L’écriture chinoise (2/2) : écrire la pensée de Confucius
Cette présentation de quelques caractères chinois fondamentaux présents dans les Entretiens de Confucius nous permettra d’aborder le livre qui a influencé la Chine pendant plus de 2 000 ans.
Conférence du 17 janvier 2026
Bibliothèque municipale de Lyon
Écouter le replay
Visionnez la vidéo
Bonjour à tous, pour ceux qui n'étaient pas là la semaine dernière, je me présente.
Je suis Olivier Bialais, responsable du Fonds chinois, et j'ai aujourd'hui le plaisir d'accueillir Jean-Louis Boully,
le premier responsable du Fonds chinois qu'il a développé pendant plus de 20 ans,
et qui vient aujourd'hui faire la deuxième partie de sa conférence sur l'écriture chinoise.
On va commencer tout de suite.
Bien, bonjour chers publics, et merci de votre présence et de votre fidélité.
Et aujourd'hui, comme vient de le dire mon collègue, que je vais chaleureusement remercier pour sa participation dans cette opération,
et vous allez entendre un texte que j'ai élaboré, mais vous allez aussi dans le même temps pouvoir voir pas mal d'illustrations
qui vont rendre ce texte un peu moins aride, peut-être, c'est fait pour ça, n'est-ce pas ?
Je remercie bien sûr la bibliothèque qui m'a invité, et où je retrouve ici, où j'ai l'ici, à cette place même,
de très vieux souvenirs, un peu trop anciens, de plus en plus anciens, on va dire,
mais toujours très émouvants et toujours très bons.
Alors, effectivement, la semaine dernière, comme M. Olivier Bialais vient de le dire,
nous avons eu un aperçu des origines de la création de l'écriture chinoise telle qu'elle est encore utilisée aujourd'hui en Chine.
Alors, j'ai pensé aller un peu plus loin dans cette approche,
en proposant de se pencher sur quelques caractères importants des notions de la pensée de Confucius.
Il m'a semblé en effet intéressant de m'appuyer sur l'un des textes les plus importants de la pensée chinoise,
un occidental dirait de la philosophie chinoise,
et de vous parler par cette même occasion de Confucius,
dont nous, occidentaux, souvent ne connaissons pas,
nous ne connaissons souvent que le nom ou sa réputation de penseur d'un ordre conservateur.
Alors, j'apporterai rapidement son époque, ça me semble important,
sa vie, ça sera très bref,
puis je vous présenterai quelques caractères,
ainsi que les notions qu'il recouvre, en faisant une étymologie de ces caractères.
Ce sont tous des caractères utilisés au quotidien en Chine aujourd'hui,
à l'exception d'un seul, et je vous préciserai tout cela, bien sûr.
Mais j'ai une pensée pour ceux qui n'étaient pas présents la semaine dernière,
j'ai eu une pensée pour eux,
et j'ai préparé un petit rappel, si vous voulez, pour refixer un peu les choses.
Alors, mon propos se présentait en deux parties.
Après avoir évoqué les aspects légendaires liés à la naissance de l'écriture chinoise,
une première partie a été consacrée à ses origines dès le XIIIe siècle avant notre ère,
soit pendant la dynastie des Shang, lors des opérations de divination.
C'est sur les grands os de mammifères et les plastrons de tortues portés au feu
que les premiers caractères chinois ont été gravés,
représentant les questions, ainsi que les interprétations par les devins royaux
des craquelures apparues sur ces supports.
J'ai raconté comment les techniques de divination,
devenues de plus en plus sophistiquées,
se sont développées jusqu'à devenir une véritable science divinatoire
qui est à l'origine même de la création de l'écriture chinoise.
Une deuxième partie abordait la structuration linguistique de cette écriture naissante
avec, au premier siècle de notre ère,
qui correspond pour l'histoire chinoise à la dynastie des Han orientaux,
le rôle déterminant du lexicographe Sushen et de son dictionnaire
expliquer les figures simples et analyser les caractères composés.
Nous avons vu comment Sushen a entrepris de classer les caractères chinois
selon un système de clés ou radicaux qui sont des indicateurs sémantiques
permettant de façon géniale une expansion du lexique chinois.
Sushen s'est également livré à une véritable catégorisation des caractères
en pictogramme, idéogramme simple, idéogramme composé, en idéophonogramme, etc.
Il rédige le premier des dictionnaires étymologiques de caractères chinois.
À partir de son époque, soit le début de notre ère chrétienne,
les caractères sont peu ou prou fixés.
Enfin, j'avais conclu en montrant que dans la tradition chinoise,
le caractère n'est pas seulement la représentation d'une chose ni d'idée,
mais peut-être aussi considéré comme la chose ou l'idée même.
Voilà, ça, c'était pour les absents de la semaine dernière.
À chaque fois que je parle de la Chine, j'ai l'habitude de commencer par parler de sa géographie
parce que c'est un pays quand même...
Je suis désolé, la semaine dernière, j'ai eu un mot et je voudrais vraiment le regretter.
Je le regrette devant vous.
J'ai dit la Chine, ce n'est pas la Lausère.
Ce n'est pas très sympa pour la Lausère.
Mais je voulais dire simplement par là que la Chine, c'est un très grand pays.
Les Chinois n'ont que ce mot à la bouche.
Les Chinois vous disent toujours que la Chine est un grand pays.
Alors, tu reviens un peu en arrière.
Voilà, la carte, là, vous la connaissez toutes, très certainement.
Vous connaissez la géographie chinoise avec...
Ce qui nous intéresse surtout, c'est la partie qui est à droite,
la partie orientale qui est ici en bleu, en bleu marine,
qui est finalement, pas seulement, mais la presse la plus peuplée de la Chine encore aujourd'hui.
Et puis, bien sûr, ce qui fait vivre ce pays qui part des fins fonds de l'ouest
pour se jeter dans la mer, les deux grands fleuves,
le fleuve jaune, le Huanghe, et le fleuve bleu, le Yangtze-Tiang.
Et puis, bien sûr, je parle de la Chine et je vais parler à maintes reprises de certaines provinces
qui n'existaient pas à l'époque, vous pouvez l'imaginer.
Mais il faut bien convenir quand même de certaines zones géographiques.
Alors, je vais parler de cette zone-là qu'on appelle le berceau de la Chine
et qui comprend à la fois ça, cette province qui s'appelle le Shandong.
Ici, vous avez le Shansi.
À côté, vous avez le Shansi et le Renan.
Grosso modo, ce n'est pas les frontières de ces quatre provinces,
mais c'est par là que ça commence.
C'est là que ça commence.
Le reste étant peuplé de barbares.
Voilà. Grosso modo.
Voilà.
Alors, quand même, comme je vous l'ai dit, pour, comme on dit, planter le décor,
il y a la géographie, mais aussi il y a l'histoire.
Je ne vais pas vous parler de Confucius si je ne vous le...
si je ne l'intègre pas dans un cadre historique
qui souvent n'est pas connu de nous.
C'est peut-être la frise, on n'a plus la frise.
Après. D'accord.
Donc, c'est la dynastie des Zhou.
Voilà.
La dynastie des Zhou, voyez-vous, par rapport à ce que je vous ai indiqué
juste avant avec les provinces actuelles, voilà, c'est ça.
La dynastie des Zhou, c'est la dernière de ce qu'on appelle
les dynasties pré-impériales.
C'est-à-dire, on est dans la Chine classique,
l'Empire n'est pas né.
Oui, l'Empire n'est pas né, mais l'Empire va bientôt naître.
Et après, les Zhou.
Voilà.
Et là, je vous présente une frise chronologique
qui fixe un peu tout ça.
La semaine dernière, nous étions surtout focalisés
sur cette période, les Shang, voyez-vous,
parce que nous avons parlé de la naissance de l'écriture,
grosso modo.
Et là, donc, j'ai dit que j'avançais un peu,
et là, nous sommes chez les Zhou,
où là, vous voyez un peu plus bas, là, ici,
vous avez en 551 avant Jésus-Christ,
vous avez la naissance de Confucius,
qui est l'objet de cette présentation d'aujourd'hui.
Et à la fin des Zhou, vous avez cette toute petite période,
les Qin.
Les Qin, là, ça y est, on est dans l'Empire chinois
et on ne le quittera pas jusqu'à sa chute en 1911.
Voilà.
Vous voyez ici, naissance du Christ,
pendant les Han, au milieu des Han, etc.
On ne va pas rentrer dans le détail,
je ne vais pas tout vous commenter,
mais grosso modo, pour que vous sachiez
qu'on est déjà dans une Chine avancée, là.
Avancée, quand même.
Très avancée du point de vue technique,
du point de vue technique agricole, etc.
Voilà.
Alors, le contexte dans lequel vécu Confucius
est fondamental pour comprendre sa pensée,
mais aussi l'ensemble de l'histoire intellectuelle chinoise
qui va suivre.
C'est une période décisive.
Les Zhou succèdent au Shang, on vient de le voir,
et c'est la plus longue dynastie de l'histoire chinoise.
Son organisation repose sur un système féodal complexe,
fondé sur les clans et la répartition des terres.
Au sommet se trouve le roi,
assisté par une sorte de premier ministre
qui administre le domaine royal.
En dehors de ce domaine et à un niveau inférieur,
les seigneuries reproduisent à leur échelle
l'administration royale.
Les terres sont concédées par le roi à des vassaux
selon un rite sacré.
Le seigneur de cette...
Une mode de terre issue du dieu du sol
fonde symboliquement une principauté,
une principauté qu'on appelle Kuo.
Kuo, c'est à l'époque la principauté,
c'est-à-dire un petit...
C'est-à-dire un domaine, un grand domaine.
Ce qui est devenu maintenant,
qui a pris un tout autre sens,
puisqu'il a le sens de pays.
Vous savez, peut-être, sans doute,
la France est fa.
Kuo, l'Allemagne, c'est de Kuo.
Yin, Kuo, c'est l'Angleterre, etc.
Tout n'est pas construit sur ce schéma,
mais Kuo, c'est vraiment le pays, l'État.
Alors, les paysans excluent des cultes majeurs
réservés à la noblesse,
en reçoivent néanmoins les bienfaits symboliques
et assurent en retour les productions nécessaires
au sacrifice et à l'entretien de la cour.
Le roi, qui est le fils du ciel,
tien zi.
À gauche, tien, le ciel.
À droite, zi, le fils.
On va revoir.
Il est maître du temps et de l'espace.
Il ouvre rituellement la terre,
considérée comme sacrée au printemps.
Il interdit son usage en hiver.
Il pratique la divination.
Il rend le culte aux ancêtres.
Il est le représentant du ciel sur la terre.
La dynastie des Tchou se divise en deux grandes périodes.
J'insiste un peu là-dessus,
parce que, comme je l'ai dit,
c'est une période fondamentale
qui va amener tout ce qui va suivre.
Donc, deux grandes périodes,
les Tchou occidentaux.
Je ne vous dis pas les dates,
vous savez lire,
avec la capitale,
Hao Qing,
et puis les Tchou orientaux,
avec la capitale,
Loï.
Alors, les Tchou occidentaux
ont leur capitale à Hao Qing,
près de l'actuel Xi'an,
pour ceux qui sont allés en Chine
ou qui sont chinois,
dans le Shaanxi.
En 771 avant notre ère,
sous la pression des attaques incessantes
des peuples barbares du Nord-Ouest,
et après une défaite célèbre,
la capitale se déplace.
Dans la Chine classique,
c'est un phénomène
qu'on peut voir assez fréquemment,
déplacement de capitale.
Donc, cette seconde phase
de la dynastie
se subdivise elle-même
en deux périodes.
Première période,
les printemps et les automnes.
Ch'en-Qiu.
Ch'en, c'est le printemps.
Ch'u, c'est l'automne.
La capitale, c'est Ch'ufu.
Ch'ufu, c'est une ville importante,
puisque c'est là
où est né Confucius.
Et la deuxième période,
c'est les royaumes combattants
qui vont s'achever
avec la victoire des Qin
et la fondation de l'Empire.
Donc, du 8e au 3e siècle avant notre ère,
les techniques agricoles
provoquent une privatisation massive
des terres cultivées.
Celles-ci sont progressivement
annexées par les vassaux
qui renforcent leur pouvoir politique
et affaiblissent l'autorité royale.
La cour des Tchou perd son pouvoir économique,
puis son autorité symbolique.
La chute de la capitale en 771
accélère ce processus.
Les fièvres s'émancipent,
les États se multiplient,
fusionnent ou s'affrontent.
Pendant près de 5 siècles,
la Chine est plongée
dans une guerre quasi permanente.
Au 5e siècle,
un équilibre instable
s'établit entre 7 grands royaumes
qui sont, voyez,
qui sont surossés de couleurs,
ici, je ne les lis pas,
vous les voyez vous-mêmes,
alliance et conflit se succèdent
avec un objectif commun,
unifier le territoire des Khan.
Je pense que les Khan,
vous savez tous ce que c'est,
c'est l'ethnie,
comme on dit aujourd'hui,
l'ethnie majoritaire, n'est-ce pas ?
Et malgré leur rivalité,
donc la rivalité entre ces États
qui s'affrontent là,
ils se perçoivent tous
comme issus du même monde culturel
et qui est opposé à celui des barbares
qui les entourent
et contre lesquels ils se battent.
Et ces barbares sont exclus
de ce qu'on appelle le centre du monde
qui est Chonghua,
la fleur centrale.
Chonghua, pour ceux qui connaissent
un peu le chinois,
Chonghua, c'est l'autre nom pour la Chine.
Par exemple, en Chine,
la République populaire des Chines,
c'est avec Chonghua.
Chonghua, j'aime in cong recours.
On ne dit pas Chonggu.
Chonghua, la fleur centrale.
C'est ce berceau chinois.
Et l'idée de centre est inscrite
dans le caractère Chong.
Ce caractère Chong,
dont vous voyez à droite
la graphie actuelle
et à gauche,
l'origine.
Alors, c'est un caractère extrêmement ancien
qui était à l'origine
une sorte d'écriture hiéroglyphique
et qui a grossièrement évolué
à partir des inscriptions oraculaires
dont il fut question la semaine passée
et sur les vases en bronze.
Dans ces inscriptions,
le caractère Chong est le dessin d'une bouche
partagée par une ligne verticale,
comme vous pouvez le voir.
Mais Chong, à l'origine,
est l'image d'un drapeau
comme la graphie de gauche le montre.
et telle est l'interprétation originelle
de la graphie
qui comporte quelques lignes horizontales
de part et d'autre
d'un mât planté verticalement.
Ces lignes représentent les pompons
flottant sur le drapeau.
Mais ce drapeau n'est pas placé au hasard.
Lors de la dynastie des Shang,
il était généralement planté
au milieu du camp militaire.
Dès que le drapeau est planté,
tout le monde se rassemble autour de lui
de sorte que le mot a évolué
vers le sens de milieu, de centre.
Et ça, c'est assez typique.
Pardon.
Souvent, on dit
Chong, c'est une cible
avec la flèche au milieu.
Donc, c'est la flèche fait mouche
et c'est le milieu.
C'est ça, l'origine.
Faux.
L'origine, elle est là.
Elle est le drapeau qu'on plante
en plein milieu du camp militaire.
Le mot « shin »
« tung kuo »
apparaît pour la première fois
dans un vase sacrificiel.
Le « hhe zhen »
c'est un type de vase, c'est ça.
« hhe zhen »
découvert en 1963 dans le Shinshi
et daté du début des Chaux occidentaux.
Fondé après la victoire du roi Wu
sous les Shang
et afin de procéder au sacrifice.
