Les grandes difficultés économiques de l’après première guerre mondiale rencontrées par les étudiants-travailleurs chinois en France ont amené à considérer le Mouvement travail-études comme un relatif échec. Un tel principe supposait que les Chinois trouvent à se faire embaucher dans les usines françaises, ce qui n’a plus été le cas à partir de la fin des années 1920. C’est justement l’échec relatif de ce mouvement qui amène ses promoteurs à envisager une solution alternative. Il s’agit, tout en tirant les conclusions de l’expérience récente, de donner à ce mouvement des études en France une forme plus stable et plus efficace. Et de ces réflexions, naît l’idée de bâtir en France une université chinoise. La première véritable allusion à la création d’une Université franco-chinoise à Lyon date de septembre 1919 lors de la rencontre à Lyon entre le recteur Paul Joubin et Li Yuying (Li Shizeng). Ce dernier agit ici sans aucun mandat officiel de la part des autorités chinoises. Il remet un projet qui trace les grands traits de cette université qui serait une réalisation commune entre la France et la Chine. La France prendrait en charge les bâtiments, susceptibles d’accueillir les étudiants, elle les logerait, les nourrirait et leur fournirait un enseignement particulier, les fonds provenant en grande partie de l’indemnité dite des Boxers (il s’agit de la dette imposée à la Chine par les grandes puissances occidentales et le Japon à la suite du soulèvement des Boxers en 1900 ; plusieurs de ces pays avaient alors déjà transformé cette dette en l’affectant à l’éducation de jeunes Chinois).
Les négociations sont longues et leurs débuts difficiles. Le Ministère français de la Guerre a accepté de céder un fort militaire vacant – le Fort Saint Irénée – et son terrain, afin que l’Université franco-chinoise puisse y être accueillie. Mais plusieurs questions sont à régler : un réaménagement des bâtiments est à prévoir, et surtout, il faut déterminer le cadre juridique de cette université. Chu Minyi représentant des Chinois, engage les travaux grâce à des fonds provenant de Pékin, et avec Maurice Courant (professeur de chinois à l’Université de Lyon) entreprend la rédaction d’un avant-projet destiné à fixer la gestion de cette université. Toutefois, les négociations entre Chinois et Lyonnais sont délicates et tumultueuses. En effet, Li Shizeng, qui est l’un des initiateurs de ce projet, et les représentants officiels de la Chine en France souhaitent que les quelques centaines d’étudiants-travailleurs chinois déjà présents en France mais en grande difficulté économique puissent être accueillis à Lyon, ce que n’envisagent pas du tout les Français. Les malentendus sont si vifs que les Chinois menacent même de transférer cette université chinoise en… Belgique !
Pourtant un accord est trouvé ! Et c’est l’Association universitaire franco-chinoise déclarée officiellement le 3 août 1921 qui sera chargée de la gestion de l’Institut franco-chinois de Lyon. Dans cette association siègent Chinois (Cai Yuanpei, Li Shizeng, Chu Minyi, Wang Jingwei… ) et Français (Maurice Courant, Edouard Herriot, Paul Joubin…). Toutefois, à quelques jours de l’arrivée des étudiants chinois en provenance de Chine le 25 septembre 1921 — dûment choisis par un concours qui a eu lieu à Pékin, Shanghai et Canton — quelque 116 Chinois [je me demande si un lien au PDF listant les manifestants est à mettre ici ou si cela n’alourdirait pas trop… ] venus de Paris et des autres villes françaises convergent à Lyon pour manifester leur désir d’être déclarés étudiants. Ils seront expulsés au début du mois d’octobre 1921 (voir : La Marche sur Lyon).
Un problème sera récurrent durant les 25 années d’existence de l’Institut : celui des finances. Pour certains étudiants payant eux-mêmes leurs frais d’études et de séjour, la question du financement ne se posait pas. Par contre, pour les étudiants boursiers de l'Institut et pour l'Institut franco-chinois lui-même, l'argent et le financement de l'établissement furent des problèmes presque permanents. Le financement de l'Institut était en partie assuré par les gouvernements provinciaux, lesquels n'envoyaient pas toujours à temps les fonds promis et très attendus. De ce fait, la gestion fut toujours soumise aux aléas de la situation économique et politique chinoise. C'est aussi la raison pour laquelle, certaines années connurent une activité très faible avec un contingent réduit ou inexistant d'étudiants. Pour ce qui concerne les étudiants, certains ne purent s'habituer à la vie lyonnaise ou française et restèrent à Lyon seulement quelques mois. Pour d'autres, au contraire, l'Institut franco-chinois a pleinement joué son rôle et réellement constitué une base solide pour des études qui furent réussies. Pour ceux-là, le retour en Chine — après quelquefois plus de dix années passées en tant qu'étudiant de l'Institut — fut souvent à la hauteur de leur réussite universitaire française. Le nombre d'étudiants de l'Institut ayant quitté Lyon après avoir soutenu une thèse d'État en est une preuve.
Durant ces vingt-cinq années d'un fonctionnement difficile, l'Institut franco-chinois de Lyon a très largement rempli sa mission. Mais la France, au lendemain de la seconde guerre mondiale, connaît de très importantes difficultés et fait face à une reconstruction longue et coûteuse. De l'autre côté, la Chine est en pleine guerre civile et s'apprête à faire sa révolution. L'éducation franco-chinoise n'est plus alors au centre des préoccupations des uns et des autres. L'Institut franco-chinois ferme donc définitivement ses portes. Le dernier étudiant (il s'agit de Mlle Shi Zhende) est inscrit en 1946. C’est alors une page d'histoire entre Lyon et la Chine qui s'achève.
Le choix de Lyon Quelles sont finalement les raisons qui ont fait de Lyon le lieu d’établissement de cette Université franco-chinoise ? Elles sont multiples : deux parlementaires lyonnais importants : Marius Moutet (1876-1968) et Edouard Herriot (1872-1957), respectivement vice-président de la Société franco-chinoise d’éducation, et maire de Lyon, sont tous deux très attentifs à ce qui est en train de se jouer dans la nouvelle République chinoise et particulièrement dans les questions d’éducation en France. |
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