Mesdames Bovary

La bibliothèque poursuit son exploration des "remix" des "classiques" de la littérature dans le cadre de son cycle "Klassik remix". Après une première séance consacrée aux adaptations de Zola au cinéma, nous vous proposons de découvrir les mille et une vies de "Madame Bovary".

"Mesdames Bovary", donc parce qu’il ne s’agit pas tant de s’appesantir sur le personnage de Flaubert que sur ce qu’il est devenu depuis sa légendaire agonie en 1856. Depuis cette date, de multiples artistes se sont emparés du personnage. Certain-e-s ont tenté de lui donner un visage, d’autres ont essayé de changer sa destinée ou se sont penchés sur son entourage et les personnages au second plan. D’autres encore ont transposé son histoire dans d’autres époques et dans d’autres milieux. Le roman lui-même enfin est devenu un élément de fiction. Ce sont quelques-unes de ces multiples adaptations et variations que nous vous proposons de parcourir.

Pour commencer : un résumé de Madame Bovary pour mettre tout le monde à niveau !

Jean Rochefort « les boloss des belles lettres »

Les visages d’Emma

« Une femme dessinée ressemble à une femme tandis qu’une femme écrite fait rêver à mille. »
(lettre de Gustave Flaubert à Ernest Duplan – son notaire- le 12 juin 1862)

Parmi les tentatives de donner un visage à Emma, l’une des plus étranges est l’œuvre d’un artiste américain Brian Joseph Davis dont rend compte un article du journal « Le Monde » de Mars 2012.
Cet artiste a tenté d’établir les portraits de personnages de fiction en utilisant le logiciel utilisé par la police américaine pour établir les portraits-robots des suspects : on peut retrouver les résultats sur le site web The composites

Ci-dessus le portrait-robot d’Emma Bovary par Brian Joseph Davis.

Editions illustrées

De son vivant Gustave Flaubert s’est formellement opposé à toute illustration de ses œuvres.
De multiples éditions illustrées sont cependant publiés après sa mort.

Le chercheur Bruno Galice dans un article consacrée à cette question (référence et lien ci-dessous) en a recensé 27 entre 1878 (sic) et 1959.
Rémanence de Madame Bovary dans l’édition illustrée, Bruno Galice(Université Lumière Lyon 2) in « Flaubert : revue critique et génétique », 2014

Cette profusion témoigne d’une mode particulièrement présente dans les années 30 et 40 (15 éditions en 20 ans).
Ces éditions illustrées sont peu nombreuses dans les collections de la Bibliothèque. Il en existe deux conservées au fonds ancien dont deux exemplaires appartiennent au fonds Chomarat.
L’une dans la collection « Le livre de demain » aux éditions Fayard dont les gravures sont l’œuvre de Louis Claudel (ici dans une édition de 1941 mais la première édition date de 1930 d’après le recensement effectué par Bruno Galice)
La seconde aux éditions Marcel Gasnier par Pierre Dehay (image ci-dessus).
Pierre Dehay (1913-2008) : un aperçu sur son travail sur le site web qui lui est consacré.
Louis Claudel (1895-1948) : des informations sur le site web art-lorrain

Dans les années où s’éteint la mode du livre illustré s’épanouit celle du roman photo.


Le site web « Flaubert » de l’Université de Rouen (abondamment utilisé pour cette présentation) met heureusement à disposition l’intégralité du roman photo « Madame Bovary » publié en 1979 par l’hebdomadaire « Femmes d’aujourd’hui »(dans une série intitulé « les grands romans »).

Couv.ill.en coul.

