développer chez l’enfant des
idées saines, généreuses, l’inciter au
respect de l’humanité, à l’amour de la patrie,
au culte de la science.
Et ce n’est pas tout. Le bon point, en
tant qu’image, doit remplir encore un autre rôle.
C’est à lui qu’incombe le devoir de familiariser
l’oeil inexpérimenté de l’enfant avec
l’association heureuse des couleurs, avec les formes
harmonieuses et correctes des objets
représentés, avec les proportions normales du
corps humain. Pour cela, il faut qu’elle frappe son
imagination, provoque en son cerveau des comparaisons
instructives et l’aide à se débarrasser de ces
formules en quelque sorte innées qui suffisent
à l’homme durant les premières années
de sa vie pour interpréter grossièrement la
nature ...
(Extrait des Rapports et
procès-verbaux de la Commission de la
Décoration des Ecoles et de l’Imagerie Scolaire, en
1881).