Bibliothèque du 2e

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Les amours imaginaires du Rhône et de la Saône

Journées Européennes du Patrimoine : la Métropole au fil de l’eau

Traquer les allégories du Rhône et de la Saône dans les collections patrimoniales de la Bibliothèque ... et dans la ville.

A l’occasion des Journées Européennes du Patrimoine sur le thème "La Métropole au fil de l’eau", la bibliothèque du 2ème arrondissement vous invite à découvrir en images les amours du Rhône et de la Saône...

Rejoignez-nous le samedi 16 septembre pour une balade urbaine où nous jouerons les "paparazzi" en presqu’île.

Et d’ici là, testez vos connaissances sur la ville et ses cours d’eau en participant à notre jeu-concours.

Bulletin à télécharger ci-dessous.

Bulletin à déposer à la bibliothèque du 2ème arrdt.
Tirage au sort des 3 gagnant-e-s parmi les bonnes réponses le Mardi 19 septembre !
3 reproductions d’affiche à gagner.

JPEG« Icy nos deux fleuves se baisent, commençant leurs vieilles amours » comme l’écrit le graveur Israël Silvestre dans la légende d’une gravure représentant le confluent (alors à Ainay) vers 1650.

Située sur un site exceptionnel dessiné par la rencontre du Rhône et de la Saône, Lyon a souvent utilisé comme emblème la représentation de la rencontre – ou de l’union charnelle – des deux cours d’eau qui la ceinturent.

L'heureuse confluence, promesse d'abondance ! (détail) {PNG}Au fil des siècles, sur les places, les ponts et les bâtiments publics ou imprimés sur des plans, livres ou affiches, les représentations du Rhône et de la Saône et de leur « heureuse confluence » renvoient une toute autre image de la ville que celle du Lion intimidant ou menaçant qui lui sert de blason. Si c’est l’opulence ou la concorde et non l’amour ou la sensualité que souhaitent célébrer les sages édiles lyonnaises commanditaires de ces images, c’est bien plus le commerce des corps que celui des marchandises qu’ont souvent évoqué les artistes à qui furent passé ces commandes.

Qu’elles aient été produites à l’occasion d’un évènement d’importance (une entrée royale ou l’exposition internationale de 1914) ou pour marquer l’espace public (le couple au pied de la statue de Louis XIV place Bellecour ou la sensuelle étreinte de marbre du Palais du commerce), ces images racontent une histoire de la ville et de l’image qu’elle a voulu donner d’elle-même.

On peut aussi les lire comme un roman d’amour. Il devient possible d’imaginer alors ce qui survient après le premier regard que se lancent à travers les siècles la sage Saône sculptée érigée pour l’entrée d’Henri II en 1548 au Rhône sauvage à demi-nu peint par Louis Bouquet en 1937 dans le Hall de l’Hôtel des Postes…

Exposition internationale de Lyon 1914 par Chéret, Jules, 1836-1932

Bibliothèque municipale de Lyon (AffM0033)
Voir le document numérisé sur Numelyo (Affiches)

Exposition internationale de Lyon 1914 par Chéret, Jules, 1836-1932 {JPEG}Sur cette affiche pour l’Exposition Internationale de Lyon en 1914, les codes de la représentation classique sont tous présents (le vase, l’aviron tenu par un Rhône barbu à l’antique …) mais la Saône aguichante est légèrement vêtue paraît tout droit sortie d’une « revue » du moulin Rouge pour laquelle le célèbre Jules Chéret (1836-1932) produisit également des affiches ... Cette jeune Saône pétillante est une marque de fabrique de l’affichiste. Une « pin-up » début de siècle que l’on désigne par le terme générique de « Chérette », symbole d’une Belle époque qui vit alors ses derniers instants avant le grand cataclysme de le grande guerre.