On a perdu l'image.
On va la retrouver sans doute.
C'est bon ?
J'espère.
Bon.
Je continue puisqu'on a retrouvé l'image.
Il porte une inscription
qu'on va peut-être voir dès à présent.
C'est la première fois qu'apparaît
ce nom de « tung kuo » de « shin ».
« Laissez-moi habiter dans la région centrale.
De là, je gouvernerai le peuple. »
Voilà.
Donc la longue période des printemps et automne
et des royaumes combattants
se distingue par deux traits majeurs.
D'une part, les rois des Chaux
sont progressivement dépouillés
de leurs prérogatives.
Ils perdent le monopole de la divination,
des rites royaux
et des cultes aux ancêtres
et qui ont été accaparés par les vassaux
qui usurpent ainsi un pouvoir
pourtant conféré au roi par le ciel.
Confucius ne cessera de blâmer
cette décadence qui marque pour lui
la fin d'un âge d'or.
Ça, ça va être récurrent dans mon propos.
D'autre part, le désordre politique
favorise l'émergence
de ce qu'on a appelé plus tard
les cent écoles de pensée
comme elles seront ultérieurement baptisées.
Libérées de l'emprise royale,
l'éducation autrefois réservée
à l'aristocratie
s'ouvre au privé.
Moins rigide, elle permet
l'apparition de penseurs
proposant d'autres conceptions
du pouvoir, de l'État
et des valeurs humaines.
C'est au cours de cette période
longue de trois siècles,
du cinquième au troisième,
ce qui est assez court
au regard de l'histoire,
que se sont constitués
les grands axes du savoir philosophique
lesquels vont donner à la Chine
les bases de sa pensée,
ainsi que ses concepts fondamentaux
du fonctionnement humain.
Les deux millénaires qui vont suivre
seront basés sur ces écrits philosophiques
qui ont pris part au bouillonnement
intellectuel de toute cette période.
Dans un monde ravagé par la guerre
où le peuple souffre
et où la mort est omniprésente,
les philosophes réfléchissent
à la violence et à la nature humaine.
Les écoles diversent profondément.
D'un côté, vous avez les confucianistes
où la guerre est rejetée
mais considérée comme enracinée
dans la nature humaine.
Sun Tzu, généralement considéré
comme le troisième grand philosophe confucien,
affirme que l'homme est mauvais par nature.
Les humains naissent pétris par leurs désirs
et quand leurs désirs dépassent
leurs capacités propres,
ils s'en remettent aux autres.
Or, quand cette demande dépasse
une certaine limite,
des querelles éclatent
amenant désordre et pauvreté.
Ensuite, je parle d'une autre école
qui est fondamentale,
puis c'est celle qui va amener
les Qin,
la dynastie suivante,
c'est l'école des légistes.
Fa, c'est la loi.
Fondamentale sous les Qin
et influente tout au long
de l'histoire chinoise.
Il n'y a pas encore très longtemps,
Mao Zedong se réclamait
de ce pays d'éterne admiration
devant Qin,
se rend le premier ampleur, n'est-ce pas ?
Elle base l'ordre politique
sur la loi et les châtiments,
prône une rupture avec le passé
et s'oppose ainsi radicalement
avec la pensée confucienne.
On va parler plus loin dans cette...
Je ne vais pas vous donner
les cent écoles.
Il n'y a pas eu cent écoles,
mais il y a eu une quantité d'écoles
qui sont nées à cette période-là,
qui était un grand foisonnement
intellectuel, donc.
Mais c'est une période
qui n'est quasiment pas connue
du grand public,
qui est tellement peu souvent abordée.
Alors, là, je vous ai parlé
de Chun Kuo.
Et là, la semaine dernière,
pour ceux qui étaient présents,
j'avais commencé à aborder
ce caractère en guise d'amorce
pour vous faire venir
la semaine suivante,
qui est ce caractère mine.
Mine, c'est vraiment...
Mine, c'est un caractère
qu'on utilise tous les jours
et qu'on lit partout.
C'est très, très courant.
Mine, c'est le peuple.
Alors, examinons la graphie.
La graphie, c'est un pictogramme
qui le désigne, alors,
est l'image d'un œil crevé
par un objet pointu,
une pointe de métal
ou la lame d'un couteau.
Mine désignait, à l'époque,
un esclave,
c'est-à-dire un prisonnier
saisi à la suite de combats guerriers.
Si les prisonniers n'étaient pas tous
livrés à la mort dans un grand holocauste,
comme ça se pratiquait,
les soldats faits prisonniers
étaient ensuite utilisés comme esclaves
et pour les désigner
et surtout pour limiter
leur capacité de résistance,
ils étaient alors éborgnés.
La graphie a ensuite évolué
et fortement perdue
de cette évocation d'œil crevé.
D'esclaves, il a pris le sens de peuple
dans son sens moderne,
c'est-à-dire de tous ceux
qui ne font pas partie de la noblesse,
ni même des soldats,
mais des hommes comptant pour rien.
Le caractère est construit
à partir de ce radical
qui porte le numéro 83,
qui signifie la branche d'un clan,
la famille, le monsieur ou le maître.
On est passé de cette image terrifiante
d'un œil crevier
à l'idée de peuple.
Confucius, maintenant.
Revenons à Confucius
et à son école de pensée
qui a influencé la Chine
pendant plus de 20 siècles.
Je vais vous présenter Confucius
à travers quelques caractères
que j'ai retenus de sa pensée.
Ne voyez pas là une approche philosophique
de la pensée chinoise,
mais seulement un pas supplémentaire
dans mon exploration
des caractères chinois.
Cela ne m'empêche pas
de présenter en quelques mots
Confucius à l'époque des Zhou.
Je vais vous livrer
quelques éléments biographiques.
Quel que soit le livre
que vous pourriez lire
sur ce penseur,
vous y verrez que la biographie
relève la plupart du temps
de la légende,
de la numérologie,
et n'est donc guère fiable.
C'est une biographie
particulièrement vide.
Pourtant, il existe bel et bien
une biographie de Confucius
relativement précise.
C'est la plus ancienne
et elle est due
à un grand historien
de la dynastie des Han,
qui correspond à notre ère,
qui s'appelait
Suma Chien
et qui est l'auteur du Sheti.
C'est très important,
je vais en parler souvent.
C'est les mémoires,
ça a été traduit
par mémoires historiques
et c'est un livre
qui peut être considéré
comme la première histoire
de la Chine d'alors,
c'est-à-dire
qui précédait
ce monsieur Suma Chien.
Alors, Suma Chien,
je ne vais pas vous lire,
évidemment,
toute la biographie
qu'il lui a consacrée,
mais je vais quand même
lire quelques lignes.
En commençant par citer
un vers extrait
du Livre des Odes.
Le Livre des Odes,
c'est un recueil
de poésie,
de chants campagnards,
ruraux,
très anciens,
que Confucius
avait considérablement
élagué
et qui raconte
la vie des paysans
à cette époque.
C'est extrêmement instructif,
c'est extrêmement poétique
et ça fait surtout mention
des rencontres
qui avaient lieu l'été,
au moment du...
Pardon, le printemps,
pas l'été,
mais le printemps,
au moment des...
C'est le printemps,
tout s'éveille
et les gens se rencontraient,
on quittait leur village,
faisait des grandes fêtes,
plus ou moins orgiaques,
ça, c'est pas moi qui le dis,
c'est vraiment les historiens
qui le disent
et les gens se rencontraient.
c'est très à l'image
de la Chine d'alors
et de l'esprit chinois,
c'est-à-dire
nous sommes mûs par la nature
et nous faisons comme la nature
a voulu que nous soyons
et que nous faisons.
Donc,
le vers dont j'ai parlé,
c'est la tête levée vers les sommets
marchant sur les vastes chemins.
Ça, c'est pour décrire Confucius.
La tête levée vers les sommets
marchant sur les vastes chemins.
Même si on ne peut l'atteindre,
l'esprit déjà se met en route vers lui.
Lorsque je lis les textes de Confucius,
me vient le désir de voir
ce qu'il fut en tant qu'homme.
Lorsque je me rendis
dans l'ancien royaume de loups,
je vous dirai qu'est-ce que c'est que loups,
je contemplais la grande salle
du temple de Confucius,
son char,
ses vêtements
et ses objets rituels,
les lettrés pratiquant régulièrement
les rites en sa demeure.
Voyant cela,
je m'attardais,
incapable de m'arrasser à ces lieux.
Dans le monde,
nombreux sont les hommes puissants
ou hommes de talent
qui connurent la gloire en leur temps,
mais dont la mémoire s'éteignit
aussitôt après la mort.
Confucius était un homme du commun
vêtu de toile,
mais son nom se transmit
pendant plus de dix générations,
révéré des hommes d'études
depuis l'empereur et les princes,
tous ceux qui,
dans le pays du milieu,
discours des six classiques,
s'en réfèrent au maître.
Il est donc juste
de l'appeler Saint-Suprême.
Vous voyez,
ce genre de biographie,
vous vous dites,
ça ne va pas être très objectif,
on va dire.
Il est fait écosse
pour Confucius.
Déjà,
la pensée de Confucius
avait fortement irrigué
tous ces textes
qui étaient écrits.
Alors,
on va voir un peu.
Ce sont bien sûr
des reproductions
de peintures
de peintures
qui en sont faites.
Même ces dates,
551,
479,
sont jugées douteuses
par certains.
En effet,
il aurait vécu 72 ans,
raison pour laquelle
on le voit souvent
représenté sous les traits
d'un homme âgé.
Toutefois,
des informations existent
que l'on peut trouver
dans les entretiens même
dont le titre chinois
est Luongyu,
c'est-à-dire son livre
dont nous allons parler
tout à l'heure.
Confucius est né
dans l'actuelle province
du Shandong
qu'on a montré
au tout début.
Là, vous voyez,
le Shandong,
c'est le pendant,
souvent on dit ça
pour les Français,
c'est le pendant de la Bretagne,
sauf que le Shandong
regarde à l'est.
Voilà,
c'est d'ailleurs
deux provinces
qui sont jumelles
et dont le territoire
contenait la vassalité
de Lu.
Tout à l'heure,
j'ai parlé de Lu.
Il est de Lu,
là-bas.
Il est de Lu,
berceau de la culture
des Zhou,
plan dynastique
avec lequel il était lié
familialement,
ce qui explique
l'attachement de Confucius
à cette dynastie
et à ses valeurs.
Il aurait eu
une jeunesse
plutôt modeste,
bien que son ascendance
ait été aristocratique.
Il est le représentant
de cette catégorie sociale
qui est alors
en pleine croissance,
catégorie intermédiaire
entre d'un côté
la noblesse
qui pratique la guerre
et de l'autre
les paysans
et les artisans.
Lui,
il fait partie
de cette classe
médiane,
si on peut dire,
qui est les Cheux.
Les Cheux.
Cette classe des Cheux
se définit
par son expertise
politique et technique,
laquelle sera fondamentale
pour la mise en place
des réformes
devenues nécessaires
en raison du bouleversement
que connaît la dynastie.
C'est la catégorie
la plus basse
de l'aristocratie,
mais avec l'effondrement
de la hiérarchie féodale
à la fin de la période
des printemps
et des automnes,
son importance
va aller grandissante
et son statut
va s'en trouver renforcée.
Les scribes royaux
chargés des rites
voient lors des royaumes
combattants
leur précaré
et l'écriture
être désormais
de plus en plus
accaparés
par les Cheux
qui sont également
les dépositaires
de ce qui reste
de la tradition rituelle
qu'ils nomment
le Tao,
c'est-à-dire la voie,
voie héritée
des institutions antiques
qu'ils veulent sauvegarder.
Alors traduire Cheux,
là on a mis,
j'ai mis,
la classe des lettrés,
mais bon,
c'est fonctionnaire,
homme savant,
intellectuel,
oui,
intellectuel que les princes
sont aimés,
fréquentés
pour leurs échanges,
leurs idées
et les critiques
qui pouvaient être aimées.
Il faut voir que,
je vous ai dit,
c'est une période
de guerre complète
et ces gens-là
parcouraient les chemins,
Confucius notamment,
parcouraient les chemins
pour rencontrer
les princes
et pour essayer
de voir avec eux
comment se sortir
de cette période.
Je vous ai dit,
la dynastie
était en déréliction,
tout partait
dans tous les sens,
le roi ne régnait plus,
donc il s'agissait
de,
en quelque sorte,
redéfinir un cadre
et savoir
de quoi on parle.
Et donc,
Confucius fait partie
de ces gens-là.
Alors,
je m'arrête un peu
sur le « che »
qui est
à ne pas confondre
avec un caractère
qui lui ressemble,
qui est le « tout ».
Vous voyez,
la différence,
c'est la taille
des traits
horizontaux.
Alors,
« tout »,
« tout »
c'est la terre.
Voyez-vous,
« tout »
c'est la terre.
Au départ,
la graphie originelle
de « tout »,
c'est une mode de terre
qui est posée
sur le sol.
Et puis après,
vous voyez,
sur le petit dessin
vertical,
avec les différentes évolutions,
en haut,
vous avez une mode de terre
et hop,
tout à fait en bas,
vous avez la graphie
d'aujourd'hui.
Mais je reviens
au « che »
et à son interprétation
possible.
Pour cela,
on examine
le nombre,
la graphie « ce »,
ce qui veut dire
« dix ».
Les Chinois font toujours
comme ça
quand ils montrent
« dix ».
Voilà,
« dix ».
Le nombre « dix »
est une constante
quasi universelle.
Mais on va rester
avec les Chinois
et on va regarder
comment on écrit
en chinois
« compter ».
« Comter ».
« Comter »,
ça se dit
« ti ».
« Ti ».
Et « ti »,
ça s'écrit comment ?
D'un côté,
vous avez la parole.
À gauche,
vous avez la parole.
Et à droite,
vous avez « dix ».
Voilà.
Donc,
la graphie cruciforme
de « dix »
et les explications
étymologiques
du dictionnaire
le Shouen,
dont nous avons fortement
parlé la semaine dernière,
montrent que le « dix »,
c'est le « tout »
qui revient à l'unité.
Les quatre branches
de la croix
désignent
les quatre directions
de l'espace.
Le nord,
le sud,
l'est et l'ouest.
C'est l'aspect
d'extension.
Les quatre points
cardinaux
sont ramenés
au point central
qui les contient
tous les quatre
en puissance.
C'est l'aspect
de contraction.
« Chong ».
On revient
sur notre « Chong ».
En effet,
si vous faites
l'addition
des chiffres
de 1 à 10,
vous obtenez 55,
soit
5 plus 5
égale 10
et 1 plus 0
égale 1.
Selon la tradition
du I Ching,
un manuel de divination,
il est dit
que la somme
des nombres
du ciel
est 25.
C'est l'addition
des chiffres impairs.
1, 3, 5,
7, 9
qui sont dits
des chiffres Yang
et la somme
des chiffres
de la Terre
est 30.
Addition des nombres
paires
2, 4, 6, 8, 10
qui sont des chiffres Yin.
La somme totale
des nombres
du ciel
et ceux de la Terre
est 55.
Donc,
5 plus 5
égale 10.
L'étymologie
de « Sh »
nous dit
de 1 à 10,
c'est-à-dire
qu'un lettré fonctionnaire
est le symbole
de toute la connaissance.
C'est bien sûr
là où je voulais en venir.
Toute la connaissance
est résumée
dans ce caractère
de « Sh »
Alors,
tout à l'heure,
quand j'ai parlé
de Confucius,
il ne vous a pas échappé
que j'ai cité
le temps.
