A propos de la Bibliothèque municipale de Lyon

Les bibliothèques municipales de la Ville de Lyon sont un service public ayant pour but de contribuer aux loisirs, à l’information, à l’éducation et à la culture de tous.

Retour sur la bibliothèque vivante : des exilés dans la ville

Dans le cadre de l’évènement culturel Démocratie, rêver, penser, agir ensemble, la Bibliothèque a mené une expérience originale et inédite. Elle a souhaité rendre compte de la question des « invisibles » mais également leur donner une voix via la Bibliothèque vivante, qui s’est déroulé le 3 décembre dernier à la Part-Dieu.

Une bibliothèque singulière

Le projet d’une « bibliothèque vivante » repose sur un principe de communication directe. Dans cette bibliothèque sans livres de papier, les livres sont des personnes qui racontent une facette de leur vie, une expérience, une conviction...
Le « lecteur » passe un moment – de dix à vingt minutes – avec un « livre vivant » et découvre son histoire en l’écoutant et en lui posant des questions.

En offrant l’opportunité d’agir dans la société, de prendre sa place, de donner du sens à son vécu, de se valoriser, de prendre un risque, de combattre des peurs et de cheminer dans son expérience, la Bibliothèque vivante permet un pas de plus vers la pleine citoyenneté et l’égalité.
D’origine anglo-saxonne (human library), cette démarche visait au départ la lutte contre les stéréotypes et les préjugés et au-delà, le renforcement de la cohésion sociale en instaurant des rencontres, des interactions, des dialogues entre des individus a priori peu destinés à se rencontrer.

Une première pour la Bibliothèque

La Bibliothèque municipale de Lyon, accompagnée par Alexis Nouss (La condition de l’exilé, FMSH, 2015), a proposé pour la première fois, le 3 décembre dernier, la bibliothèque vivante Des exilés dans la ville avec pour thématique « l’exil » ainsi décrit par Alexis Nouss : « L’exil n’est pas qu’une notion géographique ou politique. D’une manière générale, il désigne l’absence d’un chez-soi permanent et protecteur. Toute personne privée d’un tel droit fondamental peut être considérée en exil : en dehors d’un pays, en dehors d’un tissu communautaire, en dehors d’une norme sociale. Vouloir l’entendre et la comprendre veille à l’exercice d’une démocratie qui ne connaît de frontières, internes ou externes, que pour savoir, lorsqu’il le faut, les ouvrir et accueillir l’autre ».

Ce sont des exilés. Hommes et femmes, jeunes et moins jeunes, certains viennent de très loin, certains du quartier d’à côté. La BM est le lieu pour venir à leur rencontre. Exilés, ils ont tous en commun d’avoir un « chez-soi » précaire, menacé, réduit. Ou inexistant.
Les dix « livres » de la « Bibliothèque vivante Des exilés dans la ville » sont dix personnes expérimentant l’exil dans des cadres différents : la migration, la prostitution, l’internement psychiatrique, la prison, la maladie, le handicap, la précarité urbaine. Si leurs situations sont dramatiquement variées, elles partagent toutes une même condition. Celle de l’exilé. »

À travers l’exemple de la Bibliothèque vivante, on comprend l’importance de l’écoute. Partager son expérience permet de donner un sens à un vécu parfois chaotique. C’est aussi l’occasion d’affronter l’autre, son regard et ses jugements réels ou imaginés, dans un espace où tous les individus sont à égalité. Pour que se tissent des liens, et que vive la démocratie.

Une galerie de portraits
La bibliothèque vivante est une galerie de portraits qui, comme un livre, ouvre vers un monde inconnu. Les profils représentent la diversité et les divers enjeux de l’exil.
Chaque livre a son histoire, personne ne peut lui en dicter une. Il a le contrôle des pages qu’il veut bien dévoiler et il peut le refermer quand il veut.
Les personnes sollicitées ne sont pas des usagers de la bibliothèque : les bibliothécaires ont fait appel soit à des « relais », souvent partenaires de la BmL, soit à des connaissances.
Il est important d’impliquer les bonnes personnes, de les former, de les intéresser aux enjeux et risques du dévoilement et de les soutenir.

Une préparation
Participants « livres » et accompagnant-référents (bibliothécaires), tous ont suivi un programme de préparation, soit un total de cinq séances, deux séances avant l’été puis une par mois jusqu’au 3 décembre.
Cette phase de préparation était nécessaire pour les livres vivants afin de s’approprier le projet, se préparer au dévoilement et au partage de leur vécu, aider à communiquer, affronter les questions, les interrogations, surmonter le stress et désagréments, faire face à des réactions indésirables du lecteur, gérer une intensité de sentiments… sans oublier la rédaction des couvertures des livres affichées dans la « rue » de la bibliothèque.
Les bibliothécaires, quant à eux, devaient comprendre les principes d’action, les valeurs et les savoirs faire qui sous-tendent cette activité nouvelle. Si les livres vivant sont autonomes dans leur témoignage, les accompagnants doivent aussi comprendre les principes et fonctionnement de la Bibliothèque vivante afin de pouvoir soutenir son bon déroulement, sensibiliser et communiquer sur le projet.