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La bande dessinée documentaire ou comment raconter le réel en images

Un genre à part entière

Longtemps associée à la fiction et à l’imaginaire, la bande dessinée se révèle être une manière pertinente de raconter le monde qui nous entoure. La BD reportage ou encore la BD documentaire est née des mains d’auteurs engagés, militants voulant couvrir les conflits armés ou sociétaux. Il s’agit avant tout de témoigner de l’urgence de montrer le réel, de faire réagir et ainsi de mieux appréhender la société dont nous faisons partie.

Il s’agit d’un réel outil pour informer mais aussi pour faire partager une expérience du sensible et du vécu propre à chaque auteur.

→ les précurseurs :

Il serait difficile et très long de faire l’archéologie de l’usage documentaire de la Bande-Dessinée qui trouve évidemment son origine dans le dessin de presse et les revues Bd alternatives des années 60-70. Si l’on peut citer un auteur et un album qui fait date c’est incontestablement Maus de Art Spiegelman.
Art SPIEGELMAN, figure emblématique du courant underground de la bande dessinée des années 1960 et 1970, marque les esprits et obtient en 1992, le prix Pulitzer pour son album Maus. Cette œuvre, aujourd’hui traduite dans une trentaine de langues, retrace la vie de sa famille pendant l’Holocauste entre 1939 et 1945. Il a consacré treize ans de sa vie à cette œuvre qui a su séduire un public bien plus large que les lecteurs de BD.JPEG

L’un des autres pionniers du genre est Joe SACCO, avec la sortie en France en 1993 de son album Palestine aux éditions Rackham. Dans cet album, Joe Sacco nous livre son récit de voyage effectué dans les terres palestiniennes occupées par Israël. Journaliste rigoureux, l’auteur nous propose un travail de terrain richement illustré. Cet ouvrage reste une lecture essentielle pour comprendre les causes et les enjeux de ce conflit.

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→ Les années 2000 et la diversification du genre

Les années 2000 représentent une période charnière. Des publications comme Persepolis de Marjane SATRAPI de 2000 à 2003 ou Rural ! Chronique d’une collision politique en 2001 d’Etienne DAVODEAU marquent une certaine démocratisation et diversification du genre.

La très grande variété de formes narratives (l’essai, l’enquête, le témoignage, le grand reportage, l’autobiographie) permet d’aborder des thématiques très variées comme les missions scientifiques, les carnets de voyages, les récits politiques et autobiographiques ou encore les enquêtes portant sur les dérives financières et bancaires, l’environnement, les scandales politiques...
A l’heure où les images d’information véhiculées par les médias classiques sont associées presque irrémédiablement à la rapidité, au sensationnel et à une actualité instantanée, la BD documentaire permet au lecteur de construire son regard critique et de prendre du recul.

L’augmentantion notable des publications ces dernières années signifie également pour les auteurs et pour les éditeurs qu’un nouveau lectorat est à conquérir. Ce courant qui compte à l’heure actuelle de plus en plus d’auteurs cherche sa légitimité car une de ses caractéristiques principales est cette multi-identité, cette polyvalence de l’auteur. Celui-ci est narrateur, reporter, journaliste, enquêteur et se plaît fréquemment à se représenter lui-même dans son propos, comme si constamment il se devait de prouver son implication, son point de vue sur les choses.

Étienne DAVODEAU écrit ainsi à propos de Joe SACCO :
« En choisissant de se représenter graphiquement au sein de ses propres pages, Sacco revendique sa présence d’auteur aux commandes de son projet artistique. Il signale au lecteur que ce qu’il lui donne à lire n’est que le résultat de son expérience personnelle sur place. [...] Plutôt qu’à une hypothétique objectivité toujours difficile à établir, Joe Sacco confie le destin de son livre à une subjectivité clairement énoncée, qui confère à sa démarche artistique une honnêteté indéniable »
27 Davodeau (Étienne), « Les histoires de l’Histoire », La Nouvelle Revue Française, n° 592, janvier 2 (...)

Et si le succès de la BD documentaire résidait dans sa simplicité ou dans cette volonté d’être honnête avec ses lecteurs ? A la bibliothèque du 2ème, nous aimons la BD documentaire parce qu’elle explique, explore, raconte, dénonce, met en tension, révèle, valorise et surtout elle nous informe ! Nous les affectionnons car elles sont l’écho d’évènements marquants ou de choses que nous ignorons.