Le temps,
vous avez sans doute
entendu parler du temps
parce que souvent,
c'est ce genre
de caractère
qu'on ne traduit pas
un peu par flemme
ou bien par difficulté.
réel.
Le temps,
je vais vous en parler.
Je vais vous montrer
une image un peu horrible
dans un petit moment.
Je vous prie de m'excuser.
On a déjà vu
les yeux crever.
Ce n'était déjà pas drôle.
Mais là,
il y aura
une autre chose
très difficile.
Quant au temps
que j'ai évoqué,
dont sont dépositaires,
les « Sh »,
il nous permet
de dire en passant
que certains
renoncent à traduire
certaines notions.
moi,
je n'hésite pas.
Et ainsi,
le motard
ou bien
alors se contente
de la voix
chère à Tintin.
Ah,
décidément.
il y a un problème
de contact.
Enfin,
j'imagine.
C'est dommage,
juste au moment
où vous alliez voir
cette image
dont j'ai parlé,
vous voyez,
là,
ça commence déjà
à chauffer.
La voix est un mot
qui, en français
comme en chinois,
désigne aussi bien
la voix au sens
de route
que la voix à suivre
pour parvenir
à son but.
Si l'on souhaite
s'approcher un peu
de ce que recouvre
pour un chinois classique
cette notion,
j'ai emprunté
à Jean-François Billeter,
un sinologue
contemporain,
sa définition simple,
le fonctionnement
des choses.
À l'image
d'un paysan
qui, dans sa campagne,
chaque jour,
est courbé
dans les champs,
plante au printemps,
récolte en été
ou en automne
et rentre chez lui
en hiver
afin de se reposer
pendant que la terre
elle-même se repose
dans l'attente
du printemps prochain
et ainsi de suite.
C'est pour le paysan
ce qui fait fonctionner
son monde,
c'est ce qui fait
fonctionner le monde
qui se trouve
sous le ciel,
c'est-à-dire
cet endroit
qu'on appelle
aujourd'hui
la Chine,
il peut être décrit
comme le fonctionnement
naturel des choses,
le grand ordre naturel.
Voilà.
Vous voyez l'image terrible
que je vous annonçais
alors que Milou
s'apprête
à subir
une décapitation.
C'est absolument horrible.
On ne va peut-être
pas rester trop longtemps
sur ça.
Donc,
le caractère
se compose
de deux parties.
L'une,
celle qui se trouve
à l'intérieur,
qui se trouve
sur la droite,
qui est
« show »,
qui signifie
la tête,
le chef.
Le chef,
voilà.
Il s'agit
d'un caractère courant
qu'on retrouve
sur les os
et les carapaces.
C'est un pictogramme.
La graphie d'origine
montre une tête
avec des cheveux.
La tête était complète
à l'origine,
mais s'est réduite
ensuite à un œil.
Les cheveux ont été
stylisés
et réduits
à deux poils,
le premier trait
horizontal étant
le reste du sourcil.
L'autre partie
que vous voyez ici
sur la gauche,
qui se prononce
« show »,
signifie la marche,
le fait de marcher.
C'est cette partie
qui constitue
le radical de « tang »,
qui porte le numéro 162.
Il s'écrit
de deux façons,
mais quand il est radical,
il s'écrit
essentiellement
comme à gauche.
À l'origine,
ce caractère « tang »,
« tang »,
le « tang »
est désigné
le prince marchant
à la tête de son armée,
c'est celui
qui ouvre la voie.
Il a donc également
ce sens.
Sachez toutefois
qu'il n'est pas
propre aux taoïstes
et on en trouve
80 occurrences
dans le livre
de Confucius
« Les entretiens ».
80.
Je cite
le paragraphe 4,
verset 8
des « entretiens ».
Le maître a dit
« Qui le matin
a connu la voie
peut mourir
heureux le soir ».
Cette citation
nous permet
de revenir à Confucius
et de poursuivre
sa biographie.
Lorsqu'il fut engagé
pour travailler
dans la vassalité
de Lou,
ce fut d'abord
à un niveau
peu élevé,
mais il parvint
quand même
au rang
de ministre
de la Justice.
Vers l'âge
de 50 ans,
il renonce
de manière décisive
à la carrière
administrative
et politique,
estimant qu'il ne peut
continuer à servir
des souverains
qui, selon lui,
ont perdu
le mandat céleste.
Sa vie,
déjà marquée
par l'errance,
va continuer
cette errance.
Il va de principauté
en principauté
offrir ses services,
par service
entendons ici,
les réflexions
sur l'état du monde,
alors en grand désordre,
et sur les moyens
d'en finir
avec ce désordre.
Il retournera
dans son pays
de Lou
à l'âge
de 60 ans.
Je m'en tiens là
pour des éléments
biographiques
qui, je le répète,
ne sont pas
fiables du tout.
Si Confucius
déclare
à qui veut
l'entendre,
je transmets
l'enseignement
des anciens
sans rien créer
de nouveau
car ils me sentent
dignes de foi
et d'adhésion.
Chapitre 7,
verset 1.
Il dit également,
chapitre 2,
verset 11,
le bon maître
est celui
qui,
tout en répétant
l'ancien,
est capable
d'y trouver
du nouveau.
Confucius
s'est appuyé
sur nombre
de notions
héritées
de la culture
antique
et y a fait
passer
une sève
nouvelle
en les intégrant
dans une vision
nouvelle de l'homme.
Le génie
de Confucius
est en effet
d'avoir su,
sans les transformer,
intérioriser
en valeur éthique
les principes
de la tradition
institutionnelle
qu'il s'était donné
pour mission
de restaurer.
C'est une citation
de Léon van der Merch.
Je dis un petit mot
sur la valeur
de l'action
chez Confucius.
C'est assez important
et dans ce livre
que j'utilise,
quand je fais
des citations
de Confucius,
j'utilise ce livre
de Jean Lévy.
Donc,
c'est une traduction
de Jean Lévy
que je pourrais vous conseiller.
Je n'ai pas d'action
aux belles lettres,
mais c'est très,
très bien
parce qu'il est,
vous avez de part
et d'autre,
vous savez,
le texte chinois
à gauche
et la traduction
en regard,
sur la partie droite.
La partie droite,
ce n'est pas
une traduction
comme on dit
qui colle
au texte chinois,
mais c'est du français.
Lui,
il l'a traduit
en vrai français.
Alors,
je reviens
à la valeur
de l'action
et je cite
M. Jean Lévy
ici,
dans la conception
confucienne
de l'homme,
l'acte
est d'abord
considéré
en tant qu'acte
et jugé
en fonction
de ce qu'il est
et non
de ce qu'il produit.
Je cite,
donner le pas
à l'effort
sur les fruits,
n'est-ce pas
affirmer sa vertu ?
dit le maître
en réponse
à une question
d'un de ses disciples.
Le renversement
de point de vue
entraîne
un renversement
de la hiérarchie
des valeurs.
Il existe
une beauté,
une grandeur
de l'acte
qui ne tient pas
à sa destination
mais à l'exécution
de l'acte lui-même
qui vaut comme tel
et contient en lui
sa propre fin
et sa propre justification,
sans qu'importe
qu'il serve
à la pérennité
du monde humain
ou à préserver
et perpétuer la vie
dans ce qu'elle a
de plus animal,
de plus physiologique
et encore moins
le profit matériel
qu'on peut en retirer.
Voilà ce qui explique
l'importance du rite
et place
la pensée confucienne
à un niveau
qui n'est pas toujours,
il faut l'avouer,
facilement perceptible
par nous
aujourd'hui.
La conception
occidentale,
elle,
chosifie
ou réifie
le geste créateur
et le transforme
en un simple
mécanisme de production
alors que la pratique
confucienne
porte en germe
l'idée précieuse
que même
les tâches
les plus humbles,
les plus quotidiennes,
les plus banales
peuvent de façon
supérieure
devenir
des œuvres d'art
et acquérir
une dimension
transcendante.
Cette exaltation
du geste en soi
va avoir
des répercussions
importantes
sur la tradition
esthétique chinoise.
qui suivra.
Il n'y a
aucune différence
pour celle-ci
entre l'art
le plus élevé
et les travaux
les plus humbles
du moment
qu'il soit conforme
au dynamisme
ontologique
dont l'acte rituel
exécuté
dans toute sa rigueur
et sa perfection
est à la fois
le vecteur
et l'expression.
Une des dimensions
majeures
que remettent
les entretiens
le livre de Confucius
est la place
accordée
à l'apprentissage
des rites,
de la musique,
la récitation
des poèmes
d'Ézode
la conduite
du char
le tir à l'arc
toute activité
qui serve essentiellement
à régler les rapports
entre les individus
faisant partie du groupe
toutes ces disciplines
sont à la fois
des buts
et des moyens
des buts
car l'étude
du livre d'Ézode
la pratique
des rites
la musique
sont autant d'activités
qu'un honnête homme
se doit d'accomplir
chaque jour
lesquels lui procurent
plaisir esthétique
et sérénité
de l'âme
des moyens
car grâce à ses pratiques
il forge son être moral
cultive sa vertu
parfait sa sagesse
toutefois
l'être moral
la vertu
et la sagesse
ne saurait exister
dans l'absolu
il n'existe que par la relation
que l'homme
entretient
avec autrui
le sage
se forme
et s'améliore
au contact
de ses semblables
et sa sagesse
et sa vertu
ont pour principale utilité
de servir de normes
et de modèles
à autrui
afin de le guider
sur la voie
sur le temps
le confucianisme
influence
2500 ans
depuis 2500 ans
tous les aspects
de la civilisation chinoise
dans le domaine
des arts martiaux
traditionnels
le rituel
que l'on pratique
encore de nos jours
et que les maîtres
considèrent comme fondamental
émanent directement
du confucianisme
les entretiens
ce livre là
donc ce livre
que je vous ai montré
et dont j'ai extrait
je fais destination
donnant le chapitre
le numéro du chapitre
et le numéro du verset
les entretiens
de confucius
consistent en une compilation
de tenues
de propos tenus
par le maître
compilation réalisée
par ses disciples
bien après sa mort
survenue en 479
avant Jésus-Christ
ces propos ne renvoient
donc nullement
à un enseignement
proprement dit
de nombreux synologues
avancent même
avancent même
que ces entretiens
ne sont qu'une
reconstruction tardive
qui daterait des rannes
donc vers le début
de notre ère
et non que peu à voir
avec les propos du maître
alors là ce sont
des querelles
parce que
le livre que nous lisons là
ce n'est pas confucius
qui l'a écrit
ce sont des disciples
ce sont des disciples
de disciples
ce sont des disciples
de disciples
de disciples
donc tout cela
c'est fait
mais
peu importe
je ne dirais pas
que ce n'est pas important
de considérer cela
la seule chose
qui est importante
c'est la pensée
qui en est issue
n'est-ce pas
et qui a irrigué
toute la Chine
pendant les 2000 ans
qui ont suivi
voilà
dans ces entretiens
qu'est-ce qu'il faut retenir
si vous les avez lus
ou si vous vous apprêtez
à les lire
ne prenez pas le livre
du début
et jusqu'à la fin
ça va être un peu difficile
parce que c'est une langue
un peu parfois
un peu ardue
c'est une langue
assez pauvre
assez sèche
et ça rend le propos
peu aisé
d'où l'importance
de la traduction
c'est la raison
pour laquelle je vous livre
les propos traduits
si on ne lit pas
le chinois classique
et d'ailleurs
les leçons du maître
suscitaient
certainement à la fois
le désarroi
et l'émerveillement
auprès de son auditoire
tous ces élèves
sont unanimes
à considérer
que les pensées
du philosophe
sont d'une élévation
et d'une profondeur
qui dépassent de loin
leur propre entendement
et pourtant
lorsqu'on lit les entretiens
on ne peut manquer
d'être frappé
par l'aspect très simple
très terre à terre
des formules employées
jamais de métaphysique
mais des formules
toutes faites
des ditons
issues du bon sens paysan
ou de la sagesse populaire
des exhortations
à la prudence
figurant dans les manuels
élémentaires
du parfait homme d'état
des morceaux rimés
inspirés des chants d'amour
du livre d'Ésode
et quelques exemples historiques
c'est en tout cas
le premier texte
de ce genre
avec sinon
un enseignement
à proprement parler
du moins une pensée
qui est transmise
lors de rencontres
et lors de voyages
quelques dizaines
voire quelques centaines
de disciples
on donne parfois
le nombre de 3000
termes qui sera
réservé aux plus proches
on les appelait
des disciples
ou plutôt
de personnes attirées
par ces penseurs
qui prenaient les chemins
et allaient voir
les princes
pour leur offrir
leur connaissance
et leur science
je le redis
Confucius n'a donc pas
écrit ses entretiens
le titre français
d'entretien
n'est d'ailleurs pas
le reflet
de ce qu'il est
réellement
parce que
pour une part
s'il s'agit bien
d'un jeu de questions
réponses
formulées par ses disciples
suivi des réponses
du maître
pour d'autres parties
il s'agit simplement
de propos
et de paroles
tenues par le maître
ces dialogues
entre le maître
et ses disciples
et ces propos
tenus par le maître
ne se présentent pas
selon un ordre rigoureux
on aura
beaucoup de difficultés
à dire
ce paragraphe
est consacré
à tel aspect
à telle notion
tout cela est un peu
tout mélangé
je dirais
c'est pas toujours
facile
par exemple
le premier paragraphe
s'intitule
sué
mais on parle
un peu de sué
on va le voir
ce caractère
c'est un truc
très important
ce qui est l'étude
apprendre l'étude
mais bon
on parle de tant
d'autres choses aussi
donc c'est pas
ne vous dites pas
ce soir
avant de me coucher
je vais tout apprendre
sur le sué
non ça va pas marcher
vraiment comme ça
donc moi je vais pas
vous lire ça
in extenso
je vous ai fait déjà
je vous ai fait déjà
des lectures
d'extraits
et je veux simplement
là attaquer
m'attaquer
aux quelques
je crois
cinq caractères
ou six
un deux trois
cinq caractères
cinq caractères
qui vont
qu'on va
qu'on va aborder ensemble
qui sont des notions
fondamentales
de la pensée de Confucius
d'accord
alors pour le premier
n'est-ce pas
c'est gène
gène
alors là
c'est dommage
j'ai été un peu vite
on a mis la traduction
mais mon idée au départ
c'était de ne pas
la mettre la traduction
on peut le voir
le gène là non
tu veux passer derrière
oui je passe
le gène
voilà
au départ je voulais
pas mettre la traduction
je voulais simplement
vous dire une chose
gène est construit
de la sorte
voyez vous
il est construit
à gauche
par l'homme
l'homme en tant qu'être humain
je veux dire
l'homme d'être humain
et à droite
du chiffre deux
voyez
vous avez d'un côté
l'homme
et à côté
vous avez deux
et là
j'allais
ce qu'il ne faut surtout
jamais faire dans une conférence
vous donner la parole
et vous dire
d'après vous
qu'est-ce que ça peut
bien vouloir dire
mais là j'ai mis la traduction
avant ça c'est une faute
voyez vous
donc voyez
voyez comment
c'est aussi surtout
pour illustrer
ce qu'est le chinois
bien sûr
je me casse la tête
pour ça
c'est seulement pour ça
je veux que vous voyez
que le chinois
c'est pas des petits traits
qu'on dessine au hasard
là on a l'homme
et on a le chiffre deux
c'est un caractère
alors j'ai dit que je vous dirais
comment sont utilisés
ces caractères
dans la vie courante
c'est le seul
qui n'est pas utilisé
dans la vie courante
c'est un caractère
typiquement confucien
et vous n'allez pas pouvoir
l'employer dans la rue
ou discuter avec
avec des copains
ou des amis
et puis placer ça
quoi
ça c'est
vous allez parler de confucius
là vous allez le dire
forcément
d'accord
alors
la clé
le radical numéro 9
à gauche
plus le chiffre
numéro 2
deux traits
donc si on souhaite traduire
parce que je veux quand même traduire
pour que vous sachiez
de quoi il parle
c'est l'altruisme