Les multiples éditions en livre de poche du roman sont une autre tentative de donner un visage à Emma Bovary (et c’est bien souvent cette image de l’héroïne que nous gardons en tête au hasard de l’édition dans laquelle nous l’avons découverte).
Sur le site internet communautaire « Booknode » qui se propose d’offrir un espace de partage de leur bibliothèque aux internautes, l’un-e d’entre-eux/elles a mis en ligne une impressionnante collection de couverture d’éditions de poche de Madame Bovary (malheureusement sans mention de l’origine des images)
Parmi celles-ci j’en ai retenu 4 parmi lesquels je vous invite à déterminer le portrait qui vous semble le mieux correspondre à votre « Emma » :

1-Le faux portrait de Delphine Delamare
C’est sans doute la représentation la plus célèbre de l’héroïne de Flaubert et elle illustre l’édition de poche de Gallimard de 1972 (ci-contre)
Il s’agit à l’origine d’un tableau daté de 1844 du peintre normand Joseph-Désiré Court (1797-1865) conservé aujourd’hui au Musée des Beaux-arts de Rouen (voir sur le site « images d’art » de la Réunion des musées nationaux)
Ce portrait dont il est établi aujourd’hui qu’il s’agit de celui de l’épouse du peintre a longtemps été considéré comme celui de Delphine Delamare, la jeune fille dont le suicide dans la ville de Ry en 1848 aurait nourri l’inspiration de Flaubert pour « Madame Bovary ».

Au sujet de ce vrai-faux portrait de Delphine Delamare, lire la mise au point dans cet article de Jacques Toutain-Revel, président de « l’association des amis de Flaubert et de Maupassant » publié dans le bulletin de l’association en 1957.
En marge de Madame Bovary : les Tableaux de Joseph Court, Jacques Toutain-Revel (« les amis de Flaubert », 1957 Bulletin N°11)

2-« Berthe Morisot au bouquet de violettes » (1872), Edouard Manet (Musée d’Orsay)
Portrait de la peintre et modèle d’Edouard Manet (sur le site web du Musée d’Orsay). Le caractère rebelle, émancipée de l’héroïne de Flaubert … peut-être trop affirmée ?

3-« portrait de Mlle L-L » (1864), James Tissot (Musée d’Orsay)
Un portrait qui eu un grand succès au moment de sa présentation au Salon de 1864 (noter que la reproduction de couverture est inversée par rapport au tableau original : voir sur le site du Musée d’Orsay)
Une jeune femme vêtue à la dernière mode (aux dires des connaisseurs), une pose libre (assise sur une table) et des accessoires témoignant d’une sensibilité « artiste » (livres, carton à dessin) : une bonne candidate au titre d’Emma Bovary ?

4-« Madame F .. » (1850-1851), Edouard-Louis Dubufe (Musée d’Orsay)
Une bourgeoise très sage et même trop sage pour Emma Bovary (mais la coiffure « en bandeaux » est bien celle de l’héroïne) ? Peut-être plutôt le portrait de la femme qu’aurait voulu être Emma Bovary ? (à voir sur le site du Musée d’Orsay)

A lire également  : l’article de Bruna Donatelli (Université de Rome) :
Des vitrines sur le roman : les couvertures de Madame Bovary et Salammbô, in « Flaubert : revue critique et génétique », 2014

Emma au cinéma

Parmi les nombreuses adaptations au cinéma de Madame Bovary, j’en ai retenu 3 qui jalonnent l’histoire des années 30 aux années 90 :

Madame Bovary [D.V.D.] / réal. et scénario de Jean Renoir ; d’après l’oeuvre de Gustave Flaubert ; mus. de Darius Milhaud
Gaumont, 2014
Valentine Tessier interprète Emma Bovary dans le film de Renoir qui est la première adaptation cinématographique du roman dans les premiers temps du cinéma parlant (c’est le 3ème film « parlant » du réalisateur). Une adaptation très fidèle au roman mais l’interprétation de Valentine Tessier bien trop âgée pour le rôle (elle avait 40 ans au moment du tournage) n’est pas très convaincante.