Projet de monument aux morts : "Lyon confluent du Rhône et de la Saône"

Photographie de Sylvestre, Jules, 1859-1936
Bibliothèque municipale de Lyon (P0546 SA 8/44)
Voir le document numérisé sur Numelyo (Photographes en Rhône-Alpes)

Projet de monument aux morts : "Lyon confluent du Rhône et de la Saône" {JPEG}Répondant au concours lancé par la ville de Lyon pour le monument aux morts de la guerre, l’architecte Tony Garnier rendit plusieurs projets, dont un placé au confluent du Rhône et de la Saône. Il avait projeté d’y dresser le groupe représenté ici (vraisemblablement dû au sculpteur Jean-Baptiste Larrivé) sur une colonne qui devait s’élancer à l’extrêmité sud de la presqu’île. Le Rhône et la Saône ont ici des traits juvéniles presque pré-pubères et semblent les maîtres placides d’un lion furieux et menaçant. Est-ce la guerre que ces deux enfants (orphelins ?) tiennent ainsi en laisse ou l’ennemi qu’ils intimident ?

Ornement sur le pont Kitchener

Photographie de Meunier, Antoine, 1993-....
Bibliothèque municipale de Lyon (P0755 001 00024)
Voir le document numérisé sur Numelyo (Photographes en Rhône-Alpes)

Ornement sur le pont Kitchener {JPEG}Anciennement pont du Midi, le pont Kitchener-Marchand a été détruit (comme tous les ponts de Lyon) par les allemands lors de leur retrait en 1944. Reconstruit en 1949, il est le dernier pont « orné » de Lyon. Situé quasiment à l’emplacement du confluent avant les travaux Perrache, il n’est pas absurde d’y voir figurer ces allégories du Rhône et de la Saône, œuvre du sculpteur Marcel Renard (Lyon 1893 – Paris 1974) qui a également réalisé un bas relief sur le même thème pour l’Hôtel des Postes de la Place Bellecour (1937) et une multitude de médailles où abondent les représentations de fleuves et rivières de France. Dans un style art déco très années 30, Marcel Renard reprend à son compte une posture très classique pour ses deux personnages qui se tournent le dos à l’endroit même où ils s’embrassaient à la fin du XVIIIème siècle. Le Rhône représente ici la pêche (filet dans une main et poisson dans l’autre) et la Saône, la navigation (c’est une ancre qu’elle tient à la main).

Détail (aujourd’hui disparu) du monument de la République, place Carnot (dessin de Giranne)

Le Progrés illustré n°187 (Dimanche 15 juillet 1894)
Bibliothèque municipale de Lyon
Voir le document numérisé sur Numelyo (Presse lyonnaise de 1790 à 1944)

Détail (aujourd'hui disparu) du monument de la République, place Carnot (dessin de Giranne) {JPEG}C’est en 1880, que le conseil municipal de Lyon lance l’idée d’élever une statue de la République pour le centenaire de 1789. On choisit la Place Perrache (actuelle Place Carnot) et le jury désigne, à l’issue d’un concours très disputé, Victor-Auguste Blavette comme architecte et Emile Peynot comme sculpteur pour réaliser un groupe en bronze (La République) et divers groupes en pierre : la Liberté, l’Egalité et la Fraternité. Le monument est érigé en 1887 au centre de la place. En janvier 1975, lors des travaux du métro, la statue est déplacée et amputée des groupes qui l’entourent. Les statues en pierre de la Liberté, de l’Egalité et de la Fraternité sont maintenant en place dans le parc Bazin, dans le 3ème arrondissement de Lyon. La base du monument représentée ici a été détruite. Plutôt d’âge mûr et dans une attitude tendre et très chaste, le Rhône et la Saône y soutenaient - sans efforts - le navire de la République pilotée par la Ville de Lyon (voir l’image entière sur Numelyo).

La Saône d’après les frères Coustou, sculpteurs lyonnais

Carte postale
Bibliothèque municipale de Lyon (B01CP69000 000506)
Voir le document numérisé sur Numelyo (Photographes en Rhône-Alpes)

La Saône d'après les frères Coustou, sculpteurs lyonnais {JPEG}Réalisées en 1721, l’allégorie de la Saône est attribuée au sculpteur Nicolas Coustou (1858-1733) tandis que l’allégorie du Rhône (image suivante) est attribuée à son frère Guillaume Coustou (1677-1746). Sur cette carte postale (comme sur la suivante), la sculpture se trouve dans le Hall de l’Hôtel de Ville de Lyon. C’est là que les deux statues commandées à l’origine pour figurer au pied du monument à Louis XIV place Bellecour ont trouvé refuge après que celui-ci eût été démonté et fondu pendant la Révolution. Si une nouvelle statue équestre de Louis XIV remplace la première dès 1823, les statues du Rhône et de la Saône ne retrouveront leur emplacement actuel qu’en 1957. Assistez en vidéo à ce déménagement grâce aux archives de l’INA.