la charité
la bonté
le sens de l'humain
la mensuétude
l'humanité
voyez
comment ils se dessinent
là on vous le montre
comment ils se dessinent
on commence toujours
par le haut
et on va toujours
de gauche à droite
il y a quatre traits
premier trait
celui qui descend
après il descend en bas
et après le chiffre 2
voilà
un petit
c'est un petit truc
au passage
le gène
ça se dit
on prononce ça gène
gène au deuxième ton
le gène est à certains moments
la vertu suprême
presque inaccessible
sinon à quelques-uns
qui sont des saints
mais parfois le gène
est quelque chose
de beaucoup plus ordinaire
qu'on pourrait traduire
en français par
le bon cœur
l'urbanité
je cite confucius
des hommes bons
je désespère d'en connaître
à la rigueur
pourrais-je croiser
des hommes persévérants
c'est dire si
ceux qui pratiquent
à la réussite
le gène
ne courent pas les rues
si je peux dire
je cite également
chapitre 15
verset 10
Tse Kong
qui est un disciple
de Confucius
lui ayant demandé
comment pratiquer
la bonté
le maître lui répondit
l'ouvrier
qui veut faire
du bon travail
affûte d'abord
ses outils
dans la principauté
où tu te trouves
commence par te mettre
au service
des grands officiers
les plus capables
et à te lier d'amitié
avec les gentils hommes
qui ont du cœur
ce qui fait
de cette qualité
une qualité
que même un individu
qui n'a rien d'exceptionnel
peut posséder
gène
vous le voyez
c'est vraiment
l'étymologie du caractère
c'est les relations
duels
entre êtres humains
c'est vraiment
c'est éclatant
enfin
pour moi
c'est éclatant
et j'espère que
vous le rendrez
éclatant également
n'est-ce pas
avec Confucius
l'homme ne devient humain
que dans sa relation
avec autrui
le gène
ne définit pas
un idéal figé
et stéréotypé
de perfection
auquel il faudrait
se conformer
il procède plutôt
d'une nécessité interne
d'un ordre des choses
dans lequel il faut
se replacer
il s'agit donc
moins d'un idéal
à réaliser
que de quelque chose
vers lequel il faut
tendre
tendre
et tendre
à l'infini
bien que Confucius
parle constamment
du gène
le caractère revient
une centaine de fois
dans les entretiens
il se refuse
à en donner
une définition
explicite
qui serait
de ce fait
limitée
à ses disciples
il répond
par tous
successifs
en fonction
de son interlocuteur
à un autre
de ses disciples
qui s'appelle
Fan Che
il répond
le gène
c'est aimer
les autres
ça c'est
paragraphe 12
verset 22
le gène
c'est aimer
les autres
qu'on pourrait
presque rapprocher
de notre
aimez-vous
les uns
les autres
dans une version
sécularisée
chez Confucius
il n'y a pas
de référence
à une quelconque
entité divine
l'amour
dont parle
Confucius
est humain
dans sa dimension
affective
et émotionnelle
et dans une relation
de réciprocité
et seulement cela
et gène
doit s'exprimer
à travers
le rite
j'ai déjà parlé
de rite
dans mes propos
précédents
et le rite
doit être
également
basé sur la
bienveillance
pour avoir du sens
nous allons le voir
très vite
c'est à dire
tout de suite
le rite
il faut dire une chose
il faut l'avouer
c'est moins
sauf dans la partie
dans la partie
basse
qui est la partie
simplifiée
c'est moins évident
avec gène
j'étais
je marchais un peu
sur du velours
là c'est un peu
plus long
je vais avoir un peu
plus besoin
d'un peu plus
de temps
pour vous
là vous voyez
le caractère
qui s'écrit
sous sa forme
traditionnelle
moi ce qui m'intéresse
ici
même si on le fait
figurer
voyez-vous
entre parenthèses
la forme
la forme simplifiée
la forme simplifiée
comment dire
ce qui m'intéresse
c'est bien sûr
la partie
traditionnelle
voyez-vous
donc
c'est une graphie
fondamentale
de la pensée chinoise
et en outre
aujourd'hui
c'est un caractère
couramment utilisé
il est construit
à partir de la clé 113
la clé 113
c'est cette partie là
c'est-à-dire à gauche
voyez
cette partie qui est là
à gauche
la clé 113
voilà
qui est toujours placée
à gauche du caractère
dans lequel il entre
en composition
là on a ajouté
13 traits
et pour la forme simplifiée
on a seulement ajouté
un trait
ce caractère là
qui est à gauche
ce radical à gauche
ça rentre dans tout
ce qui est sacré
les esprits
les esprits chenés
etc
bref
je passe là
et en haut
on trouve
la représentation
schématisée
d'un brouet de céréales
voyez ça
d'un brouet de céréales
n'est-ce pas
ou bien de rameaux
dans un vase
qu'on appelait
tau
à l'époque
tau
en bas
ça s'appelle tau
la graphie archaïque
est interprétée
par des récipients
remplis de grains
et surmontés
de rameaux
de gerbe de céréales
le vase contenant des rameaux
était alors utilisé
lors des rites
je vais donc en même temps
que je vous présente ce caractère
parler du rite en Chine
dans le sens profond
et sensiblement différent
d'une autre
Confucius dit
qu'est-ce que les rites
c'est ce qui met de l'ordre
dans ce qu'on fait
quand l'homme de bien agit
il ne manque pas de le faire
suivant l'ordre qu'il faut
ordonner l'état
sans rite
ce serait être
comme un aveugle
qui ne voit pas
la forme des choses
et qui divague
sans savoir quoi
comment quelqu'un
cherchant quelque chose
dans la nuit
dans une pièce obscure
et qui sans lampe
ne voit rien
comme quelqu'un
cherchant la nuit
et qui n'a pas de lampe
et qui ne voit rien
sans rite
quel geste faire des mains
où mettre les pieds
il dit également
chapitre 14
verset 41
que le maître
prise les rites
et le peuple
sera facile à gouverner
il dit aussi
chapitre 3 verset 4
interrogé par un certain
Lin Fang
sur l'essence du rite
le maître répondit
grande question
le rite
plutôt dépouillement
qu'apparat
dans le deuil
plutôt affliction
que pompe
c'est à dire que
vous voyez là
on se ressemble
parce que pour nous
le rite souvent
c'est une enveloppe
c'est quelque chose
d'extérieur
qui n'a plus
beaucoup de contenu
Confucius insiste
en disant
le rite c'est
la pompe
on s'en fiche
l'apparat
on s'en fiche
qui compte
c'est autre chose
l'existence du ciel
et de la terre
précède l'existence
de tous les êtres
l'existence
de tous les êtres
précède l'existence
des hommes et des femmes
l'existence
des hommes
précède l'existence
des couples conjoints
l'existence
des couples conjoints
précède les relations
entre père et fils
l'existence
des relations
entre père et fils
précède l'existence
des relations
entre prince
et sujet
L'existence des relations entre princes et sujets précède l'existence des relations entre supérieurs et inférieurs. L'existence des relations entre supérieurs et inférieurs précède l'existence des structures rituelles.
Cette digression qui nous amène vers les rites est extraite d'un des commentaires du hitting. J'en parle pas, ce qu'on appelle le hiking en français. C'est un manuel de divination. J'en parle pas, on en aurait pour trois heures. Ce serait très long et très compliqué.
On ne saurait mieux dire que ce n'est pas l'organisation de la société qui détermine celle de la famille, mais à l'inverse, l'ordre familial qui est au principe de l'ordre social et des rites qui le régissent.
Chapitre 2, verset 5
Interrogé par un certain Mong Itze sur la piété filiale, le maître avait répondu « Ne pas aller contre ». Quelques temps plus tard, profitant de ce que Fanche, qui tenait les reines de l'attelage, il lui apporta la réponse qu'il avait faite aux dignitaires qu'il avait interrogé sur la piété filiale « Ne pas aller contre ».
Le maître répondit « Vivant, servir ses parents selon les rites, à leurs morts, les enterrer selon les rites, et ensuite sacrifier à leurs mânes selon les rites ».
Pour nous, un acte rituel est un acte réglé dans sa forme extérieure, mais sans qu'apparaisse positivement le sens de cette forme jusqu'à finalement se réduire à un geste vide, sans porter réel, ce qui rituel est devenu ce qui est fait de façon machinale, formelle, par l'abandon de la finalité.
Le chinois considère les rites d'une toute autre façon. Ils sont pour lui la forme étudiée sur laquelle doit se modeler toute espèce d'action, sous peine de manquer de conformité au sens des choses et, par la suite, risquer de dévier de l'ordre universel.
Le noble chinois d'alors ne se conduisait pas selon la loi, mais selon les rites.
Ce qui peut expliquer la cohérence des rites chinois, c'est qu'ils semblent être la reproduction par la société humaine des comportements naturels, donc spontanés, des plantes et des animaux.
Les rites assurent donc l'enracinement correct et le déroulement heureux de la vie.
Le chouen, ce fameux dictionnaire que nous avons vu la semaine dernière, explique que la graphie lii est une marche qu'on exécute pour servir les esprits et obtenir les bienfaits du ciel.
Les rites sont ainsi le principe même de la conduite à mener.
L'homme est sur terre pour honorer et servir le ciel et tous les esprits qui émanent de lui.
Par ce moyen, il pourra obtenir le bonheur que le ciel lui donnera par l'intermédiaire des esprits.
Depuis les origines d'une administration très organisée, depuis les Zhou et même les Shang et peut-être même depuis les Xia, la première des trois dynasties préimpériales, les rites sont le domaine réservé d'un ministère.
Le sens religieux soutient tous les autres sens parce que le ciel, Tien, couvre tous les êtres de sa souveraineté.
Ce n'est pas Confucius ou ceux qui ont continué sa pensée qui ont inventé le rite, c'est le rite qui a produit Confucius.
Li, le rite, c'est le rite religieux, la cérémonie civile, ce qu'il y a de cérémonieux entre deux individus qui se traitent en connaissant bien la place de chacun dans la société.
C'est tout aussi bien l'amabilité, l'urbanité, la courtoisie, la politesse qu'on prend pour recevoir et traiter quelqu'un.
C'est la bonne tenue, les bonnes manières, la bienséance, la décence qui donne une bonne image de soi.
Le rôle des rites est enseigné aux hommes, ce que les animaux font naturellement.
Traditionnellement, la graphie chinoise du rite est associée à son homonyme qui se disait Li, qui se prononce maintenant Lu, et qui signifie soulier, sandales, chaussures, suivre les traces de quelqu'un, etc.
Par transposition sur le plan de la démarche morale, sur le plan de la conduite, de l'action, de la nécessité d'une forme qui maintienne le pied en le préservant de l'entorse.
Le Shouen, ce fameux dictionnaire auquel je fais si souvent référence, dit pour le caractère Li, marcher convenablement.
Selon Sun Tzu, un autre penseur confucien de la fin des royaumes combattants et qui a contribué à ce que le confucianisme soit érigé en religion d'état pendant les Han,
donc selon ce penseur qui s'est battu pour défendre l'esprit rituel qu'il considérait comme étant au cœur de l'héritage confucien, là je le cite,
« Les rites ont trois fondements. Le ciel, tienne et la terre, ti, sont le fondement de l'engendrement.
Les ancêtres, le fondement de l'espèce. Les souverains, les maîtres, le fondement de l'ordre.
Sans le ciel et la terre, comment l'homme serait-il engendré ? Sans les ancêtres, d'où descendrait-il ?
Sans souverains ni maîtres, comment concevoir l'ordre ?
Si un seul de ces éléments manque, il n'y a pour l'homme aucun point fixe.
Or, par les rites, il serre en haut le ciel, en bas la terre, il honore ses ancêtres et exalte son souverain et son maître.
Tels sont les trois fondements des rites. »
Fin de citation.
Confucius a fait du lit, l'élément qui caractérise le mieux le comportement humain en général,
à l'opposé donc de la pensée occidentale, où l'individu agit selon des considérations égoïstes
et dont les actes ont pour objet de le conduire à la satisfaction de désirs personnels.
Antinomique avec la pensée de Confucius.
En effet, ces rites qu'il convient pour chacun de respecter ne consistent pas seulement à avoir des attitudes,
des gestes normés, à installer des coupes, comme attendus lors des grandes cérémonies
telles que les commémorations des ancêtres qu'il convient de respecter lors des mariages, les funérailles.
Non, pour Confucius, c'est aussi dans la vie courante qu'il faut respecter les rites.
Ainsi, lorsque l'on mange, lorsque l'on s'assied, dans les postures et les attitudes que l'on a,
on se doit de respecter un rituel.
Manger, s'asseoir, marcher, tous ces comportements courants, nous les avons en commun avec les animaux.
Mais nous n'agissons pas comme eux, nous faisons cuire nos aliments, nous nous asseyons pour manger, etc.
Tout en respectant nombre de rituels.
Dresser une table selon un ordre qui varie peu, une fois assis à la table pour manger,
on s'empêche certaines attitudes, on porte à sa bouche les aliments d'une certaine façon, etc.
Un fameux disciple de Confucius, qui s'appelle Yenhui, voulait savoir en quoi consistait la bonté.
La bonté, on l'a vu tout à l'heure, c'est Yen.
Rappelez-vous ce caractère.
Le maître répondit, se dominer soi-même et faire retour au rite.
Si chacun se domine et fait retour au rite, ne serait-ce qu'un seul jour,
l'Empire tout entier se tournera vers la bonté.
La bonté ne procède-t-elle pas plus de soi-même que d'autrui ?
Pouvez-vous m'en détailler les préceptes ? répondit le disciple.
Le maître répondit, regarde rituellement, écoute rituellement, parle rituellement, agit rituellement.
Car si la relation avec l'autre est bien au centre de la pensée de Confucius, Yen,
c'est le rite qui en constitue l'un des fondements majeurs.
Rappelons-nous que pour Confucius, l'une des causes de la déliquescence du pouvoir d'Echo est précisément
sinon l'abandon, du moins une grande négligence dans la pratique rituelle
telle qu'elle avait lieu au début de cette dynastie, en tout cas bien avant sa décadence.
Son idéal politique est les débuts de la dynastie d'Echo au moment de ce que l'on appelle les Cho occidentaux.
Ces rites constituent alors un moment de la pratique religieuse.
Il va donc y avoir un glissement vers le monde des hommes, d'où leur efficacité.
Pour Confucius, les rites sont la clé de voûte du monde civilisé
et ils marquent la différence fondamentale entre les barbares et le monde civilisé.
Durant la période d'Echo, le peuple, celui dont on crevait les yeux,
n'était pas tenu au rite mais obéissait aux lois.
Seuls les nobles ne se conduisaient pas selon la loi mais selon les rites.
Aujourd'hui, s'ils conservent le sens premier de rite,
le caractère lit, ce fameux caractère qu'on voit pour les rites,
c'est un caractère très courant, j'ai dit.
C'est-à-dire, on l'utilise pour le cadeau.
Un lit-ou, c'est-à-dire, lit-ou, c'est le cadeau.
Et puis aussi, c'est la politesse.
On va dire de quelqu'un qui, celui-là, ne comprend rien au lit.