Jennifer Jones remplit tous les critères de la jeune première dans la version de Minelli de 1949. La jeune actrice (30 ans au moment du tournage) y arbore des costumes qui évoquent irrésistiblement « Autant en emporte le vent ». Elle y interprète une Emma Bovary souvent excessive dans une version où toutes les situations sont outrées comme si Vincente Minelli s’était senti obligé de surligner le roman de Flaubert dans le souci de le rendre accessible (à titre d’exemples, voir la scène du mariage d’Emma et de Charles qui s’achève dans un pugilat qu’on pourrait croire tiré d’un western, la scène du bal dans laquelle Charles s’enivre et provoque un esclandre).
L’universitaire japonais Tomoko Hashimoto qui a rédigé un article sur cette adaptation (voir références et lien ci-dessous) situe ce film dans le genre du « woman’s film », une appellation qui désigne les productions des studios hollywoodiens des années 40 visant explicitement un public féminin à travers la mise en scène de destinées de femmes confrontées à l’adversité.
Curieusement, Minelli me semble y adopter un discours anti-féministe faisant des personnages masculins du film des victimes des excès hystériques d’Emma. C’est plus particulièrement le cas de Charles qui est dans le film un brave mari extrêmement lucide sur les débordements d’Emma et qui cherche à la sauver malgré elle (scène significative, celle où il renonce à l’opération du pied-bot d’Hyppolite là où le personnage de Flaubert réalise une intervention chirurgical catastrophique).

Le film n’est malheureusement pas présent dans les collections de la Bibliothèque et est n’est plus édité en DVD. A défaut, vous pouvez lire :
Madame Bovary par Vincente Minelli , Tomoko Hashimoto (Ritsumeikan University)
In « D’après Flaubert » Sous la direction d’Eric Dayre et Florence Godeau
Editions kimé, 2021

Madame Bovary [D.V.D.]
réal. & scénario de Claude Chabrol
 ; d’après le roman de Gustave Flaubert ; musique de Matthieu Chabrol ; Isabelle Huppert, Jean-François Balmer, Christophe Malavoy, Jean Yann, Lucas Belvaux, Christiane Minazzoli, ... [et al.]
De ces 3 interprètes, ma préférence va à celle d’Isabelle Huppert dont la froideur et la retenue me semblent renvoyer de manière assez juste à la complexité du personnage même si l’âge de l’actrice au moment du tournage provoque inévitablement une discordance avec la « fraîcheur » de la jeune Emma.

Variations littéraires : Madame Bovary : saison 2

« Quand tout fut vendu, il resta douze francs soixante et quinze centimes qui servirent à payer le voyage de Mlle Bovary chez sa grand-mère. La bonne femme mourut dans l’année même ; le père Rouault étant paralysé, ce fut une tante qui s’en chargea. Elle est pauvre et l’envoie, pour gagner sa vie, dans une filature de coton. »

La question du devenir de Berthe Bovary appelle de toute évidence une suite et il est presque curieux que si peu s’y soient essayé.

La fille d’Emma
Claude-Henri Buffard
Grasset, 2001
Claude-Henri Buffard a essentiellement écrit pour le théâtre (il a par ailleurs travaillé à la MC2 de Grenoble, au TNP et au théâtre de l’Odéon).
Berthe Bovary a épousé un riche filateur dont elle est veuve. Elle revient à Yonville sur les traces de Eson enfance. On redécouvre avec elle l’histoire d’Emma et de Charles Bovary.
A la fin du livre, Emma prend le train pour Paris profondément déprimée. Par la fenêtre elle aperçoit un cortège funéraire : il s’agit de l’enterrement de Gustave Flaubert dont la mort est rapportée dans le journal. Emma se jette sur la voie.