Nous pouvons également évoquer l’extension numérique du genre avec le constat d’une explosion des bandes dessinées « numérisées » mises en ligne sur des blogs dédiés. Le web devient alors un terrain de jeu où se côtoient vulgarisation scientifique ( Tu mourras moins bête de Marion MONTAIGNE), prise de position politique ou encore sujets historiques.

La BD documentaire serait-elle en train de vivre son apogée ?

N’oublions pas de citer des incontournables du genre, la revue XXI ou encore la Revue Dessinée lancée en 2013 (projet à l’initiative de Marion MONTAIGNE et d’Etienne DAVODEAU) avec aux commandes Franck BOURGERON, Sylvain RICARD, Olivier JOUVRAY et KRIS.
La dernière-née est la revue TOPO qui décrypte l’actualité et l’information pour les jeunes de moins de 20 ans.

→ Rendez-vous le jeudi 15 décembre à 19h à la bibliothèque du 2ème pour une rencontre autour de la BD documentaire avec la rédactrice en chef de la revue TOPO et la librairie MOMIE située dans l’arrondissement.
Plus d’informations ici

Pour en savoir plus sur les auteurs, nous vous proposons des mini-biographies d’auteurs incontournables :

*Joe SACCO, né à Malte, il vit aujourd’hui aux Etats-Unis. Il a fait des études de journalisme mais il est très vite attiré par la bande dessinée. Il commence par des comics underground, comme Yahoo et War Junkie, où il abordait déjà l’actualité. Puis il publie en 1993 Palestine considéré comme le premier album de bande dessinée de reportage. L’album Reportages, présenté aujourd’hui à Angoulême, réunit en un volume plusieurs travaux publiés dans des journaux, magazines ou revues.

*Art SPIEGELMAN, est un auteur de bande dessinée et illustrateur américain, né le 15 février 1948 à Stockholm en Suède. Figure phare de la bande dessinée underground américaine des années 1970-1980, il est à partir du milieu des années 1980 surtout connu pour sa bande dessinée Maus, qui lui a valu un Prix Pulitzer en 1992. C’est également un illustrateur reconnu. Il est sacré Grand prix de la ville d’Angoulême en 2011.

*Guy DELISLE, d’origine québécoise, a publié de Shenzhen à Rangoon, qui présentent des chroniques de ses séjours en terres inconnues que l’on découvre avec lui à hauteur de poussette. Il se met en scène avec toute sa petite famille dans des pays et situations abordés avec candeur. Chez lui, la naïveté est une démarche, presque un manifeste et qui prend dans son album, Chroniques de Jérusalem (Delcourt), un sens particulier.

*Etienne DAVODEAU est un des pionniers du genre en France. Étienne Davodeau est issu d’une famille ouvrière des Mauges, comme il l’explique dans Les Mauvaises Gens, ouvrage qui retrace la jeunesse de ses parents. Dessinateur et scénariste de bandes dessinées, son œuvre est constituée d’une alternance entre fictions et récits réalistes. Étienne Davodeau, finalement, parle toujours des gens. Des gens dans leur vie de tous les jours, avec leurs bonheurs, leurs peines et leurs combats, qui sont aussi un peu les nôtres. Ces récits intimistes, solidement ancrés dans le réel, même quand ils relèvent de la fiction, sont autant d’œuvres universelles et intemporelles.

*Marjane SATRAPI est une auteur de bande dessinée (scénariste et dessinatrice), peintre et réalisatrice française et iranienne et d’expression francophone. Elle vit, en tant qu’enfant, la restriction grandissante des libertés individuelles et les conséquences des événements politiques de l’époque, particulièrement la révolution islamique et les débuts de la guerre Iran-Irak. Elle fait ses études à l’École supérieure des arts décoratifs de Strasbourg. Elle a une vraie révélation pour la bande dessinée lorsqu’elle lit Art SPIEGELMAN, elle réalise les 4 volumes de Persépolis entre 2000 et 2003.

Et pour satisfaire les plus curieux :

- Un article très complet de Séverine Bourdieu de sociologie de la littérature :
Le reportage en bande dessinée dans la presse actuelle : un autre regard sur le monde

- un article d’Aurélien Le Foulgoc sur l’oeuvre d’Etienne Davodeau :
La BD reportage : le cas Davodeau

- Un film documentaire que vous trouverez dans nos collections :
La BD s’en va-t’en guerre / Reportage ARTE

Enfin, nous vous proposons une sélection de BD que nous aimons. Qu’il s’agisse d’une découverte ou d’une relecture, nous espérons piquer votre curiosité.
Chaque auteur propose à sa manière une immersion dans le réel : à vous de faire votre choix !

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