Bibliothèque du 2e

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Rentrée Littéraire : gare aux avalanches !

Nous étions 10 à partager nos coups de cœur et découvertes de la rentrée littéraire ce samedi 15 octobre à l’heure du café. Pas suffisamment nombreux pour avoir lu les 650 nouveaux romans parus en cette rentrée , ni même la petite centaine achetés parmi ceux-ci à la bibliothèque du 2ème … mais en bonne compagnie pour partager nos impressions autour des quelques romans ci-dessous :

Des récits d’enfance

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« Petit pays » de Gaël Faye (Grasset)
Un gros succès de librairie amplement mérité ! Un roman d’apprentissage qui met en scène un jeune garçon qui grandit à Bujumbura dans les années 90. Au fond de son impasse, Gabriel évolue dans un univers relativement protégé des fracas du monde entre son père français, sa mère rwandaise, sa petite sœur, les « boys » et les copains du quartier. Une enfance heureuse fracassée par le génocide rwandais et la guerre civile au Burundi. Roman sincère et juste, habité par la nostalgie d’un petit pays qui désigne tout autant le minuscule Burundi que le territoire de l’enfance.
Bonus : Un premier roman qui est aussi le titre d’une chanson de Gaël Faye que vous pouvez découvrir ici.

« Laëtitia ou la fin des hommes » de Ivan Jablonka (Seuil)
Ivan Jablonka est historien, il a beaucoup travaillé et écrit sur l’enfance et la jeunesse. Il revendique par ailleurs une démarche littéraire en affirmant « l’histoire est une littérature contemporaine ». Il s’attaque aujourd’hui à un fait divers qui a défrayé la chronique sous la présidence de Nicolas Sarkozy qui s’en était emparé pour dénoncer l’irresponsabilité des juges. Il s’agit de l’affaire Laëtitia Perrais, une jeune femme assassinée et dépecée par un criminel multirécidiviste en janvier 2011.
Ivan Jablonka nous livre dans « Laëtitia » les résultats de son enquête au long cours sur cette affaire et dresse un portrait émouvant d’une enfant et d’une jeune fille fracassée par la vie.

« Tropique de la violence » de Natacha Appanah (Gallimard).
A Mayotte, dernier département français d’outre-mer, l’histoire de Moïse, un jeune garçon de 15 ans fils d’une immigrée clandestine comorienne recueillie par une infirmière originaire de la métropole. Une plongée dans ce département français sous les tropiques confronté aux vagues de migrants des îles voisines de l’archipel des Comores et à la violence engendrée par l’abandon dans lequel sont laissés de nombreux enfants et jeunes en situation irrégulière.

« Un paquebot dans les arbres » de Valentine Goby (Actes Sud)
Dans la France des années 50, une famille de cafetiers percutés par la tuberculose. Face à la maladie qui menace de tout emporter la résistance opiniâtre de la jeune Mathilde : « Mineure émancipée, rebelle à tout compromis liberticide (protection sociale contre docilité), elle porte les siens à bout de bras et incarne cette fille puissante et combative que commande l’étymologie de son prénom. Elle refuse la fatalité, la spirale de la dépossession, elle est l’enchanteresse, qui rallume les feux éteints et cherche sans cesse la joie. » (Valentine Goby à propos de son livre sur le site web de Acte Sud).

L’autisme

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« L’enfant qui mesurait le monde » de Metin Arditi (Grasset)
Sur une île grecque bouleversée par la crise économique, la rencontre de Yannis, jeune autiste élevé par sa mère, et d’Eliot, un homme vieillissant qui a perdu sa fille et se prend d’amitié pour le garçon.
Une écriture poétique et un regard intéressant sur la crise économique terrible qui frappe les grecs et leurs sentiments face au rejet dont ils se sentent victimes de la part des européens.

« Marcher droit, tourner en rond » de Emmanuel Venet (Verdier)
A l’occasion d’une réunion de famille pour l’enterrement de sa grand-mère, « Le narrateur, atteint du syndrome d’Asperger, évoque la vérité, la transparence, la logique, le Scrabble, les catastrophes aériennes et Sophie Sylvestre, une camarade de lycée qu’il n’a pas revue depuis trente ans et avec laquelle il rêve de vivre une grande histoire d’amour ».

Des secrets de famille

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« Au commencement du septième jour » de Luc Lang (Stock).
Un roman construit en trois grands chapitres qui sont autant d’étapes dans l’existence du personnage central. Dans le premier chapitre, le lecteur fait connaissance avec Thomas, un ingénieur informaticien spécialisé dans les systèmes de traçabilité à distance des salariés qui est brutalement confronté au coma de sa compagne suite à un accident. Accident survenue sur une petite route de Normandie où elle n’avait apparemment aucune raison de se trouver. Le deuxième chapitre s’ouvre sur une randonnée en haute-montagne dans les Pyrénnées où réside Jean, le frère aîné de Thomas qui a repris l’exploitation agricole familiale. Le troisième chapitre nous transporte enfin avec Thomas au Cameroun sur les traces de sa grande sœur qui a fui la France : c’est là que se dénoue une histoire familiale tragique.
Un seul bémol pour ce roman à la narration parfaitement maîtrisé et au ton très juste : une enquête avortée dans le premier chapitre et un drame familial que le lecteur entrevoie bien avant le personnage principal qui semble un peu aveuglé devant l’évidence.
Malgré ces réserves, un livre à découvrir ne serait-ce que pour sa magnifique construction romanesque et ses vertigineuses ellipses narratives.