Mademoiselle Bovary
Actes Sud, 1991
Raymond Jean
Raymond Jean (1925- 2012) est notamment l’auteur de « la lectrice » qui sera adapté au cinéma par Michel Deville. Il a été professeur à l’université d’Aix-en-Provence.
La confrontation de la jeune Berthe Bovary et de Flaubert vieillissant en ermite à Croisset :
Placée en usine, la jeune Berthe Bovary croise le fils Homais (Napoléon) qui lui offre le livre de Flaubert où est retracé le destin de sa mère. Berthe se rend à Croisset chez Gustave Flaubert. Ce dernier se prend de sympathie pour Berthe qui lui reproche tout d’abord de s’être autorisé à raconter l’histoire de sa mère (et un peu la sienne).

Fantasmes : Emma assassinée, Emma prostituée ...

Contre-enquête sur la mort de Madame Bovary
Actes Sud, 2007
Philippe Doumenc
Philippe Doumenc (1934-) Prix Renaudot en 1989 pour « les comptoirs du sud »
Crime et « parties fines » : Emma au cœur du scandale
Un jeune policier est envoyé enquêter à Yonville après que les deux médecins appelés au chevet d’Emma aient fait état de leurs doutes sur le suicide. Il mène l’enquête et finit par découvrir la réalité après avoir mis au jour de multiples détails inconnus de Flaubert : c’est le docteur Larrivière (personnalité de Rouen) qui a tué Emma après qu’elle ait pris de l’arsenic pour éviter qu’elle ne révèle sa liaison avec lui et les « parties fines » organisées par Rodolphe à la Huchette impliquant de nombreuses personnalités.

Emma, Oh, Emma
Balland, 1992
Jacques Cellard
Jacques Cellard ( 1920-2004) est un journaliste, linguiste et romancier français. Il a notamment publié à partir de 1972 dans le quotidien Le Monde une Chronique du langage rééditée aux éditions Dictionnaires Le Robert en 1979. Il a publié un grand nombre d’ouvrages sur les curiosités du langage … et quelques romans érotiques.
Emma prostituée !
Le récit est au départ presque en tout conforme à l’original si ce n’est son caractère plus cru (ainsi la scène du fiacre où le lecteur est invité à pénétrer).Le récit bifurque radicalement dans la dernière partie : Emma éperdue cherche le secours de Rodolphe qui refuse d’abord de lui prêter l’argent demandé avant de lui conseiller de se « perdre tout à fait ». Emma retourne chercher conseil auprès de Maître Guillaumin (le notaire de Yonville) dont elle devient la maîtresse. Récupérant avec l’aide de ce dernier une partie de l’héritage paternel, Emma échappe à la ruine. La mort accidentelle de son mari l’oblige finalement à partir pour Paris pour fuir l’opprobre et elle finit prostituée grâce à l’entremise d’une vieille connaissance de Rodolphe.

Emma voyage dans le temps

Bovary 73
« Nous deux », septembre 1973
Un roman photo qui transpose le récit de Madame Bovary dans la France de 1973.
Publié dans l’hebdomadaire « Nous deux » qui est devenu dans les années 60-70 le symbole du roman-photo en France (à l’époque, « nous deux » est diffusé à hauteur de 1,5 millions d’exemplaires). Il est consultable en lignesur le site web « Flaubert » de l’Université de Rouen.

Pour une analyse critique, lire :
Madame Bovary « dépouillée de littérature et en images d’aujourd’hui » : à propos de Bovary 73, Marie-Astrid Charlier
« Entre textes et images : montage / démontage / remontage » Actes du colloque organisé à Lyon les 20, 21 et 22 novembre 2014 par Jean-Pierre Esquenazi, Olivier Leplatre et Aurélie Barre.