T'as foutu, t'as foutu dans le lit.
C'est-à-dire, c'est vraiment un sauvage.
C'est un type qui n'est pas poli, qui ne respecte pas.
Ce n'est même plus une question de bienséance.
Il n'est pas correct.
Là, je continue.
Voilà.
Celui-là, je l'ai évoqué tout à l'heure.
Chui.
Chui.
Alors, vous voyez, en haut, la forme traditionnelle
et en bas, la forme simplifiée.
Vous voyez, on a beaucoup perdu, quand même.
Au passage, comme souvent dans les simplifications,
on perd.
On ne peut pas faire de l'étymologie avec une simplification.
Ça ne sert à rien.
On ne retrouve plus rien, quoi.
Surtout quand ils sont considérablement simplifiés.
Alors, lui, sué, c'est un...
Alors, lui, c'est tous les jours que vous utiliserez sué
quand vous parlerez chinois.
C'est tout le temps, tout le temps, tout le temps.
C'est un des caractères les plus courants.
Il est construit à partir du radical 39, d'accord ?
Auquel on ajoute 13 traits.
Le radical 39, c'est ce qui est en bas,
qui n'a pas commencé à être dessiné.
Je vais vous dire le top.
Top, voilà, il est dessiné.
Ça, on l'a vu plusieurs fois, déjà.
La semaine dernière, on l'a vu souvent aussi.
C'est le tsu.
Le tsu, c'est l'enfant.
Le tsu, c'est l'enfant.
Voilà.
Très beau caractère.
Là, il est en simplifié.
Vous voyez, ça va plus vite.
Voilà.
Voilà l'évolution de la graphie.
Donc, on passe de deux.
On passe à gauche des carapaces, des os et des plastrons de tortues.
Après, on est sur le bronze.
Et à la fin, sur le troisième, c'est sur les bambous et les tissus.
D'accord ?
Voilà.
Et puis, la forme d'aujourd'hui, c'est celle qui est la plus à droite, n'est-ce pas ?
Prenons les choses en détail et tâchons de voir une interprétation possible.
L'étymologie officielle indique qu'on voit un enfant, je vous l'ai indiqué, n'est-ce pas ?
Un enfant dans la partie inférieure, qui s'apprête à recevoir les connaissances qu'il s'agit d'acquérir.
Le dictionnaire étymologique, le Shouen, donne la définition suivante de ce caractère sué,
s'éveiller à la compréhension.
Les différentes significations de sué sont imitées, se mettre sous la direction d'un maître,
apprendre en imitant, étudier, apprendre, l'instruction, le savoir, l'érudition, etc.
Pour Confucius, on ne peut être un homme accompli que par l'étude.
C'est l'étude qui permet d'acquérir les connaissances nécessaires à la bonne compréhension
de ce que doivent être les relations sociales, les rites, ainsi que l'équité des devoirs rituels.
Chapitre 26, verset 9, le maître dit
« Viennent d'abord ceux qui savent en naissant, puis ceux qui savent en étudiant,
ensuite ceux qui étudient avec peine.
Quant à ceux qui se refusent d'étudier en raison des difficultés rencontrées,
ils forment la lit. »
C'est clair.
Chapitre 1, verset 7,
Tsushia, qui est un disciple de Confucius, a dit
« Qui préfère les sages au plaisir des sens,
se dévoue corps et âme à ses parents,
se montre capable de sacrifier sa vie au service de son prince,
qui avec ses amis tient toujours parole,
quand bien même me dirait-on qu'il n'est pas allé à l'école,
je soutiendrai qu'il a étudié. »
Donc vous voyez, cette notion d'étude, ce n'est pas seulement la notion d'étude scolaire.
L'étude comprend notamment la fréquentation assidue des livres canoniques,
les fameux Tsing, qui constituent la culture,
mais ne s'arrêtent pas là.
Ce serait en effet insuffisant si la plus grande connaissance des textes
ne s'accompagnait pas d'une vie attentive parmi ses semblables,
comme d'une attention respectueuse à l'égard du maître.
Mais l'étude n'est pas une fin en soi, elle a pour but de préparer à l'épanouissement
de celui qui s'y donne au sein de la vie familiale, politique et sociale.
Chapitre 15, verset 31, le maître a dit.
La plupart des versets commencent comme ça.
Le maître a dit.
D'accord ?
Le maître, c'est Confucius, bien sûr.
Il m'est arrivé de passer des journées sans manger et des nuits sans dormir
à force de réfléchir, et ce sans le moindre profit.
Il eut mieux valu les consacrer à l'étude.
Chapitre 5, verset 28, le maître a dit.
Dans chaque bourgade de dix foyers, il se rencontre sans doute des gens
qui m'égalent en loyauté et en sincérité, non en amour de l'étude.
A l'époque archaïque, l'éducation et la sélection étaient de nature essentiellement militaire.
Les plus anciennes mentions d'enseignement sué ou d'établissement d'enseignement sué-kong
qui se rencontrent dans les inscriptions des tchôts occidentaux sont relatives au tir-l'arc.
Dans certains documents, le contexte donne au mot sué le sens d'un local particulier,
celui où se rendent des princes pour qu'il soit prodigué un enseignement.
La graphie du mot sué dans les inscriptions oraculaires, c'est-à-dire dans les inscriptions divinatoires,
est le pictogramme d'un toit reposant sur deux assises latérales.
Vous voyez là ?
Sur deux assises latérales qui sont des murs ou des piliers
et surmontées d'une ou de deux croix de Saint-André.
On les voit là.
Ces croix représentent vraisemblablement un ornement de frontons d'édifices faits de poutres croisées.
Or, la forme la plus complexe du pictogramme de ce bâtiment
montre qu'il était destiné aux exercices du tir-l'arc,
interprétation qui s'est finalement imposée.
En effet, la version définitive du mot sué comporte l'addition de chaque côté du toit d'une graphie qui s'appelle roue et qui désignait alors les fagnons,
servant à marquer l'emplacement où prenaient position les tireurs à l'arc.
Le terme sué signifie donc de manière très précise un hall de tir à l'arc,
avant de symboliser d'abord la fonction exercée dans ce hall, l'enseignement du tir,
puis la pratique suivie dans ce hall, l'apprentissage du tir,
exception qui s'est fixée sur le mot dont le sens classique est devenu celui de notre verbe « apprendre ».
L'éducation aristocratique incluait d'autres apprentissages, j'en ai parlé plus haut,
celui de la conduite des chars, celui des chants et des danses,
auxquels il fallait prendre part lors des cérémonies liturgiques,
à quoi s'est ajoutée au moins durant l'époque des Tchaux
l'étude de l'écriture employée dans les inscriptions divinatoires
et du calcul utile dans les opérations de divination.
Tous ces apprentissages devaient conduire à la maîtrise des six grandes disciplines
que sont le tir à l'arc, la conduite des chars, la musique, l'écriture, le calcul, les rites,
qui constituaient à l'époque confucienne la culture.
Bien sûr, l'évolution a fait que la part intellectuelle de la formation
sur sa part manuelle et militaire s'est accrue.
Néanmoins, durant toute l'Antiquité chinoise,
c'est bien le tir à l'arc qui est l'âme, voire la matrice de toute la culture.
On peut presque dire que le tir à l'arc pendant la Chine antique
serait l'équivalent de la dissertation littéraire pendant la Chine impériale.
Et à l'instar de la dissertation littéraire ultérieure,
il a été chargé de tant de complications de forme, d'un tel raffinement
qu'il est devenu l'expression de toute autre chose que de la simple habileté
à toucher une cible qui n'en était plus que le prétexte.
Il est devenu l'expression du degré de conformisme,
au sens ritualiste du terme,
auquel une longue éducation rituelle avait permis de parvenir.
C'est pourquoi le tir à l'arc a pu demeurer l'épreuve ultime
de toute l'éducation, même après que celle-ci est devenue principalement morale.
Je vais faire, j'en ai déjà parlé beaucoup du tir à l'arc,
mais je vais quand même en remettre une petite couche et vous en reparler.
C'était une arme, l'arc était une arme aristocratique
et le service des armes était une fonction, bien sûr, réservée à l'aristocratie.
Pour les Tcholles, l'épreuve la plus noble est la joute du tir à l'arc.
Ce n'est en rien une épeuve d'habileté ou de bravoure.
C'est une cérémonie réglée comme une danse,
où l'on doit se montrer habile et brave.
Tous les mouvements doivent se faire en cadence.
Et si la flèche n'est pas partie sur une note juste,
c'est-à-dire que quelqu'un donnait une note et on tirait la flèche,
si la flèche n'est pas partie sur une note juste,
elle ne pourra jamais toucher le but,
ou tout au moins elle ne comptera pas.
Les archers, en avançant, en reculant, en tournant,
en se retournant, doivent toucher au cœur, tombe, des règles rituelles.
Au-dedans, une attitude correcte de l'âme.
Au-dehors, une attitude droite du corps.
Voilà ce qu'il faut pour tenir arc et flèche fermement et soigneusement.
Arc et flèche tenus soigneusement et fermement,
voilà ce qui permet de dire qu'on a touché au centre de la cible.
Si deux archers rivaux décident de se rencontrer dans la plaine,
ils tireront l'un sur l'autre, comme au commandement d'une musique,
tous les deux ensemble.
Et leurs flèches, tous deux visant bien,
trop soucieux de la victoire, dissimulent...
Et leurs flèches, tous deux visant bien,
se heurteront à mi-chemin, sans mal pour personne.
Il peut arriver que l'un d'eux, trop soucieux de la victoire,
dissimule une flèche supplémentaire,
l'autre parera le coup délictueux à l'aide d'une baguette,
sur quoi, tous deux pleurant de compassion l'un pour l'autre,
déposant leurs arcs,
se feront sur le terrain des génuflexions face à face,
s'invitant à vivre dorénavant comme vivent un père et un fils,
et se liant à jamais par un échange de sang pris à leurs bras.
Chacun s'efforce d'endosser un avis de loyauté
qui est l'âme officielle du noble, de l'aide civilisée,
donnant libre cours au sentiment
les laisser suivre leur pente, telle est la voie des barbares.
Celle qu'impose le cérémonial est très différente,
car c'est le cérémonial qui fixe les degrés et les limites,
tant au sentiment eux-mêmes qu'à leur expression.
On peut citer cette anecdote, encore extrait du Litsi,
quand pour reconnaître parmi les fils
celui qui mérite de succéder au père qui vient de mourir,
on consulte la tortue.
Consulter la tortue, c'était pratiquer une divination.
Celle-ci peut répondre ainsi.
On a un père qui est mort,
et on a des fils qui vont prendre sa suite, peut-être.
La tortue répond.
Qu'ils se lavent tous les cheveux et le corps,
qu'ils suspendent à leur ceinture des pierres de prix,
et on aura un signe.
Cinq des frères aussitôt se baignent et se partent,
mais le sixième sait bien que ce sont là des gestes interdits
par la tenue de deuil.
Il a donc pris soin de rester sale et sans ornement.
À celui-là, l'héritage appartient.
S'il a évité le pièce de la tortue,
c'est qu'il est imprégné du sens des convenances.
Il possède les vertus qu'on attend d'un fils.
Sachant la valeur des rites,
il prouve ainsi qu'il est un gentilhomme.
Chapitre 3, verset 7, le maître a dit
« L'homme est dépourvu d'esprit d'émulation.
Où devrait-il y en avoir sinon dans une compétition du tir à l'arc ?
Pourtant, chacun ne monte à l'air de tir
et n'en descend qu'en saluant et en effaçant devant l'autre,
puis en offrant une coupe au vaincu.
Même dans la compétition, il demeure un honnête homme. »
Là, j'aborde Cheng Ming que j'ai déjà un peu abordé la semaine dernière.
Vous vous rappelez peut-être pour ceux qui étaient présents.
Cheng Ming, rectifiez les noms.
Rectifiez les noms.
Alors, pour Confucius,
gouverner,
Cheng.
On va laisser...
Cheng Ming, là.
Vous voyez, on écrit les deux caractères, là.
À gauche, Cheng.
Et à droite, Ming.
Rectifiez les noms.
Pour Confucius,
gouverner, c'est être dans la rectitude.
Autrement dit, gouverner, c'est rectifier.
Il y a un jeu de mots entre Cheng et Cheng qui se prononcent rigoureusement de la même façon
et qui sont presque interchangeables.
Le deuxième Cheng peut également servir,
c'est-à-dire, en l'occurrence, celui qui est à gauche, là,
peut servir de forme simplifiée à celui qui est à droite.
L'interprétation étymologique de Cheng est la suivante.
Au départ, sur les os et les plastrons,
il s'agit du dessin d'une ville fortifiée entourée de douves,
mais il est également dit que Cheng est la forme récente de Cheng,
un autre Cheng,
qui signifie marcher, faire un long voyage, faire une expédition punitive.
Il nous reste aujourd'hui en haut un trait censé symboliser une ancienne cité
et en dessous, la graphie qui signifie initialement une empreinte de pied.
Là, signification originale est marcher, conquérir.
Ce caractère Cheng signifie droit, correct, juste.
Aujourd'hui, la politique en chinois, c'est Cheng Zhe.
Tu l'as, non ?
Tu l'as pas.
Petit aparté sur les amateurs d'histoire chinoise du XXe siècle
et particulièrement la stratégie maoïste.
La longue marche est dite en chinois, Cheng Cheng.
Peut-être que vous vous rappelez de cet épisode
de l'histoire chinoise d'avant la Révolution,
quand les communistes ont quitté le Tianxi, c'est ça, le Tianxi,
et qu'ils sont remontés là-bas, juste en haut du Tianxi,
ce qu'on appelait la longue marche,
ce qu'on nous a traduit par longue marche.
Dans le mot Cheng, plutôt que l'idée de gouverner,
c'est-à-dire de tenir le gouvernail,
il y a celle d'ordonner le monde contenu dans la notion de Zhe,
qui à l'origine signifie soigner un organe malade,
en y établissant un équilibre qui a été perdu.
Lorsqu'on veut demander à quelqu'un si,
après qu'elle a été malade et elle est guérie,
ce sera le mot à utiliser.
Pour ce qui est de la deuxième graphie Ming,
les noms Ming, plusieurs interprétations sont proposées.
L'interprétation la plus courante est
ce qu'il faut dire avec la bouche le soir
quand il ferait trop sombre pour pouvoir être identifié
ou identifier quelqu'un par la vue.
D'où le sens de nom, appellation, donner un nom, nommer, appeler.
C'est également le nom personnel,
nom donné par le père après la naissance de l'enfant
et qui doit rester secret,
car celui qui le connaît a puissance sur l'individu.
Ming est également interchangeable avec une autre graphie de même prononciation,
qui est Ming, qui signifie donner l'ordre, le destin, le mandat, la vie,
le mandat du ciel.
Le nom Ming est ce par quoi on Ming, on donne ordre aux choses.
Ainsi, le nom a-t-il valeur d'acte ?
Ceci est un trait fondamental de la pensée chinoise traditionnelle.
Autrement dit, pour un Chinois,
gouverner, ce n'est pas une question de technique politique,
mais une simple affaire de charisme personnel
qu'il s'agit de posséder et de cultiver.
L'adéquation entre le corps politique et la rectitude morale du souverain
donne toute sa signification à la nécessité de rectifier les noms.
Chapitre 13, verset 3.
Tzu Lu demande au maître,
« Si le prince de Wei vous confiait les règnes du gouvernement,
quel serait votre premier soin ? »
Confucius répondit, « Rectifiez les noms. »
« Vraiment ? »
« Vous dites « Yé, maître, rectifiez les noms, mais à quoi bon ? »
Le maître répondit.