« Petits secrets, grands mensonges » de Liane Moriarty (Albin Michel).
Un roman dont il est annoncé la très prochaine adaptation sous forme de séries télévisée. Et on pense évidemment à « desperate housewives » à la lecture de ces portraits de femmes d’un quartier résidentiel australien …
Dans un quartier chic de Sydney, le lecteur assiste à la rencontre de trois mères de familles un jour de rentrée des classes. Bien que très différentes, Madeline, Céleste et Jane vont devenir inséparables. Mais au-delà des apparences chacune a ses petits secrets à cacher. Une soirée quizz va être l’occasion de révéler bien des tensions, jusqu’à l’arrivée du « drame ».
En commençant le récit 6 mois avant le drame, l’auteur nous plonge au-delà des apparences.

La France vue d’ici …

« L’insouciance » de Karine Tuil (Gallimard)
Un roman très ambitieux qui brasse les grandes questions qui agitent la société française d’aujourd’hui et parcourent des milieux très différents depuis les jeunes issus des quartiers populaires aux élites politiques et économiques.
Personnage central de ce roman choral : une journaliste (projection de la romancière ?) qui revient d’Afghanistan. Elle est en couple avec un grand patron français des télécoms (Vély) et vit une relation passionnée avec un soldat traumatisé par son expérience au combat. Ses personnages croisent la route d’un jeune homme noir d’origine populaire qui devient une personnalité politique en vue.
Un roman haletant mais qui souffre malheureusement de trop de maladresses pour emporter totalement l’adhésion (personnages, situations et dialogues parfois caricaturaux). Dommage parce que l’ambition « balzacienne » de ce roman est séduisante et que sa narration bien mené nous emmène malgré tout jusqu’au bout.

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« Police » de Hugo Boris
Un récit très ramassé et théâtral. Unité de lieu : une voiture de patrouille de la police nationale. Unité de temps : une soirée au cours de laquelle l’équipage doit escorter un étranger débouté du droit d’asile jusqu’à l’aéroport. Unité d’action : les tergiversations la plupart du temps silencieuse des 3 policiers tentés pour des raisons différentes de laisser s’échapper leur « prisonnier ».
Un roman qui aurait pu être un réquisitoire moral pesant et se révèle un récit dramatique extrêmement vivant et réaliste qui confronte le lecteur à des personnages ambivalents et complexes … comme dans la vie.
Un coup de cœur de cette rentrée.

Partir

« Continuer » de Laurent Mauvignier (éditions de Minuit)
Une femme emmène avec elle son fils adolescent pour une randonnée équestre au Kirghizistan. Tous les ingrédients réunis pour un roman cliché sur un couple en déroute et l’adolescence mais que le talent et la finesse de Laurent Mauvignier rendent exceptionnel.

« Eclipses japonaises » de Eric Faye (Seuil)
Un roman dans lequel Eric Faye poursuit son exploration de la société japonaise après « Nagasaki » et son « journal japonais : malgré Fukushima ». Eric Faye s’est inspiré (et beaucoup documenté) sur les cas de japonais enlevés dans les années 70 par les services secrets nord-coréens pour former des agents à la langue et culture japonaises en vue de les faire passer pour des natifs de l’archipel.
Un roman qui se lit comme un polar et propose un aperçu fascinant sur le monstrueux régime nord-coréen.

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« Le grand marin » de Catherine Poulain (L’olivier)
« De toute façon, je m’en vais toujours. Ça me rend folle quand on m’oblige à rester dans un lit, une maison, ça me rend mauvaise. Etre une petite femelle, c’est pas pour moi. Je veux qu’on me laisse courir. »
Un récit de voyage et d’aventures, celles inspirées des expériences de l’auteur qui a elle-même été marin-pêcheur pendant dix ans en Alaska.

Un vrai-faux polar

« Babylone » de Yasmina Reza (Flammarion)
Elisabeth, la soixantaine légèrement dépressive, noue une relation amicale avec son voisin du dessus Jean-Lino et invite ce dernier avec sa compagne à une "fête de printemps" avec quelques amis. Une banale soirée entre-ami à l’issue de laquelle Jean-Lino étrangle sa femme et vient solliciter l’aide des ses voisins.
Entre scènes burlesques, dialogues et croquis de personnages plus vrais que nature pointe une certaine gravité et une belle réflexion sur l’existence et nos solitudes, celles-là même saisies par le photographe américain Robert Franck dont la narratrice parcourt en ouverture du roman l’album "The Americans".

Nous vous souhaitons de belles découvertes littéraires et rendez-vous très prochainement à la bibliothèque du 2ème arrondissement pour d’autres échanges autour de vos lectures.