Emma Bovary dans les années 30’

Un ouvrage publicitaire du laboratoire de l’Hepatrol
Une curiosité : un recueil édité en 1933 pour un laboratoire pharmaceutique dans lequel romanciers et dessinateurs ont produit des variations sur le roman de Flaubet transposant pour la plupart le récit dans les années 30.
Ci-contre illustration de A. Galland pour la nouvelle d’Odette Pannetier ("Un Drame de la vie provinciale").
Une enquête policière de laquelle il ressort qu’Emma dansait la biguine dans les boîtes de nuit parisienne avec Léon, que Lheureux deal de la cocaïne et que Rodolphe est une star de cinéma

Les autres variantes présentes dans ce recueil :
Madame Bovary ou le sex-appeal en province
G. de la Fouchardière (illustrations de Joseph Hémard)
Emma Bovary trompe l’ennui en pilotant un avion (passe-temps qui lui sera fatal) et propose de monter une affaire avec l’abbé Bournisien.
Miss Normandie
J. Sennep
En images : maîtresse du pharmacien Homais, Emma est élue Miss Normandie et finit « Miss Univers » à Hollywood : « alors Yonville sollicita et obtint l’autorisation de prendre le nom de Yonville-Bovary et Monsieur Homais reçut la cravate de commandeur de la Légion d’Honneur »
Une arrière-petite-cousine de Madame Bovary
Francis Carco (illustrations de Roubille)
Après sa lecture de Madame Bovary, un lycéen tombe amoureux d’une jeune femme mariée avec laquelle il finit par entretenir une liaison.
Emmeline ou l’autre Bovary
J. de Lacretelle (illsutrations de Hellé hamon)
Une jeune femme tombe éperdument amoureuse du médecin Charles Bovary dont elle jalouse la femme. Elle s’empoisonne pour le faire venir à son chevet.

Les incarnations de Madame Bovary / Odette Pannetier, Francis Carco, G. de la Fouchardière, Jacques de Lacretelle, J. Sennep
R. Dacosta, 1933

les romans du roman

Madame Homais
Belfond, 1987
Sylvère Monod
Sylvère Monod (1921-2006), spécialiste et traducteur de la littérature anglaise (Charlotte Brontë, Joseph Conrad, Charles Dickens, Walter Scott et William Shakespeare). Il a enseigné en lycée à Rouen dans ses jeunes années.

« C’est la générosité, c’est la pénétration de votre regard qui fait d’Emma Bovary une héroïne. N’y aurait-il rien à trouver, si l’on s’en donnait la peine, même chez une madame Homais ? »

Madame Homais devient le personnage central de l’histoire. Il s’agit ici d’une Mme Hommet épouse d’un pharmacien de la ville de Ry dont les habitants auraient servi de modèle à Flaubert.
Le livre s’ouvre sur le discours que Mr Hommet répète à sa femme avant la remise de sa décoration et s’achève sur une lettre que Mme Hommet adresse à Gustave Flaubert dont elle a lu le livre (c’est la lecture d’Emma Bovary qui provoque la mort du pharmacien ébranlé par le portrait au vitriol que fait de lui Flaubert).

Normandie
La mare d’Auteuil
Gallimard, 1988
Roger Grenier
Roger Grenier (1919-2017) : écrivain, directeur littéraire, journaliste et homme de radio français.

« Peut-être n’est-il pas facile, encore aujourd’hui, d’être une jeune femme à Ry »

Dans un recueil de nouvelles qui ont toutes la littérature pour objet, le récit d’une jeune femme qui suit son mari kinésithérapeute à Ry dans les années 80 et devient obsédé par le personnage de Delphine Delamare et Emma Bovary. Elle prend pour amant un professeur qui écrit une thèse sur « Madame Bovary ».

Madame Bovary, c’est l’autre
Destins tordus
Laffont, 1981
Woody Allen
« Madame Bovary, c’est l’autre »
Kugelmass, professeur de lettres à NY est malheureux en ménage. Il est contacté par un magicien qui lui propose pour 20 dollars de l’envoyer dans le roman « Madame Bovary ». il l’emmène ensuite avec lui à New-York où cette dernière reste coincée.