Triple buse.
Quand on ne sait pas, on se tait.
Si les noms ne sont pas corrects,
les propos ne sont pas conformes.
Si les propos ne sont pas conformes,
les affaires ne peuvent être réglées.
Si les affaires ne peuvent être réglées,
les rites et la musique ne pourront fleurir.
Les rites et la musique n'étant pas fleurissants,
les châtiments seront injustes.
Et les châtiments étant injustes,
le peuple ne saura plus où mettre ni pied ni main.
C'est pourquoi le prince donne des noms qui assurent cohérence au discours
et tient des discours qui peuvent se traduire dans les actes.
Oui, un sage en ce qui concerne le langage veille à ne rien employer au hasard et à rien d'autre.
Considérons ici les mots comme étant bien davantage que des noms,
mais ayant un rôle de dénomination.
Ils détiennent, par le caractère idéographique de l'écriture,
le pouvoir de mettre en ordre le monde.
Dans un autre paragraphe des entretiens,
il est écrit.
Le duc Qing de la principauté de Qi,
ayant interrogé Confucius sur l'art de gouverner,
celui-ci lui fit la réponse suivante.
Que le prince soit prince,
le sujet sujet,
le père père,
le fils fils.
Le duc opina que c'est juste.
Si le prince n'est pas prince,
le sujet sujet,
le père père,
et le fils fils,
le pays regorgerait-il de grains
que je ne serais pas certain de pouvoir en manger.
C'est dans ce rapprochement entre ces deux passages
des entretiens que l'acte de nommer prend tout son sens.
Nommer quelqu'un ministre par dénomination,
c'est le nommer ministre par nomination.
Le texte chinois dit,
j'ai tenu là à vous le montrer,
c'est le seul verset que je vous montre en chinois,
pour que vous voyez,
c'est-à-dire que c'est tout simplement la répétition.
Il n'y a pas des phrases,
il n'y a pas des grandes phrases.
C'est la concision du chinois classique.
Il y a une idée d'adéquation
entre le nom et la réalité.
La réalité est constante
dans la pensée de Confucius.
On y trouve la conviction
qu'il existe une force inhérente au langage,
renforcée par l'écriture idéographique,
qui ne fait que conforter,
qu'exprimer la dynamique des relations humaines ritualisées
et qui n'a pas besoin de promenir d'une instance transcendante.
Et de plus,
ce mouvement va dans les deux sens.
Il convient d'agir sur les noms
de manière à ce qu'ils ne s'appliquent
qu'à des réalités qui le méritent.
Et il convient aussi de relativiser la réalité des choses
de manière à ce qu'elles coïncident
coïncident avec les noms conventionnels.
C'est ainsi qu'on retrouve chez Confucius
comme une nostalgie des temps mythiques
où l'homme et le cours des choses
étaient en parfaite adéquation
et lorsque le Tao se manifestait naturellement,
sans avoir à être expliqué
et sans être étayé par des principes.
Rappelez-vous, le maître dit
« J'aimerais tant me passer de la parole »
et son disciple lui objectent
« Mais si vous ne parlez pas,
qu'aurions-nous, humble disciple, à transmettre ? »
Et le maître de répondre
« Le ciel parle-t-il jamais ? »
« Les quatre saisons se succèdent,
les cent créatures prolifèrent. »
Qu'est-il besoin au ciel de parler ? »
Chapitre 17, verset 19
Ainsi, la rectification des noms
a pour objet de créer une sorte de langage idéal
susceptible d'entretenir équilibre et harmonie
au sein des relations sociales.
Ordre social et stabilité politique
peuvent être obtenus par l'imitation
et la reproduction du modèle
légué par les rois de l'Antiquité.
Comme le disait un signologue français
qui s'appelle Marcel Granet,
il s'agit d'une théorie de l'ordre.
La doctrine des dénominations correctes
est une doctrine de l'ordre.
Je vous raconte une dernière histoire
pour clore ce chapitre.
Cette histoire nous vient de ce Matienne
et de ses mémoires historiques.
Elle relate les propos du ministre Chaoka,
un nœud nu qui souhaitait s'emparer du trône.
À un certain jour,
qui tombe le 27 septembre 207 avant notre ère,
Chaoka, qui nourrissait des projets de sédition
mais n'était pas certain d'être suivi
par les autres dignitaires,
décida de se livrer à un test.
Il offrit un cerf à son maître
en déclarant « Tenez, maître,
voici un cheval. »
Le souverain rit et dit « Ne faites-vous pas erreur,
vous êtes en train d'appeler ce cheval un cerf. »
Parmi l'assistance prise à témoins,
nombreux ceux qui préféraient regarder le silence
ou qui allèrent dans le sens du ministre
en assurant que c'était bien un cheval.
Quant aux rares qui osèrent dire que c'était un cerf,
le nuque s'arrangea pour les charger
d'une quelconque inculpation,
se rendant ainsi redoutable à la foule
des fonctionnaires de la cour.
Donc, si un jour on vous offre un cerf,
faites attention à votre réponse.
Enfin, j'aborde le dernier des caractères
qui est fondamental,
qui est « Sire ».
« Sire », c'est un caractère assez facile
à écrire, en deux parties.
« Sire », c'est la piété filiale.
La vénération aux parents aînés,
la fidélité aux ancêtres.
Une étymologie particulièrement éclairante,
composée de deux parties.
Après que nous aurons vu le détail
de chacune des parties,
vous vous rendrez compte
comment certains caractères
peuvent, plus de 2000 ans après leur création,
être encore à l'image de ce qu'ils veulent signifier,
et cela même après les simplifications
et les stylisations successives.
Ce caractère est construit à partir du radical
qui porte le numéro 39,
qui se trouve à droite.
On l'a déjà vu plusieurs fois.
Ce radical est également utilisé en tant que caractère.
Il est fréquent et très important.
On l'a rencontré.
Il signifie l'enfant, la personne jeune.
La partie supérieure est composée du caractère « Lao »,
qui est le radical 125.
Avant de voir en détail ce caractère
qui signifie vieux, ancien,
on peut déjà constater que la graphie « scient »
a été construite avec deux graphies
signifiant respectivement « jeune » et « vieux ».
Ce caractère signifie « piété filiale »,
vénération aux ancêtres, aux parents aînés.
Étymologie éclairante.
Ce caractère a la particularité d'être constitué de deux parties
qui séparément sont chacune des clés des radicaux.
Nous avons vu le détail.
Ce caractère est construit avec la clé 39,
qui est le fils.
Il se trouve dans la partie basse
et la partie supérieure « Lao »,
qui signifie « vieux ».
Le sens premier, c'est la piété filiale.
Le dictionnaire évoqué à maintes reprises
dit précisément « piété filiale s'exprimant par le service des parents ».
Le caractère représente un fils servant ses vieux parents.
Mais avant de parler de cette relation entre jeune et vieux,
revenons sur chacun des caractères qu'il compose,
en commençant par l'enfant.
Voilà.
Il s'agit d'un pictogramme qui figure sur les os et les carapaces.
Là, l'enfant, non.
Voilà.
Vous voyez l'enfant.
L'enfant tel qu'il est présenté à l'extrême gauche
sur les carapaces
et à l'extrême droite
de la façon qu'on l'écrit plus haut.
La partie supérieure, c'est « Lao ».
Et cette graphique qui remonte à la dynastie des Shang
montre ceci.
« Un homme bossu au crâne dégarni
qui marche en s'appuyant sur une canne.
Le premier sens, c'est un homme de grand âge
qui a moins de cheveux et qui marche avec difficulté.
Par la suite, il désigne tout ce qui est vieux,
ancien en général,
et tout ce qui est en opposition
avec ce qui est neuf ou jeune.
Le dictionnaire Shouen, toujours lui,
donne comme définition
« À 70 ans, on est vieux.
À 70 ans, le vieillard prend sa retraite
et se prépare à la mort. »
Ça ne concerne personne d'entre nous, je le vois vite.
Un livre a été écrit entre 350 et 200 avant Jésus-Christ.
Il s'agit du « Xiaoting »,
c'est-à-dire le classique de la piété filiale.
Il est officiellement classé parmi les 13 classiques.
Il est peut-être l'œuvre de Confucius
ou d'un de ses disciples.
C'est un livre peu épais.
Il a 1 800 caractères seulement
et au nombre de caractères différents peu élevés,
seulement 388.
Il faut savoir qu'en chinois,
quand vous avez un livre,
on ne vous donne pas le nombre de pages,
on vous donne le nombre de caractères.
À partir du XIIe siècle,
le livre de la piété filiale,
XIIe siècle de notre ère,
était donné aux enfants pour l'étude des caractères.
Son contenu constitue de façon très brève
une introduction remarquable
à l'essence de la pensée de l'école confucienne.
Plus précisément, ce classique donne en 18 dialogues
une liste de devoirs entre les enfants et ses parents,
le peuple et son empereur,
les ministres et son empereur.
La piété filiale n'est donc pas seulement à voir
comme le sentiment naturel des devoirs des enfants envers les parents,
mais aussi le sentiment que doit éprouver le chinois pour son empereur.
Elle est étroitement associée au concept confucien
que nous avons vu il y a très peu de temps,
qui est le lit.
Interrogé par Meng Itze sur la piété filiale,
le maître avait répondu « Ne pas aller contre ».
Et quand on dit « Ne pas aller contre »,
qu'entendiez-vous par là sans qu'il fin de fait ?
Vivant, servir ses parents selon les rites,
à leur mort les enterrer selon les rites,
ensuite sacrifier à leur main selon les rites.
J'avais déjà lu ces versets.
Une autre fois à la même question,
le maître fit cette réponse au fils de Meng Itze,
« Avoir pour unique souci de ne pas affliger ses parents ».
La piété filiale construit un ordre familial
selon lequel les enfants sont placés en position de dette
envers leurs parents, car ils leur doivent d'exister.
De plus, la piété filiale demande aux enfants,
du moins aux fils aînés,
d'assurer la pérennité de la lignée familiale
par une nombreuse descendance.
Sachez qu'une loi chinoise, qui date de 2015,
impose juridiquement l'obligation pour les enfants
devenus adultes de rendre fréquemment visite
à leurs parents vieillissants.
En Chine, il existe une continuité
entre le monde des vivants et celui des morts.
La pitié filiale associe les vivants et les morts
au sein d'une chaîne de réciprocité
incarnée dans le culte des ancêtres
et occupait, il y a peu de temps encore,
une place centrale au sein de la société chinoise.
Toutefois, au-delà d'une pratique qui touche en premier lieu
les liens familiaux envers les parents vieillissants,
avec une progéniture à assurer,
avec le respect des pratiques de deuil,
la piété filiale déborde de ce cadre purement familial
en s'insérant dans la vie sociale du pays
et les relations entre l'individu et son prince,
quels qu'ils soient, sont également de même nature.
Un disciple de Confucius avait interrogé le maître
sur la piété filiale et il s'était vu répondre
« On considère de nos jours qu'il suffit de veiller
à l'entretien de ses parents pour être un fils pieux,
c'est confondre piété filiale et gavage des oies.
Sans le respect, où est la différence ? »
Deuxième citation, c'est un autre disciple
qui a interrogé le maître sur la piété filiale.
Confucius répond « Tout est dans l'attitude.
Décharger les parents de leur tâche
et servir à manger et à boire en premier aux aînés,
cela suffit-il à faire un fils pieux ? »
Je termine par un extrait de ce livre dont j'ai parlé,
le classique de la piété filiale.
« Celui qui aime ses parents n'ose pas haïr les autres.
Celui qui respecte ses parents n'ose pas négliger les autres.
Celui qui donne tout son amour et tout son respect
dans le service de ses parents étant son exemple
de la vertu parmi les gens du peuple
et le répand entre quatre mères.
C'est là la piété filiale du Fils du Ciel. »
Et je m'arrête là.
Et je vous remercie de votre attention soutenue.
Merci.
Applaudissements
J'ai bien conscience que je parle de choses
qui ne sont pas toujours faciles, il faut le dire.
C'est un autre temps, c'est un autre pays,
c'est une autre pensée finalement.
Et j'ai fait mon maximum,
justement en m'appuyant sur les caractères
et en essayant de retrouver une étymologie ancienne
pour essayer de me rapprocher le plus près possible
de ce que nous pourrions nous comprendre.
Dans certains cas, c'est plus facile que d'autres.
J'en ai bien conscience de ça.
Mais je sais que c'était un gros effort.
C'était un gros effort pour moi également.
Il ne faut pas se leurrer.
Mais malgré tout,
c'est...
J'ai mon collègue qui me disait ça au tout début,
une collègue technicienne,
que je remercie encore pour son travail,
qui me disait ça au tout début,
avant même que vous n'arriviez,
et qui m'interrogeait de façon fort juste.
Est-ce que ça ne va pas nous aider
à comprendre ce qu'est la Chine aujourd'hui ?
Je crois que c'est la bonne question, effectivement.
Est-ce que...
Mais moi, je ne vais pas pouvoir répondre à cette question.
D'abord, pour une raison simple,
c'est que je n'ai plus mis les pieds dans ce pays
depuis plus de 15 ans.
C'est-à-dire que pour moi, ce pays,
c'est très loin maintenant.
Je pourrais paraphraser Confucius,
qui n'a pas mis les pieds en Chine depuis 15 ans,
n'y connaît rien, quoi.
Et ce serait pas loin d'être exact.
C'est...
Comment dire ?
C'est...
Bien sûr qu'il y a des...
Il y a énormément de changements en Chine.
Énormément.
Vous le savez bien, vous lisez...
Lire les journaux,
ce n'est pas forcément être le bon moyen
pour se tenir très informé de façon précise
de ce qui se passe en Chine,
en tout cas, je veux dire,
dans la psychologie des Chinois.
Mais c'est quand même...
C'est...
Là, je termine par la piété filiale.
Je ne sais pas ce que c'est que la piété filiale
aujourd'hui en Chine.
Peut-être que ça existe-t-il encore, certainement.
En tout cas, certains m'ont beaucoup moins répondu
qu'à l'époque dont nous parlons à l'instant, bien sûr.
Voilà, je vais vous laisser la parole maintenant.
Je vous remercie encore.
Voilà.
Donc, si vous avez des questions,
merci d'attendre d'avoir le micro
pour que tout le monde vous entende bien.
Oui, une question un peu...
Je suis là.
Ah, ah, bonjour.
Bonjour, bonjour.
Merci.
Non, une question un petit peu difficile,
peut-être oiseuse, je ne sais pas.
À l'époque de Confucius,
et finalement, à toutes les époques,
qu'elles étaient ou quelle était
l'alternative philosophique ?
Confucius a développé sa vision du monde
sur le fond d'une vision générale
qui existait à l'époque en Chine.
Bon, quelle était l'autre vision
ou les autres visions ?
Vous avez parlé, à un moment donné, des légistes.
Il y a un livre qui vient de sortir
d'un professeur de normal supplion
sur le légisme
et qui semble dire que le légisme
a eu un rôle extrêmement important
et que tout ce qui a été organisation technique,
calcul, métrage, etc.,
a eu un rôle très important en Chine.
Ça me semble être un petit peu différent
du confucianisme.
Donc, quelle était l'alternative au confucianisme
ou est-ce qu'il n'y en avait pas ?
Je ne sais pas si ma question...
Je comprends bien, mais j'ai parlé très rapidement
puisque ce n'est pas l'objet,
mais les cent écoles, c'est-à-dire
ces écoles de pensée dont font partie
le confucianisme, le légisme,
le taoïsme également
et d'autres encore qui étaient proposés,
mais on est à une époque ancienne.
