De l’émeute à l’épuisement, expériences de l’extrême en politique
La démonstration bruyante de l'émeute et la protestation silencieuse de l'épuisement constituent les deux faces d'une même contestation face à la brutalité du monde.
Conférence du 13 décembre 2023
Bibliothèque municipale de Lyon
Écoutez le replay
Visionnez la vidéo
A propos de la conférence
La question des émotions fait désormais partie des critères d’analyse des contestations sociales et politiques. C’est cette question, jusqu’alors assez inédite dans l’étude des mouvements sociaux, qui sous-tend les travaux de Romain Huët depuis plusieurs années.
Ainsi, dans Le vertige de l’émeute, c’est l’expérience charnelle du politique qui prend corps dans la rébellion. Dans De si violentes fatigues, c’est l’effondrement individuel qui se fait à son tour politique, en forme de protestation « machinale » contre la brutalité du monde commun.
L'intervenant
Romain Huët, maître de conférences en Sciences de la communication à l'université de Rennes 2
Romain Huët est aussi chercheur au PREFICS (Pôle de Recherche Francophonies, Interculturel, Communication, Sociolinguistique). Il est membre du comité de rédaction de la revue Socio. De 2016 à 2019, il a conduit le programme « METICS Médiations des Technologies de l’Information et de la Communication dans l’Expression du Suicide : le cas des associations de prévention du suicide », un projet labélisé Maison des Sciences de l’Homme Bretagne et financé par l’Institut de Recherche de Santé Publique et le Ministère des Affaires Sociales et de la Santé. De 2018 à 2023, il a dirigé le programme ANR Jeune chercheur « Ethnographie des émeutes et des guérillas : Formation subjectives, émotions et expériences de la violence en train de se faire ».
Pour aller plus loin
Le vertige de l'émeute : de la Zad aux Gilets jaunes
De Romain Huët
Fascinante, inquiétante, elle accompagne depuis quelques années de nombreuses manifestations. À partir d’une immersion au sein des cortèges de tête entre 2012 et 2019 (Zad de Notre-Dame-Des-Landes, Loi Travail, Parcoursup, Gilets jaunes), Romain Huët saisit la dimension sensible de la violence et interroge ce geste politique aussi singulier qu’unanimement désapprouvé, entre simulacre, jeu et agressivité domestiquée. Comment se vit corporellement l’émeute ? Pourquoi suscite-t-elle chez ses participants d’aussi puissants affects : peurs, joies, ivresses, vertige ? En affichant son absurdité, l’émeute, envisagée comme une expérience charnelle du politique, témoigne à sa façon de notre monde commun.
De si violentes fatigues : les devenirs politiques de l'épuisement quotidien
De Romain Huët
Que sait-on de la souffrance ordinaire, de l’épuisement quotidien et de ses conséquences politiques ? À partir d’une ethnographie réalisée au sein d’une association de prévention contre le suicide, ce livre plonge dans la vie de milliers de personnages ordinaires qui expriment leur renoncement à la vie et les causes de leur souffrance. Il éclaire aussi les raisons des colères sourdes, des indignations et des attentes existentielles déçues. On comprend alors la nécessité politique de l’attachement aux figures du sujet fatigué, de l’humilié et de l’angoissé. Car il s’agit bien là de sujets « explosifs », c’est-à-dire de personnes capables d’interpeller la société, tant pour en révéler la brutalité que pour réfléchir aux conséquences de sa fréquente inanité.
Articles sur le sujet
-
Le non-travail au travail
Conférence de Sophie Rauch- Conférence
- Politique et économie
Le non-travail caractérise tous les instants où l’on ne travaille pas, ou pas complètement. Acte de résistance, désengagement… ou simple comportement humain ?
-
L’Économie de la violence – À qui profite la guerre ? Enjeux et solutions
Conférence de Mathieu Couttenier- Conférence
- Politique et économie
Mathieu Couttenier nous présente dans cet échange à la fois ses travaux de recherche et ses observations sur les conflits contemporains.
-
L’économie pour les 99%
Conférence de Thomas Porcher et Ludivine Stock- Conférence
- Politique et économie
L’économie est-elle au service de ceux qui font tourner la société « les 99% » ? Ou sert-elle « le 1% », une infime partie déjà riche ?