L’objectif annoncé de l’Institut franco-chinois de Lyon était la formation d’une élite chinoise susceptible ensuite de bâtir une nouvelle Chine ; le résultat obtenu est, très certainement, supérieur à ce qui était alors escompté. Sur les 473 étudiants (cf. cette liste en format PDF) qui furent officiellement inscrits à l’Institut franco-chinois de Lyon entre 1921 et 1946, un quart d’entre eux ont poursuivi leurs études jusqu’à la soutenance d’une thèse de doctorat. Ces Chinois, devenus docteurs de l’université française, sont ainsi rentrés en Chine munis du diplôme d’études le plus élevé qui puisse alors être obtenu. En effet, si certains étudiants ne sont pas restés très longtemps à l’Institut, n’y demeurant que quelques mois, d’autres y ont été rattachés durant plus de dix années ! Sans oublier tous ceux qui, après un passage à Lyon, se sont ensuite rendus dans d’autres villes de France ou d’un autre pays européen.
Dans un premier temps, le niveau des étudiants, et notamment leur niveau de français, n’a pas produit des thèses de grande qualité. En effet les thèses dont le sujet était en lien avec l’histoire ou la culture chinoise ont au début été assez nombreuses, mais leur utilité n’était pas jugée manifeste, la Chine d’alors ayant plus besoin de scientifiques et de médecins que d’historiens ou de spécialistes de la culture chinoise formés en… France ! C’est vers la fin des années 1920 que le système se réorganise et que les études doctorales menées par les étudiants de l’Institut évoluent, inaugurant une période plus productive et correspondant davantage aux besoins des Chinois. Il n’est pas possible de dresser ici la liste des succès obtenus par les étudiants de l’Institut, citons entre autres :
Plusieurs étudiants de l’Institut ont abordé un domaine alors entièrement nouveau, celui de la radioactivité. Ainsi Zheng Dazhang (1891-1960) et sa thèse Sur la constance du rapport du protactinium dans les minéraux radioactifs, publiée en 1933 sous la direction des époux Curie. A son retour au pays, Zhang Dazhang est le principal promoteur de l’Institut du radium fondé en Chine. Signalons également le cas de Ye Yunli (1904-1984) et sa thèse Recherches sur la radioactivité du samarium, du potassium et du rubidium (méthode de compteur) publiée à Paris en 1935. Son directeur de thèse fut Jean Perrin, prix Nobel de Physique en 1926. Il faut évoquer aussi Yu Binglie (1895-1945) élève de Tony Garnier, considéré comme le premier architecte urbaniste chinois du 20e siècle. Yu Binglie fut un ami de Xu Beihong (1895-1953) et fut chargé des plans de construction de la capitale chinoise d’alors : Nanjing. Mais ce projet n’aboutit pas.
Signalons également Zheng Yanfen (1902-1990) qui fut Ministre de la justice à Taiwan de 1960 à 1967. Enfin, à Lyon, ville de longue tradition médicale, nombre de Chinois de l’Institut étudièrent la médecine et dirigèrent à leur retour dans leur pays des hôpitaux, instituant une sorte de tradition d’échanges médicaux entre Lyon et la Chine, tradition qui se poursuit aujourd’hui. Toutefois, bien d’autres étudiants quittèrent la France sans le titre de docteur, mais en ayant obtenu d’autres diplômes français : licence, diplôme d’ingénieur, diplôme d’art, etc.
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