1979 : Au cours d’un périple photographique aux USA, j’ai photographié à San Francisco les quatre premières « nonnes » du « couvent » local des Sisters of Perpetual Indulgence. Les SPI militaient contre l’intolérance religieuse si radicale aux USA, pour expurger le complexe de culpabilité incrusté dans les consciences des hommes. « To ban guilt » était leur slogan ! Ce groupe de travestis comblaient mon regard photographique et mon irrévérence anti-religieuse.
1981-1983 : Je fus amené à travailler pendant deux ans consécutifs dans cet extraordinaire laboratoire californien qu’est San Francisco. J’habitais Haight Asbury, le berceau des révolutions de la fin des années soixante (Hippisme). Le « couvent » s’était considérablement développé et manifestait politiquement en toutes occasions, J’ai documenté toutes les « apparitions » du groupe et j’ai écrit son histoire. Ce travail a été distribué par l’agence Sipa de 1984 à 1987 et a donné lieu à une exposition à la Fondation Nationale de la Photographie en 1987 à Lyon.
Etés 1984-1987-1989-1993-1996 : A partir de 1984, j’ai décidé de « mettre en scène » les nonnes iconoclastes. J’avais tout dit en matière de reportage : il fallait passer à une autre approche pour traduire artistiquement la tragédie en cours. Sans faire un jeu de mots facile, ce travail photographique n’est pas gai et le monde gay n’est pas mon sujet de prédilection mais avec le Sida, la relation entre Eros et Thanatos devenait visible dans un Occident qui avait oublié les grandes pandémies qui ont jalonné son histoire. Alors que je pratiquais la photographie depuis une décennie j’estime que ces travestis, en ces années terribles, m’ont véritablement forgé en tant qu’artiste. Mes images ont suscité maintes insultes proférées envers les modèles et leur photographe mais il a parallèlement provoqué de grandes émotions au cours d’importantes expositions.
Un diplôme de fin d’études de Sciences Politiques a été écrit sur le mouvement des SPI et mon approche photographique : « Un regard photographique sur un groupe de pression » par Karine Dumaine sous la direction du professeur Baldous / IEP Aix en Provence : 2000-2001.
Un fonds d’archives est déposé à la BM de Lyon, centre de ressources sur le genre (Gender Studies), fonds composé de la copie du mémoire cité supra, de tracts, d’affiches, de courriers relatifs à la militance des SPI de San-Francisco entre 1982 et 1990, d’articles et de dossiers de presse liés aux expositions de mes photographies.
Jean-Baptiste Carhaix, Lyon, janvier 2009.
Liste des institutions possédant des tirages relatifs à ce travail photographique :
Sites
Galerie Vrais Rêves de Lyon
Ministère de la culture
En juin 1982, les SPI participent à la création de la première fondation d'entraide aux victimes du Sida : la Kaposi Sarcoma Foundation. À cette époque, la maladie ne porte pas de nom scientifique, on ne la nomme que par ses manifestations opportunistes. Cette première fondation, un petit bureau de cinq volontaires, porte le nom d'un cancer : le sarcome de Kaposi dont une des Bonnes Soeurs est atteinte : "Sister Florence Nightmare Registered Nurse" (Bobby Campbell). Bobby organisera par la suite les premiers malades en défilés protestataires dans toutes les villes des USA. Il les regroupe dans l'association People with Aids Alliance (PWAA) A sa mort, en août 1984, Newsweek lui consacrera une couverture. Les SPI publient à cette occasion le premier pamphlet sur le Safe Sex (« Play Safe ») car on suppute que la maladie se transmet sexuellement. La KS Foundation est l’ancêtre de l'AIDS Foundation de San Francisco.
Extrait de La véritable histoire des SPI / Jean-baptiste Carhaix : 1993.

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Photographies mises en ligne avec l’aimable autorisation
de l’artiste.
Responsable des collections photographiques : Sylvie Aznavourian.
Numérisation effectuée par Didier Nicole.