Là, on parle de la sphère politique
et uniquement la sphère politique
des princes et des cours des princes.
On est bien d'accord,
ce n'est pas un débat démocratique
qu'il s'agit là.
Bien sûr qu'on peut dire que...
J'ai parlé de ces gens,
de ces conseillers dont Confucius faisait partie,
qui allaient de cours en cours.
Parce que j'ai essayé de le cister aussi plusieurs fois.
La Chine était dans un état épouvantable.
On appelle ça les royaumes combattants.
C'est une très mauvaise traduction du français.
Tchanko, ce n'est pas les royaumes combattants,
c'est les royaumes en guerre.
C'est-à-dire que pendant plusieurs siècles,
ces gens-là se sont faits la guerre les uns contre les autres
pour qu'au bout du compte,
c'est un seul de ces États qui a pris le dessus
et qui a effectivement imposé sa propre façon de voir.
Et comme cet État puisait dans les théories des légistes,
qui étaient des théories quand même assez dures
et centralisatrices,
pourquoi j'ai dit à un moment que Mao et même peut-être
le président Xi, je ne sais pas précisément,
ont repris à leur compte en quelque sorte
cette école légiste.
C'est parce que c'est une école...
C'est là qu'est née la Chine.
Donc tout a été centralisé.
Tout d'un coup, la Chine est devenue centralisée.
Après, l'histoire de la Chine,
ça va et ça vient, si on peut dire.
Mais la centralisation chinoise vient de là.
C'est l'unification de l'écriture,
c'est l'unification de bien des routes, des essieux,
ce genre de choses qui sont des choses techniques.
Mais c'est quand même une vision...
Alors eux, ce n'est pas des confucianistes du tout.
Eux, pour le coup, ce qui compte, c'est la loi.
Et quand je dis la loi, c'est la punition.
On va vous dresser, si vous voulez.
On va faire en sorte que vous ne vous écartiez pas du chemin.
Et ce n'est pas par les préceptes confuciens.
Même si, on peut dire aussi, dans le même temps,
que les 2000 ans qui vont suivre,
c'est presque un mélange des deux.
Mais bon, là, je n'ai pas parlé des taoïstes.
Je n'ai pas parlé de l'école naturelle, du yin et du yang.
Tout ça, je ne l'ai pas évoqué.
Il faudrait...
Pour être vraiment complet...
Moi, si vous voulez, ce qui m'intéressait,
c'était les caractères.
J'ai choisi le confucianisme pour faire un exercice d'application
suite à la conférence de la semaine dernière.
Mais j'aurais pris, après tout.
J'aurais pu prendre...
J'aurais pu puiser.
Simplement, ces caractères me plaisent énormément.
Je le dis.
Après tout, j'étais maître à bord.
Comme on dit, je pouvais bien décider.
J'aime ces caractères.
J'aime les écrire.
J'aime les lire.
Et j'aime aussi leur sens profond.
Et j'aime les décortiquer comme je les ai décortiqués devant vous.
Je sais, c'est très pénible.
C'est fatigant.
Et je comprends que vous soyez fatigué.
Je suis moi-même un peu fatigué également.
Mais c'est...
J'aurais pu le faire, pourquoi pas ?
En choisir d'autres.
Choisir évidemment d'autres étymologies, etc.
Mais...
En fait, ce qui manque,
ce qu'on ne nous propose jamais,
ce qu'on ne propose jamais au grand public,
c'est une présentation
et une analyse précise de cette période
qui est la seule période
qu'il peut expliquer aujourd'hui.
Alors, moi, je vais peut-être faire ça.
Je vais faire un cours de géographie
suivi d'un cours d'histoire
qui sera consacré à la période des royaumes combattants.
Et puis après, peut-être un petit peu
parler quand même de ces écoles-là.
Moi, celle que j'aime beaucoup,
c'est l'école dite naturelle.
C'est le yin-yang qui a quand même créé
la médecine chinoise, par exemple.
Et puis, pour ceux qui sont allés en Chine,
pour les étrangers notamment,
qui ont vécu un peu en Chine,
ils savent l'importance, le poids que ça a.
Je veux dire, quand vous êtes malade,
vous avez tous les voisins qui rappliquent chez vous.
Je ne sais pas si c'est peut-être plus vrai,
mais non, je n'en sais rien.
Qui rappliquent chez vous en vous donnant telle affaire
parce que vous avez telle affection,
on va vous guérir en vous donnant,
je ne sais pas quoi, moi,
des pommes, des poires et autre chose.
Et tout ça, c'est issu de vieilles pensées.
Ce qui m'intéresse, en fait,
c'est ce qui reste aujourd'hui
de cette Chine qui n'existe plus depuis...
qui a existé il y a 2500 ans.
Ça, je trouve ça très intéressant.
La vraie question, c'est...
C'est un peu comme l'homéopathie, si vous voulez.
Il reste toujours des traces, quand même.
Toujours.
Alors, il en reste peut-être plus dans les campagnes.
Les campagnes s'amenuisent, vous le savez.
On est loin du temps où les campagnes étaient majoritaires.
Là, ce sont les villes qui sont majoritaires.
Or, la vie naturelle dans les villes, en Chine,
je ne sais pas si vous avez une petite expérience,
il faut s'accrocher.
Ce n'est pas facile.
Voilà.
C'est comme ça que je peux vous répondre, M. Bazin.
Oui, une remarque sur la piété filiale.
C'est vrai que dans les grandes méga-métropoles chinoises actuelles
se développent les maisons de retraite,
ce qui était impensable il y a encore 40 ou 50 ans en Chine,
puisque c'était un peu comme dans les pays arabes
où on regarde les anciens chez soi, etc.
Mais les conditions de vie dans les méga-métropoles
sont comme en Occident,
c'est-à-dire la cherté des loyers,
une vie de plus en plus trépidante, etc.
Moi, ce que j'aurais voulu savoir,
c'est que pendant la période de révolution culturelle,
qui a été un chaos sans nom,
est-ce que la pensée de Confucius
était jugée comme contre-révolutionnaire
ou disant complètement à l'opposé
des idées qui étaient alors professées ?
Je vous remercie de cette réponse.
Alors, je vais vous renvoyer,
je vais botter en touche, lâchement,
je vais vous renvoyer à une prochaine conférence
dont tu pourrais préciser la date, Olivier ?
Oui, comme cette année,
c'est le 60e anniversaire du début de la révolution culturelle.
Le 28 mars, on va faire une conférence
sur la révolution culturelle.
Alors, je vais quand même dire une chose.
Le Confucius était complètement banni de cette période.
Ça, c'est sûr que c'était banni, banni.
On a ici des...
Puisque j'ai eu l'honneur de servir ici,
dans cette maison, sur le fond chinois,
on a ici une iconographie particulièrement riche
et puis tout simplement une littérature
dont une partie consistait à dire
qu'il faut abattre la maison Confucius.
Et puis, les choses ont changé.
La révolution culturelle s'est arrêtée, bien sûr.
Et puis après, il y a eu Deng qui est arrivé,
qui a un peu libéralisé ça.
Je suis allé à Tchufu, dans sa ville natale,
qu'on a évoquée au tout début,
dans les années...
À la fin des années 80.
Mais Tchufu était ouverte,
au sens chinois du mot.
C'est-à-dire qu'on pouvait y aller sans être refoulé.
Et à l'époque, c'était encore...
C'est venu juste de s'ouvrir.
Alors, c'était très bien, parce qu'il n'y avait personne.
Là, vous essayez d'aller à Tchufu aujourd'hui.
Là, c'est un peu...
C'est comme Barcelone, quoi.
Vous avez du monde partout, quoi.
Mais c'est l'inverse, maintenant.
Alors, maintenant, le régime bénit,
enfin, honore tous les descendants de Confucius,
qui sont par milliers,
qui se réunissent régulièrement à Tchufu
dans sa ville natale, etc.
Et il y a des temples...
Parce que le confucianisme aussi a une...
A une, quoi ?
A une version religieuse.
Et les temples de Confucius, tout ça...
Tout cela est largement autorisé, maintenant.
Et c'est tout à fait accepté.
Et je pense même...
Moi, je ne suis pas trop l'information
au jour le jour de ce qui se passe en Chine
et de ce qui est décidé par le Parti communiste.
mais je pense même qu'on...
Vous avez lu quand même...
Vous avez entendu les propos que j'ai tenus.
Rappelez-vous, au début,
j'ai dit que...
J'ai dit qu'il était...
Qu'il passait, en tout cas, en Occident
pour être une sorte de chantre du conservatisme.
Mais bon, quand vous écoutez...
Si vous avez écouté ce que j'ai dit,
on pourrait le penser, oui,
parce que c'est...
C'est en même temps qu'il décrit une façon...
Qu'il donne une façon de vivre, quoi.
Une façon de se comporter.
Bon...
Ça sonne comment ?
Ça peut sonner comme étant un extrême conservatisme,
effectivement, oui.
Donc, ce n'était pas compatible du tout avec...
Ça ne voulait pas dire que le maïouisme
n'était pas d'un grand conservatisme.
Mais ce n'était pas le même.
Ils n'étaient pas...
Ils n'allaient pas ensemble.
Non.
Je vous invite vraiment à venir à cette conférence-là.
Parce que là, en plus,
ce n'est pas une personne qui a vécu.
Donc, ce sera de la première main.
C'est toujours intéressant d'entendre les gens parler
qui ont vécu tout cela, quoi.
Voilà.
Et puis, il faut aussi signaler que le confucianisme,
il y a eu des transformations
entre le confucianisme original,
le néo-confucianisme et le nouveau confucianisme.
Il y a des nuances très marquées.
Bonjour et merci.
Oui, bonjour, madame.
Voilà.
Pour des raisons familiales,
étant allées à Taïwan,
ce qui se passe,
c'est que dans les différents courants religieux,
les temples confucéens
sont quand même au niveau...
Bon, je ne veux pas dire esthétique,
mais au niveau construction
et au niveau, dirais-je,
pensée, quoi.
Ils se distinguent par
une vision
et une mission d'apprentissage
de différentes écoles.
Enfin, voilà comment ça se présente là-bas.
Oui.
Alors, je ne suis pas un Taïwanais,
mais je connais peu...
J'ai peu fréquenté Taïwan.
Je veux bien croire que ce soit différent,
puisque Taïwan...
J'essaie désespérément
d'afficher la carte
avec la carte géographique de la Chine
qui monte Taïwan.
Si tu pouvais m'aider, Olivier.
Mais là...
Vous savez bien, Taïwan,
Taïwan, c'est...
Taïwan, après 49...
En 49, au moment de la révolution communiste,
n'est-ce pas,
les nationalistes ont reflué à Taïwan.
Alors, Taïwan, vous voyez,
il y a deux grandes îles en bas, là.
Celle qui est le...
J'ai un petit truc, là.
Voilà.
Taïwan, c'est ça.
D'accord.
Ça, c'est Hainan.
Voilà.
Ça, c'est Taïwan.
Donc là, après 49,
les choses...
J'ai évoqué la semaine dernière,
par exemple,
que les Taïwanais ont conservé
l'écriture traditionnelle.
Les Taïwanais ont forcément
conservé une tradition
que n'ont pas conservé
la Chine continentale
dans son ensemble communiste.
Mais, bon,
ça concerne absolument tout.
Ça concerne...
Comment dire ?
Il faudrait...
J'ai toujours du mal à parler
de ce que je ne connais pas intimement.
Moi, j'ai passé deux mois à Taïwan,
donc je ne peux pas te dire, quoi.
Je ne peux pas vraiment...
Mais je me doute bien...
Mon collègue, Olivier bialais,
lui, il a fait ses études là-bas,
il a travaillé là-bas,
il pourrait répondre à cette question.
Que ne le fait-il pas ?
Je ne sais pas,
je n'ai pas très bien compris
la question, en fait.
Par rapport à un certain...
Est-ce qu'il y a ou non encore,
par exemple, à Taïwan,
quelque chose qui subsiste
et qui subsisterait ?
Si j'ai bien compris, madame,
davantage que sur le continent.
À Taïwan, il y a le...
Il y a les temples de Confucius
avec des cérémonies régulièrement...
Enfin, à l'anniversaire de Confucius,
il y a toutes des cérémonies
pour honorer les professeurs.
Enfin, il y a des choses comme ça.
Mais c'est plus lié au néo-confucianisme
qu'au confucianisme originel.
Mais en fait, Taïwan,
c'est un peu le musée des pratiques chinoises
d'avant 1949.
Ce n'est pas du tout particulier.
C'est simplement que certaines choses
ont été conservées un peu dans leur jus.
Je voulais vous parler des relations managériales
aujourd'hui dans les entreprises chinoises,
en Chine,
où il y a un respect du manager
et où on ne remettra jamais en question sa parole,
telle qu'elle soit.
Est-ce qu'on dit que ça vient de Confucius ?
Est-ce que c'est le respect de l'aîné ?
Est-ce que c'est...
Et ça ne change même pas chez les jeunes.
Vous parlez de Chine continentale.
Je parle de Chine continentale.
Vous le rattachez à quel concept, finalement ?
Alors, vous savez...
Moi, je n'ai jamais fréquenté trop
le monde des affaires.
Je veux bien croire de ce que vous dites.
Là, je suis même persuadé
que c'est comme ça que ça fonctionne.
Mais c'est un fonctionnement qui est...
Même si les choses sont parties un peu
en se libéralisant,
on pourrait utiliser ce mot,
il y a encore des choses qui restent,
quoi qu'il fonctionne.
Et surtout, il y a le parti
qui est au-dessus de tout ça.
Il ne faut jamais oublier ça.
Celui qui dirige la Chine aujourd'hui
et qui est le maître d'œuvre,
c'est le parti communiste chinois.
Donc, on a beau gloser dans tous les sens,
il y a un moment où,
dans chaque conseil d'administration
d'une grande entreprise en Chine,
vous avez quelqu'un du parti.
Donc, vous ne vous amusez pas trop
à contredire une ligne,
qu'elle soit même simplement
une ligne économique
ou une ligne de décision managériale,
par exemple.
Vous faites attention à ça.
Mais même si j'imagine
qu'il y a des entreprises,
maintenant,
où c'est peut-être
où c'est plus démocratique,
ça, je ne sais absolument pas.
En tout cas,
il faut toujours avoir en tête
que le parti n'est jamais loin.
Jamais, jamais loin.
Quand vous allez faire vos courses,
il n'est pas loin.
quand vous allez faire du tourisme,
il n'est pas loin.
Quand vous allez...
Il n'y a guère que chez vous,
tout seul,
quand vous invitez vos amis
et faites attention quand même.
Voilà.
C'est ça qu'il faut.
C'est une réalité.
Alors après,
est-ce que...
Je vous ai dit,
le confucianisme a été récupéré
par le Parti communiste.
C'est pratique aussi.
C'est une arme supplémentaire.
quoi ?
Vous avez vu,
vous avez vu,
comment c'était déjà ?
Tchon...
Tchon-tchon-fou-fou,
c'est ça.
C'est ça, là.
C'est quand même...
Ça reste quand même.
Ça reste, ça reste.
Oui, oui, ça.
Mais là aussi,
je suis désolé.
Je suis parti depuis trop longtemps
pour pouvoir vraiment parler
de ce fonctionnement,
de ce fonctionnement interne-là,
dont je n'ai plus d'expérience directe.
quoi, ça me manque un peu, oui.
Oui, à propos de piété filiale,
je ne sais pas non plus
si on peut regarder la Chine d'aujourd'hui
avec ce qu'on a découvert aujourd'hui
grâce à cette masse de connaissances
que vous nous avez transmises.