Deux coups de cœur pour terminer :

Gemma Bovery : le roman graphique et son adaptation au cinéma

Gemma Bovery
Posy Simmonds ; traduit de l’anglais par Lili Sztajn & Jean-Luc Fromental ; avant-propos d’Anne Fontaine
Denoël Graphic, 2019

« Gemma Bovery » a été à l’origine publié en feuilleton dans le journal « The Guardian » entre 1997 et 1999 au rythme d’un épisode par semaine. Œuvre de la dessinatrice de presse Posy Simmonds, c’est un objet pour lequel le terme de roman graphique aurait pu être inventé.
Le scenario est magistral et la narration très fluide. C’est non seulement une intelligente transposition dans le monde contemporain du roman et une variation jubilatoire sur ses thèmes, c’est aussi une réflexion sur les pouvoirs de la littérature.

Le narrateur Joubert, boulanger dans son village natal de Normandie, est fasciné par sa nouvelle voisine Gemma qui a épousé Charlie Bovery. Gemma est une jeune anglaise qui a fui Londres pour la Normandie et s’y morfond très vite.
Les clins d’œil au roman de Flaubert sont légions (la « scène du fiacre » dans un combi wolkswagen par exemple) et la correspondance Emma/Gemma tourne à l’obsession pour Joubert qui veut sauver sa voisine du destin tragique auquel elle semble condamnée.

L’adaptation au cinéma par Anne Fontaine avec Gemma Aterton dans le rôle titre et Fabrice Luchini dans celui de Joubert est très réussie.

Gemma Bovery
réal. de Anne Fontaine ; d’après le roman de Posy Simmonds ; scénario de Anne Fontaine et Pascal Bonitzer ; mus. de Bruno Coulais
Gaumont, 2015
Sortie du film en 2014

A lire :
Du roman à la bande-dessinée : Flaubert d’après Druillet et Simmonds, Luis Carlos Pimenta Gonçalves (Universidade Alberta / Univesidade Nova de Lisboa)
In « D’après Flaubert » Sous la direction d’Eric Dayre et Florence Godeau
Editions kimé, 2021

Le procès d’Emma au théâtre : « Bovary » de Tiago Rodrigues


Bovary
Tiago Rodrigues
traduit du portugais par Thomas Resendes
les Solitaires intempestifs, DL 2015

Le dramaturge et metteur en scène d’origine portugaise Tiago Rodrigues s’interrogeait sur la manière d’adapter le roman de Flaubert at théâtre et a eu l’excellente idée de s’emparer pour cela de la retranscription des audiences du procès au cours duquel Flaubert et ses éditeurs (« la revue de Paris ») sont poursuivis pour « outrage à la morale publique, aux bonnes mœurs et à la morale religieuse ».
Le texte de Tiago Rodrigues mêle les échanges opposant le procureur Pinard à l’avocat de la défense Jules Sénard à la correspondance de Flaubert et fait intervenir les personnages principaux du roman.

Sur France Culture : un enregistrement réalisé au théâtre de la Bastille les 12 et 13 Avril 2016. Disponible en ligne.

Bibliographie complémentaire

Outre les ouvrages et articles déjà cités, d’autres livres et films utilisés pour cette présentation.

Livres :

Le monde selon Flaubert
Michel Winock
Tallandier, 2021

Ecrire Madame Bovary : lettres, pages manuscrites, extraits
Gustave Flaubert ; dossier Geneviève Winter ; lecture d’image par Bertrand Leclair
Gallimard, impr. 2009 (Folioplus classiques)

Emma Bovary
dirrigé par Alain Buisine ; coordination de Sophie Bobbé
Ed. Autrement, 1997 (coll. Figures mythiques)

Films documentaires :

Le corset d’Emma : enquête sur une mort annoncée
Un film de Martin Fraudeau
Co-production Amiral LDA-France 3
Tourbillon, 2010

Le procès d’Emma Bovary
Audrey Gordon
Arte, 2020 (dans la série : « des grands classiques aux romans à scandale »)

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