Le Rhône ; bas-relief de Coustou

Carte postale
Bibliothèque municipale de Lyon (B01CP69000 000309)
Voir le document numérisé sur Numelyo (Photographes en Rhône-Alpes)

Le Rhône ; bas-relief de Coustou {JPEG}Au revers du monument où son frère Nicolas a campé une Saône alanguie levant les yeux au ciel dans une attitude extatique (voir image précédente), Guillaume Coustou modèle un Rhône puissant et vigoureux. Comme la Saône, il est (bien inconfortablement) installé sur le dos d’un lion, mais celui-ci a sorti ses griffes qu’il a refermé sur un poisson. Arc-bouté sur un aviron (tiens, c’est lui qui tient la barre désormais ?), le Rhône à la barbe fleurie semble résister à un courant furieux sans que cela n’affecte son attitude majestueuse.

Détail d’une sculpture symbolisant le Rhône et la Saône dans la cour de l’hôtel de la Couronne

(ancien hôtel de Ville de Lyon et actuel Musée de l’Imprimerie au 13, rue de la Poulaillerie)

Photographie de Sylvestre, Jules, 1859-1936
Bibliothèque municipale de Lyon (P0546 S 14)
Voir le document numérisé sur Numelyo (Photographes en Rhône-Alpes)

Détail d'une sculpture symbolisant le Rhône et la Saône dans la cour de l'hôtel de la Couronne {JPEG}Œuvre du sculpteur Philippe Lalyame datant du début du XVIIème siècle, ces représentations du Rhône et de la Saône se trouvent dans la cour de la Poulaillerie, actuel Musée de l’Imprimerie dont le bâtiment accueillit le Prévôt des marchands (équivalent du Maire) et les échevins de Lyon entre 1604 et 1654. Les figures du Rhône et de la Saône sont directement inspirées des allégories du Crépuscule et de l’Aurore réalisés par Michel-Ange un siècle plus tôt pour un tombeau dans la chapelle San Lorenzo de Florence. Le sculpteur lyonnais s’est contenté d’adjoindre à ces figures les attributs traditionnels des fleuves. Peu visible sur cette photographie de Jules Sylvestre (mais l’ensemble a été restauré depuis), le Rhône y est représenté avec un trident (attribut de Poséïdon dans la mythologie grecque) et la Saône avec un aviron. Si ces ajouts par rapport au modèle initial ne posent pas de problèmes, les vases représentant les cours d’eau que le sculpteur a voulu « caser » à toute force semblent fortement encombrer nos deux divinités qui sont bien trop occupées à les tenir en équilibre pour s’autoriser le moindre regard !

Lyon Illustré : Le Rhône et la Saône (Bas relief du palais de la Bourse, par le sculpteur Vermare)

Carte postale
Bibliothèque municipale de Lyon (B01CP6900_000941)
Voir le document numérisé sur Numelyo (Photographes en Rhône-Alpes)

JPEGLe Palais du commerce construit sous le second empire abrite en son sein une allégorie très académique du Rhône et de la Saône qui orne le plafond de la salle de la corbeille. Au pied de la façade principal c’est une représentation très différente totalement en rupture avec les représentations classiques du confluent, que le sculpteur André Vermare a réalisé en 1905. Le Rhône, aux traits d’athlète et au visage volontaire y nage avec fougue emportant la Saône dans son sillage. Le Rhône semble avoir définitivement pris le dessus sur la Saône … à l’image d’une ville dont la Saône fut pendant des siècles l’artère principale et qui poursuit alors son essor vers l’est ou elle exploite depuis quelques années le cours puissant du Rhône avec la mise en service du barrage hydroélectrique de Cusset, alors l’un des plus puissants du monde … Consciemment ou non, c’est aussi cette révolution urbaine et technique que la sculpture résolument moderne de Vermare signale à notre attention.