Mais ce que je remarque,
c'est que le quatrième commandement
de la Bible, c'est celui-ci,
tu honoreras ton père et ta mère.
Donc, je me dis,
il n'y a pas qu'en Chine ancienne,
il n'y a pas que chez Confucius
que cette notion de piété filiale
a été un des piliers
de la civilisation,
y compris de la civilisation chrétienne
et de la civilisation occidentale.
Alors, je me demande
si dans notre sphère occidentale,
si en France,
finalement,
le chemin
de l'éloignement
de ce commandement
ne serait pas à peu près
identique
à celui
qui se passe en Chine.
Je pense que
le démarrage
ne serait pas en même temps.
La vitesse n'est pas la même.
Mais grosso modo,
c'est ça.
C'est exactement ça.
D'ailleurs,
si vous avez,
si vous connaissez
intimement
des Chinois
qui ont confiance en vous
et vous,
vous avez confiance en eux,
ils vont faire
ce genre de rapprochement.
Vous savez,
j'en ai entendu
plusieurs qui disaient,
les jeunes générations
ne connaissent plus rien,
ils ne connaissent plus
Mao en Chine
et bientôt,
ils ne vont plus connaître
De Gaulle en France.
C'est presque devenu
un diton maintenant
en Chine, ça.
Et les choses,
elles se distendent,
elles se...
La piété filiale,
quand je dis ce mot,
vous comprenez tous
ce que ça veut dire.
Mais est-ce que vous pensez
que c'est un mot
qu'on utilise tous les jours ?
Non, vous l'avez appris,
vous vous rappelez vaguement
la piété filiale.
Je n'utilise plus ça.
On ne dit même plus,
vraiment, ce fils,
il n'a aucune piété filiale.
On ne dit même pas ça.
On ne le dit plus.
Ça n'existe plus.
C'est tout, point barre, quoi.
Voilà, c'est tout.
Mais c'est un délitement,
c'est une...
Comment dire ?
J'ai cité la loi de 2005,
c'est ça ?
15, 15,
qui oblige les enfants
de venir rendre visite
à leurs parents.
Alors nous,
on n'a pas celle-là encore.
Et je pense qu'on ne l'aura jamais,
pour ne pas vous faire d'illusions.
Mais en tout cas,
les Chinois le font.
Parce que les Chinois,
il y a le parti encore derrière
qui dit,
oh là, oh là,
ça part un peu trop...
C'est un peu trop laxiste,
tout ça.
Il faut rappeler quand même...
C'est un rappel à l'ordre, quoi.
Je vois les choses comme ça, quoi.
Mais c'est bien sûr que...
Regardez,
vous le disiez, monsieur,
vous l'avez sous-entendu,
c'est-à-dire qu'on ne vit plus
avec les vieux maintenant.
Ce n'est plus possible.
D'abord parce que ce n'est plus possible,
tout simplement.
Puis parce que, aussi,
les jeunes générations
ne le veulent plus.
Ils veulent bien faire un saut
de temps en temps le dimanche,
quoi.
Mais ça va souvent s'arrêter là, quoi.
Il faut être...
J'ai beau raconter mes histoires, là,
mais...
D'ailleurs, moi,
je ne prône rien.
Moi, je ne prône ni la piété filiale,
ni les respects.
Ce n'est pas la question.
Je ne défends rien.
Mais je parle de quelque chose
qui a irrigué ce monde
comme nous,
comme nous,
exactement comme nous.
Vous avez raison.
Ou quand notre monde
était chrétien,
bien sûr qu'on ne laissait pas
les vieux de côté, quoi.
Ah, ça, c'est sûr.
Les Chinois, c'est pareil.
Et je pense, là encore,
je reviens dans les campagnes,
je pense, et encore,
à voir, à voir, à voir.
Apprendre avec...
Il faudrait retourner
faire une petite étude.
Je voulais juste revenir
sur votre question
sur le management, tout ça.
Parce que souvent,
Confucius, maintenant,
sert de caution
à toutes les théories autoritaires.
Mais il faut se rappeler
que dans Mons,
qui est le deuxième
grand philosophe confucéen,
quelqu'un lui demande
si c'est normal,
il y a un royaume
où les gens ont tué le roi.
Et il demande,
est-ce qu'on peut tuer le roi ?
Et la réponse de Mons-Zu,
c'est non,
on ne peut pas tuer un roi.
Et par contre,
la personne qui a été tuée,
c'était quelqu'un
qui se comportait
comme un brigand.
Donc, ça n'était pas un roi.
Donc, on n'a pas tué un roi,
on a châtié un brigand.
Donc, c'est beaucoup plus compliqué
que l'aspect
je suis le chef
et puis vous marchez droit
et si ça ne marche pas.
Ça, c'est plutôt les légistes.
Donc, il y a une espèce de mix
et de...
Enfin, on oublie un petit peu
les côtés
qui font réfléchir
et puis on prend un peu le...
Ça, c'est plutôt
le néo-confucianisme
qui a été créé
pour faire concurrence
au bouddhisme.
Mais ça, c'est sous les...
C'est beaucoup plus tard.
Mais le confucianisme originel,
c'est très intéressant.
Est-ce qu'il y a d'autres questions ?
Monsieur, à droite, là.
Oui, merci beaucoup, monsieur.
A tous mes meilleurs voeux.
Merci.
Et si, dans les années qui viennent,
quand vous repartiez en Chine,
vu l'expérience
que vous avez des voyages précédents,
comment vous conduiriez
votre voyage ?
Ah !
Et pourtant,
on ne se connaît pas, monsieur.
J'attendais cette question.
Ah, c'est très simple.
Je suis très attaché,
vous l'avez compris,
peut-être à la géographie.
On ne peut vraiment comprendre
un pays que par sa géographie.
C'est mordicus.
Je suis...
Et dans les campagnes.
Visiter les villes,
il faut en voir une ou deux
pour voir à quel point c'est...
On a une idée de la monstruosité
des choses, parfois.
Mais bon,
ça n'a pas beaucoup d'intérêt.
J'arrive à Pékin.
Je me suis informé avant.
J'ai fait le louer
par un ami
ou une relation
ou une agence de voyage,
tout simplement.
Un espèce de petit minibus,
soyez-vous.
On est plusieurs, quand même.
J'en fais profiter
d'autres personnes.
On est plusieurs.
et on part.
On part environ
un an et demi, deux ans.
Donc, il faut du temps, quand même.
Et un peu de sous, aussi,
accessoirement.
La Chine, c'est devenue chère, aussi, maintenant.
Et on part.
Et on se promène.
Et on va...
Les gens qui connaissent le mieux la Chine,
c'est ceux qui sont allés partout.
Je ne dis pas ça.
Ce n'est pas une façon de parler.
Mais il faut quand même
aller un peu partout
pour voir.
Parce que les Chinois
ne sont pas tous les mêmes
influencés qu'ils sont
par le climat,
le relief,
la géographie,
tout simplement.
Je n'ai pas dit,
mais il y avait,
dans ces écoles de pensée,
parmi eux,
il y avait une...
Ce n'est pas une école de pensée,
mais il y avait un groupe
qui disait que...
Pourquoi, dans le Shandong, là ?
Le Shandong,
c'est cette petite Bretagne
à l'envers, là.
Ici, les...
Eux, ils étaient un peu
à l'écart des bagarres,
des batailles,
des guerres,
des royaumes combattants,
parce que c'était une...
C'est une contrée douce,
calme.
Il n'y a pas de grande dépression,
il n'y a pas de grande montagne.
Donc, les gens sont calmes.
Donc, la géographie influence
le caractère des gens.
C'était ça.
Bon, c'est beaucoup décrié
par d'autres, évidemment.
Mais pour dire les choses,
pour donner un argument
et pourquoi faut-il se promener.
Moi, je me promènerais
énormément.
Et j'irais beaucoup
dans les campagnes.
Parce que dans les campagnes,
c'est encore là
où vous avez des chances
de trouver
qui subsisteraient
des comportements
qui sont...
D'abord,
qui sont spontanément
beaucoup plus cordiaux.
Moi, c'est dans les campagnes
les plus...
Mais les plus pauvres,
les plus déshérités.
Je veux dire,
on ne peut pas passer
devant une maison
sans que les gens
ouvrent la porte
et vous demandent
de s'asseoir
pour venir boire un coup,
boire un thé.
Moi, j'ai un peu une pomme
ou Dieu sait quoi.
Et discuter avec vous
pour savoir...
Ces gens-là sont très bienveillants.
On croit toujours
les Chinois,
les étrangers,
tout ça.
En général,
ce n'est pas du tout.
Ils trouvent ça très intéressant.
D'abord,
qu'on s'intéresse à eux,
qu'on baragouine un peu
leur langage.
C'est très important aussi.
Il faut apprendre un petit peu.
Si vous faites partie
du voyage, monsieur,
et si vous ne partez pas
encore le chinois,
mettons qu'on part
dans deux ans,
vous avez le temps
de progresser un peu.
Et donc,
il faut parler un peu
parce que c'est bien
de parler quoi.
Sinon, voyez bien,
vous êtes à la merci
d'un traducteur
qui va vous raconter
de n'importe quoi
et qui va...
Et dès que la question
sera un peu tordue,
à vite éludée,
on va passer à autre chose.
Donc,
ça sera un petit voyage
comme ça qu'on fera
et pourquoi pas
aller sur les traces
des anciens,
des nôtres d'anciens
qui sont allés,
qui ont découvert,
les traces,
je ne sais pas moi,
de Ségalène,
par exemple,
ou les traces...
Essayer de retrouver
les traces du passé
dans Pékin,
c'est...
Maintenant,
c'est impossible.
Tout a été reconstruit,
rebâti,
ripolliné,
tout a été...
Vous allez voir
la Grande Muraille,
ça a déjà été
tout reconstruit,
les parties que vous visitez,
sur lesquelles vous marchez,
tout ça,
tout est faux.
Tout est faux.
Je me rappelle
de cette phrase extraordinaire
dite par une personne
pendant plein Covid.
En plein Covid,
on est en plein Covid
à Wuhan.
Ça chauffe vraiment là-bas.
eux, ils sont au cœur.
Et au bout de quelques semaines,
je ne me rappelle plus,
je n'aurai plus la date,
etc.,
il y a un espèce
de sous-ministre
qui vient,
qui essaye
de calmer un peu le monde
parce que les gens
sont à cran, là.
Et là,
tout d'un coup,
ils se promènent
dans ces espèces de grandes...
Parmi ces grandes barres
d'immeubles,
et là,
il y a une femme,
pas une jeune femme,
une femme de 40-50 ans
qui ouvre la porte,
qui dit
« T'yad !
Trump ou se t'yad ! »
Faux.
Tout est faux.
Là,
il fallait avoir
la force
et beaucoup,
beaucoup de courage
pour dire ça.
Et c'est-à-dire
que c'est
trouver la...
C'est ça
qui est difficile en Chine,
c'est de trouver des gens
qui vous disent la vérité
et qui osent dire ça,
par exemple.
Faux.
Tout est faux.
Ça,
c'est extraordinaire.
Moi,
j'ai eu la chance
de côtoyer des gens,
notamment.
J'ai un ami.
Lui,
c'était son...
Lui,
c'était son...
Son credo.
Alors lui,
il était,
il était,
comme on dit,
sans phare.
Il disait
« Tout est faux en Chine. »
Et je fumais à l'époque.
Faut fumer un peu à l'époque.
Faut fumer en Chine.
Enfin,
à l'époque,
il fallait fumer.
Sinon,
on ne pouvait rien faire.
La clope,
c'était...
On donnait une cigarette,
on donnait un paquet de cigarettes
et puis après l'autre,
il disait
« Je vais faire pareil. »
Vous vous retrouviez
avec des cigarettes
sur les oreilles.
Il n'a plus à voir où les mettre.
Et on fumait,
on discutait,
et il disait
« Non,
mais là,
tout est faux.
Tout est faux.
Les médicaments sont faux.
La nourriture est fausse.
Les boissons sont faux.
Les relations humaines sont faus.
Tout est faux. »
Donc,
si vous faites un voyage en Chine
ou ne pas trouver que du faux,
il faut un peu aller chercher,
aller creuser.
aller voir des gens
qui, justement,
ne sont pas là-dedans.
Ils ne sont pas dans le business,
ils ne sont pas dans la relation.
Mais il faut faire vite,
je crois.
Il faut faire assez vite
parce que là,
on commence un peu à...
Les campagnes se désertifient.
Je ne sais pas,
je ne sais pas trop
à quoi ça ressemble,
mais je crois
que ça serait quelque chose
comme ça que je ferais,
voyez-vous.
Quelque chose comme ça,
essayer d'aller voir
voir des temples,
se promener en bateau,
rencontrer des gens ordinaires,
quoi.
Surtout pas aller voir
les gens politiques.
Ça,
c'est vraiment
à déconseiller gravement.
Oui,
vraiment,
vraiment.
Mais sinon,
on fera un beau voyage.
Vous me laissez
vos coordonnées.
Je ne sais pas
si j'aurai le courage
de faire ça,
monsieur.
Vraiment.
Je ne l'aurai plus,
je crois.
Ah,
c'est bien,
c'est bien,
c'est bien.
Voilà.
Écoutez,
il y avait une autre personne
et peut-être...
Oui,
monsieur,
me l'allez.
Juste une toute petite question.
Au début de la conférence,
vous avez parlé
des recommandations
de Confucius
en se référant
à la période
de l'Antiquité.
Et ça,
je n'ai pas bien compris.
Pour Confucius,
qu'est-ce que c'était
cette Antiquité
et qui étaient
les représentants
de cette Antiquité ?
Ou alors,
je n'ai pas bien compris,
j'ai évoqué très vite ça.
C'est un âge d'or
pour Confucius,
mais c'est un âge d'or
bâti sur rien.
C'est flan,
c'est du flan, quoi.
Ce n'était pas plus
le temps béni
où tout le monde
vivait en harmonie
que maintenant.
Simplement,
je pense aussi
pour la doctrine,
pour la pensée,
c'était bien
de se référer
à une...
C'était bien de dire
qu'il faut retrouver
cet esprit
dans lequel
baignait l'Antiquité,
les premiers Tchou.
Voilà.
Mais c'était...
Bien sûr que
réellement,
non.
Réellement,
non.
Ce n'était pas
la réalité
chinoise,
entre guillemets,
de l'époque.
Voilà.
Bon,
écoutez,
on va aller préparer
ce voyage.
Merci,
merci beaucoup.
Merci.
Et à bientôt.
Applaudissements.
Sous-titrage Société Radio-Canada
A propos de la conférence
Elle sera également l’occasion d’évoquer une période souvent peu connue et pourtant fondamentale de l’histoire chinoise : l’époque de la dynastie des Zhou (1025-221 av. J.-C.) qui aboutira à la création de l’empire chinois.
L'intervenant
Jean-Louis Boully, premier bibliothécaire du fonds chinois de la bibliothèque municipale de Lyon
Jean-Louis Boully, a été le premier bibliothécaire du fonds chinois de la bibliothèque municipale de Lyon, qu'il a traité et développé pendant plus de vingt ans.
Articles sur le sujet
-
L’écriture chinoise (1/2) : aux origines
Conférence sur l'écriture chinoise de Jean-Louis Boully- Conférence
- Fonds chinois
Lorsqu’elles apparurent au XIIIe siècle avant notre ère, les prémices de l’écriture chinoise ne la destinaient en rien à être un moyen de transcrire la langue parlée.