![]()
En 1992, le collectionneur Michel Chomarat déposait à la
Bibliothèque
municipale de Lyon (BmL) un important fonds constitué d'affiches,
estampes, imprimés, archives… anciens et modernes. Bien que
couvrant différents domaines, ce fonds dispose d'une importante documentation
concernant l'homosexualité.
Voir Les collections
En 2002,
eurent lieu à la BmL les premières Assises de la Mémoire
Gaie, à l'initiative de Michel Chomarat. Ces rencontres, devenues gay
et lesbiennes, ont désormais lieu chaque année au printemps
au sein de la Bibliothèque et abordent plus largement les questions
dites « LGBT » : lesbiennes, gay, bi, trans… La
liste de celles et ceux qui, pour diverses raisons, ne satisfont pas aux
normes actuelles de genre ou de sexualité reste ouverte : on
pourrait dores et déjà ajouter un Q pour queer, et
un I pour intersexe. En mai 2005, la première journée internationale
de lutte contre l'homophobie fut l'occasion d'annoncer le projet municipal
de création d'un centre de ressources documentaires gay et lesbiennes.
En 2006, le conseil municipal votait à cet effet le financement d'un
nouveau poste de bibliothécaire au sein de la BmL, pourvu depuis décembre
de cette même année. Entre temps, durant l'hiver 2005, l'exposition Follement
gay avait donné un premier éclairage à ce
patrimoine refoulé.
Archivage, constitution d'un fonds contemporain « Genre et sexualités » et manifestations
publiques s'inscrivent dans une même dynamique visant comme le
souligne P. Bazin, directeur de la Bibliothèque, à donner « une
visibilité historique à tout un continent d'existences et
de comportements » (TOPO n° 74, nov.-dec.
2005), existences tout à la fois singularisées par la médecine,
réprimées par la loi et effacées de l'histoire officielle.
En d'autres termes, il s'agit de restituer aux personnes exclues leur pleine
citoyenneté et, ce faisant, d'élargir notre perception du
champ social : il est donc bien plus question de déploiement
que de repli.
L’approche en terme de « genre » marque une
nouvelle étape décisive pour le Centre de ressources. Elle
témoigne de notre volonté de conjuguer souci de mémoire
et attention aux évolutions, à la diversité. De la même
manière que désir et affects ne se résument pas à leurs
expressions hétérosexuelles, le vécu gay ou lesbien
ne rend pas compte de l'expérience des personnes bisexuelles, transgenres
(opérant une transition aboutie ou non entre masculin et féminin)
ou intersexuées (de sexe biologique ni mâle ni femelle). Les
origines de la discrimination sont néanmoins les mêmes dans
chaque cas. Sans perdre de vue les repères identitaires appropriés à force
de luttes, nous envisageons également l'hybride et le mouvant chers à la
pensée queer, et auxquels les contours de la norme hétérosexuelle
n'échappent pas.
Voir Qu'est-ce que le genre ?

Porteuse de ce double enjeu, d'une part la nécessité vitale
de mémoire et de visibilité et d'autre part, la réflexion
sur les frontières identitaires, la BmL ne prétend pas se substituer
aux agents sociaux que sont les individus et collectifs oeuvrant sur le terrain,
qu'ils soient médiatiques ou « underground ».
L’invention sociale ne s’accomode guère de l'atmosphère
confinée des silos de conservation. Toutefois, si l'institution tend à figer,
le service public garantit représentativité et transmission.
D'un côté, un potentiel infini d'expérimentations au
risque de l'isolement et de la précarité, de l'autre les moyens
de la pérennité et de la reconnaissance au risque d'une nouvelle
histoire « officielle » normative. Ces deux sphères
d'activité sont donc irréductibles et complémentaires.
Il est sain qu'elles entretiennent une coexistence libre et féconde.
Au-delà de sa mission de conservation, la Bibliothèque municipale
de Lyon, notamment via le Centre de ressources sur le genre, est
un espace particulièrement accessible au cœur d'un réseau
de sociabilité urbain : un espace commun et donc de communication.
Voir Dons et dépôts